‹ Mgr de Saint-Vallier et son tempsChapitre 3 sur 14 · ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTIQUES

C'est ainsi que M^f de Saint-Vallier veillait avec un soin jaloux

vérité à tout le monde, et il la dit librement dans les rencontres. 11 fallait ici un homme de cette force... Notre prélat, ajoute-t-elle, est très zélé et inflexible, zélé pour faire observer tout ce qu'il croit devoir augmenter la gloire de Dieu, et inflexible pour ne point céder en ce qui y est contraire. Je n'ai point encore vu personne tenir si ferme que lui en ces deux points. » (Lettres de Marie de l'Incarnation, édit. Richaudeau, t. 11, pages 138 et lf8). (1) Lettre de M«f Dosquet au ministre, Québec, 4 septembre 1731.

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sur tout ce qui intéressait l'honneur de ses communautés (1). Il ne manquait pas non plus de sauvegarder autant que possible les immunités ecclésiastiques. Je citerai deux ou trois faits qui eurent lieu de son temps pour montrer quelle était à cette époque la position du clerj,'é par rapport aux taxes municipales, aux corvées, aux tribunaux civils.

Nous sommes en 1707 : il y a juste un siècle que Québec est tonde. Or, il paraît qu'à cette date les habitants de la campagne arrivant en ville la nuit (2), au lieu d'aller se retirer à l'auberge, faisaient un bon feu sur la grève pour se réchauffer, en attendant le jour. Heureux tempt»! heureuses mœurs! Il n'y avait qu'un danger dans cette pratique tout-à-fait patriarcale, celui de mettre le feu aux maisons de la Basse-Ville, lesquelles étaient toutes « couvertes de bardeaux. » Mais le danger était si grand que le Conseil Supérieur crut devoir s'en occuper, et défendit, sous peine d'amende, « d'allumer aucuns feux sur la grève ». Puis, afin que la ville ne fût pas prise au dépourvu, en cas d'incendie, il ordonna de faire faire cent sceaux de cuir et, pour les payer, de prélever

(1) Voici quelles étaient les communautés du Canada, du temps de M^f de Saint-Vallier, avec la date de leur fondation :

A Montréal, l'Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, 1669. (Edits et Ordonnances, t. l, p. 66, Agrément du roi sur l'établis$emetit des religieuses Hospitalières de Montréal); — les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, 1671. {Ibid., p. 69, Lettres patentes du roi qui approuvent V établissement des Sœurs de la Congrégation de Montréal); — le séminaire de Montréal, 1677. (Ibid., p. 91, Établissement d'un séminaire dans Vile de Montréal); — l'Hôpital-Général, d'abord les frères Charon, plus tard (1747) les Sœurs Grises, 1718. (Ibid., p. 389, Lettres de confirmation de l' Hôpital-Général établi à Montréal).

Aux Ïrois-Riviéres, l'Hôpital, 1702. {Ibid., p. 288, Établissement d'un hôpital aux T rois-Rivières).

A Québec, les Jésuites, 1625 (date de leur arrivée), 1635 (date de la fondation du collège); — les Ursulines, 1639; — l'Hotel-Dieu, 1639; — le séminaire de Québec, 1663 (Édits et Ordonnances, t. I, p. 33, Établissement du séminaire de Québec); — l'Hôpital-Gènéral, 1692. (Ibid., p. 271, Permission du roi d'établir MU Hôpital-Général à Québec).

(2) Une traverse régulière du fleuve devant Québec parait avoir commencé vers 172J. AIM. de V^audreuil et Bégon écrivent au ministre le 17 octobre de cette année « qu'ils ont remis au sieur Lanouillier (de Boisclair) le brevet de Sa Majesté, portant privilège exclusif pendant dix années d'établir des moulins ;t bateau sur le fleuve Saint-Laurent au devant de Québec, et qu'ils rendront compte du succès de cette entreprise. » Auparavant, on traversait le fleuve en simple canot.

une taxe sur les cheminées, « sans exception de personne. » On profita de l'occasion pour faire réparer « l'escalier par où l'on monte de la Basse à la Haute-Ville, au haut duquel sera mis une barrière, où le passage ne sera que de la largeur d"un homme, pour empêcher les bestiaux de le gâter. »

Les cent sceaux de cuir, « marqués d'une fleur de lis (1), » devaient être déposés « vingt au château S^-Louis, vingt au Palais (2),

(1) Tout, à cette époque, naturellement, était aux fleurs de lys : « Nous vous prions de nous envoyer des tapisseries aux fleurs de lys pour la salle du Conseil et celle de la prévôté... Et môme, s'il était possible, lé portrait du roi en grand pour mettre sur la cheminée de la salle du Conseil. Le premier tribunal de la Nouvelle-France ose espérer cette faveur de son souverain... » (Lettre de Beauharnais et Diipuy au ministre, 30 octobre 1726).

Ce portrait fut envoyé, en effet, quelques années plus tard : « Nous avons reçu, écrivent au ministre MM. de Beauharnais et Hocquart, par le Héros le portrait de Sa Majesté, qu'EUe a Lien voulu accorder pour le Conseil Supérieur. Nous l'avons fait placer dans l'endroit le plus convenable de la salle du Conseil; et il a été arrêté par une délibération qu'il en serait fait de très humbles remerciements à Sa Majesté... » (Lettre de MM. de Beauharnais et Hocquart au ministre, 5 oct. 1735).

En 17io, M. Chaussegros de Léry, ingénieur de la colonie, avait fait mettre les armes royales aux principaux édifices publics : « Ayant remarqué, écrit-il au ministre, que les armes de Sa Majesté n'étaient en aucun endroit dans cette colonie, et qu'on avait oublié de les mettre au-dessus des portes des bâtiments et forts de Sa Majesté, je les ai fait faire complètes par un sculpteur, et les ai fait placer au-dessus des principales portes, savoir au château Saint-Louis, au Palais, magasins, casernes, fort de Ghambly, corps de gardes, prisons et salles d'audience des villes de Montréal et des Trois-Riviéres.

« J'en ferai placer dorénavant aux portes des villes et à tous les bâtiments nouveaux que je ferai faire, suivant l'usage que les ingénieurs pratiquent aux places de France... »

(2) Le palais de l'intendant. Il y a dans une lettre de M. Hocquart des détails intéressants sur ce palais. M. Varin, contrôleur de la marine, aurait voulu s'y loger avec sa famille : l'intendant écrit au ministre qu'il ne peut lui donner qu'une chambre :

« 11 se trouvera, dit-il, au second étage du palais, une chambre, avec peu de dépense, propre pour y établir le bureau du contrôle, et arranger tous les registres et papiers. Cet arrangement est très convenable au bien du service du roi; mais il n'est pas possible que le sieur Varin puisse venir s'y établir et y loger avec sa femme, son domestique et la famille qui pourra lui venir.

« Le rez-de-chaussée du palais, du côté de l'eau, consiste en caves et salles voûtées, dont partie est employée pour des cuisines, offices, caves pour légumes et à vin. et du côté du nord-est, en trois voûtes où sont les archives.

« Le premier étage est vaste^ à la vérité; mais le vestibule, la grande salle d'entrée et l'appartement où je loge au sud-ouest, ne peuvent pas se diviser.

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vingt chez les Pères Jésuites, vingt chez M. François Hazeur (1), et vingt chez M. François Aubert (2). »

Du côté du nord-est, sont les juridictions et salles des parties, et les bureaux des commis de l'intendance et de mon secrétaire.

« Le second étage, si on excepte la chapelle, n'est propre que pour y loger des domestiques, pour y mettre un garde-meuble. J'y ai seulement une chambre de réserve, et mon secrétaire la sienne. Le reste est en passage et occupé par trois escaliers. De plus, la partie du nord-est est tellement exposée au vent, à la pluie et à la poudrerie qu'elle est inhabitable pour l'hiver.

t La relation nécessaire d'affaires que j'ai avec M. Varin, surtout pendant l'automne, m'a fait priver avec plaisir d'un cabinet attenant ma chambre, pour la facilité du service, et il peut y arranger, ou dans une autre que je ferai disposer, ses registres et papiers... » (Lettre de M. Hocquart au ministre, 8 oct. 1734).

(1) « La maison du sieur Hazeur, qui est la plus belle de la Basse-Ville, et au milieu de la place Royale, faisant face au port, où se font les débarquements, et à la vue de l'église et des rues qui rendent dans la même place... » (Lettre de Champigny au ministre, 15 octobre 1700). — Voir Henri de Berniéres, p. 73.

Cette maison était sur la rue Notre-Dame, qui courait « depuis la fin de la rue du Sault-au-Matelot jusqu'à l'église de la Basse- Ville. » (Recensement de la ville de Québec pour 1716, publié par l'abbé Louis Beaudet). Outre le conseiller Hazeur, trois autres conseillers avaient leurs résidences sur cette rue : Martin Chéron, François-Mathieu Martin de Lino, et Charles Macart.

François Hazeur, marchand, originaire de Tours, beau-frère de l'abbé Louis Soumande, et père des deux abbés Hazeur, mourut le 30 juin 1708, deux mois environ après Me' de Laval. H fut remplacé quelques années plus tard au Conseil Supérieur par son fils Jean-François. Celui-ci, gendre du conseiller de Lino, était « avocat au Parlement de Paris », et continua à résider dans la maison de son père à la Basse- Ville. Voici ce que je lis dans une lettre de MM. de Vaudreuil et Raudot au ministre, en date du 14 novembre 1708 :

« Le sieur Hazeur, conseiller au grand Conseil Supérieur de cette ville, est mort cet été, regretté de tout le monde à cause de son mérite, de sa vertu et de sa droiture. 11 a laissé un fils qui est avocat au Parlement de Paris, qui remplira sa place, si vous avez la bonté de lui accorder cette grâce. H s'en rendra tous les jours plus digne par son application et son étude. Permettez-nous de vougja^présenter qu'en cette occasion les services du père doivent vous engager à procurer au fils cette place de la bonté de Sa Majesté. »

Jean-François Hazeur avait vingt-huit ans, à la mort de son père, et venait d'épouser Catlierine de Lino. Il avait étudié à Paris; et c'est probablemnent à son sujet que Msf de Laval écrivait à M. Tremblay en 1695 :

« M. Hazeur m'a dit qu'il mande absolument son fils cette année. 11 fait très bien : ses affaires ne sont pas en état de faire une si grosse dépense. Quand il sera venu, on verra ce qu'il y aura à faire pour lui, par la connaissance que l'on en aura. On en jugera mieux. »

(2) Encore un conseiller du Conseil Supérieur. 11 demeurait rue du Sault-au-

Louis Couillard de l'Epinay, procureur du roi à la prévôté, fut chargé de préparer un rôle du nombre des maisons et des cheminées (1), et pour cela de se transporter partout à domicile. Le rôle, « arrêté au Conseil, » fut « délivré au commis Bergeron, » chargé de faire le recouvrement de la taxe. Il y avait dans toute la ville t six cent soixante et une cheminées, non comprises celles du Château, du Palais, des Pères Récollets et de l'Hôtel-Dieu, » lesquelles se trouvaient sans doute exemptes.

Matelot : cette rue était à cette époque la plus populeuse de Québec : on n'y comptait pas moins de 78 familles ou feux en 1716.

