‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 27 sur 47 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Mgr de Janson considéré comme orateur. — Sermons sur l’influence de la religion, sur le bonheur du ciel, sur le salut. — Appréciation de la presse canadienne. — Reproches qui lui sont faits. — Rome et Jérusalem. — Son inexactitude. — Ses qualités et ses vertus. — Paroles de Grégoire XVI.

Tt L est difficile, à plus de cinquante années 4î d’intervalle, de jeter une note appréciative qui rende justice à l’orateur sacré, au prédicateur des retraites, car nous n’avons par devers nous que de courtes analyses de ses sermons et quelques bribes de tradition. Mgr de Nancy n’écrivait pas ses discours. Il le dit formellement dans une lettre adressée des bords de l’Ottawa à son coadjuteur: «Quelques minutes de méditation et de prière », et le vaillant missionnaire gravissait les degrés de la chaire avec toute l’assurance d’un orateur

rempli de son sujet, mûri par de longues études. Mgr de Nancy appartenait, par son genre particulier, à la chaîne des orateurs d’une éloquence moins soignée, mais puissante, qui commence au quinzième siècle avec les prédications familières de Maillard, se continue au dix-septième dans le petit Père André, et se termine au dix-huitième avec le Père Bridaine. Nourris quotidiennement des vérités de l’Evangile, ces missionnaires, isolés par leurs mœurs de toutes les influences de leur entourage, allaient dans les petites villes, dans les bourgs et les villages, porter la parole sainte, sans autre préparation que l’inspiration du moment, sans autre but que le salut de leurs auditeurs.

L’on pourrait appliquer à Mgr de Nancy l'appréciation qu’a laissée Sainte-Beuve de Bourdaloue : « Bourdaloue, dit-il, s’occupait des choses et non des mots; il n’avait pas la splendeur naturelle de l’élocution, et il ne la cherchait pas; il s’en tenait à ce style d’honnête homme, qui ne veut que donner à la vérité un corps sans lui imposer de couronne. »

Dans les sermons de l’évêque de Nancy, rien en effet ne sent la recherche ni l’effort de l’art; tout y est verve, tout s’élance du cœur même

de l’orateur. Il ne perd de vue ni son sujet ni son auditoire ; il pousse avec hardiesse ses raisonnements, il est ému comme un orateur. Mais à côté de ces traits heureux, de ces élans qui subjuguent et entraînent, il y avait sans doute des taches. Comme dit d’Alembert dans son Eloge de Massillon, « il lui échappe quelquefois, soit dans les expressions, soit dans les tours, soit dans la mélodie si touchante de son style, des négligences qu’on peut appeler heureuses, parce qu’elles achèvent de faire disparaître non seulement l’empreinte, mais jusqu’au soupçon du travail. C’est par cet abandon de lui-même que Massillon se faisait autant d’amis que d’auditeurs. » On peut en dire autant de Mgr de Nancy: ne visant à l’effet que sur les âmes, il ne s’occupait nullement de provoquer l’admiration, parce qu’il savait que ceux qui l’écoutaient, étaient d’autant plus disposés à la lui accorder, qu’il s’attachait moins à la leur ravir. Aussi put-il capter le suffrage du peuple canadien dès sa première apparition dans la chaire de vérité.

« Nous n’avons pas l’idée, s’écrie Lacordaire, des triomphes de la parole dans ces contrées transatlantiques, et du spectacle qu’y pré-

sentent les populations, lorsqu’elles accourent se suspendre aux lèvres d’un missionnaire. »

Rien de plus vrai que cette parole du célèbre Dominicain. Mgr de Forbin-Janson fut le témoin de cet enthousiasme qu'il sut lui-même créer au sein de notre population. Ses tournées pastorales, à la ville comme à la campagne, ne furent qu’une longue suite de succès, le plus grand triomphe oratoire qui se soit vu en Canada. C’est que cet évêque avait le don de fasciner les foules, sans songer à transformer ses sermons en œuvres littéraires, séduisantes par le coloris du style ou par la peinture de mœurs imaginaires et outrées. Ces préoccupations d’homme de lettres n’encombrèrent jamais sa pensée, et il avait trop de conscience et trop de connaissance du cœur humain pour mettre à nu les plaies du prochain autrement que pour les guérir.

