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forces à réformer dans ce sens cette institution : c'était bouleverser tous les plans de M#' de Laval: c'était, aux veux du pieux prélat. ébranler et détruire l'église canadienne, puisqu'il avait rattaché à son séminaire tout son clergé ou plutôt toute son Eglise (1): c'était vraiment le frapper où cœur : de là ces gémissements et ces plaintes qui s'exhalent dans plusieurs de ses lettres.
Mais puisque Mer de Laval avait tant à cœur de voir se continuer l'état de choses qu'il avait créé, pourquoi ne s'était-il pas assuré des dispositions de son successeur à ce sujet? pourquoi n'avait-il pas choisi pour le remplacer sur le siège de Québec un homme qui partageât toutes ses vues et consentit à maintenir l'institution de son séminaire telle qu'il l'avait établie?
N'oublions pas que. bien que le choix de son successeur lui fût laissé, il ne pouvait le prendre cependant que parmi ceux qui. d'après les coutumes de l'époque, étaient épiscopables. c'est-à-dire dans les rangs de la noblesse, parmi ceux qui étaient le plus en vue à la cour. Ua prêtre de son séminaire, un de ses missionnaires du Canada, voilà bien le personnage qui eût pu continuer le plus efficacement son œuvre telle qu'il l'avait commencée. Mais avait-il quelque chance de le faire agréer par la cour ? Evidemment non.
’armi tous ceux qu'il pouvait proposer pour l'épiscopat du Canada, Mer de Laval choisit celui qui lui parut le plus vertueux et le plus zélé : cela fait honneur à son désintéressement:; dans celte circonstance comme toujours, il agit en sain. Il choisit. de concert avec M. Dudouyt (2), l'abbé de Saint-Vallier, et le proposa au roi comme son successeur, dans l'espérance que par sa
(1) Etablissement du séminaire de Québec, par Ms l'évêque de Pétrée. — Approbation du roi pour l'établissement du séminaire de Québec. (Edits et Ordonnanres, t. 1, pp. 33, 35). — Vie de Mer de Laval, à. 1, p. 361.
(2) Prêtre du séminaire de Québec, «un des plus grands ecclésiastiques, dit Latour, que M, de Laval ait employés au Canada. » (Mémoires sur la vie de M, de Laval). C'était un homme accompli : quand on voulait faire l'éloge de quelqu'un, on le comparait à M, Dudouyt. M. de Brisacier, envoyant au Canada en 1690 le jeune M. Pocquet, destiné à devenir curé de Québec, écrivait aux Messieurs du séminaire : « Il nous a été donné pour en faire avec le temps un soutien de votre séminaire, où vous acheverez de le façonner à vos manières, C'est celui de tous nos jeunes messieurs qui à le plus de bon sens et qui à mieux pris l'esprit de grâce de feu M. Dudouyt, dont on remarque même qu'il a quelque chose de l'air et des manières extérieures, »
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fortune personnelle et son influence à la cour, où il exerçait les | fonctions d'aumônier depuis plus de dix ans, il pourrait être utile à l'Église du Canada, mettant sa confiance en Dieu pour tout le reste, et s'abandonnant sans arrière-pensée à la divine Providence.
Voulons-nous avoir une idée de l'état d'âme de Mer de Laval, au moment où, après avoir donné sa démission au roi et fait agréer l'abbé de Saint-Vallier conme son successeur, ilse sent soulagé du fardeau de l'épiscopat? Voici ce qu'ilécrit au pape Innocent XF (D), en 1685, à l'occasion du départ pour le Canada de l'abbé, auquel il a donné les pouvoirs de vicaire général :
€ Très Saint Père, je me vois rendu à un tel degré d'infirmité, que, me trouvant incapable de soutenir le fardeau de l'épiscopat, je me suis décidé de moi-même à donner ma démission, suivant les canons. J'ai donc passé en France, sur la fin de l'année dernière (2), pour m'occuper de me trouver un successeur qui pût ètre agréé par le roi et par le Saint-Siège. | f
« Le choix du roi s'est arrêté sur la personne de l'illustre abbé
de Saint-Vallier (3), qui réside à la cour même, sans être un abbé ; de cour (4) : c'est un homme grave, malgré sa jeunesse, et très | É modeste, malgré l'éclat de sa naissance, de sa science et de ses | p vertus : il est d'autant plus digne du siège épiscopal de la Nouvelle- | à France, qu'il a plus redouté d'être évêque dans la vieille France, al
où il n'y a pas une église qui n'ambitionnät d'avoir un tel prélat : pour lui, il n'ambitionne aucun évèché: mais il n'en fuirait aucun, non plus, et irait bravement à n'importe lequel qui lui serait imposé : exemple vraiment digne des temps apostoliques.