François Aubert de la Chenaye, sieur de Mille-Vache, était fils de Charles Aubert de la Chenaye, l'ancien commis général de la compagnie des Indes Occidentales, mort en 1702. Il était allié aux principales familles du pays et en particulier aux Juchereau et aux Le Gardeur. Voici ce qu'écrivait de lui l'intendant Beauharnais, à l'occasion de la mort de son père :

« M. de la Chenaye, qui est mort depuis quelques jours, fort regretté pour le bien qu'il a fait en ce pays, laisse une charge de conseiller au Conseil Supérieur de Québec, que je prends la liberté de vous demander pour le sieur Aubert, son fils aîné, qui est un parfait honnête homme, ce qu'il a fait connaître en remettant à un de ses frères, que son père avait déshérité, le bien qui doit lui revenir par son partage... » (Lettre de M. de Beauharnais au ministre, 11 nov. 1702).

(1) Le recensement de 1716, pour la ville de Québec, donne 465 familles ou feux : quelques maisons avaient sans doute plus d'une cheminée. Voici les noms des rues ou quartiers qui existaient à cette époque : « Rue Saint-Louis, depuis le fort jusque chez M. d'Artigny; rue le long du jardin du fort; rue des Jardins, depuis les Jésuites en montant jusqu'à la rue Saint-Louis; rue Sainte- Anne, depuis la place d'armes qui est vis-à-vis la tour bastionnée près le jardin des Jésuites jusqu'à la place devant le fort au coin du mur du jardin des PP. Récollets; petite rue depuis la place du fort jusqu'au cimetière qui joint au presbytère (rue du Trésor); rue de Buade, bornée d'un bout par la place qui est devant la cathédrale et les Jésuites, et de l'autre par celle qui est devant l'évêché; rue qui prend depuis la boulangerie du Séminaire jusqu'aux remparts et rue Saint-Joseph (rue Sainte-Famille et rue Garneau); rue Couillard, depuis la maison de Belleville jusqu'au cimetière de l'Hôtel-Dieu; rue des Pauvres, depuis le grand portail de la catlièdrale jusqu'à la porte de la ville; rue Saint-Jean, depuis le coin du jardin des pauvres de l'Hôtel-Dieu jusqu'aux fortifications; faubourg Saint-Nicolas ou quartier du Palais; rue du Sault-au- Matelot; rue de la Montagne, depuis la porte de l'évêché jusqu'au jardin de M. de Lino; rue Notre-Dame, depuis la lin de la rue du Sault au-Matelot jusqu'à l'église de la Basse-Ville; rue de MeuUes et Champlain, depuis le haut de l'escalier jusqu'au bout du Cap-au-Diamant; rue du Gul-de-Sac; rue Sous-le- Forl; Petite-Rivière, depuis l'Hôpital-Général jusqu'à la maison de Dion. »

Mais la maison de l'évêque ne l'était pas : elle se trouvait sur le rôle, aussi bien que le Séminaire, les Ursulines, les Jésuites.

On n'attendit pas, à l'évêché, que le commis se présentât pour prélever la taxe. En l'absence de l'évêque — alors en Angleterre — son procureur M. Etienne Le Vallet (1), « prêtre, chanoine de l'église cathédrale, » adressa une requête à l'intendant Raudot (2), et celui-ci la référa au Conseil. Dans cette requête, M. Le Vallet « convient qu'il est très utile pour toute cette ville qu'il y ait des sceaux et autres instruments nécessaires pour obvier et remédier aux accidents du feu. » L'évêque « ne refuse pas, dit-il, de contribuer de sa part à une si bonne œuvre, pourvu qu'il paraisse qu'il le fait de sa pure, bonne et franche volonté, et sans y avoir été obligé en vertu d'arrêts ou ordonnances. » M. Le Vallet demandait « à M. l'intendant d'ordonner ou faire ordonner par le Conseil que le palais épiscopal fût rayé de dessus le rôle de taxe

(1) M. Le Vallet était originaire de Lisieux, en Normandie, et vint au Canada en 1692. C'est lui qui, durant les longues absences de l'évêque en France, administrait les affaires temporelles de l'évêché. Rentré à Paris, après sa captivité en Angleterre, M»' de Saint- Vailier lui fit mander d'aller le rejoindre, et tous deux se rendirent à l'abbaye de Bénevent. Ils y furent atteints de fièvres poutpreuses, et M. Le Vallet en mourut au commencement de 1712.

(2) M. Raudot fut intendant du Canada, de 1703 à 1711, avec son fils pour adjoint. Voici ce que M. Tremblay écrivait à leur sujet à ^U' de Laval : « M. Raudot, votre nouvel intendant, conjointement avec M. son fils, nous paraît un bon magistrat, qui pourra donner quelque forme à la justice qui s'exerce au Conseil Souverain et ailleurs. 11 passe à Paris pour un bon juge et bien éclairé. Tout ce que nous craignons de lui, c'est que ses affaires étant mauvaises en France, il ne se laisse aller à ce qu'on lai proposera d'avantageux pour ses intérêts. Cependant nous devons espérer qu'étant éclairé, il ne prendra pas de mauvais parti, et que s'il est obligé de plumer un peu la poule^ il tâchera à ne pas la faire crier. Nous avons vu M. son fils, qui parait sage, parle peu, et a beaucoup de respect pour M. son père, qui le mérite bien. »

M. Tremblay ajoutait, au sujet des deux intendants qui avaient précédé : t On nous a appris que M. de Cliampigny gagnait par an plus de 23.000 francs sur les marchandises qu'il faisait venir sous le nom de M. Hazeur pour son compte, dont M. Hazeur avait seulement un petit profit. Gens qui s'en croient bien sûrs me l'ont dit ainsi. C'est ce que l'on dit qu'a fait M. de Beauharnais pour le sel qui était au roi. 11 l'a fait adjuger à deux marchands à un écu le minot, et l'a revendu sous leur nom 13 ou 16 francs. Voilà ce qui s'est dit cette année assez hautement dans les bureaux... »

M. Tremblay écrivait encore au sujet de l'intendant Beauharnais : « 11 est d'une famille qui n'est pas jésuite ; car M™» sa mère est la grande dévote de l'Oratoire à Orléans... »

qui avait été arrêté en ce Conseil le 13 décembre dernier, et qu'il fût fait une note sur le dit rôle, déclarant qu'on n'entendait pas y comprendre la maison de M. l'évêque, et qu'on recevrait ce que son procureur voudrait bien donner de sa bonne volonté. » Il demandait aussi qu'on lui donnât un reçu de la somme ainsi offerte, et qu'il fût mentionné dans ce reçu que « le procureur de l'évêque avait offert de son bon gré la dite somme pour être employée à l'achat d'un nombre de sceaux destinés à remédier aux accidents du feu. »

C'était la mise en pratique au Canada de ce qui se faisait en France de temps immémorial. Les propriétés ecclésiastiques, de droit, y étaient censées exemptes de taxes générales ou locales. Mais le clergé, dans ses assemblées ordinaires ou extraordinaires, votait au roi — on s'imagine avec quelle liberté! — des sommes considérables qui étaient prélevées sur les évêchés, sur les abbayes, sur les différents bénéfices ecclésiastiques.

Le Conseil Supérieur ne refusa pas l'offre de M. Le Vallet; mais il lui ordonna en même temps de « justifier des titres et exemptions prétendus par M. l'évêque de Québec, pour iceux rapportés et communiqués au procureur général être ordonné ce que de raison. » Les offres de M. Le Vallet furent acceptées « par provision et sans préjudice des droits des parties au principal. »

Quant aux corvées pour les travaux publics, le droit du clergé et des communautés religieuses d'en être exemptés ne paraissait pas bien défini : ils y contribuaient volontiers; mais on les laissait généralement à leur générosité. L'intendant Beauharnais ayant été accusé, en 1702, d'avoir obligé le clergé à fournir des pieux pour les fortifications de Québec (1), répondit à la cour le 15 novembre 1703:

(1) A propos de ces premières fortifications de la ville, en pieux, je trouve dans une lettre des Ursulines de Québec à M. de Pontchartrain de curieux détails, qui donnent une idée des bouleversements de terrain que ces travaux avaient causés :

« Les religieuses Ursulines du monastère de Québec vous remontrent très humblement qu'en l'année 1692, dans les travaux qui se firent pour fortifier la Haute-Ville où elles s-ont établies, on coupa par le milieu leurs cours et jardins, détruisit un bois de haute futaie de quatre arpents, qui faisait tout l'ornement de leur raai-on et les mettait à couvert de ceux du dehors, ruina quatre autres arpents de terre que l'on dépouilla jusqu'au roc vif pour les terrasses et terrepleins, et une quantité d'autres aux environs qui servaient à pacager leurs

« Le sieur de Beauharnais n'a jamais ordonné aux curés de fournir des pieux; et si les communautés ecclésiastiques en ont fourni, çà été sur ce que feu M. de Callières lui représenta de les comprendre dans les ordonnances, attendu leurs grands domaines; et le sieur de Vaudreuil juge qu'il est juste que les curés qui ont des habitations, sans comprendre le presbytère, fournissent comme les habitants, puisque les Jésuites en fournissent, à la Prairie de laMadelaine et autres endroits, selon le bien qu'ils ont; et le sieur de Beauharnais a eu l'honnêteté de laisser à ces messieurs la liberté de se taxer eux-mêmes pour la quantité de pieux qu'ils fourniraient... »

Il y eut en 1706, à propos de ces corvées pour les fortifications, un incident assez curieux, que M. de Louvigny, alors commandant à Québec, racontait ainsi au ministre :

« Monseigneur, j'ai cru qu'il était de mon devoir que Votre Grandeur fût informée pleinement de la manière dont je me suis conduit pendant le temps que j'ai eu l'honneur de commander à

bestiaux, démoli leurs grange et étables presque neuves et d'une solide construction, ayant d'ailleurs perdu pour les dites fortifications deux emplacements qui leur valaient seize livres de rente chacun, en sorte qu'elles ont été obligées d'acheter proche d'elles pour plus de 1200 francs de terrain, afin de se rélargir tant soit peu, n'ayant été récompensées pour tous les dommages qu'elles ont soufferts par la perte de leurs terres et bâtiment que de la somme de loOO livres, qui n'est pas la huitième partie de la valeur du tout... »

Un document de 1710 nous montre qu'à cette époque, on eu était encore à ce genre primitif de fortifications :

« Québec n'est encore fortifié qu'en pieux, terrasses. On avait commencé une enceinte de pierre; mais comme le projet parut trop étendu, on donna ordre l'année dernière de tenir un conseil de fortifications, et d'examiner ce qu'il conviendraiit le mieux pour mettre la place en sûreté. Ce conseil a été tenu, et on y a conclu qu'il fallait abandonner ce projet et suivre les anciennes fortifications en les élevant et revétissant de pierre... »

Montréal avait également une enceinte de pieux : « M. de Callières avait fait clore la ville de Montréal d'une enceinte de gros pieux de cèdre d'environ quinze pieds hors de terre, avec de fortes guérites et plateformes, en sorte que cette place était fermée et gardée comme elle doit être, et comme sont les villes de guerre... » (Lettre de M. Ghaussegros au ministre, 2o oct. 1721).

En 1724, M. de Louvigny écrivait au ministre que la population du Canada dépassait trente mille âmes, et que la colonie « serait bientôt en état de se soutenir contre les ennemis du roi, si Sa Majesté faisait une faible dépense pour fortifier la ville de Québec, dix mille écus chaque année pendant cinq ans... » Et il ajoutait : « Les Canadiens aiment leur roi... >

Québec, cet été, dans le cours duquel MM. de Vaudreuil et Raudot ont ordonné les travaux publics pour les terrasses par les corvées des habitants...

« M. Levasseur détermina les corvées à cinq jours de travail, afin qu'elles fussent amples. Celles des habitants de la campagne, sans harnais, avaient été réglées à dix jours, sans prendre les vivres du roi, et à quinze jours pour ceux qui en prendraient, par M. le gouverneur et MM. les intendants.

