‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 24 sur 47 · Le 25 février · texte numérisé non relu

Le 25 février

2. On calcule que deux cents enfants restèrent ainsi orphelins pour une période de près de six années.

3. A ce propos, Mgr de Nancy fut accusé par le Herald. de Montréal de prêcher la trahison dans les campagnes.

jours après, il écrivait en France: «Si je croyais qu’une visite à la reine d’Angleterre pût obtenir quelques adoucissements au sort de plusieurs centaines de pauvres Canadiens, bannis à 6,000 lieues de leur patrie par suite de la dernière révolution, tentée, il y a deux ou trois ans, je n’hésiterais point à passer par Londres en revenant en France; mais il y aura peut-être des obstacles à ce désir de mon cœur pour un peuple que j’aime et dont je suis certain d’être aimé. »

Ce ne fut qu’en 1842 que Mgr de Janson put enfin réaliser son rêve de dévouement à la cause des Canadiens. Le 15 août, il arrivait à Londres, s'abouchait avec les prêtres français que la révolution avait chassés loin de leurs paroisses et de leur troupeau. Il apprit d’eux que Mgr Polding, archevêque de Sydney, était actuellement en Europe, et qu’il partirait bientôt pour la Nouvelle-Galles. Le vénérable prélat s’était intéressé au sort de ces exilés que la Providence avait conduits dans son diocèse, il leur avait prodigué ses consolations, sachant

1. Afin de prouver combien ce digne et charitable prélat était sincère, qu’il suffise de rappeler qu’il mit son nom à la tête d’une souscription, dont le but était de servir au rapatriement des déportés.

bien que ces malheureux étaient plutôt victimes de leur patriotisme outré que des criminels ou des repris de justice. Aussi les prit-il en pitié dès le début, et à la pitié se joignit bientôt un sentiment plus élevé : ce fut le dévouement à ces Canadiens, dévouement qui devait se traduire par des preuves substantielles.

Mgr de Janson apprit en outre que dom Ullathorne, bénédictin et missionnaire récemment arrivé d’Australie, exerçait à Coventry, dans le Wanvickshire, les fonctions d’un ministère qui lui rapporta, en 1850, le titre de premier évêque de Birmingham. Mgr de Janson n’hésita pas un instant à se rendre auprès du vaillant religieux, qui avait pris fait et cause pour les condamnés canadiens, dans un long mémoire aussi touchant que concluant. Mgr Polding étant arrivé sur l’entrefaite, les deux prélats résolurent de se rendre à Ivnowlesley, dans le Lancaster, où demeurait Lord Stanley, alors secrétaire d’Etat pour les colonies \ Comme il fallait traverser en Irlande, le Dr LHlathorne renonça au voyage, et il laissa à ses

1. gord Stanley devint lord Derby, en 1S14, à la mort de son père. C’est le père de l’ancien gouverneur général du Canada, avant Lord Aberdeen.

deux collaborateurs tout le mérite de la démarche. Mgr de Janson et l’archevêque de Sydney s’embarquèrent pour Dublin, et c’est de là que le premier écrivit à la famille de Lisle Phillipps 1 qu il avait bien connue à Londres, la lettre suivante qui nous fait connaître le résultat de son entrevue.

« Aimable et très cher hôte,

« Je ne prétends pas m’excuser entièrement d’être resté si longtemps sans vous remercier, vous et madame Phillipps, des bienheureuses et trop courtes journées que vous m’avez fait passer en votre angélique manoir. Puisque si souvent votre pieux et doux souvenir vient me tenir compagnie et m’exciter à servir le Seigneur avec un peu plus de ferveur, j’avoue que j’aurais dû vous en témoigner plus tôt ma reconnaissance. Mais de jour en jour, j’attendais le retour du Dr Polding pour faire, près de lord Stanley, les démarches les plus décisives en faveur de mes pauvres Canadiens; or, ce

I. Ambroise de Lisle Phillipps installa les Trappistes dans l’antique monastère de Grâce-Dieu , dans le comté de Leicester, fondé, vers 1340, par Roësie de Verdon. Grâce-Dieu était primitivement un prieuré d’Augusti-

niennes.

saint archevêque de Sydney, au lieu d’être en Belgique, se trouvait à Rome, et je ne l’ai su qu’au bout de trois semaines. Enfin il est arrivé, je l’ai saisi au passage, et m’étant assuré que lord Stanley était au manoir de son père,, près de Liverpool, j’y ai conduit mon archevêque ; puis, nous avons eu une conférence de plus d’une heure. La mesure de grâce et d’amnistie que je réclamais ayant une grande importance politique, lord Stanley ne pouvait se prononcer, nous a-t-il dit, sans en avoir conféré lui-même avec ses collègues (et c’était déjà beaucoup que de tenir un pareil langage) ; mais l’ensemble de la conversation, la manière dont il accueillait mes réflexions sur le génie du peuple canadien et les avantages qu’une saine politique retirerait d’un acte de clémence, etc., nous a laissé juger, à Mgr Polding et à moi, que notre affaire était à peu près gagnée. Mgr Polding a même voulu que nous disions ensemble un Te Deum en revenant à Liverpool; j’y ai consenti d’autant plus volontiers, que cette confiance du succès piquera d'honneur la libéralité divine. . . »

Les déportés canadiens ne tardèrent pas longtemps avant d’avoir de bonnes nouvelles

au sujet de leur sort futur. L’avant-veille du jour où Mgr de Nancy rendait sa belle âme à son Créateur, trente-huit d’entre eux quittaient Sydney pour rentrer dans leur pays natal \ Les dix-huit autres devaient bientôt les suivre en Canada. Leur protecteur dévoué n’avait pas. eu la consolation d’être témoin ici-bas de l’allégresse qui se répandit dans les familles canadiennes, lors de ce retour si longtemps attendu, mais il l’a été là-haut, dans les sphères éternelles, où le bonheur a dû couronner promptement une vie toute dépensée au service de Dieu.

i. Partis de Sydney le 9 juillet 1844, ils arrivèrent à Saint-Jean d’Iberville, le 18 janvier 1S45, après une absence de cinq ans et demi.

Page 1