« Je ne doute pas, Très Saint Père, que Votre Sainteté ne ratifie volontiers le choix du Souverain, et qu'Elle ne m'en félicite, ainsi que toute l'Église canadienne. Votre Sainteté a déjà appris, par la lettre que vous à écrite Fabbé de Saint-Vallier lui-mème, qu'enflammé d'un saint zèle il n'a pas attendu ses Bulles pontifi-
(1) Odescalehi, pape de 1676 à 1689.
(2) I fit voile de Québec le 16 novembre 168%, avec l'abbé Jean Guyon, À canadien, né au Chäteau-Richer, qui mourut à Paris le 10 janvier 1687. 1 V: (3) Jean-Baptiste de Saint-Vallier, né à Grenoble le 14 novembre 1653, d'une | l’é
famille distinguée dans le Dauphiné, celle des de la Croix-Chevrières-de Saint- 1 Vallier. Son père était Jean de la Croix, seigneur de Chevrières; sa mère, | Marie de Sayne. y n (#) QIn ipsà Aulà non Aulicus. » l
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Jean Guyon,
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ales pour aller se dévouer au bien de ses futurs diocésains : muni de simples lettres de grand vicaire que je lui ai données, il a quitté le séminaire des Missions-Étrangères, où je demeure moimême, pour se rendre à La Rochelle, et là s'embarquer sur le premier vaisseau pour aller à Québec et passer toute l'année à visiter le diocèse, I reviendra ensuite en France: puis, après sa consécration, ma santé étant un peu refaite par mon séjour à
’aris, il m'emmènera avec lui au sein de mon Eglise, où je désire
mourir. »
Ma de Laval fait ensuite au Souverain Pontite une peinture délicieuse de l'Église du Canada, et surtout du Chapitre qu'il y a établi avant de la quitter: puis il ajoute, en parlant du nouveau gouverneur, M. de Denonville. qui passe en Amérique sur Île mème vaisseau que l'abbé de Saint-Vallier :
€ J'ai l'espoir que tous deux vont réparer heureusement les fautes qui peuvent avoir été commises par d’autres, et par moi en particulier : de nouveau cour el une nourelle terre vont être créés au Canada; tout va être agréablement renouvelé dans cette Église : que Votre Sainteté daigne seulement lui continuer sa paternelle affection, s'intéresser telle, la protéger, la recommander à Dieu au saint sacrifice et lui apostolique. »
On le voit, le cœur de Mar de Laval est tout à la joie et à l'espérance : pas le plus léger nuage ne vient assombrir son esprit, au moment où il se choisit un successeur dans la personne de l'abbé de Saint-Vallier.
Il prophétise, pourtant, ce qui sera pour lui la source de bien des chagrins
accorder sa bénédiction
: ces nouretr cieur, cette nourelle terre, qu'est-ce en eflet, sinon le nouvel ordre de choses que son successeur va créer dans l'Église du Canada. Mais ce n’est évidemment pas de ce côté qu'il envisage l'avenir.