Lors de la grande retraite de Montréal, le prélat français prononça son premier sermon en présence d’un auditoire composé de personnes bien disposées pour la plupart, mais aussi de curieux que la réputation de l’orateur avait attirés autour de la chaire. Ils ne furent pas déçus dans leur attente. Son sermon roula

sur l’influence de la religion et l’obligation pour les peuples de la pratiquer.

Un exorde majestueux fixe à grands traits le tableau qui va se dérouler devant les auditeurs attentifs. La religion apparaît sous l’image noble d’un grand fleuve, descendant des collines éternelles, pour se répandre sur le monde et le couvrir de ses ondes salutaires. Puis le prédicateur entre dans le vif de son sujet : il voit naître le monde, il suit ses progrès à travers les âges, il en compte les générations, et il assiste à la formation des pouvoirs, des gouvernements. Partout préside l’autorité de Dieu, sur les états comme sur les familles.

La vie de l’homme étant une milice, une guerre incessante, il faut, pour produire des fruits de salut, qu’il promène le fer et le feu dans le champ de son âme : ainsi, pour féconder le sol des immenses forêts du Canada, il importe d’y mettre le fer et le feu.

L’orateur s’élève ensuite contre ces hommes puissants qui prétendent travailler au progrès de l’humanité en promettant l’honneur, la gloire, les récompenses nationales. Aiguillons impuissants, mobiles délétères ! L’honneur ! c’est la rectitude des sentiments et des actions.

La gloire ! c’est une chimère. La religion

seule peut donner la vraie gloire et l’honneur en assurant à l’homme vertueux les joies célestes et la paix terrestre.

Dès que la religion unit les hommes en Dieu comme dans leur centre, aussitôt se créent sans peine et la souveraineté temporelle, délégation du pouvoir d’en haut, et le devoir relatif de l’obéissance, image de la subordination des intelligences dont Dieu est le monarque, et les règles des sociétés privées, et les lois des sociétés publiques, et le droit des nations, et les obligations des particuliers.

Mgr de Janson eut un succès prodigieux. Jamais on avait entendu une exposition aussi lumineuse de cette vérité évangélique qu’il faut craindre le Seigneur et observer sa loi, car c’est là tout l’homme.

Le grand prélat était doué d’une imagination très vive. Il savait appeler à son secours certaines figures de rhétorique qui sont de nature à attirer davantage l’attention, et quelquefois à jeter plus de lumière sur un sujet ardu ou de plus difficile compréhension. C’est ainsi que parlant du bonheur du ciel, il avait recours à cette image aussi riche que frappante de vérité.

«Je suppose, disait-il, que l’on mette en

regard du soleil, à son midi, un grand nombre de miroirs, les uns plus petits, les autres plus grands, mais tous disposés de manière que les rayons de chaleur et de lumière, réfléchis sur chacun d’eux, se concentrent et tendent vers un foyer commun. Parce qu’il se réfléchira un plus grand faisceau de lumière et de chaleur sur les grands miroirs, est-ce que cette lumière et cette chaleur porteront ombrage à celles des petits miroirs ? Eh ! non, ces rayons calorifiques et lumineux se réuniront pour produire une plus grande abondance de lumière et de chaleur, de même les rayons de la lumière divine, qui jaillissent du soleil de justice pour se réfléchir sur les âmes plus ou moins élevées sur les degrés du trône éternel, se concentrent et se réunissent vers un même foyer, pour pioduire une plus grande abondance de grâces, de joies, de félicité, d’amour, de charité. »

Dans un autre sermon, Mgr de Janson se sert encore d’une image non moins propre à frapper l’esprit de ses auditeurs. Il veut les engager à suivre ponctuellement les exercices de la retraite. Après avoir énuméré les avantages de ces jours de grâce, il s’écrie :

« Ce ne sont pas des vérités nouvelles qui vous seront annoncées. Certainement vous avez entendu déjà toutes les vérités que nous prêcherons. Mais ce n’était que de loin en loin que vous les entendiez; les traits de la grâce, les rayons lumineux de l’enseignement ne vous apparaissaient, pour ainsi dire, que d’une manière isolée, ils n’avaient pas alors toute leur force; mais dans une retraite, oh! dans une retraite, c’est en faisceaux que ces lumières éparses viennent se concentrer sous vos yeux, c’est comme au foyer d’un miroir ardent que ces feux divins de la grâce viennent brûler et consumer toutes les iniquités; de même que le physicien, pour obtenir l’intensité de chaleur nécessaire à ses savantes expériences, emploie ces verres concaves, ces miroirs ardents, qui faisant converger tous les rayons de feu sur les objets qu'on leur présente, les consument à l’instant; tandis que, sans cet expédient, ces mêmes objets, exposés au simple soleil, demeureraient invariablement dans leur état ordinaire. »

