‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 29 sur 54 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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seul aura le pain bénit avant les autres habitants (D. » L'évêque prétendait que lintendant « n'avait pu donner ce droit aux capitaines de milice, » L'intendant se foudait sur ce qui avait été réglé au conseil d'État le 12 avril 1710 : « Sa Majesté veut que, par le Conseil Supérieur établi à Québec, il soit réglé quelques honneurs aux principaux habitants qui prendront soin de chacune bourgade où communauté, soit pour leur rang de l'Église, soit ailleurs. »

« Les capitaines de milice sont dans ce cas, écrivait M. de Vaudreuil, puisqu'ils ont l'honneur de commander les habitants pour aller à la guerre et pour tous les autres services pour lesquels ils sont commandés, et d'être aussi chargés de l'exécution des ordres des intendants. »

Puis il se plaignait que l'évêque n'avait pas voulu entendre ces ‘aisons, et il priait le ministre « de lui faire savoir les intentions de Sa Majesté. »

L'ordonnance de M. Raudot fut maintenue. Son successeur. Beyon, ainsi que Vaudreuil, écrivaient au ministre l'année suivante :

« Les sieurs Vaudreuil et Begon tiendront la main à l'exécution du règlement de Sa Majesté portant que les capitaines de milice

auront une place marquée après les seigneurs des paroisses. les ofliciers de milice et les marguifliers, avant les autres habitants... »

Le marquis de Vaudreuil passa en France en 171% et ne revint qu'en 1716. Il eut occasion, durant son séjour à Paris. de rendre service au séminaire de Québec, avec lequel il sympathisait de tout cœur, Le ministre lui ayant parlé des difficultés que l'évêque avait encore avec son séminaire, auquel il reprochait, entre autres choses, d'attirer les prètres chez lui :

€ J'ai toujours vu M, l'évêque brouillé avec le séminaire de Québec, répondit M, de Vaudreuil. Les curés de la campagne qui viennent faire leurs provisions à la ville ont, de tout temps, demeuré au séminaire: et cela me parait fort convenable, I serait désagréable à des prêtres d'aller demander à M. l'évèque où il veut qu'ils logent, »

Mer de Saint-Vallier eut une autre difficulté de préséance, avec

(1) Edits et Ordonnanves, t, MH, p. 275,

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M. de Louvigny (1), lieutenant de roi à Québec. Celui-ci écrivait à la cour à ce sujet :

€ M. l'évêque de Québec fait une dificulté au lieutenant de roi d'entrer dans le sanctuaire de la paroisse, les jours de cérémonies, recevoir de la main du célébrant un rameau, des cendres et l’adoration de la croix. après le gouverneur et l'intendant; et il accorde ces honneurs aux marguilliers : pour raison il dit que les honneurs de l'église dépendent de lui... S'il était vrai que M. l'évèque fût seul maitre d'accorder ces honneurs. ajoute M. de Louvigny, pourquoi la cour osait-elle décider d'un banc. du pain bénit, de la marche dans les processions, en faveur des lieutenants de roi, l'année 1717?

«M. l'évêque me fit dire, le jour du vendredi-saint, de ne pas aller dans le sanctuaire à l'adoration de la croix, et qu'il avait été surpris que jy fusse entré le dimanche des Rameaux..… Pour éviter la discussion, j'ai souserit à ce qu'a désiré M. l'évêque, jusques au règlement qu'il plaira à Nos Seigneurs du Conseil de rendre, en prenant la liberté de remontrer que je crois devoir entrer dans le sanctuaire, puisque les marguilliers v entrent, et avoir le pas devant eux... à

La cour donna raison à M. de Louvigny. Elle donna raison. également, à M. de Vaudreuil, dans une autre affaire: et cette fois la réponse dut être d'autant plus sensible à l'évêque que c'est lui qui l'avait provoquée. et non pas le gouverneur. Laissons celui-ci raconter lui-mème l'incident :

« M. l'évèque n'a pas accusé juste, dit-il. en écrivant au Conseil (d'Etat) que je prétendais exiger de lui qu'il ordonnat au clergé de sa cathédrale de me donner l'eau bénite par présentation du goupillon entre mes mains, puisque je n'ai jamais eu cette prétention.

