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gouverneurs et des intendants, auxquels le roi, sur la présentation qui lui en était faite, donnait des commissions. Les Jésuites avaient la principale part, par leurs intrigues, à ceux qui étaient proposés. Le crédit et l'autorité qu'ils avaient sur ces gouverneurs, qui étaient leur ouvrage, joint au pouvoir qu'ils attribuent pour la direction des consciences. les faisaient les véritables possesseurs d'une puissance. dont les gouverneurs chimériques n'étaient que les dépositaires. Tout le Canada sait ce qu'ils ont imposé à M. de Mésy, autrefois gouverneur général de ce pays, pour ne leur avoir pas voulu déférer : 1} mourut de déplaisir.
Par la suite. le pays étant augmenté. et le roi étant rentré aux
oits ù compagnie, les Jésuites n'étant plus les maitres du hoix s gouverneurs et des intendants, ont voulu néanmoins toujours se conserver l'empire qu'ils s'étaient acquis
sur le pays. avec des suceès qui ont dépendu de la mollesse ou de la fermeté de ceux qui ont gouverné le Canada : et on a l'expé-
nce que ceux qui leur ont trop déféré n'ont pas réussi pour le service du roi dans cette colonie,
€ M. le comte de Frontenac, dont la naissance et le mérite sont connus. étant arrivé en Canada, le gouverna avec tant de sagesse qu'il s'attira l'amour et le respect de tout le peuple. L'on ne saurait s'imaginer les intrigues. cabales et calomnies dont Îles Jésuites se sont servis en cour pour le débusquer de son premier souvernement, dont il ne leur a jamais vouiu faire part, non plus que dans son dernier règne. Je puis avancer hardiment qu'il y en aura très difficilement un qui fasse tant de bien au pays, et qui le sache si bien gouverner, Le seul défaut qu'il avait était de rechercher les honneurs avec trop d'empressement.
« Ensuite M. de Callières qui lui a succédé à eu la même fermeté en ce qui regarde la conservation de son autorité; et quoiqu'il n'eût pas la même vivacité d'esprit, on doit à sa mémoire qu'il a très utilement servi le roi en ce pays, tant gouverneur particulier de Montréal qu'en qualité de gouverneur général: et s'il ne donnait pas à M. de Vaudreuil toute la liberté qu'il convient à son caractère, comme vous Favez pu connaitre
par les plaintes qu'il vous en à faites, c'est qu'il connaissait ses faiblesses et le mauvais usage qu'il en aurait fait; et c'est ce que nous voyons malheureusement aujourd'hui, au détriment de la
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colonie. Si Dieu n'y met la main, il perdra en peu de temps ce que ses prédécesseurs ont eu bien de la peine à acquérir. Il a trouvé tout en paix (1, et à présent nous sommes à la veille de voir la guerre entre toutes les Nations. Il est certain que, quoi qu'il arrive, la conduite qu'il tient sera très préjudiciable au pays. Il n'y a personne de bon sens qui ne s'en aperçoive..….
« Lorsque l'État ecclésiastique vous à écrit en sa faveur pour vous demander, monseigneur, votre puissante protection pour lui faire obtenir de Sa Majesté le gouvernement général de ce pays, il ne croyait pas qu'ilen fit un st mauvais usage: et je ne fais pas de doute, monseigneur, qu'ils ne vous en portent leurs plaintes, à moins que la prévention qu'ils vous ont témoignée en sa faveur ne les en empêche. étant fâcheux de se démentir si promptement.
€ Mais pour les Jésuites, quoique dans le fond de leur cœur ils ne Fapprouvent pas, inv a pas d'apparence qu'ils s'en plaignent, parce qu'ils tiomphent à présent. Au lieu de distribuer, suivant l'intention de Sa Majesté, les deux mille écus dont Elle à la bonté de gratitier les meilleures familles de ce pays. on les donne en partie, par leurs sollicitations, à des paysans leurs créatures. Hs ont la principale part au gouvernement: on ne délibère d'aucune chose sans leurs conseils, qui souvent se tiennent chez eux, outre qu'ils y trouvent leur intérêt particulier... »
(1) M. de Ramesay fait 1ei allusion au fameux traité de 1701 entre les Français et les Sauvages :
« Le but politique de M. de Callières, dit Gauthier, fat la pacilication des peuples sauvages qui se trouvaien’ relations avec les Français, Malgré les intrigues anglaises, il sut dispos£r habilement les cinq-cantons à entrer dans ses vues, En 1700, des ambassadeurs iroquois acceptérent, à Montréal, les bases d'une paix durable, qui fut solennellement ratifite l'année suivante.
« Dans l'été de 1701, Montréal vit arriver les députés d'une foule de nations sauvages, qui venaient compléter Pauvre d'une paix générale. On voulut donner le plus de solennité possible à la conclusion du traité, Une vaste enceinte fut préparée dans le voisinage de Montréal. Treize cents sauvages \ prirent place dans un très bel ordre: e’étaient Les représentants de presque toutes les nations barbares de l'Amérique du Nord, depuis le golfe Saint- Laurent jusqu'au bas Mississipi, La variété bizarre de leurs costumes et Ta diversité de leurs idiomes furent un grand amusement pour les Canadiens et
les Français. Trente-huit députés signérent le traité: puis on apporte le grand calumet de Ta paix, qui circule parmi tous les dignitaires de cette vaste assemblée, Un Te Deum solennel vint clore la cérémonie, IT v eut festin, salves d'artillerie, et le soir illumination et feu de joie. » (Histoire du Canada).