Un jour, le grand prédicateur avait pris pour texte de son sermon ce verset bien connu, qui a servi de thème à de si nombreux déve-

loppements : Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme? De cette sentence impérissable, il déduit Texcellence et l’importance de l’âme. De cette vérité découle la notion de la nature humaine, et de sa conviction pratique dérive notre bonheur. C’est là une de ces vérités mères, pleines de conséquences. L’orateur la dissèque pour étudier l’homme et sa fin.

« L’home est matière et esprit, dit-il ; d’un côté substance tangible, périssable, mortelle ; de l’autre, substance immatérielle, intelligente, immortelle. Ces deux substances sont l’homme, ce moi qui pense et réfléchit ; elles ne font qu’un seul être. Qui l’a formé ? Dieu. Je ne m’arrêterai pas à vous prouver l’existence de cet Etre suprême, source de tous les êtres; vous n’êtes pas du nombre de ceux qui ont porté la folie jusqu’à douter de l'Etre essentiellement nécessaire, et de la toute puissance duquel sortent toutes les existences contingentes. C’est en réalisant ses pensées qu’il produit la création ... Ce vaste fleuve qui coule sous les murs de cette ville, n’est qu’une bien faible image de ce fleuve de vie qui découle du sein de Dieu sur les êtres sortis de ses mains. Mais en créant tous les

êtres qui composent ce vaste univers, quel a été le but, le motif que Dieu s’est proposé? Point d'autre que sa propre gloire. Cependant comment ces êtres inanimés ou privés de raison pourront-ils glorifier Dieu, puisqu’ils n’ont point d’intelligence ? Il faut qu’ils empruntent la voix de l’homme, seule créature raisonnable dans cet univers. Oui, l’homme est comme le souverain pontife chargé de rapporter à Dieu les hommages de tous ces êtres incapables de le louer par eux-mêmes. S’il en est ainsi, le cœur de cet être, seul intelligent ici-bas, pourrait-il ne pas rapporter à Dieu cette belle faculté dont il est doué? Pourrait-il chercher ailleurs qu’en Dieu la félicité, le bonheur qu’il demande vainement à tout ce qui l’environne ? Et où pourrait-il trouver ce bonheur? Serait-ce dans sa science? Mais combien peu parviennent à l’acquérir! Et lors même qu’il y parviendrait, combien de choses qu’il ne pourrait encore découvrir! Ah! plus l’homme pénètre dans la connaissance de ces sciences, plus s’augmente en lui le désir d’en savoir davantage. Serait-ce dans la possession des richesses et des grandeurs que le cœur de l’homme pourrait trouver son bonheur? Mais la possession même de ces grandeurs et de ces richesses n’est pas pour la

généralité des hommes. Combien peu parviennent à la possession de ces honneurs, et pour faire un grand, combien ne font-ils pas de petits qui l’entourent? Le cœur de l’homme penserait-il trouver son bonheur dans la jouissance, dans les plaisirs et dans la satisfaction de ses passions? Mais ces plaisirs mêmes ne laissent-ils pas dans l’âme de celui qui s’y livre, un fonds d’inquiétude et de remords qui lui fait assez comprendre qu’il n’est pas créé pour de tels objets. Ce n’est donc qu’en Dieu qu’il peut trouver sa félicité, c’est donc par Dieu qu’il a été créé. Oui, le cœur de l'homme a une telle capacité, que Dieu seul peut le remplir; tout autre objet que vous jetteriez dans ce gouffre, ne ferait que le creuser davantage.