« Ilest bien vrai que, comme dans l'église de Montréal où j'allais tous les dimanches à la grand'messe, pendant le séjour que j'y fis en 1717 (2). le goupillon me fut toujours présenté par

(1) Louis de la Porte de Louvigny. I périt dans le naufrage du Chameau le 25 août 1725, alors qu'il venait d'être nommé gouverneur des Trois-Rivières. (Charlevoix, Histoire générale de la Nouvelle-France, LIN, p. 440.

(2) C'est durant son séjour à Montréal en 1717, qu'eut lieu la célèbre émeute de Longueuil, à l'occasion des corvées pour les fortifications, Cet épisode paraît avoir échappé à la connaissance de nos historiens, même ceux de ia paroisse

le prêtre ofliciant, de manière que je prenais l’eau bénite avec le doigt, je demandai à M. l'évèque, après mon retour à Québec, qu'elle me fût donnée dans sa cathédrale de la même manière qu'elle m'avait été donnée à Montréal : ce qu'il me refusa, pré-

de Longueuil. Voici comment M. de Vaudreuil racontait cet épisode au ministre :

« J'ai l'honneur, écrivaitil le 17 oc‘obre 1717, de rendre compte an Conseil de ce qui s'est fait par rapport aux corvées que les habitants de l'ile de Moniréal et des côtes voisines fournissent pour l'enceinte de la ville de Montréal en muraille.

« Comme Sa Majesté n'a pas jugé à propos de leur rien ordonner à cet égard, et qu'Elle à marqué être persuadée que je les y déterminerais et qu'ils S'y porteraient d'eux-mêmes, je me suis servi des voies d'insinuation pour engager les habitants des côtes les plus voisines de la ville à bien faire leur devoir, afin que ceux des autres côtes plus éloignées suivissent plus volontiers leur exemple, J'ai lieu d'être content des uns et des autres, parce qu'ils ont tous paru vouloir se conformer aux intentions de Sa Majesté, excepté Îles habitants de la seigneurie de Longueuil, dans lesquels je ne trouvai pas la même soumission lorsque j'allai leur proposer les corvées, IS étaient sous les armes pour me recevoir. Eu y arrivant, je leur parlai dans la maison de M. de Longueuil, et je leur dis tout ce qui pouvait être capable de les engager à imiter les habitants des autres côtes : mais ce fut inutilement, parce qu'il se trouvait parmi eux quelques mutins qui gâtaient l'esprit des autres,

« Quelques-uns de ces derniers, m'ayant manqué de respect dans leurs réponses, furent poussés par mes gardes : ce qui alarma les autres; et tous, craignant d'être chargés, ils sortirent de la maison en foule, et coururent à leurs armes, sans cependant faire d'autre mouvement.

« Quand je vis le peu de soumission de ce peuple, je m'en retournai à Montréal, dans la résolution de ne pas laisser cette insolence impunie dans ceux qui en étaient les auteurs, Pour éviter le châtiment qu'ils méritaient, ils s'engagérent dans une espèce de révolte, en demeurant attroupés avec leurs armes le reste du jour, excepté quelques gens raisonnables qui se retirérent chez eux, Leur intention était d'empêcher qu'on emmenät ceux qu'ils pré voyaient que je pourrais envoyer prendre pour les faire mettre en prison. Is élaient cependant disposés à se retirer, lorsqu'un canot, conduit par des gens de la ville mal intentionnés, et que je n'ai pu découvrir, arriva à Longueuil, pour leur faire savoir que je faisais commander les Sauvages pour a!ler piller leurs maisons et les brûler : à quoi cependant je n'avais point peusé, n'étant pas d'humeur à me servir de ce moyen pour les châtier, Mais ce faux avis les engagea de coniinuer à rester sous les armes toute la nuit et rcore le lendemain,

« Dans le temps que je me disposai à faire marcher contre ces mutins et y aller moi-même, le curé de Boucherville et le sieur Boucher de Montbrun, commandant de toute la milice des côtes du sud, accompagnés de quelques-uns des principaux habitants de Boucherville, viureut me demander grâce pour les

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tendant qu'il ne le devait pas, ayant néanmoins laissé la liberté aux prêtres de Montréal de continuer de faire comme ils avaient commencé.

