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Mer de Saint-Vallier. Le premier mourut à Québec le 26 mai 1703, « autant regretté, dit Charlevoix, que le méritait le général le plus accompli qu'eût encore eu la colonie, et l’homme dont elle avait reçu de plus importants services. » Sarrazin l'avait soigné quelques années auparavant « pour hydropisie, » et paraissait l'avoir guéri (4) : mais la maladie reprit efficacement son empire et mit fin aux jours de ce bon gouverneur. Champigny laissa le Canada en 1702 pour devenir intendant au Havre. L'évèque, parti de Québec le 10 octobre 1700, n'y revint que treize ans plus tard, en 1713.
Après avoir mis quatre ans à régler des affaires importantes en France et à Rome, il faisait voile pour le Canada, lorsque le vaisseau sur lequel il était monté fut pris par les Anglais. Le prélat fut retenu cinq ans prisonnier en Angleterre, et ne put rentrer en France qu'en 1709. Des influences secrètes réussirent à l'y faire rester quatre ans, de plus, loin de son diocèse.
Quelle existence mouvementée! Quelle étrange carrière épiscopale que celle de ce prélat! Elle commence par un feu d'artitice, une fusée brillante, la publication de sa fameuse lettre Estat présent de l’Église. Puis le ciel s'assombrit peu à peu, les nuages s'amoncellent, la tempête éclate, la foudre gronde de toutes parts. Il se fait ensuite une accalmie, le ciel se rassérène: le prélat travaille en paix au bien de son Église. Puis il passe en France pour le règlement d’affaires importantes, il visite ses abbayes, fait des pèlerinages à son pays natal, au tombeau de saint François de Sales, à la Ville Éternelle, Tout à coup, nous le trouvons en mer, au milieu d’une flotte ennemie : il est fait prisonnier, emmené en exil sur une terre étrangère. où il passe cinq ans. Après cela, quatre autres années dans son propre pays, à regarder de loin la terre promise, sans pouvoir y entrer. Plus heureux que Moyse, il finit cependant par y retourner, mais au milieu des éclairs et du tonnerre. De ses quarante années d’épiscopat, il en passe près de la moitié en dehors de son diocèse. Comme tout doit être singularité et déceptions dans cette existence, le prélat se choisit un coadjuteur, qui ne vient jamais au Canada pour l'aider (2), et plus
(1) Lettre de M. de Champigny au ministre, Québec, 44 oct. 1698.
(2) Louis-Francçois Duplessis de Mornay, gardien des Capucins de Meudon, né à Vannes, en Bretagne, en 1663, consacré à Paris, sous le titre d’évêque d'Euménie, le 22 avril 1744.
tard, comme exécuteur testamentaire, l’homme le plus retors et le plus gallican de tous les officiers de la colonie : puis enfin pour couronner une carrière si accidentée, sa sépulture est accompagnée des incidents les plus burlesques et les plus regrettables qu'on ait jamais vus sur la tombe d'un évèque.
Je viens de mentionner son voyage de 1700, où il se rendit à ’aris, et v demeura quatre ans, faisant cependant durant ce séjour plusieurs excursions à ses abbayes. à Grenoble, à Annecy. et surtout à Rome.
On cite son voyage de Rome (1) comme un exemple de la rapiüité impétueuse avec laquelle il menait toutes choses. IT n'y fut que trois mois. croyant avoir réglé toutes ses affaires. N'aurait-il pas fait mieux d'y demeurer plus longtemps et de suivre les choses de près? Quand il reçut plus tard la Bulle qu'il avait demandée pour l’union canonique des abbayes de Maubec, de l'Estrées et de Bénévent à l'Église de Québec, il s'aperçut « qu'on avait fait des moditications importantes aux projets qu'il avait soumis. » Cette Bulle changeait la constitution du Chapitre de Québec: et lorsqu'elle arriva au Canada dans l’automne de 1707, les chanoines ne voulurent pas la recevoir, L'évèque approuva leur opposition et la Bulle fut considérée comme non avenue. C'est peut-être le seul exemple d'un document pontifical qui n'ait pas été accepté, au moins en son entier, au Canada. On accepta ce qui faisait plaisir, l'union des abbayes; on rejeta tout ce qui regardait la constitution du Chapitre, pour s'en tenir à la Bulle de 167%, et l'évèque demanda à la cour en 1713 des lettres patentes confimant cette Bulle, malgré les modifications qu'y avait faites le document pontilical de 170%.
Le désarroi était de nouveau dans l'Eglise du Canada : chacun tirait de son côté, l'évêque, le séminaire, le Chapitre, surtout pour le partage du revenu des abbayes et des gratifications de l'État au clergé. Mais n'anticipons pas
Après avoir réglé les différentes affaires qui le retiennent depuis près de quatre ans en Europe, Ms de Saint-Vallier s'embarque, au mois de juin 170%, sur un des vaisseaux qui font voile pour la
(4) I rapporta de Rome le titre d'assistant au trône pontifical. (Histoire manuscrite du séminaire de Québec)
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Nouvelle-France. On est en pleine guerre de la succession d'Espagne :
« La Seine, grande flûte du roi, dit Charlevoix, portait à Québec M. de Saint-Vallier, son évêque, grand nombre d'ecclésiastiques (1), plusieurs des plus riches particuliers. La charge du vaisseau était estimée près d'un million (2). Le chevalier de Meaupou, qui commandait ce navire, ayant aperçu de loin quelques bâtiments qui lui parurent des barques. leur donna la chasse et fut bien surpris de se trouver au milieu de la flotte de Virginie, composée de cent cinquante voiles (3) et de quatre vaisseaux de guerre qui l’escortaient.
