‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 11 sur 54 · scène · texte numérisé non relu

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Conseil, ayant informé et trouvé des preuves (1), n'a pu se dispenser de décerner un décret de prise de corps contre lui; et il est actuellement dans les prisons de Québec.

« Cette procédure extraordinaire ayant fait de la peine à M. le gouverneur, par la part qu'il prenait dans ce qui concernait Mareuil, qui avait l'honneur d'avoir sa protection, il parla au Conseil non comme premier des juges, mais comme un maitre, blämant le procureur général d'avoir donné des conclusions pour informer, et par conséquent tout le Conseil, qui avait ordonné l'information conformément à ses conclusions.

€ Dans le mème temps que cette affaire commença, M. l'évèque avant eu avis que M. le gouverneur voulait faire représenter la comédie le Tartuffe, tit son possible pour l'empècher, et par son ordre il fut fait une explication publique, dans une messe de paroisse, des comédies impures, comme était, dit-il, celle du Tartuffe, à laquelle on ne pouvait aller sans péché mortel; et animé du zèle qu'il fait paraitre contre tout ce qu’il croit être mal, il prit l’occasion que j'étais avec M. de Frontenac pour le prier de ne pas faire jouer cette pièce, s'offrant de lui donner cent pistoles; ce que M. de Frontenac ayant accepté, il lui en fit son billet, qui fut payé le lendemain.

« J'avais regardé cette action entre ces deux messieurs comme une chose qui ne devait servir qu’à engager M. le gouverneur de se désister du dessein qu'il avait pu avoir de faire jouer le Tartuffe, afin de donner cette satisfaction à M. l'évêque, avec lequel il était alors étroitement uni, et qu'il ne tarderait pas à lui faire l'honnêteté de lui renvoyer ces cent pistoles, comme il me semblait qu'il devait faire par rapport à l'amitié réciproque qui était entre eux.

€ Mais la suite me fit voir des choses tout opposées. L'entreprise faite contre Mareuil en même temps commença à aigrir M. le gouverneur contre M. l'évêque: et depuis. leur division est venue à un point qui me fait croire avec beaucoup de fondement que le remède ne s’en peut trouver que dans l'autorité de Sa Majesté. »

Ainsi, d’après le témoignage de Champigny lui-même, Frontenac

(1) Voici ce que Lamotte-Cadillac, qui ne passait pas pour très scrupuleux, avouait lui-même au ministre, au sujet de Mareuil : « Je suis résolu, écrit-il, de vous dire le crime de Mareuil.. Il est vrai qu'il y a environ deux ans le sieur de Mareuil, à son arrivée ici, s'étant trouvé en débauche, dit quelque chanson indécente. M. le comte en fut averti et lui en fit une sivère réprimande. »

et l'évêque étaient encore, au commencement de 169%, « étroitement unis. » L'affaire Mareuil fit éclater la mésintelligence entre les deux amis, et la scission ne fit ensuite que s'accentuer de plus

en plus.

AFFAIRE DESJORDY-DEBRIEUX.

L'affaire du prie-Dieu de M. de Callières, à Montréal, l'interdit de l’église des Récollets, puis de ces religieux eux-mêmes, la guerre faite aux officiers qui retenaient la paie de leurs soldats, les mesures rigoureuses prises contre d'autres officiers à cause de leurs désordres, et au milieu de tout cela quelques sermons plus ou moins imprudents de la part de certains curés (1) que d'incidents propres à exciter la bile du gouverneur contre le clergé et surtout contre l'évêque! Ajoutons que précisément à cette époque les relations étaient extrêmement tendues entre l’évèque et son séminaire : le doyen du Chapitre, M. de Bernières, en ayant appelé au Conseil Supérieur d'une décision épiscopale qu'il croyait contraire à ses droits, M de Saint-Vallier l'avait interdit, ainsi que ses confrères de Maizerets et Glandelet, et ces trois prêtres du Séminaire restèrent toute une année sous le coup de cette disgrâce (D). N'ai-je pas eu raison d'appeler cette année 169% une année terrible pour l'Église du Canada ?

Voici ce qu'écrivait Champigny au ministre à propos d'une excommunication pour concubinage public, une des affaires que je viens de mentionner :

€ Quelques jours après la délivrance des cent pistoles, M. lévèque prit la résolution de monter à Montréal (2). Avant appris en chemin la continuation d'un prétendu commerce entre un oflicier des troupes et la femme d’un homme absent, dont l'attachement lun pour lautre dure depuis plusieurs années avec assez d'éclat, nonobstant beaucoup de précautions que l'on a prises pour le faire

(1) Jugements du Conseil Souverain, passim.

(2) Henri de Bernières, premier curé de Québec, p. 44. (3) Il yétint un Synode diocésain les 10 et 41 mars 1694.

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