« La première escouade suivit exactement ce qui avait été réglé; mais la seconde me fournil quelques difficultés dont je ne puis me dispenser de donner connaissance à Votre Grandeur.

« Le supérieur des Récollets, nommé le P. Luc, en l'absence de son gardien, écrivit et prétendit que, n'étant point rentes, ils n'étaient point tenus de suivre les exemples des autres communautés, et conclut, quelles que prières que je lui pus faire, qu'il ne se soumettrait pas. — « Les grâces que votre Ordre reçoit tous les jours des bontés du roi, lui dis-je, cette maison bâtie par le secours public, ce vaste emplacement que vous occupez dans le cœur de la ville, tout cela mérite quelque reconnaissance. Ces raisons me semblent valables pour vous exciter, à l'exemple des autres communautés, au service du roi, au bien pubhc et à votre propre conservation. — Voilà de bonnes raisons! me dit ce Père. Non, monsieur, je n'en ferai rien. Vous avez la force en main : envoyez chercher notre charretier, et le commandez, si vous le trouvez. »

« Pour lors, monseigneur, outré de cette réponse, pour ne pas me servir du terme de désobéissance, je lui dis : « Si votre charretier n'est pas, le 18 du mois, sur les travaux, pour y recevoir les ordres de M. Levasseur, je l'enverrai chercher. — Faites, monsieur, dit-il, si vous le trouvez. — » A ce refus, je lui dis : « Oui, monsieur, je le ferai. » Aussitôt, me regardant d'un air dévot, il me dit d'un ton emporté : « Vous jurez Dieu, monsieur. — Oui, mon Père, mais non pas en vain. J'assure l'exécution de mes paroles pour le service du roi, par serment. »

« Quelques affaires m'ayant obligé d'aller, peu de temps après, chez M. Levasseur, j'y trouvai ce religieux qui, en me voyant, vint se jeter à mes genoux, me demanda pardon, s'il m'avait offensé. L'état oii il était ne me convenant point, étant d'ailleurs mon confesseur, je le relevai et l'assurai qu'il ne m'avait point offensé,

mais qu'il avait paru réfractaire aux ordres du roi, auquel nous devions être très soumis. Mes raisons lui firent accorder ce que je lui demandais, en partie, mais non pas sans murmurer.

« Il est important, monseigneur, qu'il vous plaise statuer sur ce point pour l'avenir, puisqu'il est assuré que les communautés de ce pays ont toujours été commandées pour les corvées publiques; et j'ai soutenu à l'égard de celle des Récollets, qui seuls s'en éloignent par des prérogatives qu'ils disent avoir en France, que vivant dans l'ordre et la régularité des mendiants, dont il publient la profession, sans avoir de possessions en propre, ils étaient suivant leur institut dans la régularité, et qu'ils pouvaient être compris dans le nombre des exemptions que Sa Majesté accorde; mais que faisant un commerce ouvert de bière et deux barques qu'ils irètent, et d'un harnais qu'ils louent, ils sont dans l'irrégularité de leur Ordre, et que par conséquent ils sont sujets aux corvées publiques; ôtant à des artisans les moyens de gagner leur vie, par les métiers qu'ils font exercer dans leur maison, ils doivent subir les lois auxquelles les dits artisans seraient sujets; et quoique ces bons Pères disent que ces difficultés n'arriveront plus, je suis très aise de vous en éclaircir, monseigneur, afin qu'il vous plaise de décider des justes raisons des Récollets ou de moi... »

En eifet, c'était une question importante de droit à régler. Je ne sais dans quel sens elle fut décidée, ni même si elle le fut jamais. Je n'ai pu constater non plus si Me"" de Saint-Yallier se rendit aux ordres du Conseil qui voulait lui faire exhiber ses titres à l'exemption des taxes municipales.

Ce qui paraissait bien acquis, ou du moins de mieux en mieux reconnu, c'était le droit du clergé d'être jugé par des tribunaux ecclésiastiques.

En 1712, un nommé Garnault, de l' Ange-Gardien, vient se plaindre au Conseil de ce que son curé, M. Dufournel, a refusé de l'entendre en confession. Le Conseil, sans trop réfléchir, reçoit d'abord sa requête. Mais il suffit que « M. Philippe Roucher, curé de la paroisse de Saint-Joseph à la Pointe-de-Lévy, promoteur de l'officialité, » vienne lui-même à la séance suivante, et proteste contre la présentation de cette requête au Conseil : « Celui qui l'a dressée, dit-il, ne savait pas sans doute que les juges laïques ne connaissent jamais d'affaires qui regardent les matières spirituelles

telles qu'est celle-ci. Quand on accuse un prêtre de ne pas faire son devoir dans l'administration des sacrements, il ne peut être cité pour cela que par devant l'official, suivant l'art. 34 de l'édit de Versailles du mois d'avril 1695. Dans l'affaire dont il s'agit il n'y a point d'appellations comme d'abus, puisqu'il n'y a eu aucufie procédure; et d'accuser un curé de refuser d'entendre à confesse un de ses paroissiens, c'est un cas dont les empereurs ni les rois les plus ennemis de l'Église, ni aucune justice séculière, n'ont jamais entrepris de prendre connaissance... »

Le Conseil renvoya « le dit Garnault et sa femme à se pourvoir devant l'official. »

En 1714, Pierre le BouUenger de Saint-Pierre et Marie-Renée Godefroy, son épouse, présentent une requête au Conseil, « au nom et comme prenant le fait et cause d'Anne-Marguerite le Boullenger, leur fille. » Ils ont appris « que le P. Joseph Denis (1), Récollet, faisant les fonctions curiales aux Trois-Rivières, aurait débité les plus noires et les plus atroces calomnies contre la dite Anne-Marguerite le BouUenger; entre autres, il se serait servi de l'occasion de quelques remèdes qu'elle a été obligée de se faire faire par l'ordre de M. Michel Sarrazin (2), conseiller en ce Conseil

(1) Le même dont il a été question dans l'affaire du prie-dieu de M. de Callières.

(2) Membre de l'Académie des Sciences^ l'un des plus savants naturalistes qui aient habité le Canada. D'après une lettre de Frontenac, il songea sérieusement à se faire prêtre, et entra même dans ce but au séminaire de Québec. Voici ce que le gouverneur écrivait de Québec le IS octobre 1697 :

« ... Le .sieur Sarrazin était, il y a quatre ans, chirurgien-major des troupes; s'étant relire un an auparavant dans un séminaire d'ici, dans le dessein de se faire prêtre, et nous ayant témoigné qu'il voulait quitter son emploi, nous fûmes obligés de mander qu'on nous en envoyât un autre, qui arriva ici avant que le dit Sarrazin en partît pour passer en France, et qui est un très habile homme, consommé dans sa profession, aimé et estimé ici de tout le monde, et qui a servi fort longtemps dans les armées de terre et de mer.

« J'ai appris, depuis, que le dit sieur Sarrazin, ayant changé de dessein, s'était appliqué à Paris à l'étude de la médecine, où l'on dit qu'il a bien réussi : ce qui ne peut être que très utile en ce pays. Ainsi, monseigneur, il sera de votre bonté de voir à lui donner les moyens d'y subsister. Mais je vous demande sur toutes choses que cela ne retranche rien de ce qui revient au sieur Boudeau, chirurgien-major, qui est un homme absolument à conserver... »

Du séminaire de Québec^ on avait évidemment envoyé Sarrazin au séminaire des Missions-Étrangères de Paris, pour achever de s'y former. Mais là, il s'aperçut qu'il n'était pas appelé à l'état ecclésiastique, et il se livra à l'étude

et médecin du roi en ce pays, pour insinuer et persuader qu'étant, enceinte, elle aurait fait taire ces remèdes pour faire dissiper sa prétendue grossesse; le P. Joseph a même surpris la religion de M. l'évêque par cette imposture criante, ce qui l'a sans doute porté à lui défendre de la recevoir au sacrement de pénitence pour satisfaire à son devoir pascal; le même Père avait donné à la dite le Boulienger, dès le 20 avril dernier, un billet contenant son refus de lui permettre d'aller à confesse ailleurs pour faire ses pâques, et ce billet est un libelle diffamatoire contre leur fille, puisqu'il porte en termes exprès que M. l'évêque ne la croit pas en sûreté de conscience en restant dans la maison où elle est... t

Deux crimes bien distincts reprochés au P. Denis, dans cette requête : diffamation de la fille Le Boulienger: refus de l'entendre en confession.

Le Conseil, au lieu de renvoyer de suite cette affaire devant l'ofîicialité, la transmet à la prévôté de Québec.

Mais le chanoine Calvarin (1), « faisant les fonctions de promoteur en l'officialité, » vient aussitôt faire opposition : « Qu'il plaise à la cour d'ordonner, dit-il, que les ecclésiastiques et clercs seront maintenus et gardés dans leurs privilèges; que Le Boulienger, sa femme et leur fille seront renvoyés en l'ofiicialité pour y continuer les procédures commencées à l'encontre du P. Joseph Denis, et que défense soit faite au sieur d'Artigny (2), faisant les fonctions de lieutenant particulier en la prévôté, d'en connaître, et aux dits Le Boulienger, sa femme et leur fille de procéder ailleurs sur le fait en question, à peine de nullité des procédures, et de tous dépens, dommages et intérêts... »

Ms"" de Saint-Yallier intervient lui-même, et envoie au Conseil un billet signé de sa main, « par lequel il déclare qu'il garde la requête présentée à M. l'ofïicial par la daraoiselle Saint-Pierre, en

de la médecine. Il repassa au Canada en 1697, en même temps que M»' de Saint-Vallier. Ctiampigny écrivait à ce sujet au ministre le 26 août :

« L.es sollicitations de M. l'évêque de Québec ont ramené ici cette année le sieur Sarrazin. Il a rendu, dans la traversée, de très grands services dans la Gironde, où il y a eu quantité de malades du pourpre, et particulièrement à M. l'évêque de Québec^ qui l'a été dangereusement, et qu'il a tiré d'affaires... »

(1) Un B.-eton, originaire de Vannes.

{t) Louis Rouer d'Artigny, fils de l'ancien doyen du Conseil, Rouer de Villeray.

original, pour l'envoyer à M. le comte de Pontchartrain avec les autres pièces du procès. »

Le Conseil, « ayant égard à l'opposition formée par M. Calvarin, » renvoie l'affaire Le Boullenger devant Tofficialité. Mais il ordonne en même temps « qu'il soit nommé par M. l'évêque un autre officiai et un autre promoteur, » le présent oiTicial, M. Thibout (1), ne pouvant servir, « parce qu'il a été assigné comme

(1) Encore un Normand, de la ville de Rouen. 11 vint au Canada en 1710, envoyé pour le séminaire de Québec par les Missions Étrangères de Paris : « L'évêque de Rosalie avait voulu l'emmener en Chine, et lui avait même déjà fait apprendre les principes de la langue chinoise, lorsque les nouvelles de la persécution le firent consentir à le céder au Canada. Jl avait une fort belle voix, mais une poitrine délicate, affaiblie encore par ses mortifications. M. Tremblay, qui le connaissait bien, eut soin de recommander à M. de Maizerets de le modérer; car, dit-il, « il a pensé mourir au séminaire de Paris, en « ne voulant faire qu'un repas par jour en jeûnant. » (Hist. manuscrite du séminaire de Québec).