€ Il n'était plus en son pouvoir d'éviter le combat, parce qu'il était sous le vent des ennemis, et il le soutint pendant dix heures avec une bravoure et une intrépidité qui ont peu d'exemples. Son équipage et ses passagers le secondèrent tout à fait bien : leur mousqueterie tua bien du monde aux Anglais... La résistance du chevalier de Meaupou eût été même beaucoup plus longue s'il n'eüt pas eu pour ses passagers la complaisance de ne pas jeter à la mer les ballots qui embarrassaient ses canons, dont il ne put faire jouer qu’une petite partie... »
La Seine fut entin obligée de se rendre avec ses passagers et toute sa cargaison. Les passagers furent débarqués en Angleterre; et M# de Saint-Vallier, comme je l'ai déjà dit, y fut détenu
(4) Dix-huit, parmi lesquels trois Sulpiciens, et M. Bouteville, prêtre canadien, du séminaire de Québec, Geux-ci étaient excellents; mais parmi les autres il s’en trouvait qui n'avaient pas été choisis avec le discernement convenable et dont Mer de Suint-Vallier n'eut pas à se louer durant sa capitivité, L'an d'eux, Savoyard d’origine, renonca même à la religion.
(2) Elle fut vendue en Angleterre 1,300,000 livres. (Histoire manuscrite du séminaire de Québec).
(3) Ce chiffre est confirmé par une lettre de Ms de Saint-Vallier au Saint- Siège, datée de Farnham, 15 nov. 170%. — En répondant au pieux évêque, le cardinal prèfet de la Propagande lui transmit un Bref du Souverain-Pontife l'encourageant par de bonnes paroles, lui et ses compagnons de captivité. Mer de Saint-Vallier répondit, le 5 octobre 1705 : « Ex quo nos tenero planè affectu ad mala nostra fortiter perferenda Sanctissimus Pater hortatus, et Apostolicam benedictionem amanter impertitus est, insolitum profecto animis nostris accessit robur, quo acerbi ac diuturni carceris &ærumnis suppares efficimur sustinendis; quin et nova amissæ libertatis recuperandæ spes ideù præcipuë affulsit, quod sua nos benevolentià suoque præsidio Beatissimus Pontifex tueri velit... » (Archives du Vatican).
l'espace de cinq ans. Ce ne fut qu’en 1709 qu'il lui fut permis de passer en France.
La prise de la Seine fut un grand malheur pour la colonie canadienne, non seulement parce qu’elle la priva plusieurs années de la présence de son évêque, mais aussi parce qu'elle fit éprouver aux Canadiens des pertes énormes. M. Tremblay semble avoir pressenti ce malheur :
« Je plains beaucoup le Canada dans l’état où il se trouve, écrit-il à ses confrères du séminaire. Quel secours peut-il tirer d’un seul vaisseau comme la Seine.qui encore court bien risque d'être pris et, par conséquent, le pays d’être privé de tout secours? J'ai longtemps balancé si je vous enverrais mes ballots par ce vaisseau; mais quand je considère l'embarras où vous seriez si ce vaisseau arrivait à bon port et que vous ne recevriez rien par lui, je m'abandonne à la divine Providence. Mon Dieu! que je crains que la Seine ne soit prise! »
La perte de la cargaison de la Seine rendit certains effets extrèmement chers au pays. Il y eut une véritable disette de sel à Québec et à Montréal: et la cherté de cet objet de première nécessité causa des soulèvements populaires que M. de Vaudreuil eut beaucoup de peine à apaiser.
D'un autre côté, si l’on en croit Charlevoix, des malheurs comme celui de la perte de la Seine avaient un avantage, en obligeant les habitants canadiens à moins compter sur les produits d’outremer et à s’efforcer de retirer de leurs terres leurs besoins : « On ne s’y était point encore avisé d’y faire de la toile, écrit-il; la nécessité y fit ouvrir les veux sur cette négligence; on y sema du chanvre et du lin. qui y réussirent au delà de ce qu’on avait espéré... »
L'intendant Raudot écrivait au ministre en 1706 :
« Les habitants de ce pays commencent à présent à reconnaitre l'erreur de tout ce qu’ils ont fait. [ls s’'adonnent à la culture de leurs terres, à faire des chanvres et des lins, et étant encouragés, ils feront. à la fin, de ce pays un pays utile à la France...
« C'est une augmentation d'obligation que ce pays vous a, ajoutait-il, que la permission que vous donnez aux pauvres gens de faire de la toile et quelques mauvaises étoiles pour se couvrir. S'ils n’en avaient pas fait un peu. la moitié des habitants seraient sans chemises. Ils ont tous besoin d’en faire, car l'on peut dire
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