X. M. Hertel de Rouville
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Fidèle à son programme, Mgr de Janson ouvrit la retraite ecclésiastique de Québec, le 8 septembre. La veille eut lieu l’érection de la colonne de tempérance qui se voit encore sur le chemin de Beauport. Le Canadien du temps a laissé à ce sujet quelques détails assez curieux :
« Le matin, dit-il, vingt - deux cavaliers s’étaient rendus au séminaire pour accompagner Mgr de Nancy jusqu’à l’église de Beauport, où il devait célébrer la messe. Aussitôt après l’office, la procession défila dans l’ordre suivant : les porteurs d’un superbe drapeau de satin blanc, donné par madame Gugy; sept chœurs de femmes, séparés par des bannières couvertes d’inscriptions appropriées. Suivait le drapeau principal. Venaient ensuite vingt-deux sections d’hommes, commandées par autant de cavaliers portant les drapeaux de la société, et recevant eux-mêmes les ordres des capitaines de la paroisse ; puis un nombreux clergé précédait la grande croix, destinée à servir de couronnement à la colonne érigée d’avance. »
Cette colonne, élevée à la gloire de la religion, est de l’ordre corinthien; le fût est cannelé, le chapiteau doré, ainsi que les ornements
de la frise et de l’entablement. Les quatre tables du piédestal sont ornées d’inscriptions en creux, à lettres dorées. Le piédestal est placé sur une élévation, qui donne au monument plus de majesté et un joli coup-d’œil.
La cérémonie fut des plus imposantes.
« Nous n’avons jamais rien vu de si beau, de si ravissant, dit le Canadien. Nous n’avons jamais vu une multitude aussi immense, rassemblée à un même lieu et pour un aussi noble but. Partout on entendait des prières à haute voix, partout des chants pieux, partout des cris de joie et de reconnaissance : Vive la Croix ! Vive Jésus ! Les chants glorieux allaient se répercuter sous la voûte des deux, comme pour attester le triomphe du bois sacré. »
Arrivée au monument, la foule se pressa autour du prédicateur; elle était si compacte et si nombreuse, que c’est à peine si l’œil pouvait l'embrasser tout entière. Cependant dans cette masse mouvante, harassée par la chaleur, il se produisit un silence profond du moment que l’évêque de Nancy s’apprêta à parler.
L’orateur avait choisi pour son sujet la croix, qu’il appelle l’étendard de Jésus-Christ.
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N’est-ce pas avec la croix que les apôtres ont amené l’univers à la connaissance du vrai Dieu et à la morale pure de l’Evangile? N’est-ce pas la croix à la main, que de généreux missionnaires sont venus déposer sur les rivages du majestueux Saint-Laurent, la semence du christianisme et la civilisation qui en est le produit ? Après avoir remué son auditoire par ses expressions énergiques et la frappante réalité de ses figures, l’orateur, dans un mouvement du plus beau pathétique, s’écria : « Oui, dit-il, oui, vous suivrez toujours le royal étendard de la croix ! Non, le Canada ne perdra jamais la foi catholique, apostolique et romaine; l’amour de la croix est trop profondément gravé dans vos cœurs. Promettez donc, à la face du ciel, que vous n’abandonnerez jamais cette noble bannière; dites à haute voix : Vive la Croix! Vive Jésus! Nous n’abandonnerons jamais la croix de Jésus, nous le promettons pour nous, pour nos enfants et les enfants de nos enfants! Et tout le peuple, d’une voix unanime, répéta ces paroles. Puis il se prosterna pour recevoir la bénédiction du ciel, par l’intermédiaire de celui qui venait de le subjuguer par la force de son éloquence.