Dans ses difficultés avec le Chapitre, le séminaire de Québec l'envoya deux ans en France pour surveiller ses intérêts; mais il paraît que le Chapitre le regardait comme son meilleur défenseur : ce qui faisait dire plus tard à M. Jacrau, un autre directeur du séminaire, t qu'il était de corps du séminaire de Québec, et d'esprit du Chapitre; » et à un autre chroniqueur : « Quel homme que ce M. Thibout, que le séminaire et le Chapitre accusent des dispositions les plus opposées! »

Thomas Thibout succéda, en 1711, à M. Pocquet comme curé de Québec; et c'est à sa demande que M»'' de Saint-Vallier accorda au séminaire, le 8 juillet 1717, « la permission de dire la messe à la chapelle de la Canardière ». Puis, en 1723, il fut aussi nommé supérieur du séminaire pour remplacer M. Glaudelet : mais il mourut le 12 avril de l'année suivante, âgé de 43 ans.

« 11 passe, dit l'auteur de l'Histoire manuscrite du séminaire, pour avoir été favorable au jansénisme. M. de Latour ne dit pas un mot pour le justifier, non plus que M. de Villermaula, du séminaire de Saint-Sulpice.

f Nous n'avons rien trouvé qui confirme ou qui contredise l'accusation portée contre M. Thibout. Nous ferons seulement une remarque :

« M. de Latour dit que « W de Saint-Vallier fut toujours très attaché à la « saine doctrine, et toujours infiniment éloigné de toutes les nouvautés pio- « fanes. » Or, est-il croyable qu'un évêque du caractère de M^' de Saint-Vallier eût souffert sans réclamalion dans sa propre cathédrale un curé dont la doctrine n'eût pas été bien sûre? »

Il est certain, cependant, que M»"^ de Saint-Vallier, écrivant un jour à la cour au sujet de M. Thibout, disait « qu'il s'acquittait de ses fonctions de curé avec assez de capacité, mais qu'il était fort haut sur la Doctrine et la conduite, et que lui (évêque) ainsi que les Jésuites avaient eu des affaires avec lui » à ce sujet. (Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 35).

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témoin, » ni M. Calvarin, comme promoteur, parce qu'il a enfreint les ordonnances, « en communiquant à M. l'évêque toutes les pièces du procès. »

M. Le Picart, chanoine de la cathédrale, fut nommé vice-gérant de l'officialité, et l'atfaire fut informée devant lui.

L'œuvre pastorale de M^'' de Saint-Vallier.

Ms"" de Saint-Vallier ne fut pas toujours en désaccord avec M. de Vaudreuil : au contraire, tous deux s'entendirent, en maintes occasions, pour assurer le succès d'œuvres importantes. C'est ainsi, par exemple, que nous les voyons, en 1720, s'occuper de concert à fixer les limites des différentes paroisses de la colonie.

Un travail de ce genre avait déjà été fait autrefois par l'intendant de Meulles et le grand vicaire de Ms"" de Laval : ils avaient formé une quarantaine de districts paroissiaux. Mais depuis ce temps, la colonie avait beaucoup augmenté : au recensement de 1710, elle renfermait 16.353 âmes, « tant Canadiens que Français, établis, non compris les officiers, les troupes et les ecclésiastiques (1); » il y en avait 30.000 en 1724 (2). Cette population, disséminée çà et là sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent, se partageait, un peu arbitrairement, en un certain nombre de paroisses ou missions. Il fallait en créer de nouvelles; il fallait diviser les anciennes, ou en changer les limites : souvent les colons avaient des espaces immenses à parcourir pour se rendre à leur église; quelquefois même ils avaient à traverser le fleuve.

M. de Vaudreuil et l'intendant Bégon (3) députèrent M. Collet (4),

(1) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 31, État de la colonie au mois de novembre 1710.

(2) Ibid. vol, 46, Lettre de M. de Louvigny au ministre, 1724.

(3) « M, Bégon, nommé intendant à la place de M. Haudot, en 1710, ne passa :iu Canada que l'année suivante. C'était un ami de M. de l'.risacier. M. Bégon avait longtemps aidé son père dans l'intendance de Rochefort, et avait pu acquérir de l'expérience.

« 11 avait un frère abbé, qui était doyen de La Rochelle et député de cette province à l'Assemblée du Clergé. 11 avait été élevé chez les Sulpiciens et logeait chez eux à Paris. » (Histoire manuscrite du séminaire de Québec).

(4) Lorsque M. Collet mourut, eu 1727, le gouverneur, M. de Beauhamais,

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procureur général au Conseil Supérieur, en qualité de commissaire, dans les différentes paroisses de la colonie, pour convoquer les habitants, entendre leurs demandes et leurs plaintes, et dresser des procès-verbaux de commodo et incommodo. Le commissaire, accompagné d'un greffier, mit deux mois seulement à faire sa tournée (1), et s'acquitta de sa tâche « avec beaucoup d'ordre et d'attention. » D'après les procès-verbaux qu'il rapporta, le gouverneur et l'intendant, « conjointement avec l'évèque, » formèrent quatre-vingt-deux districts paroissiaux, et en déterminèrent les limites et l'étendue, décidant en même temps à qui les fidèles de telle localité devaient payer la dîme; puis ils envoyèrent à la cour leur Règlement, daté du 20 septembre 1721, pour le faire confirmer par un arrêt du Conseil d'État, « afin de prévenir les difficultés qui pourraient naître dans la suite sur son exécution (2). » Cet arrêt fut rendu le 3 mars 1722, puis enregistré au Conseil Supérieur le 5 octobre de la même année (3).

Voici les noms des différents districts paroissiaux dont les limites furent fixées par ce Règlement :

Dans le gouvernement de Québec, côté du nord, en remontant le fleuve Saint-Laurent :

Baie Saint-Paul. — La Petite-Rivière. — Saint-Joachim. — Sainte-Anne. — Le Châtçau-Richer. — L'Ange-Gardien. — Saint- François. — Saint-Jean. — Saint-Laurent. — La Sainte-Famille. — Saint-Pierre. — Beauport. — Charlebourg. — Québec. — Sainte-Foye. — La Vieille-Lorelte. — Demaure. — Neuville. — Portneuf dit le Cap-Santé. — Eschambault et la Ghevrotière. — Les Grondines. — Sainte-Anne, près Batiscan.

écrivit à la cour : « La colonie vient de faire tine très grande perte par la mort de M. Collet, procureur général du Conseil, qui, avec sa grande capacité, avait le talent d'accommoder nne infinité de procès. »

(1) La navigation sur le fleuve était encore la voie ordinaire : « Il n'y a point de chemin établi par terre de Québec -à Montréal, » écrit en 1727 l'intendant Dupuy. Ce chemin, cependant, était à la veille de s'ouvrir : M. de Boisclair, grand voyer, écrit au ministre le 31 octobre 1735 : « Les chemins sont présentement faits de façon que les voitures peuvent rouler d'une côte à une autre. J'ai descendu, cette année, au mois d'août dernier, en chaire, en quatre jours et demi de Montréal à Québec. »

(2) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 43, Lettre de MM. de Vaudreuil et Bégon au ministre, 1721.

(3) Edits et Ordonnances, t. I. p. 443.

Côté sud, en remontant le fleuve Saint-Laurent :

Les Gamouraska. — La Bouteillerie, dit la Rivière-Ouelle. — La Pocatière ou Grande-Anse. — Les Aulnets. — Port-Joly. — Bon-Secours. — Le Gap Saint-Ignace. — La Pointe à la Caille. — Saint-Pierre. — Bellechasse. — La Durantaye. — Saint-Michel. — Beaumont. — La Pointe-de-Lévy. — Saint-Nicolas. — Tilly. — Sainte-Croix. — Lotbinière. — Eschaillons.

Dans le gouvernement des Trois-Rivières, côté du nord, en remontant le fleuve :

Batiscan. — Champlain. — Le Cap dit de la Madeleine. — Les Trois-Rivières. — Le Kief des Pères Jésuites. — Grosbois, dit les Grande et Petite-Rivière Ouamachiclie. — La Rivière-du-Loup, sur le lac Saint-Pierre. — Masquinongé.

Côté du sud, en remontant le fleuve :

Saint-Pierre, Gentilly, Cournoyer. — Bécancourt. — Godefroy et Tonnancourt. — Nicolet, l'Isle Moras et la Baie Saint-Antoine.

— Saint-François sur le lac Saint-Pierre.

Dans le gouvernement de Montréal, côté du nord, en remontant le fleuve :

L'Isle du Pads. — Berthier et Dorvilliers. — Dautray et Lanoraie. — Lavalterie. — Saint-Sulpice. — Les Isles Bouchard. — Repentigny. — La Chesnaye. — Terrebonne, et le Fief des héritiers l'Angloiserie et Petit. — L'Isle-Jésus. — La Rivière des Praieries.

— La Pointeaux- Trembles. — La Longue-Pointe. — Montréal. — Saint-Laurent. — La Chine. — La Pointe-Claire. — Sainte- Anne-du-Bout-del'Isle.

Côté du sud, en remontant le fleuve :

Saurel. — Saint-Ours. — Contrecœur. — Verchères. — Varenne.

— Boucherville. — Chambly. — Longueuil. — La Prairie-de-la- Magdelaine. — Ghateauguay.

Il était impossible que le Règlement de 1722 contentât tout le monde : aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver dans les archives un grand nombre de protesta: ions. Nous y voyons, entre autres, « une requête et liste des habitants de la côte Saint-Ange,"" qui réclament contre leur réunion aux paroisses de Saint-Augustin et de Sainte-Foye; » une « reijuêLe des habitants de la seigneurie Saint-Pierre, réclamant contre l'annexion de cette seigneurie à la paroisse de Bccancour; » puis la plainte de Joachira Fornel (ou

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Fournel (1), curé de l'Ancienne-Loretle, qui prétend que sa paroisse est réduite à rien :

« Joachim Fornel, curé de l'Ancienrie-Lorette (2), remontre à Votre Grandeur que. par l'arrêt du Conseil d'État du Roy, rendu l'année dernière, pour régler les districts des paroisses de la Nouvelle-France, celle de Lorette se trouve réduite à un si petit nombre d'habitants, qu'elle semble ne devoir plus mériter le nom de paroisse, tant le nombre de ceux qui restent est peu considérable... » (3).

Du côté de Montréal, les habitants de Mouille-pieds écrivent à Me"" de Saint-Vallier pour protester contre leur annexion à Longueuil :

« Ce sont, disent-ils, de pauvres sujets de Sa Majesté, habitants du lieu dit Mouille-pieds, de la paroisse de la Prairie de la Made-

(i) Voici ce que M. de Beauharnais, gouverneur du Canada, écrivait au ministre au sujet de l'abbé Fornel : « 11 a tenu à p'usieurs religieuses des discours sur la Constitution (Unigmilus), à l'occasion de M. le cardinal de Noailles, qui ne convenaient guères. On lui en a fait faire des reprocbes par un de ses confrères, qui lui a fait sentir sa sottise dans toute son étendue. 11 lui répondit qu'il l'avait dit pour rire. C'est une peste qu'un tel sujet dans un paj's aussi sain que l'est celui-ci. » (Documents de Paris, Église du Canada, Lettre du 16 oct. 1727). On lit encore à son sujet dans une lettre de M^'' Dosquet : « Il est important, pour avoir la tranquillité dans le Chapitre, qu'il n'y réside pas : il est inquiet, il ne peut y souffrir de Français, et il décide en maître. » (Ibid.).

M»'' de Saint-Vallier nomma, en 1726, le chanoine Fornel à la cure de Louisbourg, dans l'ile Royale; mais le gouverneur de l'ile, M. de Saint-Ovide, s'opposa à ce qu'il en prît possession, et adressa des plaintes à la cour à son sujet. Le chanoine fut obligé de redescendre à Québec.

