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€ On m'a informé, ajoute M. de Champigny, que, sur les plaintes faites sur le mème sujet par M. l'évêque à M. le gouverneur, et à M. de Vaudreuil, commandant des troupes, celui-ci ayant de né sa parole que l'officier ne retournerait plus au même 17 7 à cause du désordre qu'il sarait bien que sa présence y cu ustil, M. l'évêque de son côté lui promit qu'il ne se porterait à aucune chose contre cet oflicier, nonobstant le scandale qu'il avait causé. Mais M. l'évèque étant dans ce lieu ne laissa pas de faire publier un mandement, comme je viens de le dire, parce qu'il fut informé qu'il revenait : ee qu'il répondit lorsque M. de Vaudreuil se plaignit qu'il lui avait manqué de parole: et il arriva. comme on avait averti, que l'officier y revint peu de temps après.
« Après cette affaire, M. l'évêque, continuant son voyage à Montréal, (2) écrivit à M. le gouverneur qu'il s'était aperçu que le jour du dimanche quelques ofliciers n'avaient pas assisté à la messe, et que cela étant de mauvais exemple, il le priait de leur recommander leur devoir.
« Cette lettre de M. l'évèque, apparemmentéerite avec confiance, et en vue seulement de lavertir du mal, — lunion entre eux n'étant pas encore beaucoup altérée — fut remise par M, le gouverneur entre les mains des officiers, qui la présentèrent au Conseil, avec une requête pour demander permission d'informer, afin de justifier qu’ils avaient entendu la messe le même jour, sur quoi le Conseil n’a encore rien ordonné, »
L'affaire d’excommunication pour concubinage publie, racontée ici par M. de Champigny, eut lieu à Batiscan. L'oflicier incriminé était François Desjordy (3), « capitaine réformé d’un détachement
(1) « Jacques-Francçois du Bourchemin, écuyer, sieur de l'Hermitière, lieutenant au détachement de la marine que le roi entretient en ce pays. »
(2) Il passa par Sorel, et c'est là qu'il rencontra les sieurs Desjordy et du Bourchemin, qu'il prétendit n'avoir pas assisté à la messe.
(3) Nous le trouvons en 1696 commandant à Catarakouï, Champigny écrivait au ministre l’année précédente : & Get officier est fort honnête homme ct sert bien, et d’ailleurs très propre à la guerre de ce pays. »
de la marine, » résidant à Champlain; la femme, Marguerite Disy, épouse de Jean Debrieux, de Batiscan. MM. Foucault (1), curé de Batiscan, et Bouquin, curé de Champlain, profitérent du passage de M£r de Saint-Vallier dans leurs paroisses pour se plaindre à lui du scandale qui y régnait « depuis plusieurs années; » et l'évêque porta contre les coupables une sentence d’excommunication majeure, qui leur interdisait l'entrée de l'église, et les signalait comme devant être évités (2). La sentence d'excommunication fut lue au prône des messes paroissiales de Champlain et de Batiscan le 9 février. La semaine suivante, Desjordy, « qui demeurait à Sorel depuis un mois, par ordre de M. de Vaudreuil, à la prière de M. l'évêque, » ayant eu occasion de descendre à Québec, passa par Batiscan : et étant entré à l’église pour assister à un service, le curé qui célébrait, interrompit le saint sacrifice, quitta l'autel, et se retira à la sacristie.
François Desjordy et la femme Debrieux s'adressèrent au Conseil pour obtenir de l'évêque réparation d'honneur. Ils auraient voulu faire comparaître les curés Foucault et Bouquin, afin de leur faire déclarer les raisons pour lesquelles ils avaient obtenu la sentence d'excommunication, et demandaient la production de cette sentence. Frontenac intervint : Il faut « connaitre, dit-il, si M. l'évêque n'a point outrepassé les bornes de son autorité et de sa juridiction au préjudice de celle du roi. » Mer de Saint-Vallier réussit à faire trainer les choses en longueur; puis, à la veille de son départ pour la France, à l'automne, il produisit deux lettres, l'une de l'archevêque de Paris, l'autre de M. de Pontchartrain, en réponse à des dépêches qu'il leur avait envoyées. Le premier disait : « J'en ai parlé au roi, et Sa Majesté m'a chargé de vous
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faire savoir qu'Elle approuve que vous fassiez un voyage en (il France cette année, et que son intention est que vous ne différiez à . pas votre départ, afin que vous puissiez ici vous-même en personne 4 mili terminer et finir toutes vos affaires. » De son côté, Pontchartrain ‘4 dire lui écrivait : « Puisque vous devez venir ici, j'aurai moins à “à fair répondre à vos lettres, et vous éclaircirez mieux les difficultés par à | ordi votre présence. » 4 Call
(4) « Homme hétéroclite, s’il en fat jamais, » écrit Lamotte-Cadillae. vi
(2) La femme Debrieux se plaint au Conseil « qu'elle ne peut plus trouver REA personne qui veuille lui servir de procureur, » (Jugements et Délibérations, ie
t. it, p. 8ù4).