« Le cœur de l’homme est donc fait pour Dieu, c’est là son but, sa fin, comme la charrue, le navire sont faits, l’une pour sillonner la terre, l’autre le sein de l’océan. Bien plus, sans la jouissance actuelle ou attendue de ce bien indispensable, plus de vie pour l’homme. Tout autre élément est insuffisant ; tout autre lien est trop étroit. Tel un vaisseau qui s’échoue là où il n’y a que quelques pieds d’eau, dans lesquels cependant navigue à l’aise la légère nacelle ; tel le monstre marin, l’énorme baleine qui palpite

et agonise là où le petit poisson se joue ; tel est aussi le cœur de l'homme : il ne lui faut rien moins que la possession de Dieu, la préhension de l’être immense ; à l’insatiabilité du cœur humain, donnons le partage de la félicité divine. »

Au lendemain de la grande retraite de Montréal, le Canadien publiait un long éloge du prédicateur :

« Souvent, disait-il, il a l'imposante sublimité de Bossuet, quand il appelle le néant, quand il abat les dignités et les grandeurs de la terre, quand il fait résonner la voûte des temples du fracas des trônes renversés, quand il déroule avec une majesté terrible les révolutions des empires qui se succèdent et qui se poussent comme les vagues d’une mer agitée, quand il appelle la voix caverneuse des tombeaux pour instruire ceux qui s’attachent au brillant des choses passagères. Si quelquefois, il est vague et diffus, d’autres fois dans la liaison et la succession de ses idées, il se montre l'émule de Bourdaloue; il est pressé comme lui par l’impulsion de son génie et par l’abondance de ses mouvements et de ses pensées. C’est alors qu’il

triomphe de son auditoire, c’est alors qu’il mêle l’ironie amère à des raisonnements puissants.

« C’est surtout dans son sermon sur le bonheur des élus, un de ses discours les plus égaux et les plus soutenus, c’est-à-dire moins improvisés, discours qu’il prêcha devant Charles X,. qu’il développe toute la force et toute la puissance de sa dialectique et de son argumentation. Comme il méprise en lui-même la grandeur et qu’il n’est obsédé que par l’ardeur de sa charité, il peut tout se permettre; aussi s’écrie-t-il dans le mouvement spontané de son zèle : « après les pauvres les rois ».

« Il sait profiter de toutes les circonstances locales et personnelles. La foi et la religion, si profondément gravées aux cœurs des Canadiens, les montagnes qui l’entourent, le beau fleuve qui coule à ses pieds, la chute formidable de Niagara, tout devient la matière vivante de ses comparaisons et la source de beautés sans, nombre. Tout ce qu’il dit est à lui.

« Comme il développait avec une sombre majesté les appareils du grand jour du Seigneur; comme il brisait toutes les harmonies de la nature et de ces mondes immenses qui furent lancés dans l’espace par la main du Créateur ; comme il renversait la pierre des

tombeaux; comme il faisait sortir vivants ces squelettes poudreux des demeures sépulcrales. , « Mais ce n’est pas tout : lorsque la mort a

pesé sur l’abîme, que l’abîme s’est dilaté, puis qu’il s’est refermé, il appelle l'éternité, et l’éternité accourt à sa voix avec toutes les fureurs de l’enfer; c’est alors que s’élevant sur son auditoire avec un œil étincelant et farouche, avec une voix sourde et sinistre comme le cri de l’hyène ou les échos des cavernes, il déroule devant lui les horreurs de ces gouffres affreux qu’il rend présents à tous les esprits et comme ouverts au-dessous de cette immense assemblée.

« Entendez les accents terribles de sa voix, qu’il fait courir comme des roulements de tonnerre sous les arches du temple; c’était au milieu de la nuit qu’il faisait entendre ces paroles de frayeur et d’épouvante; c’était au reflet de quelques pâles flambeaux qu’il ouvrait les cavernes sombres du gouffre infernal ; c’était dans le silence des tombeaux qu’il faisait résonner la voix rauque de l’abîme et les désolations de l’éternité. C’est alors qu’il disait avec raison qu’il n’avait pas voulu effrayer l’esprit timide des mères et des épouses par l’appareil épouvantable de la dernière et terrible catastrophe.

« Dans ce morne silence de la nuit, il va nous montrer un réprouvé, il va le faire parler devant nous. Nous le disons avec vérité, nous n'avons jamais vu, dans les poètes ni chez les orateurs, une peinture aussi forte et aussi effrayante du séjour de l’infortune éternelle. C’est avec regret que nous ne pouvons vous montrer que quelques lueurs de ces sombres lumières, et ne vous faire entendre que quelques-uns des lugubres accents des demeures de la mort.