C'est lui qui prononça l'oraison funèbre de M«'' de Saint- V^allier, <à la cathédrale, au commencement de 1728. 11 passa en France dans l'automne de cette même année, et en revint l'année suivante, à la demande de M»' Dosquet. Le prélat se reprochait cela plus tard : écrivant au ministre : « Je vous demande pardon, disait-il, de vous avoir prié d'accorder le retour dans ce pays-ci au sieur Fornel; j'avoue ma faute, car tant qu'il y restera, l'on ne peut espérer d'y voir régner la paix. »

La cour envoya en 1731 une lettre de cachet pour le faire repasser en France ; mais encore cette fois, il fit tant de promesses à l'évêque et usa de tant d'artifices, qu'il obtint de rester au Canada.

Son père, Jean Fornel, était marchand à Québec, et demeurait à la Basse- Ville, rue Notre-Dame.

(2) Remarquons que ce curé, lorsqu'il faisait cette plainte, n'était âgé que de vingt-six ans et n'avait que trois ans de prêtrise I

(3) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 4o.

laine en Canada, que l'on veut forcer de quitter leur dite paroisse de la Prairie de la Madelaine, pour être de celle de Longueuil, qui osent se jetar aux pieds de Votre Grandeur pour implorer la justice à ce sujet... » (1).

Leur curé. M. Ulric, vient appuyer leurs plaintes; mais il ne se contente pas d'écrire à l'évéque, il s'adresse directement au secrétaire d'État dans le département de la marine, le comte de Morville, et lui envoie des mémoires pour réclamer contre « le retranchement qu'on veut lui faire d'un endroit très considérable de sa paroisse, nommé Mouille-pieds, pour être attaché à celle de Longueuil. »

Sa plainte est référée à l'intendant du Canada, avec prière de lui rendre justice. Alors M. Ulric écrit de nouveau au secrétaire du déparlement de la marine :

« J'ai reçu avec toute la reconnaissance possible la lettre dont Votre Grandeur m'a honoré, de Paris, du mois d'avril. On a renvoyé ici à M. l'intendant mes mémoires, avec ordre de me satisfaire; mais le dessein qu'il a de faire plaisir au gouverneur des Trois-Rivières de ce pays lui a fait passer sous silence les ordres de la cour à mon sujet. Cependant, on me fait, monseigneur, l'injustice la plus criante qui fût jamais, et qui est à un tel excès que je ne puis assez l'exprimer. Mon évêque en gémit; mais que peut-il contre un intendant qui, éloigné de la cour, prétend que tout doit suivre ses volontés?

« Si j'osais supplier Votre Grandeur de dire un mot en ma faveur au ministre de la marine, et de lui faire présenter mon placet par quelqu'un, je le ferais, prosterné à ses genoux; du moins, qu'Elle me fasse donner passage dans le vaisseau de Sa Majesté, pour que je puisse moi-même aller représenter la justice de mon droit. »

Il parait que l'usage de donner des petits présents aux personnages haut placés, pour les amadouer et se les rendre propices, était déjà connu et pratiqué à cette époque, car M. Ulric ajoutait avec la souplesse d'un courtisan accompli :

« C'est trop pour moi, monseigneur, que Votre Grandeur ait agréé la peau de loup-cervier que j'ai pris la liberté de lui faire tenir, sans encore y ajouter l'honneur de son souvenir. J'ai hésité

(1) Ibid.

longtemps si je lui en enverrais celte année deux que j'ai entre les mains; mais comme elles ne m'ont point paru belles, à cause que l'hiver a été fort doux cette année en ce pays-ci, je n'ai pas eu assez de confiance pour le faire. J'en ferai venir une demi-douzaine, des mieux choisies, du meilleur endroit du nord, pour l'année prochaine, atin qu'au retour des vaisseaux vous me fassiez la grâce de vouloir bien les accepter... » (1).

Le Règlement des districts de paroisses finit par être reçu partout sinon de bonne grâce, du moins comme un fait accompli. Quant à M. Uiric, en particulier, Ms"" de Saint-Vallier employa, pour le calmer, un moyen qui lui réussit à souhait, et qui a réussi depuis également en maintes occasions : il le transféra à la belle cure de Varennes; et les habitants de Mouille-pieds ne songèrent plus à se plaindre de leur annexion à Longueuil : le gouverneur et l'intendant écrivaient à la cour l'année suivante :

« Il y a lieu de croire que le sieur Ulric, curé de la Prairie de la Madelaine, agissait sous le nom de ceux des Mouille-pieds, qu'il voulait avoir; car ces habitants ne demandent plus d'être de cette paroisse, à présent qu'il est curé de Varennes; et le sieur Poulin qui est à sa place est content de son district... »

Ils ajoutaient : « Il est assez difficile, dans un règlement général, de concilier l'intérêt particulier avec la vue que M. l'évêque a eue d'égaliser autant que faire se pourrait les cures, et d'éviter que des habitants ne fussent obligés de traverser le fleuve pour aller à leur paroisse... » (2).

Le Règlement de 1722 avait donné naissance à quatre-vingt-deux paroisses ou districts paroissiaux. Dix ans plus tard, on en comptait une centaine, au témoignage de M?' Bosquet; mais, d'après ce même témoignage, que nous avons déjà cité, il n'y avait pas plus d'une vingtaine de paroisses qui fussent « remplies par des curés en litre : » toutes les autres n'étaient « desservies que par de simples missionnaires. » C'est-à-dire que le temps et l'expérience avaient démontré la sagesse du système établi au Canada par M?'' de Laval : ce système était le seul pratique « dans ces espaces

(1) Ibid., Lettre de M. Ulric (Paul-Armand) au comte de Morville, 8 octobre

(2) Ibid., vol. 47, Lettre de MM. de Longueuil et Bégon au ministre, 3i octobre 172r).

immenses de dix, douze et quinze lieues, qui ne faisaient qu'une seule mission. »

« Ce système, disait Ms' Dosquet, conforme à celui de toutes les églises naissantes de l'Amérique, des Indes, des Philippines (1), etc, est une exécution précise de la déclaration du mois d'avril 1663, qui porte par exprès que, pour se conformer autant qu'on le pourrait à la primitive Église, l'évêque de Québec ne fixerait irrévocablement aucun prêtre dans aucune paroisse, mais la ferait desservir par un simple missionnaire (2). On s'en est tenu constamment à cet usage. Il est vrai que de temps en temps on y a fait quelque changement. Il est venu des lettres de la cour qui portaient une permission du Roy pour les fixer toutes : mais cela n'a point eu de suite. M. de Saint- Vallier a fait venir des ordres contraires; il en a fixé peu lui-même; le peu même qu'il a jugé à propos de fixer, il l'a remis à son ancien état, à la mort du premier titulaire... » (3).

De fait, nous croyons qu'à part celui de Notre-Dame de Québec, il n'y eut jamais au Canada de curés inamovibles dans le sens véritable et canonique du mot. Ce que l'on entendait généralement, à l'époque qui nous occupe, par curés fixes, c'étaient, comme l'explique quelque part l'intendant de Meulles, des curés « qui ne seraient pas obligés d'aller d'habitation en habitation pour desservir les peuples, mais qui auraient leurs églises et presbytères, où ils demeureraient toujours, et où les peuples iraient entendre la messe... » (4).

Les paroisses que nous venons d'indiquer, échelonnées sur une étendue de plus de deux cents lieues, formaient le diocèse de Québec proprement dit : que de fois Mof de Saint- Vallier en fit la visite pastorale! Mais son diocèse s'étendait aussi jusqu'aux missions lointaines de l'Acadie, jusqu'à l'île Saint-Jean et au Cap- Breton, jusqu'aux missions reculées du Détroit, des Tamarois, de

(1) Les Philippines, dont on parle tant aujourd'hui, furent converties en 1571, et un évéché fut alors fondé à Manille. {Histoire de l'Église, par l'abbé Beurlier, p. 203).

(2) Approbation du roi pour l'établissement du Séminaire de Québec, dans les Edils et Ordonnances, t. 1, p. 33.

(3) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 46, Mémoire sur l'affaire des curés fixés par le Chapitre de Québec.

(4) Lettre de M. de Meulles au ministre, 4 novembre 1683.

la Louisiane. Deux fois, 1686 et 1689, le prélat fît en visite pastorale le voyage, alors si périlleux et si difficile, de l'Acadie. S'il n'eiit écouté que son zèle, il se serait rendu jusqu'aux extrémités les plus lointaines de l'immense territoire soumis à sa juridiction; mais son âge et ses infîrmités ne le lui permirent pas. Il dut se contenter d'y envoyer de bons et intrépides missionnaires : les prêtres de Saint-Sulpice et des Missions-Étrangères rivalisaient de zèle en Acadie; le Séminaire de Québec avait la mission des Tamarois; les Récollets, les Jésuites, les Capucins exerçaient leur zèle au Détroit, dans les différents postes de l'ouest, à la Louisiane (1).

(1) Nous avons signalé dans notre étude sur Henri de Bernières les doléances du P. de Rochemonteix à propos de la mission des Tamarois confiée au Séminaire de Québec, et de ce qu'il appelle « la mesure arbitraire » de M»' de Saint- Vallier. Celles dont il nous fait part au sujet du rappel « douloureux, mais obligé, » des Jésuites de la Louisiane, en 1703, ne sont pas moins touchantes.

Ces religieux, nous dit-il, y avaient été envoyés par le ministre de la marine, à la demande de M. d'Iberville; et ils établirent, d'abord à Biloxi, puis à Mobile leur résidence. On doit supposer, bien qu'il n'en fasse nullement mention, que la chose ne s'était pas faite à l'iasu de l'Ordinaire, ou que du moins, une fois arrivés dans cette partie du diocèse de W' de Saint- Vallier, ils s'étaient assurés de son agrément et mis en règle avec lui.

Le malentendu commença lorsque les prêtres des Missions-Étrangères vinrent, eux aussi, se fixer à la Louisiane, et que le prélat nomma l'un d'eux son grand vicaire pour la colonie. Les Jésuites, ne voulant pas se soumettre à la juridiction de ce prêtre, proposèrent qu'on leur donnât un district séparé où ils fussent seuls, « et sans concurrents; » ils demandaient que leur supérieur y « fût le grand vicaire né » de l'évêque :

« Jamais, dit le prélat, je ne ferai un Jésuite mon grand vicaire, quand même la cour leur accorderait un district où il n'y aurait point d'autres missionnaires que de leur ordre. » {Les Jésuites et la Nouvelle-France^ t. IIL p. 580).

On fit auprès de l'évêque instances sur instances; on fit intervenir le ministre; on menaça de retirer les Jésuites de la Louisiane : « Monseigneur resta ferme, écrit le P. de Rochemonteix. Il n'entrait pas dans le tempérament de ce prélat, autoritaire et entêté, de lâcher une seule de ses idées. »

Les Jésuites, apparemment, n'étaient pas moins tenaces : « Le Provincial de France, ajoute-t-il, prit aussitôt, de l'avis de ses consulteurs, la résolution que lui dictait le devoir, résolution douloureuse, mais obligée : il rappela les trois Pères, missionnaires à la Louisiane. Le P. du Rue... se fit une place parmi les prédicateurs en France. Le P. de Limoges et le P. Dongé revinrent le cœur profondément navré : ni l'un ni l'autre ne survécurent longtemps à leur grande douleur.. »

Quatre fois M^"" de Saint- Vallier réunit ses curés en synode : les résolutions qui y furent prises, de même que les nombreuses ordonnances qu'il rendit dans le cours de son administration, constituent les principaux éléments de « la belle discipline ecclésiastique et paroissiale de nos jours, » dont Ms"" de Laval avait, avec tant de solidité, « posé les fondements » (1).

Ajoutons à cela le catéchisme qu'il publia en 1700 pour son diocèse, le Rituel qu'il donna en même temps à son clergé, son Règlement pour les Conférences ecclésiastiques, et l'on aura une idée de l'œuvre pastorale de Me^ de Saint- Vallier (2).