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Ces lettres étant du 15 avril et du 8 mai, il ne pouvait y être question, évidemment, que des difficultés qu'il avait depuis plusieurs années avec le Séminaire, Comme il était décidé à passer en France, il ne craignit pas, pour l’accomplissement de son devoir épiscopal. de s'en créer d’autres avant son départ, dans l'espoir sans doute que tout se règlerait en bloc.
Pour l'affaire Desjordy-Debrieux, le Conseil, à la vue des dépêches produites par M£f de Saint-Vallier, décida qu'il fallait « surseoir à y prononcer, jusqu à l'arrivée des vaisseaux l'année prochaine; » et il n’en fut plus question au Canada,
AFFAIRE DU PRIE-DIEU DE M. DE CALLIÈRES., — [INTERDIT DES RécoLLErTS DE MoNTRÉAï. — LA PAIE DES SOLDATS.
L'intendant Champigny raconte ainsi l'affaire du prie-dieu de M. de Callières, gouverneur de Montréal :
€ M. l'évêque étant à Montréal fut invité par les Récollets de faire la cérémonie d'une profession dans leur église; où s'étant trouvé, 11 fit ôter le bane de M. de Callières pour placer le sien, parce qu'il se trouvait à la gauche et avancé vers l'autel, à cause que l'église est fort petite.
€ M. de Callières étant venu au commencement de la cérémonie, et s'étant mis sur un prie-dieu au milieu proche l'autel (1), de
(4) Mer de Saint-Vallier dit dans son mémoire : « M. l'évêque s'aperçut en entrant dans l'église qu'on avait placé son prie-dieu à côté de la chapelle dans un lieu beaucoup moins honorable que celui de M, de Callières, lequel était au milieu de l’église. Le dit évêque, surpris d'un procédé si extraordinaire, envoya dire au P, Supérieur par un des ecclésiastiques qui étaient auprès de lui de faire ôter Le prie-dieu du dit sieur de Callières et de le remettre en sa place ordinaire, ce qui fut exécuté après quelques contestations, et le Pére en envoya aussitôt avertir Le dit sieur de Callières. Dès le moment que le dit sieur de Callières fut arrivé, il fit prendre son prie-dieu par deux officiers et un soldat, et le fit remettre au milieu. L'évêque lui ayant représenté que cette place ne lui était pas due, et M, de Callières s'étant opiniätré à y demeurer, le dit évêque, pour n'autoriser pas cette entreprise par sa présence, et pour ne faire aucun scandale publie, prit Le parti de se retirer et de sortir de l'église. »
quoi M. l'évêque n'étant pas satisfait s'approcha de lui, et lui dit bas qu'il ne devait pes se placer où il était. A quoi M. de Callières lit réponse que cela lui était dû: et M. l'évêque lui ayant répliqué que S'il v restait il sortirait, M. de Callières lui dit qu'il le pouvait : de sorte que M. l'évêque se retira sans faire Ta cérémonie, qui fut faite par le supérieur.
€ Après laquelle, il v eut un repas dans le réfectoire, où M. de Callières, plusieurs ofliciers et autres personnes se trouvèrent; pendant lequel plusieurs femmes, dont la sœur du supérieur (1) était, entrérent dans le réfectoire, le besace sur le dos, venant quêter jusque sur la table des religieux : ce qu'elles firent plusieurs fois, et ensuite allèrent manger dans le jardin.
« Quelques jours après, M. l'évêque ayant dit à ces religieux de faire ôter le prie-dieu qui était au milieu de l'église, où s'était mis M. de Callières, et où se met ordinairement M. de Frontenac lorsqu'il est à Montréal, et d'ôter aussi celui que M. l'évêque avait pris pour lui à la cérémonie, qui était la place ordinaire de M. de Callières, ils lui obéirent. M. de Callières en ayant été averti, il les fit remettre, disant publiquement qu'il ferait mettre une sentinelle, si on lui contestait : ce que M. l'évêque ayant vu, étant entré dans l'église, et su le dessein de M. de Callières, il interdit l'église et la fit fermer (2).
« Elle fut environ deux mois sans ouvrir, pendant lequel temps je fis mon possible auprès de M. l'évêque et de M. de Callières, qui étaient tous deux descendus à Québec, pour accommoder cette affaire, M. l'évêque demanda que M. le comte de Frontenac dit par autorité à M. de Callières de ne plus se mettre à la place en question, ne lui étant pas due: où bien que M. de Callières donnàt parole de ne $’ÿ plus placer, jusqu'à ce que le roi en eût ordonné; et un troisième expédient fut proposé, qui fut que M. de Callières agréerait seulement que je donnasse parole qu'il ne S'y mettrait pas, et qu'ensuite l'interdit serait levé, Ces propositions n'ayant eu aucun effet, non plus que les démarches que je fis pour le même sujet, les choses demeurèrent en cet état: et après plusieurs écrits signifiés par les Récollets à M. l'évêque, et par lui à eux, l'église lut ouverte par les Récollets de leur autorité.
(1) Le P. Joseph Denis, né à Québec, fils de Pierre Denis de la Ronde et de Catherine Leneuf,
(2) D'après Latour, cette interdiction eut lieu le 43 mai,
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