« Le supérieur du séminaire de Montréal, à qui je parlai l'année dernière du refus de M. l'évêque, m'assura que ce que je demandais m'était dû; et un curé du diocèse de Québec (4) me fit voir, dans le Traité des droits honorifiques, plusieurs arrèts rendus en faveur des seigneurs haut-justiciers. par lesquels il était ordonné aux curés de leurs paroisses de leur donner l'eau bénite par présentation du goupillon et non pas aspersion.

« Après avoir représenté tout cela à M. l'évêque qui n'a pas voulu y avoir égard, j'ai resté dans le silence sur ce sujet et jy serais encore s'il n'en avait pas écrit au Conseil. Mais la réponse que le Conseil lui a faite sur cette matière a terminé toute la

gens de Longueuil, m'assurant que les remontrances qu'ils avaient faites à ces révoltés les avaient fait revenir de leur égarement: qu'ils s'étaient tous retirés, et qu'ils étaient très mortifiés de la faute qu'ils avaient faite et très résolus de n'y retomber jamais; qu'au reste il y en avait plusieurs qui n'avaient eu aucune part à cette révolte, et que, parmi ceux qui s’y étaient engagés, il y en avait plusieurs qui s'y étaient trouvés malgré eux. Je leur fis réponse que je voulais bien, sous le bon plaisir de Sa Majesté, pardonner à la paroisse en général, mais qu'il fallait que ceux dont je leur donnais les noms, au nombre de dix, me fussent livrés, ou qu'ils vinssent eux-mêmes se remettre à ina clémence,

« Ces dix mutins ont pris le parti de venir d'eux-mêmes se rendre en prison. Ils sont dans le cachot depuis près de deux mois. Je les y laisserai encore jusqu'à l'hiver, Alors je les en ferai sortir, parce que les cachots de Montréal sont si affreux qu'ils courraient risque d'y périr, s'ils ÿ restaient pendant l'hiver. Mais ils ne seront élargis que sous boune caution de se repré-enter pour ÿ être remis quand on le jugera à propos. Ces malheureux m'ont paru st humiliés et si touchés de leur faute, dans le temps qu'ils sont venus d'eux-mêmes se rendre en prison, que j'ai tout lieu de croire qu'il ne leur arrivera jamais d'en com mettre une pareille, C'est pourquoi je prie très humblement le Conseil de vouloir bien leur faire grâce,

« Cette révolte, si on peut lui donner ce nom, n'a produit aucun mauvais effet dans la colonie, Au contraire, comme il est vrai qu'à quelque chose mal heur est bon, elle à été cause que plusieurs habitants des autres côtes el même des côtes entières, qui ne se hätaient pas de satisfaire à ce qui avait été promis pour les corvées, se sont pressé de s'acquitter, et que tous ceux de Longueuil se sont soumis à la taxe qui a été faite par le sieur de Longueuil, leur seigneur, qui connait leurs facultés, »

(4) Probablement M. Philippe Boucher, un des curés canadiens les plus instruits de l’époque.

difliculté; car elle à engagé M. l'évêque à me prévenir, pour m'accorder de bonne grâce ce qu'il m'avait refusé... »

NII

MEt DE SAINT-VALLIER ET VAUDREUIL (suite). — QUESTIONS DE DISCIPLINE,

Mer de Saint-Vallier se défendit avec plus de succès dans deux occasions où les droits de la conscience et de la morale étaient, il est vrai, plus intéressés.