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Vaudreuil, de son côté, n'aimait guère Ramesay. si lon en croit M. d’Aigremont (1) :
« M. le gouverneur général a cette bonne qualité, dit-il, que quand il a une fois commencé d'avoir de la haine pour quelqu'un, c’est pour toute la vie, et toujours en augmentant. Celle qu'il a, par exemple, pour M. de Ramesay est parvenue à un point qu'il est aisé de connaitre qu'il cherche tous les moyens de le perdre, Elle a été jusqu'à l'accuser, 11 à deux ans, d’avoir ôté quarante bons hommes du parti commandé par les sieurs Deschaillons et Rouville pour y en mettre quarante mauvais afin de le faire manquer. Îl faut avoir une horrible méchanceté pour accuser M. de Ramesay d'une pareille chose, n’y avant pas un homme qui soit plus zélé et plus attaché à remplir ses devoirs... »
L'intendant Raudot écrivait lui aussi au ministre le 20 septembre 1709 :
« M, le gouverneur Vaudreuil, qui n'a nulle qualité de celles qui pourraient le faire estimer et aimer, deux qualités néanmoins essentielles pour bien gouverner les autres, à cru, pour y suppléer, ne pouvoir mieux soutenir son autorité que par la crainte qu'il donne à tout le monde, soit en maltraitant les uns publiquement, de paroles et de menaces, ou en leur faisant des malhonnètetés, soit en se rendant maître despotiquement de toutes les permissions qui sont nécessaires aux autres pour faire leur commerce, en leur refusant les hommes dont ils ont besoin pour cela, ou les secours qui leur sont nécessaires pour leurs autres affaires. ne les accordant que suivant ses vues, et jamais par rapport à la justice qu'il doit à tout le monde... »
Voilà comment les représentants du roi au Canada se décriaient les uns les autres : quel tact ne fallait-il pas à la cour pour discerner le vrai du faux dans toutes ces dépêches!
(4) François Clairambault d'Aigremont, commissaire de la marine, député de la cour pour visiter les postes avancés du Canada. I mourut en 1728. M. de Beauharnais, gouverneur, écrivant au ministre le 2 décembre : « J'ai l'honneur disait-1l, de vous donner avis de la mort de M. d'Aigremont, qui est universellement regretté en ce pays. I mourut hier à une heure après-midi, Son désinté-
ressement à été si grand pendant sa vie qu'on n'a pas trouvé & sa mort de quoi le faire enterrer. Je lui ferai rendre les honneurs qui lui sont dus, et tout le monde se porte d'inclination à y contribuer, » — I venait d’être nommé intendant du Canada à la place de Dupuy.
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Je cite encore sur Vaudreuil ce qu'écrivait au Régent, en 1716, M. Riverin, qui se disait « député de ia colonie » en France depuis quinze ans :
« Comme député de la colonie de Canada, je me trouve obligé d'écrire cette lettre à V. À. S.. et de la supplier très humblement de ne la point envoyer à M. de Vaudreuil ni à M. Raudot, mais bien à quelqu'un en qui V. AS. prenne confiance, I s'agit de la ruine totale de cette pauvre et malheureuse colonie, qui est toutà-fait certaine, si V. A, N. laisse ces messieurs-là les maitres d'av, nger les affaires comme ils le jugeront à propos. Tout le monde sait que le premier est entiérement gouverné par sa femme, qui est née en Canada, qui va une famille très pauvre avec un nombre considérable d'enfants (D). et avec cela d'une avidité insatiables et que Fautre, aussi bien que son père, qui sont nés sans biens, ont été rappelés sur les plaintes générales qui ont été faites par tout le peuple de cette colonie, après les avoir tous vexés, s'être enrichis, et avoir fait chasser et déserter de ce pays presque tous les principaux qui ont voulu leur résister
« Les gouverneurs généraux qui ont précédé M. de Vaudreuil, et particulièrement MM. de Denonville et Callières (2). en ont soutenu la dignité avec éclat, et se sont fait respecter des gouverneurs généraux anglais et des chefs des nations sauvages qui sont à craindre. LS n'ont point eu en vue le commerce ni le gain sordide. Il avaient beaucoup d’élévation. Mais à présent tout est avili, et ce n'est plus qu'une femme qui règne, tant présente qu'absente... »
[eut été difficile que M#f de Saint-Vallier, lui aussi, n'eût pas quelques difficultés avec les autorités coloniales : c'était pour ainsi dire la mode: et d'ailleurs il v avait à cette époque une source permanente de difficultés entre l'Église et l'État : les questions de préséanee et d'immunités ecclésiastiques.
SItôL après son arrivée, nous voyons le prélat s'opposer à une ordonnance de lintendant Raudot réglant © que les capitaines de milice iront, après les marguilliers, tes premiers à la procession, suivis des autres officiers de milice, et que le capitaine de milice
(1) D'après Tanguay, elle en avait dix. L'un d'eux, Pierre-François, fut le dix-huitième et dernier gouverneur français du Canada.
(2) I n'ose pas nommer Frontenae parmi les gouverneurs qui « n’eurent jamais en vue le commerri