Citons maintenant quelques passages de ses lettres, pour montrer jusqu'à quel point ses espérances furent déçues. Il écrit dans l'automne de 1688, alors que les entreprises de M£r de Saint- Vallier sur le séminaire de Québec ne sont pourtant encore qu'à l'état de projet :
« Toute l'application de M. de Québec tend à ruiner le Séminaire, S'il venait à bout de son dessein à l'égard de MM. de Maizerets et ses compagnons, il s’attirerait la haine et l’aversion de toute
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l'Église et des peuples, de telle manière qu’il serait bientôt obligé de quitter lui-même, »
Puis l'année suivante, à l’occasion des premiers règlements envoyés par la cour au sujet de cet'e fameuse question du Séminaire : « Vous apprendrez, dit-il, que les règlements qui sont venus de France pour apaiser les différends et conserver la paix dans
cette pauvre Église.…., n'ont pas eu sur l'esprit de M. de Québec l'effet qu'on en devait attendre, et qu'il a formé de nouveaux | sujets de peines plus considérables que les premiers... |
« Vous jugez bien que. s'il 4 a jamais eu une croix amère pour Ù
moi, c'est celle-ci, puisque c'est l'endroit où j'ai toujours dû être : plus sensible, je veux dire le renversement du Séminaire, que j'ai | toujours considéré comme l'unique soutien de eette Église et de L tout le bien qui s’v est fait et qui s’y peut faire à l'avenir... »
Plus tard, après que M4 de Saint-Vallier a obtenu de la cour ce d qu'il voulait, la réforme du Séminaire (1), mille difliculiés sur- d gissent au Canada, et le prélat est obligé de passer en France (u pour les régler. La cour s'efforce alors de lui faire résigner son siège. M#r de Laval écrit à cette occasion privément à M. Tremblay : te
€ [l'est sûr que l’on doit regarder M. de Québec comme un d fléau et un châtiment, le plus grand et le plus certain pour cette hi Église qui puisse arriver : on ne doit rien épargner pour le détour- | nm
ner : ce qui n'empêche pas que, sil est inévitable, on ne doive de nécessité le prendre. »
Il ajoute, au sujet du nouvel archevêque de Paris, le cardinal de Noailles (2) :
« Ilest nécessaire de le bien instruire à fond des suites funestes et infaillibles du retour de M, de Québec, et lai faire connaitre la nature de son esprit et de sa conduite, qu'il est du tout impossible qu'il change jusqu'à la mort, quoi que ce soit qu’il promette.…. »
I écrit au cardinal de Noailles lui-même :
« Je ne puis douter qu'il (Saint-Vallier) ne soit présentement plus animé que jamais contre le Séminaire: et l’on a tout sujet de
1) Edits et Ordonnances, 1. 1, pp. 265-270.
(2) Louis-Antoine de Noailles, d'abord évêque de Chälons-sur-Marne. puis
transféré à l'archevéché de Paris le 19 août 1695 pour succéder à Harlay, mort
quelques jours auparavant. « Il déparait des vertus réelles par cette faiblesse de caractère qui le rendit tour à tour le jouet de la cour et des jansénistes, » ;
4 , , 0 s ‘ ve } (Recherches historiques sur l'Assemblée de 1682, par Charles Gérin).
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croire qu’il ne gardera plus aucune mesure, et qu'il n’y a point d'extrémité à laquelle il ne se porte, n'étant plus retenu par toutes les considérations qui ont eu jusqu'à présent quelque ascendant sur son esprit...
€ Quel qu'intérêt que je me sente obligé de prendre au soutien d'une œuvre comme celle du Séminaire, par le moyen et les travaux duquel, durant l'espace de trente années, Notre-Seigneur m'a fait la grâce d'établir dans cette Église le peu de bien que j'ai été capable de faire, je consentirais de bon cœur à sa destruction, si l'expérience ne me faisait connaitre que la conduite que tient M. de Québec pour le rendre inutile tend au renversement total de cette Eglise... »
Enfin, M£r de Saint-Vallier, retenu en France depuis plus de deux ans, ayant écrit de Paris à son prédécesseur pour le supplier d'user de son influence pour procurer son retour au Canada. celui-ci lui répond :
« Failes avec mot, je vous conjure, une sérieuse réflexion sur tout ce qui s’est passé depuis que je me suis démis de la conduite de cette Église en votre faveur, sur l’état dans lequel vous l'avez trouvée, la paix et l'union dont elle jouissait.…., ce qui vous obligeait de dire en toutes sortes d'occasions que votre plus grande peine était de trouver une Église où il ne vous paraissait plus rien à faire pour exercer votre zèle.
