‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 27 sur 54 · ME DE NAINT-VALLIER ET VAUDREUIL. — QUESTIONS DE PRÉSÉANCE · texte numérisé non relu

ME DE NAINT-VALLIER ET VAUDREUIL. — QUESTIONS DE PRÉSÉANCE

Le marquis de Vaudreuil était presque aussi ancien dans la colonie que MA de Saint-Vallier, y vint pour la première fois en 1687 — n'étant encore que chevalier de Vaudreuil, — en qualité de commandant des troupes, amenant avee lui 800 soldats, € qui, par un bonheur extraordinaire, dit M# de Saint-Vallier, étaient passés de France en bonne santé en trente-trois jours. »

I servit avec distinction dans les différentes expéditions de Denonville et de Frontenac contre les Troquois et les colons de la Nouvelle-Angleterre. Denonville, écrivant un jour au ministre, lui recommande le chevalier de Vaudreuil, © qui vient de partir de Montréal avec six-vingt Canadiens pour tomber brusquement sur l'ennemi. C'est un cadet de qualité de Gascogne. ajoute-t-11. qui ne fera pas souvent venir de lettres de change de son pays. »

Philippe de Rigaud. chevalier de Vaudreuil, était fils de Jean- Louis de Rigaud et de Marie de Castel-Verdun. Il naquit vers 163, en Languedoc {1}, tout près de la Gascogne, dans la paroisse de Vaudreuil. évéché de Saint-Papoul. I avait done à peu près quarante-quatre ans lorsqu'ilarriva en Canada en 1687,

Trois ans plus tard, il épousa à Québec Louise-Élizabeth de Jovbert, fille de Pierre de Jovbert, seigneur de Marcon. et de Marie-Françoise Chartier de Lothinière, Cette jeune title avait passé son enfance à fiemsek. sur la rivière Saint-Jean, où commandait son père. Elle était filleule de Frontenac, Vers sa douzième année, sa mère l'amena à Québec, et la marquise de Denonville, qui l'aflectionna beaucoup, la mit au pensionnat des Ursulines en

(4) I parait que le Languedoc était une des provinces de l'ancienne France les mieux administrées, Fénelon, dans so r plan de gouvernement, demande qu'on établisse dans toutes les provinces, des états prorinreiouxr sur le méme modéle que ceux du Languedoc, Vaudreuil, natil de celte province, avait done appris

de bonne heure à apprécier les bienfaits d'une sage administration, IE était d'ailleurs préparé à voir PEglise prendre part aux affaires an Conseil on illeurs, puisque dans sa province € c'etait l'évêque qui avec les serneurs du pays et Le tiers-état réglait la levée des impôts suivant le cadastre, » (Histoire

e Fenelon, par le cardinal de Beausset, EL IV, p. 420.)

mème temps que sa fille. € C'était, dit lannaliste. une jeune personne d'une vertu solide, d'un esprit supérieur et douée de toutes les grâces qui font le charme d'un cercle d'élite. Une sagesse rare tempérait la vivacité de Son caractère, et les attraits de sa figure étaient rehaussés par la plus naïve expression de modestie, »

Ce fut probablement le marquis de Denonville #) qui, plus tard, la fit connaitre à Mme de Maintenon: celle-ci fit nommer la marquise de Vaudreuil, une Canadienne, sous-gouvernante des enfants de France. en 1708. IE v avait cinq ans que M. de Vaudreuil était gouverneur du Canada, avait sueeédé au chevalier de Callières comme commandant à Montréal, en 1699 : il lui succéda comme souverneur du Canada en 1703.