Mk"" de Saint- Vallier et Vaudreuil (suite). Mort de M. de Vaudreuil.

Ce que j'ai cité des reproches que M?"" de Saint- Vallier eut à faire en diverses occasions à M. de Vaudreuil montre que les

« La Providence, ajoute-t-il encore plus loin, a parfois des retours cruels... » (Ihid., p. 573 à 589).

En efifet, les Jésuites, « qui n'avaient pas dit un éternel adieu » à la Louisiane, y étant revenus quelques années plus tard, ce fut à leur tour de voir leur juridiction méconnue. M*'' de Pontbriand ayant nommé l'un d'eux son grand vicaire pour la colonie, les Capucins ne voulurent pas se soumettre à son autorité : « Ils refusent, écrit l'abbé de l'Ile-Dieu, de reconnaître la juridiction dans la main d'un Jésuite, nommé grand vicaire pour la Nouvelle-Orléans et le cours du fleuve en remontant jusqu'à Mobile... Ils prétendent, ajoute-t-il, être indépendants de l'Ordinaire, se donner pour missionnaires apostoliques, et ne reconnaître que la mission du Pape.., » (Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 100, Lettres de l'abbé de l'Ile-Dieu au ministre, 21 juillet et 3 nov. 1755).

11 fallut que M«' de Pontbriand écrivît à la cour et implorât sa protection pour faire reconnaître par les Capucins la juridiction de son grand vicaire à la Louisiane. Il fut même obligé d'en interdire deux, « les plus mutins et les plus révoltés contre l'autorité légitime de l'Ordinaire. » (Ibid., vol. 102, Lettre de l'abbé de l'Ile-Dieu, 30 oct. 1757).

(1) Lettre de S. E. le cardinal Taschereau à l'auteur, publiée au commencement de la Vie de M" de Laval.

(2) Mandements des évoques de Québec, t. I, p. 393.

relations entre ces deux éminents personnages ne furent jamais aussi tendues qu'elles l'avaient été entre l'évêque et Frontenac. On ne peut dire toutefois qu'elles furent bien cordiales. Pour être ami de M^r de Saint- Vallier, il fallait l'admirer en tout et ne le contredire en rien. Il suffisait certainement que M. de Vaudreuil penchât évidemment du côté du séminaire, pour que le prélat se montrât peu sympathique au gouverneur.

Tacite dit quelque part que c'est le propre de l'esprit humain de haïr ceux que l'on a une fois offensés — proprium humani ingenii est odisse quem lœseris. — Ms"" de Saint-Vallier avait profondément blessé le séminaire de Québec en s'attaquant à la constitution que lui avait donnée Msi" de Laval et en ébranlant les bases mêmes sur lesquelles il était fondé. Malgré toute sa vertu, il ne put jamais se défendre d'une certaine aversion contre cette institution; et cette aversion se révélait en toute occasion par mille tracasseries de toutes sortes.

Le prélat avait fait régler par la cour, en 17i3, qu'on ne pourrait, à l'avenir, être à la fois chanoine et membre du séminaire (1) : et, dans la division des fonds attribués à l'Église du Canada, entre l'évêque, le séminaire et le Chapitre, il avait fait la part très large à ce dernier (2). Son but était de se créer à Québec un clergé indépendant du séminaire, et sur lequel il pût s'appuyer (3). Mais

(1) Édits et Ordonnances, t. L p. 339.

(2) M»' de Saint-Vallier semblait le regretter plus tard : ces chanoines n'étaient jamais contents de ce qu'ils avaient : « Je vois peu de corps plus à son aise que ce chapitre, écrivait le prélat^ quoiqu ils aient voulu écrire et persuader le contraire. » (Lettre au ministre, 9 oct. 1727 — Voir Henri de Bernières, ch. xvi).

(3) Voici, d'après son successeur, W' Dosquet, quelle fut la conséquence de cette politique : ce prélat écrivait à la cour : « Il serait à propos qu'il pût nommer aux canonicats vacants quelques directeurs du séminaire de Québec qui peuvent aisément assister à tous les offices du cbœur et remplir les devoirs de leur maison. Par ce moyen, il n'y aura pas à Québec tant d'ecclésiastiques inutiles qui, faute d'occupation, commencent à donner dans les amusements mondains, le jeu, la bonne chère et le dérèglement. Cette oisiveté fait qu'ils ne pensent qu'à chicaner et à semer la division tant entre eux qu'entre les laïques. 11 y en a même qui tiennent des discours qui peuvent porter les peuples à l'indépendance et à la révolte.

« Son dessein serait aussi de mettre dans le Chapitre quelques-uns des anciens curés qui, ayant travaillé avec zèle dans leurs missions, et ne pouvant en soutenir les travaux, seraient en état d'assister au chœur, et de rendre plus

il arriva que quelques prêtres qu'il avait décidés à passer au Canada ne voulurent pas, pour une raison ou pour une autre, y rester (1), et retournèrent en France. Le prélat se figura que c'était le séminaire qui les « avait dégotités de rester dans son diocèse; » et il écrivit à la cour, en 1715, pour obtenir « qu'aucun prêtre ne pût repasser en France sans sa permission par écrit. »

Afin d'éloigner autant que possible le clergé du séminaire, il prépara un projet d'ordonnance, dans lequel il réglait, entre autres choses, que « les missionnaires ne pourraient à l'avenir y loger sans la permission de l'évêque; » et il soumit ce projet à la cour.

Enfin, pour s'assurer de la direction de cette maison, il demandait comme supérieur un homme de son choix. Il mettait de côté MM. de Maizerets, Glandelet et Thiboult, et proposait son ancien grand vicaire, M. de Montigny, qui exerçait alors les fonctions de procureur des Missions-Étrangères, à Rome.

M. de Vaudreuil se trouvait à cette époque à Paris : il ne manqua pas d'être consulté sur ces différents projets de M»"" de Saint- Vallier; et son opinion fut carrément favorable au séminaire :

« Si les prêtres s'en retournent du Canada, dit-il, c'est la faute de M. l'évêque. Je ne crois pas qu'il convienne de lui donner un ordre pour empêcher les prêtres de repasser en France quand leurs affaires le demandent : ce serait le moyen qu'il n'en passât jamais de France.

« J'ai toujours vu, ajoute-t-il, M. l'évêque brouillé avec le séminaire de Québec. Les curés de la campagne qui viennent

de services aux peuples de Québec que ces jeunes chanoines en qui ils n'ont pas confiance et qui, le plus souvent, les scandali ent. 11 a communiqué cette idée à M. de Beauharnais, qui l'a fort goûtée.

« Le défaut de prêtres le porte à proposer les directeurs du séminaire pour être chanoines, n'ignorant pas qu'ils en ont été exclus à la prière de feu M. de Saint-Vallier. Il ne conçoit pas pour quelle raison il l'a demandé, dans un temps où il n'y a pas assez d'ecclésiastiques pour fournir aux missions. » (Lettre de Me' Dosquet au ministre, 25 oct. 1729).

(1) Le séminaire réussit à en faire rester un, M. Dauric, curé de Saint-Pierre, île d'Orléans, qui avait voulu partir pour se faire Trappiste : « C'est un si bon ouvrier, écrivait à son sujet M. Trembley ! Ne peut-il pas trouver à Saint- Pierre la Thébaïde et la Trappe? » 11 resta en efïet à Saint-Pierre, et y mourut le 10 mai 1713. M. Dauric était natif du diocèse de Grenoble, comme Mf de Saint-Vallier.

faire leurs provisions à la ville ont de tout temps demeuré au séminaire : cela me paraît fort convenable; et il serait désagréable à des prêtres d'aller demander à M. l'évéque où il veut qu'ils logent.

« Il me semble, ajoute-t-il encore, que le séminaire doit être le maître de nommer son supérieur (1). »

Il n'en fallait pas davantage pour que la cour rejetât les propositions de l'évéque. L'échec lui fut fort sensible : il ne manqua pas d'en regarder M. de Vaudreuil comme l'auteur principal et demeura très indisposé contre lui.

Cela ne suffit pas toutefois pour expliquer pourquoi Ms"" de Saint- Vallier refusa de faire sonner les cloches à la mort de ce gouverneur (2), et je n'ai pu en trouver la raison nulle part.

On en est réduit aux conjectures. Le prélat crut devoir en plusieurs occasions réclamer l'appui du bras séculier pour l'exécution de ses ordonnances, et se plaignit de n'avoir pas trouvé en M. de Vaudreuil le zèle sur lequel il avait compté. Les archives mentionnent deux cas en particulier.

L'un de ces cas est assez étrange : il fut l'objet d'une lettre pastorale « à nos très chers enfants les habitants de la paroisse de La Prairie de la Madeleine. » Cettre lettre fut adressée au curé de l'endroit et lue au prône :

f C'est avec douleur, disait le prélat, que nous avons appris, à notre retour de France (1713), le mauvais usage oii vous étiez de paraître, contre la bienséance, en simple chemise, sans caleçon et sans culotte, pendant l'été, pour éviter la grande chaleur, ce qui nous a d'autant plus surpris que nous voyons violer par là les règles de la modestie que l'apôtre demande dans tous les chrétiens, et donner une occasion si prochaine de péché à vous et aux autres personnes qui peuvent vous voir dans cet état...

« Nous avons demandé, ajoutait-il. à M. le marquis de Vau-

(1) Archives de la marine, correspondance générale, vol. 3o.

(2) L'abbé Marchand fait allusion à ce fait, dans sa poéaie sur les Troubles de l'Église du Canada en 1728, lorsqu'il dit, en parlant des obsèques qu'on avait préparées à la cathédrale de Québec pour Mk' de Saint-Vallier :

« C'est en vain qu'à l'envi partout on se prépare A lui rendre un honneur dont il fut trop avare. »

{Bulletin des Recherches Historiques, vol. 111, p. 117).

(Ireuil, gouverneur général de tout le pays, de s'employer à nous aider à déraciner dans votre paroisse une si détestable coutume qui serait la cause assurée de la damnation d'un grand nombre de pères de famille aussi bien que des enfants... »

M. de Vaudreuil avait-il hésité à intervenir dans une affaire aussi scabreuse, et laissé ce soin au gouverneur particulier de Montréal, dont dépendait La Prairie de la Madeleine? Il semble, dans tous les cas, que l'évêque n'était pas satisfait, car il ajoute :

« Si vous nous obligez de gémir devant Dieu sur l'opiniâtreté avec laquelle quelqu'un de vous voudrait garder une si détestable coutume, que nous regardons comme pernicieuse à la société civile, aussi bien qu'aux bonnes mœurs, il n'y a rien que nous ne tentions auprès de Dieu et des hommes pour vous faire entrer sur cela dans votre' devoir... (1). »

Le deuxième cas, mentionné dans les archives, où M?"" de Saint- Vallier sollicita l'intervention du gouverneur, était encore plus grave et important. Il s'agissait de faire repasser en France un moine Bénédictin janséniste, qui s'était introduit furtivement au Canada, et menaçait de répandre partout le venin de son erreur. Laissons tout d'abord l'annaliste de l'Hôtel-Dieu nous donner quelques détails sur ce singulier personnage :

« Il vint en ce pays, dit-elle, par les vaisseaux de 1714, un jeune homme fort modeste, qui se faisait appeler M. Dupont. Il se logea dans la meilleure auberge de Québec (2). On remarquait en lui quelque chose de gêné, qui le fît soupçonner d'être un moine défroqué : il s'en défendait de son mieux et menait ici une vie assez réglée. Il s'informait de toutes les coutumes du Canada, et laissait entrevoir qu'il avait envie d'y fonder un monastère...