« Faites d'autre part une semblable réflexion sur le grand changement que l'on y peut présentement remarquer, et d’où il est provenu. N'a-t-il pas paru, au grand scandale de tout le peuple et au préjudice du salut des âmes, que votre principal dessein a été de détruire tout ce que vous avez trouvé de si bien établi, et toute votre application, à chercher tous les moyens possibles pour ruiner entièrement le Séminaire, que vous avez reconnu pour l'âme de cette Église naissante?
Puis il ajoutait :
« Je suis persuadé qu'il n'y a point de serviteur de Dieu, en France, qui, si on lui expose dans la pure vérité l'état de cette Église, ne soit du sentiment qu'il vous serait glorieux devant Dieu et devant les hommes d'imiter le grand saint Grégoire de Nazianze et plusieurs autres grands prélats, qui se sont démis du gouvernement de leurs églises, pour y rétablir la paix et l'union... »
Voilà quelles furent les déceptions de M£r de Laval au sujet de son successeur.
Déceprioxs DE M£f pe SAiNT-VALLIER
Celles de M#r de Saint-Vallier par rapport à sa nouvelle Église ne furent pas moins amères.
N'allons pas croire, en effet, que le plan de réformer l’œuvre de son prédécesseur et de réduire le séminaire de Québec à n'être qu'une institution pour la formation des ecclésiastiques, fût chez lui concerté d'avance. Au contraire, avant même de quitter la France pour son premier voyage en Canada, n'étant encore qu'évêque nommé par le roi et vicaire général de M£f de Laval, enthousiasmé de tout ce qu'on lui a dit au séminaire des Missions- Étrangères, où il réside depuis quelques mois, du bien qui se fait au Canada par le séminaire de Québec, de l'esprit apostolique qui anime cette maison et de la sainteté qui y règne, entrainé par un élan de charité admirable, il fait don à cette institution de plus de quarante mille livres (4): il lui abandonne généreusement s: bibliothèque; il déelare qu'il veut à l'exemple de son prédécesseur pratiquer la désappropriation (2), c'est-à-dire, n'avoir rien à lui en propre, mais tout laisser au Séminaire, où il veut habiter, comme Mar de Laval, et se contenter de ce qu'on lui donnera pour sa nourriture et son entretien.
Puis il part pour le Canada. où il demeure plus de quinze mois du 30 juillet 1685 au 18 novembre 1686. Il en visite toutes les institutions, et parcourt en tous sens, d’une extrémité à l'autre, l'immense diocèse de la Nouvelle-France : il va jusqu'en Acadie: et quel voyage! IT S'y rend par terre, à travers les bois, les montagnes, les ravins et les torrents. Partout dans son diocèse il est reçu avec respect, comme Île représentant et le successeur désigné
(1) Somme qui lui était restée du prix de sa charge d'aumônier du roi, ses dettes payées, (Mémoire de Msr de Saint-Vallier au P. La Chaise, 1707).
(2) D'après Saint-Vallier, il paraît que « l'esprit de désappropriation était particulier au séminaire de Québec, et ne 8e p atiquait pas au séminaire de
Paris. » (Ibid.).
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jet de | de M£r de Laval. Partout il admire l’œuvre de ce saint prélat, le | bien opéré par ses zélés missionnaires. Lui-mème déploie en toutes
occasions un zèle, une charité et une piété admirables, qui commandent le respect et la vénération.
Il est certain, cependant, que l'impression générale qu’il laisse dans les cœurs ne lui est pas tout-à-fait favorable. On lui trouve un caractère inquiet, défiant, méticuleux, trop enclin aux réformes et aux changements, voulant toujours avoir mieux, et oubliant
Église | que le mieux est souvent l'ennemi du bien, parce qu'il n'est pas | toujours suffisamment praticable.
