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« Cet interdit violé, M. l'évêque leur fit signifier des monitions de temps en temps. pour les obliger à refermer leur église : à quoi ils firent plusieurs réponses; et de ma part je leur fis voir l'ordre que j'avais du roi. par mes instructions, de leur dire qu'en cas qu'ils sortissent de leur devoir et de la soumission envers M. l’évêque, ils risquaient de perdre toutes les grâces qu'ils pouvaient espérer de Sa Majesté, et les exhortai à l’obéissance, ainsi que j'avais ordre de le faire.
« Cela n'ayant eu aucun succès, et après s'être passé environ trois mois, il prononça contre eux l'interdiction, et la fit publier au prône de Montréal, avec deux monitions qu'il avait faites, où les causes principales qui l'avaient, à ce qu'il dit, contraint à en user ainsi, étaient expliquées; et comme le nom de M. de Callières se trouva cité daus une de ces monitions (1), à cause d'un commerce, dont il est accusé depuis longtemps, avec la même sœur du supérieur des Récollets, dont j'ai parlé ci-dessus, il (M. de Callières) prit occasion de là de faire un écrit, qu'il rendit le même jour publie, en le faisant publier dans la ville par le major, et afficher à la porte de l’église de paroisse pendant Vèpres, au son du tambour, et gardé par une sentinelle, où il dit que, ce que M. l'évêque a inséré à son sujet dans sa m.ftion étaient des impostures, dont il voulait se servir pour autoriser son prétendu interdit, jeté contre l’église des Récollets sans cause, sans sujet, et contre leurs privilèges, comme il l'avait vu lui-même, et que depuis deux jours M. de Callières à fait présenter requête au Conseil pour demander qu'il lui füt fait réparation d'honneur par M. l'évèque : ce qui est en cet état. »
Que de misères, que de scandales au Canada dans cette année 1694! Quelle série ininterrompue de lamentables incidents! Ceux qui, en voyant M#r de Saint-Vallier succéder à M: de Laval comme évêque de Québec, avaient espéré trouver en lui plus de facilité à s'entendre avec les pouvoirs civils devaient être bien détrompés.
() « Le prélat tit dans la dernière monition le détail de ses raisons secrètes, telles qu'étaient l'entrée des femmes dans leur couvent, et Pamitié trop marquée du Gardien pour le gouverneur, amilié, dit-il, énjurieuse pour le gardien, et contraire à son devoir, pour des unterèts que tout le monde sait, qu'on n'oserail exprimer, de peur de faire rougir le papier. Cette monition fut publiée au prône, et déclarée nulle par le Discrétoire, » (Latour, Mémoires sur la vie de M. de Laval).
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Frontenac écrivait un jour qu'il le trouvait « très disposé à faire ce qu'il croirait être à l'avantage de la colonie et du bien de son diocèse. » Oui: mais il n'entendait pas « le bien de son diocèse » de la même manière que le gouverneur.
Je n'ai pas encore parlé de l'ordonnance de M#r de Saint-Vallier «sur le prèt que les ofliciers retiennent aux soldats. » En temps de paix, les officiers canadiens permettaient volontiers à leurs soldats de s'engager et de travailler pour les habitants : cela faisait l'affaire de tout le monde: des habitants, à qui la main-d'œuvre faisait souvent défaut pour leurs travaux ; des soldats, qui gagnaient ainsi beaucoup plus que leur paie ordinaire; des officiers, qui retenaiept alors la paie de leurs soldats pour arrondir leur modique traitement. L'évêque condamna la pratique des officiers : « L'on doit faire cesser ce désordre, dit-il, par la fermeté que l'on doit apporter à refuser l'absolution à ceux qui voudront retenir le prêt des soldats. » Les officiers, furieux de cette décision, se répandirent en invectives contre l'évêque, et portèrent l'affaire à la cour.
Frontenac et Champigny, dans leur lettre collective, écrivaient au ministre à ce sujet :
« Nous sommes très persuadés que les capitaines de compagnie, lorsqu'ils donnent la liberté à leurs soldats de travailler pour les habitants, peuvent avoir en vue de se procurer quelque bénéfice en retenant leur solde, dont néanmoins nous ne recevons aucunes plaintes des soldats, parce qu’ils y trouvent avoir leur compte, étant nourris et bien payés par l'habitant. C’est sur ce point que M. l'évèque avait fait aux capitaines un cas de conscience, et défendu à tous les confesseurs du diocèse de leur donner l'absolution. M. de Vaudreuil nous a dit lui-mème avoir été refusé d'être écouté en confession par le curé de Sainte-Anne (1). Il y a apparence qu'après ce que Votre Majesté lui a écrit là-dessus, il cessera cette conduite, suivant ce qu'Elle lui ordonne (2); et de notre côté nous ne manquerons pas de prendre garde à ne pas abandonner les soldats à la cupidité des ofliciers, si elle était excessive, et les obliger de leur faire en cela la justice qui leur est due... »
M. de Champigny ajoutait :
(4) I s'agit ici de Sainte-Anne de la Ptrade.
(2) Mer de Saint-Vallier défend à ses confesseurs de donner l’absolution dans certains cas : le roi « lui ordonne » de retirer cette défense! Etrange situation de l'Église vis-à-vis du pouvoir civil, à cette époque
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