« Cet aventurier, qui demeura quatre ans en Canada, après avoir connu la ville, se retira proche de Kamouraska, à la rivière des Trois-Pistoles. Il se fît dresser dans le bois une petite cabane, à une lieue des habitations. Il y menait une vie très dure, et venait chez ses plus proches voisins chercher du pain et des pois, qui faisaient toute sa nourriture. Il traînait lui-même son bois, était vêtu comme un ermite, se prosternait devant tous ceux qu'il

(1) Archives de l'archevêché de Québec, Lettre pastorale du 28 mai 1719.

(2) Peut-être celle qui se trouvait alors à la Haute- Ville, coin des rues Buade et Des Jardins, tout près des Jésuites. {Recensement de 17 16).

rencontrait, leur baisait les pieds et leur disait quelques paroles édifiantes. Il passait pour un saint, dans l'esprit de plusieurs, quoiqu'il n'approchât point des sacrements.

« Quand il eut demeuré quelque temps là-bas, sa cabane brûla, et cet accident, qui n'était peut-être pas arrivé par hasard, le contraignit de revenir à Québec. Il y fut fort bien reçu; on le régala dans plusieurs maisons, on lui prêta des livres, et on tâchait de deviner qui il était, sans y réussir. On ne put savoir que deux ans après que c'était un Bénédictin (1) nommé Dom George-François Poulet. Son Supérieur, ayant appris de ses nouvelles, écrivit à M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur, pour le lui recommander comme un de ses religieux, qui avait plus de faiblesse d'esprit que de malice. Il le pria de lui faciliter son retour en France. Il écrivit aussi à M""** Baudouin, une bonne veuve de Québec (2), pour la prier de lui fournir tout ce dont il aurait besoin, avec promesse de la payer aussitôt qu'elle le souhaiterait.

« Ce pauvre moine fut donc reconnu pour ce qu'il était, c'està-dire pour un Bénédictin prêtre, qui n'avait pas dit la messe depuis qu'il était en Canada.

« On sut tout le détail de sa conduite et le sujet de sa cam-

(1) C'était le deuxième Bénédictin ou prétendu Bénédiptin qui venait au Canada. On lit en effet dans le Journal des Jésuites, à la date du 23 septembre 1646 :

« Le 23 (septembre 1646) arriva (à Québec) M. de Repentigny... Avec M. de Repentigny étaient le P. Quentin et quelques hommes pour les Hurons et pour icy-bas. Item un jeune gentilhomme (à la marge : le sieur de L'Aubinière) de la maison de Gourtené, qui s'était converti à La Rochelle, et ensuite avait fait vœu d'aller aux Hurons; mais il s'est trouvé que ce n'était qu'un fourbe, qui avait paru en Angleterre comme petit-fils de la maison de Sancerre et neveu de M. Desnoyers, qui faisait mine de se vouloir faire hérétique, et sentant que les nouvelles de France venaient sur l'avis qu'on en avait donné, s'enfuit : on eut en même temps avis de plusieurs autres fourbes. 11 fit mille pièces ici, et enfin avoua ou mentit qu'il était religieux Bénédictin profès de plusieurs années; qu'il était sous-diacre; et on déposa ici qu'il était passé par Alençon en un monastère de Bénédictines, où il avait confessé une religieuse mourante : il fit mine de vouloir demeurer, et faisait rage sur ce qu'on avait écrit de luy qu'il était bâtard; mais ceux qui l'avaient vu en Angleterre lui dirent à l'oreille qu'il se tût : il s'en alla donc. Il nous a affrontés de plus de 200 livres qu'on avança pour luy. »

(2) Elle demeurait à la Basse-Ville, rue Sous-le-Fort, et avait avec elle une nièce nommée Marie-Anne Franklin. {Becensement de 17 16.).

pagne. 11 avait été quelque temps en Hollande, sous le P. Quesnel, où il s'était fortifié dans le jansénisme, dont il faisait profession ouverte. Il s'était enfui de son couvent, parce qu'on le cherchait pour l'emprisonner, et il vint en Canada déguisé en séculier... »

On comprend les inquiétudes de M?"" de Saint- Vallier à la vue de ce triste personnage, et l'on s'explique qu'il ait fait tous ses efforts pour l'éloigner de son diocèse. 11 ne put toutefois recourir à M. de Yaudreuil avant l'automne de 1716, celui-ci étant absent en France depuis 1714. Le moine avait réussi à se faire des amis au Canada :

« Il trouva moyen, continue la sœur Juchereau, d'éluder en 1717 son embarquement. L'année suivante, en 1718, étant tombé malade, on l'amena dans nos salles, où on le traita fort charitablement. Il eut le pourpre; et, pendant sa maladie, tous les prêtres séculiers et réguliers le visitèrent pour le gagner et le faire soumettre à la constitution Unigenitus. 11 ne voulut point y entendre : tout ce qu'on lui disait là-dessus redoublait sa fièvre. Il ne put jamais se résoudre d abandonner le parti de M. le cardinal de Noailles (1) : c'était la raison la plus solide qu'il apportait pour se défendre. Enfin, il aima mieux être privé des sacrements, comme M. l'évêque l'ordonna, que de rentrer dans la soumission due au Saint-Siège. »

A peine fut-il rétabli, que ses amis de la campagne vinrent le chercher pour le dérober aux poursuites qui le menaçaient. Mais Mg"" de Saint Vallier fit acte d'autorité et lança une ordonnance sévère, adressée « aux prêtres séculiers et réguliers qui se trouvent dans l'étendue des missions du sud de notre diocèse, surtout à M. Auclair, curé de Kamouraska, et au P. Michel, missionnaire de Rimouski :

« Comme rien, dit-il, ne nous paraît plus déplorable que de voir l'empressement que font paraître quelques-uns de nos diocésains de favoriser des personnes qui cherchent à se perdre pour l'éternité par leur entêtement, nous avons été véritablement touché, en remarquant dans les sieurs Côté et Jean Gagnon, de

(1) M. d'Avenel écrit quelque part à propos du cardinal de Noailles : <c C'a été un de ces hommes rares, respectables et désolants, qui font plus de mal avec leurs vertus que d'antres avec leurs vices. » (Le Correspondant, 1877, t. IV, p. o98).

la Bouteillerie, la résolution prise et exécutée d'emmener là-bas Dom George-François Poulet, Bénédictin sorti furtivement de son couvent à l'insu de ses supérieurs, et sans obédience, dans un habit laïque, malgré tous les avis que nous leur avons pu faire donner par des personnes même considérables.

« C'est pourquoi voulant faire connaître à ces personnes et autres de notre diocèse, où demeure George-François Poulet, religieux, l'obligation qu'ils ont de nous obéir sous peine de péché mortel en tel cas, nous leur déclarons que celui ou ceux qui ont pris et emmené de Québec le dit religieux ont commis une grande faute, dont ils mériteraient que nous nous réservassions l'absolution. Cependant, pour agir avec douceur, nous leur faisons seulement à savoir, à eux et à tous autres semblables, que s'ils viennent à le protéger, retirer chez eux dans leur domaine, et à l'aider à pouvoir demeurer éloigné de nous, pour nous ôter le moyen de le renvoyer en France à ses supérieurs, ils encourront après trois jours de séjour et d'aide, s'ils ne le font partir incessamment et sortir de leur dépendance après les dits trois jours passés, l'excommunication majeure par le seul fait, dont nous nous réservons l'absolution à nous seul.

f Et pour faire voir l'horreur que nous avons des religieux qui se sont séparés de leur communauté, qui par la continuation de leur séparation doivent être regardés comme apostats et excommuniés par le droit, que les évêques doivent poursuivre et faire rentrer dans leur devoir pour satisfaire au décret du saint Concile de Trente au défaut de leur supérieur, nous enjoignons à tous les curés et missionnaires qui desservent les missions de ce côté-là jusqu'à Rimouski, non seulement de tenir la main à ce qui est porté par la dite ordonnance à l'égard des séculiers qui y contribueraient, mais encore de refuser les sacrements au dit Dom Poulet, religieux, excepté en cas de mort, et même de dire la messe devant lui, ce que nous leur défendons sous peine de suspense de leurs fonctions ou interdit des lieux où la dite messe aura été célébrée, pour un espace de temps que nous réglerons (1). »

Cette fois, Me' de Saint-Vallier fut plus heureux que l'année précédente, et mieux écouté de ses ouailles. Le religieux jansé-

(1) Archives de l'archevêché de Québec, Ordonnance du 15 septembre 1718,

niste, délaissé de tout le monde, se vit obligé de remonter à Québec, puis de s'éloigner de la colonie :

« Il s'embarqua sur le Cheval marin, vaisseau marchand, écrit la sœur Juchereau, et arriva heureusement en France. 11 ne manqua pas de se faire mettre l'année suivante d'une manière pompeuse dans la Gazette de Hollande, comme un homme qui avait été persécuté en Canada, et banni de ce pays pour la foi; parce que les Jésuites n'avaient pu souffrir l'éclat des vertus de ce grand anachorète... (1). »

Si l'on en croit M. de Vaudreuil et l'intendant Bégon, il s'était décidé de lui-même à repasser en France, et l'autorité séculière n'avait pas même été obligée d'intervenir. Voici en effet ce qu'on lit dans leur lettre collective du 26 octobre 1719 :

« Le religieux Bénédictin qui s'était retiré en cette colonie a passé en France le 2 octobre de l'année dernière sur la Mutine (2), commandée par M. le chevalier de Courcy : ce qu'il a fait de son propre mouvement, et sans y avoir été contraint. Le sieur de Vaudreuil est surpris que M. l'évêque se soit plaint de n'avoir pu obtenir de lui un ordre pour le faire repasser en France, ce qu'il ne lui a jamais demandé.

« Ce religieux a souvent écrit et présenté des requêtes au sieur de Vaudreuil pour se plaindre de ce que M. l'évêque le persécutait. Le seul usage qu'il en a fait a été de renvoyer toujours ces écrits à M. l'évêque, afin qu'il en usât sur ce sujet comme il le jugerait à propos, le sieur de Vaudreuil n'ayant voulu rien répondre aux demandes que lui faisait ce religieux... »

Il est bien évident que M?"" de Saint-Vallier était resté sous l'impression que le gouverneur n'avait pas voulu l'aider, en cette circonstance, puisqu'il avait écrit à la cour pour s'en plaindre. C'est ainsi que "^aissent quelquefois entre des personnages haut placés et du plus haut mérite, de regrettables malentendus, des situations fausses, souvent pires que la guerre ouverte et violente. On évite de se voir, de s'expliquer, de s'entendre; et l'on garde indéfiniment de fâcheuses impressions qui ne s'effacent jamais.

(1) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.

(2) Le gouverneur et l'intendant étaient évidemment mieux en état que la sœur Juchereau de donner le véritable nom du vaisseau sur lequel était passé le moiue Bénédictin.

Le marquis de Vaudreuil mourut à Québec le 10 octobre 1725, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, aprçs la plus longue et l'une des plus bienfaisantes administrations qu'ait eues le Canada. Il exerçait les fonctions de gouverneur général depuis le 26 mai 1703, et était au Canada depuis 1687. Il fut inhumé comme ses deux prédécesseurs immédiats dans l'église des Récollets.

L'un des derniers actes de son administration avait été en faveur des Abénakis de Narantsouak. Ces bons et fidèles amis des Français avaient eu la douleur de voir, dans l'été de 1724, leur saint missionnaire, le P. Sébastien Rasle, tomber sous les coups des Anglais de Boston, et leur église incendiée, « cette église si belle, écrivait un Jésuite, qui rappelait les jolies églises de campagne de France. » Ils étaient inconsolables. M. de Vaudreuil^ apprenant leur malheur, se hâta de leur envoyer des secours; et leur petite église se releva bientôt de ses ruines (1).