œuvre | Ce témoignage de l'opinion publique le précède en France, où n'être il rentre au commencement de janvier 1687. Arrivé à Paris, il y t chez trouve beaucoup d’esprits montés contre lui; on regrette déjà sa tter la nomination comme évêque de Québec; on cherche les moyens encore à d'empêcher que cette nomination suive son cours; le P. La Chaise Laval, lui-même conseille au roi de ne pas se presser de demander les SSIONS- Bulles, et l'abbé, informé de la chose. en est profondément aflligé. se fait Rien n'indique jusqu'iei qu'il a été lui-même défavorablement | que qui impressionné par la visite qu'il vient de faire de l'Église du | par un Canada. Au contraire, c’est à son retour en France qu'il écrit de plus cette magnifique « Lettre à un de ses amis, » dans laquelle il rend nent sa compte « de son premier voyage de Canada et de l'estat où il a cesseur 1 laissé l'Église et la colonie. » Cette lettre, ou plutôt ce volume n à lui est intitulée « Estat présent de l'Église et de le colonie française abiter, dans le Nouvelle-France. par M TEresque de Québec.» ra pour L'auteur y dépeint sous les couleurs les plus riches et les plus | brillantes ce qu'il a vu au Canada, l'état religieux et même civil ze mois el politique de ce jeune pays : il n'y a presque pas d'ombres au utes les tableau.
l'autre, | Pourtant, le prélat, dans ce premier voyage, avait été le témoin Acadie: et même l'objet de plusieurs incidents assez désagréables. Celui es mon- de la Héronnière, par exemple, agent des fermiers généraux à se il est 1 Québec, avait dù lui être très sensible, vu la position du persondésigné 4 nage et ses relations avec les principaux habitants du pays.
Laissons M. de Denonville raconter lui-même au ministre cette aventure :
« Je ne m'étais pas attendu, dit-il, que j'aurais à vous demander justice du sieur de la Héronnière, agent des fermiers généraux. J'en écris à M. le controleur général, et lui mande l'arrogance et
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l'insolence de cet honnête homme, sue j'aurais eu lieu de pousser en bien des rencontres, si je n'avais pas cru être obligé d’avoir beaucoup de modération, tant à cause du passé, que par l’espérance que j'avais que ma modération le rendrait plus sage, avec quelques avis que je lui faisais donner. Mais cela n'a servi de rien; ce qui m'oblige de vous faire savoir que M. notre évêque l'étant allé voir chez lui cet hiver avec deux ou trois de ses ecclésiastiques, qui l’accompagnaient à sa visite pastorale, il eut bien l'insolence de se plaindre à lui avec arrogance de ce que lon trouvait à redire à sa conduite, ei de ce qu’un saint homme jésuite, dans l’église de paroisse, avait prêché contre lui. Cependant je sais, parce que j'y étais, qu'il ne dit rien qui püt faire soupçonner en aucune manière qu'il voulût parler de lui. Peut-être que S'il v avait été, il en aurait jugé de même. Ce brutal s'emporta à un tel excès devant M. l’évèque, qu'il lui dit qu'il pistolerait ses prêtres au coin d’une rue, et que pour ses b... et coquins de moines il les ferait mourir sous le bâton.
« M. l’évêque, fort surpris d’un tel emportement, au lieu de le menacer de s'en plaindre à moi, l'embrassa, lui faisant une exhcrtation d’un ami à son ami et d’un père à son enfant qu'il veut faire revenir avec douceur. Cette douceur lui fit si peu d'impression qu'au lieu de se jeter à genoux pour lui demander pardon, reconnaissant sa faute sur le champ, au lieu, dis-je, de lavoir reconnue du depuis, je suis averti qu'il s’en est vanté et gloritié. M. l’évêque ne me l'a dit qu'après avoir exigé de moi la parole, que je ne lui ai pu refuser, que je ne lui en ferais aucun châtiment et ne lui en dirais rien.
« Cependant, monseigneur, je suis persuadé que ce n'est pas votre intention que cela demeure impuni. Ce pays a besoin d'exemples de châtiments, et qu’il vienne plutôt de vous que de moi; car je remarque assez que les châtiments des gouverneurs ont souvent paru venir plutôt du tempérament que de la véritable raison de justice (1).
« Depuis quelque temps le dit sieur de la Héronnière s'est déchainé contre moi, parce que Mme de Denonville (2) a dit à une
(4) Denonville fait allusion ici, sans doute, à plusieurs actes de violence qu'on avait reprochès à Frontenac.
(2) Catherine Courtin, épouse de Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville. Sa fille, Melle de Brisay, désira se faire religieuse à l'Hôtel-Dieu de
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