Mme de Vaudreuil partit de Québec en 1709 pour se rendre à Versailles. Elle servit puissamment son mart à la cour, soit en déjouant les ruses de ses ennemis, soit en lui procurant des grâces inespérées, Le marquis écrivant au ministre en 1740 :

« Je suis très sensible, monseigneur, disait-il, à la bonté que vous avez eue d'écrire au R. P. Le Tellier (2) en faveur de celui de mes enfants qui prend le parti de FEglise (3). Je ne suis pas moins rempli de reconnaissance pour toutes les bontés que Mme de Vaudreuil me marque que vous voulez bien avoir pour elle. Continueznous. monseigneur, Fhonneur de votre protection. Je la mérite par la véritable attention que j'ai à exécuter vos ordres. »

Voici ce qu'écrit Charlevoix à loccasion de la nomination de Vaudreuil comme gouverneur du Canada :

(1) H'avait été nommé, après son retour du Canada, sous-précepteur de trois princes : le due de Bourgogne, le duc d'Anjou et le due de Berry, enfants du Dauphin dont Fénelon Pillustre archevèque de Gambrai, était précepteur, et le due de Beauvilliers, gouverneur,

(2) Devenu confesseur du roi après la mort du P. La Chaise en 1709, IT avail publié, en 4687, une « Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, du Japon et des Indes, contre deux livres intitulés : La morale pra tique des Jésuites et VEsprit de M. Arnault. » Le chancelier d'Aguesseau, dans ses Mémoires, le représente « comme un homme accoutumé à combattre en fuyant, el qui a plus fait dans sa vie de belles retraites que de belles défenses, » (Histoire di Fénelon, par le cardinal de Beausset, {. HE, P. 90.)

(3) Un des fils de Vaudreuil entra done dans l'état ecclésiastique, probablement dans la Compagnie de Jésus, [l serait intéressant d'avoir quelques détails

sur sa carricre,

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€ [était fort aimé des Sauvages: et la valeur qu'il avait fait paraitre en plusieurs occasions pendant la dernière guerre, jointe à ses manières nobles et aimables, lui avaient gagné Faffection et acquis l'estime de la colonie. Aussi concourut-elle toute entière à le demander pour gouverneur général. D'ailleurs il n'avait point de concurrent, sur lequel la place qu'il occupait, son expérience et la connaissance qu'il avait des affaires du Canada ne lui donnassent une grande supériorité, M, de Champigny étant retourné en France et ne songeant plus à FAmérique.

€ Le marquis de Vaudreuil fut done accordé aux prières de tous ceux qu'il devait gouverner: il parut même que ce concours de tous les ordres de la colonie en sa faveur avait fait plaisir au roi, qui lui avait donné plus d'une fois des marques de bienveillance, depuis la surprise de Valenciennes (1) par les mousquetaires, du nombre desquels il était... »

Si M. de Vaudreuil n'avait pas eu de concurrent sérieux pour la charge de gouverneur, il avait certainement des rivaux et des jaloux. De ce nombre était M. de Ramesay, qui lui succéda comme gouverneur de Moniréal, et le remplaca mème, durant deux ans, de 471% à 1716, au gouvernement de la colonie. Écrivant au ministre dans l'automne de 170%, il accusait M. de Vaudreuil d'être de connivence avec certains officiers qui faisaient la traite de l'eau-de-vie (2); puis il ajoutait :

€ Quoique la conduite que tient M. de Vaudreuil soit extrèmement préjudiciable à la colonie, celle qu'il a pour le gouvernement ne l'est pas moins. On peut dire aussi qu'il n'y a pas le plus de part : les Jésuites ont retrouvé leur règne.

€ IT faut considérer, monseigneur, que dans établissement du Canada, le pays dépendait, par concession du roi. d'une compagnie (3), laquelle, sous le bon plaisir de la cour, nommait des

(4) Gette prise d'assaut de Valenciennes eut lieu en 4677.

(2) M. d'Aigremgnt portait la même accusation contre Vaudreuil en 4708 : « On pourrait empêcher à Montréal que les Sauvages (Outaouais) n'emportassent une si grande quantité d'eau-de-vie. On m'a dit qu'il ne leur avait été permis d'en emporter une si grande quantité, qu'à condition qu'ils feraient de

gros présents à M, le gouverneur général. Je ne sais pas si cela est vrai, mais je sais de bonne part que les présents qui lui ont été faits cette année par les Sauvages valent plus de einq cents pistoles. »

(3) La compagnie des Cent-Assoriés, fondée par Richelieu en 1627. Elle remit Ja Nouvelle-France au roi en 1663,

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