La colonie canadienne pleura sincèrement la mort de son gouverneur. C'était pour elle une perte d'autant plus cruelle qu'elle venait d'en subir une autre bien lamentable par le naufrage d'un vaisseau du Roi, chargé de provisions sur lesquelles comptaient des centaines de personnes.

Ce serait une histoire à la fois triste et intéressante, que celle des naufrages dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent; et, parmi ces naufrages, celui du Chameau compterait parmi les plus désastreux :

« Un accident funeste, dit Charlevoix, mit la colonie presque toute en deuil, et lui fit perdre en un jour plus qu'elle n'avait perdu en vingt ans de guerre. La nuit du 25 août 1725, le vaisseau du roi le Chameau, qui allait à Québec, se brisa près de Louisbourg, et il ne s'en sauva pas un homme. M. de Chazel, qui venait relever M. Bégon, intendant du Canada, M. de Louvigny, nommé gouverneur des Trois-Rivières. M. de la Gesse (2), capitaine, fils de M. de Ramesay, mort l'année précédente gouverneur de Montréal, plusieurs autres officiers de la colonie, des ecclésias-

(1) Lettres édifiantes et curieuses^ édit. de 1819, t. IV.

(2) Ainsi appelé du lieu de naissance de son père, dans l'évêché de Langres. Le capitaine de la Gesse était par sa mère, Marie-Charlotte Denys, le neveu du P. Joseph Denys, dont il a été question dans l'affaire du prie-dieu de M. de Callières, et qui faisait en 1714 les fonctions curiales aux Trois-Rivières.

tiques (1), des Récollets, des Jésuites y périrent avec tout l'équipage, et la côte parut le lendemain toute couverte de cadavres et de ballots.

i La mort du marquis de Vaudreuil, ajoute-t-il, mit le comble à toutes ces pertes. Ce général mourut à Québec le 10 octobre suivant, regretté à proportion de l'empressement qu'on avait eu de le voir à la tête de la colonie, et après vingt-et-un ans d'un gouvernement dont les événements heureux furent en bonne partie le fruit de sa vigilance, de sa fermeté, de sa bonne conduite, du bonheur qui accompagnait toutes ses entreprises, et dont les disgrâces n'ont pu lui être imputées. »

Dernières années de Ms"" de Saint-Vallier. — Sa mort.

Mgr de Saint-Vallier survécut à M. de Vaudreuil un peu plus de deux ans, occupé jusqu'à la fin à administrer son diocèse, mais surtout à faire du bien aux pauvres, qui furent toujours la portion choisie de son troupeau, et à l'hôpital général, sa communauté de prédilection et son œuvre par excellence. Le gouverneur et

(1) Parmi ces ecclésiastiques, il y en avait nn qui était destiné pour le séminaire de Québec. Voici ce que je lis à son sujet dans l'Histoire manuscrite de cette institution, par M. l'abbé Taschereau, devenu plus tard Son Ëminence le cardinal Taschereau :

« C'était un jeune prêtre, dont nous ignorons le nom, plein de santé et de bonne volonté, qui avait une pension du roi assez considérable et bien payée. Comme il avait du zèle et du talent pour la prédication, il eût pu soulager M. Boulard, à la fois supérieur du séminaire et curé de Québec. Il jouissait d'un grand crédit à la cour, qui pouvait lui faire espérer de grands bénéfices; mais, se sentant touché de Dieu, il s'offrit au séminaire des Missions-Étrangères pour aller travailler au salut des âmes dans un pays éloigné et y vivre dans l'humilité. 11 témoigna surtout désirer prendre avec le temps le bon esprit qui avait été inspiré au séminaire de Québec par les fondateurs et premiers directeurs. Mais Dieu se contenta de sa bonne volonté et le récompensa avant qu'il eût commencé ses travaux. Le vaisseau qui le portait périt avec tout son monde. Ce vaisseau était le Chameau, qui sombra daus le golfe, à la hauteur de Louisbourg, la nuit du 27 au 28 août i72o, avec 400 personnes, et pour 400.000 livres d'effets au roi. »

l'intendant, écrivant au ministre le 30 octobre 1726, rendaient à la vertu et au zèle du prélat un magnifique témoignage :

« M. l'évêque de Québec, prélat respectable en tout, mais qui se distingue particulièrement par son dépouillement pour les pauvres, nous demande de nous joindre à lui pour vous faire nos prières en faveur des religieuses qui desservent l'hôpital général de Québec, destiné à tenir renfermés les insensés de ce pays, à recevoir tous les pauvres hors d'état de gagner leur vie, et les vieillards... »

Quel beau couronnement d'une longue, difficile et laborieuse carrière !

Il mourut dans la nuit du 25 au 26 décembre 1727, à l'Hôpital- Général, où il faisait sa demeure depuis son retour d'Europe en 1713. Il mourut « les armes à la main, » mais dans le sens le plus chrétien et le plus épiscopal du mot. On ne voit pas, en effet, que ses dernières années aient été troublées par aucun désaccord sérieux avec les autorités coloniales. Il y avait bien assez du gouverneur et de l'intendant qui en venaient souvent aux prises, et ne pouvaient s'endurer :

f Je suis bien fâché que M. Dupuy (1) me donne si souvent occasion de vous faire des plaintes contre lui, écrit un jour M. de Beauharnais au ministre. Il a une trop grande facilité à écouter tous les discours que ses prétendus amis lui tiennent, et qu'il croit comme articles de foi. Il est le jouet de tous les mauvais esprits du pays...

e II n'est pas trop aisé, ajoute-t-il, de vivre avec un homme d'une hauteur qui passe l'imagination... Il s'imagine être devenu une divinité, ne voulant entendre sur rien ni rime, ni raison. C'est un homme impraticable, si jamais il y en a eu : il suffit que je dise Blanc pour qu'il dise Noir. »

M. de Beauharnais ajoute encore :

« M. Dupuy fait en ce pays-ci le général, Vévêque et l'intendant. Il en donne tous les jours de belles preuves. Il a poussé la chose, en dernier lieu, jusqu'à faire mettre des sentinelles aux portes des

(1) Claude-Thomas Dupuy, chevalier, conseiller du roi en ses conseils d'état et privé, maître des requêtes ordinaires de son hôtel. Il fut nommé intendant du Canada en 1726 pour remplacer l'infortuné de Chazel. 11 avait un fils Jésuite au collège de Québec.

églises, à l'occasion de ses ordonnances et arrêts. Il se sert pour cela de la maréchaussée et de deux hommes qu'il a chez lui, à qui il fait porter la bandoulière d'archers de la marine... »

Ce sont sans doute ces archers dont parle encore ailleurs M. de Beauharnais :

« M. Dupuy, dit-il, prétend être en droit d'avoir deux archers de la marine, dans les cérémonies, et les avoir dans son banc à l'église, la carabine sur l'épaule, contre les règlements... »

Comment se fait-il que M»"" de Saint- Vallier ait mis sa confiance dans cet homme impossible, jusqu'à lui conlier l'exécution de son testarment? Dupuy était un homme de talent et d'une science légale incontestable. Il était rempli de grands projets et de plans magnifiques : « Si M. Dupuy suit toutes ses idées de jets d'eau, de canaux, de réservoirs, d'architecture, écrit encore M. de Beauharnais, nous serons bientôt en ce pays sans un sou. » Il en imposait par ses théories, ses dissertations savantes, son érudition. Ajoutons à cela qu'il était tout dévoué à l'hôpital général, et avait une dent contre l'Hôtel-Dieu (1) et le séminaire de Québec. Il y avait d'ailleurs plus d'un point de rapprochement entre le caractère formaliste, méticuleux, retors de Dupuy et celui de Më"" de Saint-Vallier. Ces deux hommes étaient faits pour s'entendre.

Mais c'est un malheur pour le prélat d'avoir eu comme exécuteur de ses dernières volontés un personnage tranchant, soupçonneux, violent comme l'intendant Dupuy. On sait ce qui arriva, et les scènes burlesques et scandaleuses qui se passèrent sur ses cendres à peine refroidies. La sépulture de Ms^ de Saint-Vallier, — 2 janvier 1728, — à la dérobée et à la hâte, à l'insu du public, à l'entrée de la nuit (2), est probablement le seul exemple de ce genre dans les annales ecclésiastiques (3). Une sépulture d'évêque

(1) Documents de Paris, Église du Canada, Lettre de Dupuy au ministre, 20 octobre 1727.

(2) Ferland, Histoire du Canada, t, II, p. 431 ; Mandement et Manifeste du vicaire-général Boulard, du 6 janvier 1728, dans les Mandements des évoques de Québec, t. 1, p. o22.

(3) M. Gérin, pourtant, raconte une scène qui ne le cède guère en scandale à celle de la sépulture de M«' de Saint-Vallier : « Le nonce Varese, dit-il, était mort au mois de novembre 1678, à Paris, après avoir reçu les sacrements de la main d'un capucin italien, son confesseur ordinaire, et demandé que son corps fût inhumé aux Théatins, L'archevêque de Paris (Harlay), an nom des libertés gallicanes, s'empara de force de son cadavre pour le faire porter à l'église

qui fait l'objet d'un poème héroï-comique (1), et donne lieu à l'interdiction d'une église et d'une communauté : Mg"" de Saint- Vallier méritait mieux que cela, non-seulement par la haute dignité de sa position, mais surtout par ses grandes vertus, son désintéressement et la sainteté de sa vie.

Quelle qu'opinion, en effet, que l'on se fasse de son caractère, d'après les documents, — j'ai cité aussi fidèlement que possible le pour et le contre — on ne peut s'empêcher d'admirer le zèle, le dévouement, le désintéressement de ce saint prélat. C'était, comme Laval, une figure taillée dans le marbre antique : les traits ne sont pas tous réguliers ni aimables, mais l'ensemble commande le respect. Quelle reconnaissance la patrie canadienne ne doit-elle pas à ce prélat pieux, laborieux et actif, qui s'est attaché à elle, qui l'a préférée à toute autre patrie, et lui a consacré quarante ans de vie épiscopale!

Et pourtant, il n'aimait pas les Canadiens, les prêtres nés au pays, surtout; il était préjugé contre eux :

« Nous avons ici, écrit-il à la cour, une expérience journalière de l'inquiétude d'esprit des Canadiens, qui se portent à examiner ce qui ne les regarde pas et à faire part souvent en France de leurs fausses lumières sur des desseins dont ils ne connaissent pas le fruit ni l'avantage. » Il ajoute ailleurs : « M. Bégon connaît aussi bien que moi la disposition de leurs esprits, peu portés à se soumettre et à reconnaître leurs supérieurs temporels et spirituels... (2) »

Mais il aimait le Canada, il aimait la patrie canadienne, il aimait surtout les pauvres, pour le soulagement desquels il n'a cessé de se dévouer. Quand un homme est assez généreux pour fonder trois hôpitaux et dépenser un million pour le soutien deo pauvres, des nécessiteux, on lui pardonne facilement certains côtés difficiles ou belliqueux de son caractère. M?'' de Saint-Vallier a été, suivant l'expression de Jacques Viger, « un fervent ami de l'humanité souffrante; » il nous apparaît dans l'histoire avec l'auréole de la charité et du désintéressement : sa mémoire sera immortelle.

paroissiale, et envoya dans les prisons de son officialité le moine qui l'avait assisté à ses derniers moments. » (Recherches sur l'assemblée de 1682, p. 219).

(1) Les troubles de l'église du Canada en 1728:, par l'abbé Marchand.

(2) Lettre de M«'' de Saint- Vallier au ministre, 10 septembre 1726.

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