Le roi avait défendu, parait-il, aux prêtres du Canada « de marier aucun oflicier ni soldat sans la permission du gouverneur général où de celui qui commanderait en son absence. » M. de Vaudreuil ayant appris que l'évèque avait marié, durant son absence, un oflicier et plusieurs soldats, malgré l'opposition du commandant, M. de Ramesay, s'en plaignit à la cour et demanda que l'on défendit de nouveau à l'évêque et à ses prêtres de le faire à l'avenir : autrement, disait-il, « les ofliciers feront tous les jours de mauvais mariages: et les compagnies, qui sont très faibles, se détruiront entièrement, parce qu'on n'y souffre point de soldats mariés, et qu'aussitôt qu'ils le sont on leur donne leur congé... »

« Le reproche qu'on nous fait, répliqua l'évêque, est manifestement injuste : nous n'avons point fait de mariages de soldats depuis bien des années. à moins qu'ils n'aient trompé les curés et assuré sous serment qu'ils n'étaient point soldats. Je ne connais sur ce sujet d'autre ordonnance royale que celle du 21 mai 1698 : elle porie qu'on doit permettre aux soldats de se marier, sur la première demande qu'ils en font au gouverneur général. Mais M. de Vaudreuil se montre très dificile à accorder ces permissions. Que de fois je lui ai rappelé la parole de saint Paul, qui engage les chrétiens à se marier plutôt que de brûler (D)! À cela il ne veut rien entendre : il suflit que je veuille me mêler de ces mariages pour qu'il refuse son consentement.

« Les soldats sont mes ouailles comme les autres chrétiens. Quand on leur refuse pendant huit ou dix ans la permission de se

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marier, et que je les vois se livrer au désordre et au libertinage. donnant à la colonie une intinité d'enfants illégitimes, puis-je fermer les yeux sur ces désordres? Et croit-on que je serai quitte devant Dieu en disant que je ne les ai pas mariés parce que M. de Vaudreuil ne l'a pas voulu?

« Quant aux ofliciers, l'expérience journalière fait voir que plusieurs d'entre eux, aussi bien que d’autres habitants, quand on leur refuse les permissions nécessaires pour se marier, ne font pas difficulté de se marier à la gaumine (1), en déclarant devant le curé, lorsqu'ils le trouvent seul à l’église, ou ailleurs, qu'ils se prennent pour mari et femme, devant deux témoins qu'ils amènent. Cela est arrivé si souvent, qu'on peut raisonnablement le craindre lorsqu'on refuse de les marier (2).

« Pourquoi M. de Vaudreuil se plaint-il que j'aie permis à son neveu, M. de Lantagnac (3), de se marier, après mille refus de sa part de lui laisser prendre femme? Voilà un officier de quarante ans. à qui on refuse la permission de se marier avec la nièce de M. de Louvigny (#), lieutenant de roi, fille du premier conseiller! Et cependant on les laisse se fréquenter des années de suite sans rien faire pour les éloigner ni les séparer! Est-ce de nature à contenter un évêque, qui doit par son état chercher à maintenir tout le monde dans l'ordre...? »

La cour fit répondre très sagement à M. de Vaudreuil « que l'on pouvait bien casser les ofliciers ou leur imposer d'autres peines. mais que ces peines ne pouvaient ètre comparées avec le bonheur ou le malheur éternel. »

A son tour, M#r de Saint-Vallier avait un reproche très grave à faire à M. de Vaudreuil : laissons-le expliquer la chose lui-même au Conseil de la Marine :

« Je supplie le Conseil, dit-il, de me permettre de m'expliquer sur un article affligeant pour moi. et auquel je ne trouve point de remède depuis huit ans que je suis de retour dans mon diocèse.

(4) Voir le mandement de Mer de Saint-Vallier « pour condamner les mariages à la gaumine, » (Mandements des évêques de Québec, LT, p. 492),

(2) I parait que le frère de l'intendant Begon, entre autres, s'était ainsi marié à la gaumine,

(3) Le lieutenant Gaspard Adhëémar, sieur de Lantagnac.

(4) Marie-Geneviève Martin de Lino, fille de François-Mathieu Martin de Lino et de Catherine Notan.

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