« Le reprouvé s’écrie-t-il, est comme un chien « affamé, attaché à une chaîne, à qui l’on offre « des aliments qu’il ne peut saisir, il s’élance au « bout de ses liens, il pousse des hurlements « affreux, il écume de rage et de fureur, il mord « sa chaîne, il se déchire, il se consume en « efforts superflus : ainsi le reprouvé; d’un coup « d'œil il a vu le ciel tout entier, et toute sa « gloire et toute sa félicité; il est dévoré, con- « sumé d’une convoitise ardente, il rage à trace vers des flots de poix et de bitume, il monte « sur des nuages de feu, il escalade les abîmes; « mais, lorsqu’il a longtemps travaillé, lorsqu’il « semble espérer atteindre au sommet de ses « désirs, il est replongé au fond de l’enfer par « la longue chaîne de ses iniquités. Alors on

« n’entend plus que des hurlements et des cris '< de désespoir. Dans ce moment il rencontre « celui qui l’induisit au crime, qui l’entraîna au « mal ; il se précipite sur lui, il le déchire par « lambeaux. . . Malheureux, lui dit-il, rends- « moi mon éternité. . . Et ce mot d’éternité est « répété d’abîme en abîme, de caverne en « caverne. »

« Ce dernier trait, « rends-moi mon éternité », est d’une effrayante énergie, comparable à cette parole de l’abbé Poulie : « Ils invoquent « le néant, l’éternité leur répond. » Le pendule mesurant l’éternité ne devait pas produire un effet plus saisissant sur les auditeurs du Père Bridaine, que le trait final de l’évêque de Nancy : « L’enfer est long, s’écrie-t-il encore,

« l’éternité en mesure l’étendue. » Puis, il « ajoute : « Les impies convoitent le néant, ils

« ne l’auront pas, non, non, ils ne l’auront pas ; « ils auront l’éternité. » On reconnait ici la pensée de Bossuet, à laquelle le prédicateur de Notre-Dame prête plus de mouvements par ces derniers mots : « ils auront l’éternité. »

« Il faut voir maintenant ce terrible athlète de la mort et de l’éternité, il faut le voir passer de ces horreurs et de ces peintures effrayantes, aux peintures délicieuses des joies célestes.

Avec quelle magnificence il décrit tour à tour les plus belles scènes de la nature, les harmonies les plus étonnantes, les concerts les plus suaves et les plus mélodieux, les plus grandes joies et les plus grands plaisirs dont puisse s enivrer le cœur de l’homme sur la terre, comme les navrements de joie d’une mère qui reçoit, après bien des années, son fils chéri qu’elle avait cru perdu; puis il récapitule comme en triomphe ce texte de saint Paul : « l’œil de l'homme n’a point vu, son oreille n’a « pas entendu, etc. »

« Il étonne toujours par la grandeur et la nouveauté de ses comparaisons, par la richesse de ses figures, par l’abondance et le mouvement de son élocution. On voudrait toujours l’entendre. . . Combien pourrions-nous citer de ces traits de grande éloquence dont ses discours abondent : ce beau vaisseau de la religion qui traverse les flots des siècles ; cet arbre géant des forêts qui étend majestueusement ses rameaux et qui vient tomber sous la cognée de l’humble bûcheron ; ces soldats qui avaient commencé de fuir, mais qui se rallient à la voix de leur chef et s’animent au combat par le sang qu’ils voient couler de leurs blessures. . .

« Il connaît parfaitement la poétique de l’élo-

quence, et suivant les sujets qu’il traite ou les passions qu’il veut émouvoir, il donne à sa diction toutes les nuances et toutes les couleurs, à son expression toute la richesse et toute la pompe, à sa pensée toutes les formes, à son geste toute la mobilité et la majesté de sa pensée h »

On a reproché à Mgr de Janson de revenir trop souvent sur ses voyages à Rome et en Terre-Sainte. Il est assez rare, en effet, qu'au cours de ses missions, il ait omis de narrer devant ses auditeurs les circonstances de ses pèlerinages dans la Ville Sainte et dans la Ville Eternelle. Pour les Canadiens, ces récits avaient un charme tout particulier, et personne, en Canada, ne les a trouvés fastidieux. Bien loin de là, ces souvenirs religieux donnaient aux sermons du prédicateur une couleur séduisante, propre à céler ce qu’ils auraient pu contenir de monotone ou de trop sérieux.

Mgr de Nancy était arrivé à Rome, en 1814, au moment même où le Pape, retenu captif par Napoléon, rentrait dans la cité sainte. Il avait été témoin des fêtes triomphantes dont ce

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