‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 30 sur 54 · UN · texte numérisé non relu

UN

J'espère de la sagesse du Conseil qu'il donnera ses ordres à M. de Vaudreuil de ne pas se servir de son autorité temporelle pour

f entrer sans permission de lévèque dans les couvents de reli- } gieuses et y faire entrer toutes sortes de personnes. S'il ne le faisait

qu'au retour de ses voyages de France ou dans des cas extraordinaires, je le souffrirais sans peine. et lui offrirais même de l'accompagner; mais en tout temps. avec toutes sortes de personnes, et sans croire avoir besoin de la permission de l'évêque, sans se soucier de l’excommunication majeure portée par le concile de Trente contre ceux qui entrent dans les monastères sans raison et sans permission, aucun des gouverneurs qui ont précédé M. de Vaudreuil, depuis trente-six ans que je suis évêque, n'a prétendu et regardé ces entrées comme une suite de sa dignité.

EL comment le pourrait-elle être. puisque les rois mêmes nv | entrent point sans en avoir permission par des Bulles expresses émanées du Saint-Siège ?

« J'ai été dix à douze ans aumoônier du feu roi, et je ne l'ai vu

entrer que deux fois dans des couvents: encore. avec de grands : ménagements de sagesse et de prudence (D) : et M. de Vaudreuil y n entre très souvent, et veut entrer, tantôt avec des femmes. tantôt V avec des hommes. ofliciers ou autres, ne se contentant pas de voir k

et d'entretenir les religieuses dans les parloirs, mais bien dans les chaibres intérieures: d'où il arrive de grands inconvénients que je ne puis expliquer par lettre.

« Durant le dernier hiver, à Montréal, il entrait dans leur chœur, pour entendre la messe plus chaudement au milieu des religieuses. Le moindre inconvénient à cela, c'est qu'outre une trop grande dissipation, qui fait tort au recueillement dans lequel doivent vivre les épouses de Jésus-Christ, cela enfle l'esprit et le cœur de quelques-unes d'entre elles...

« Je supplie le Conseil de faire comprendre à M. de Vaudreuil que si c'est à lui, en qualité de gouverneur général, de gouverner temporellement, il doit laisser à l'évêque le soin de gouverner les

(4) On lit dans l'Histoire du Canada, par le Frère Sagard, Récollet de la Province de Paris :

« La Reine d'Espagne à présent régnante, ayant été pour entrer dans l’un de nos couvents, et su qu'il était l'heure du silence, se donna la patience d'attendre dans l'église que les religieux l'appelassent, sans s'en plaindre d'un petit mot. » (Histoire du Canada, Paris, 1636, édition Tross, p. 21.)

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couvents et les communautés religieuses et ecclésiastiques spirituellement; qu'il ne doit entrer dans les couvents que dans des as extraordinaires, avec la permission de l'Église: qu'il ne doit pas perdre de vue les censures que le concile de Trente lance contre ceux qui y entrent sans permission.

€ J'ai cru pendant quelque temps que je pourrais lui faire faire toutes ces réflexions par Mme de Vaudreuil; mais la voyant marcher de l'air d'une dame qui peut tout à la cour (1). et à qui

(4) Elle ne se génait pas d'écrire elle-même au ministre sur les affaires canadiennes. Je lis dans un de ses mémoires : « Il serait bon, monseigneur, pour occuper les femmes et les filles des habitants, qui ne font rien la plupart du temps, et pour le bien du pays, d'obliger chaque habitant de semer du chanvre et d'en fournir au magasin du roi, tous les ans, certaine quantité qu'on paierait... »

Elle écrit encore au ministre, le 29 octobre 172%, peu de temps après son retour au Canada :

« J'ai trouvé M, de Vaudreuil endetté de 13,000 francs depuis mon départ, et n'ai pas de quoi faire venir nos provisions pour l'année prochaine, Les émoluments de ce gouvernement ne valent pas un éecu, quoique les appointements soient considérables. Une maison de 40 personnes; une table de 1# couvers, entretenue toute l'année soir et matin, et de 25 à 40 couverts tous les automnes; pour plus de 10,000 francs de gages, de bois et de blanchissage : tous ces articles, monseigneur, consomment bien le revenu; joint à une nombreuse famille qui nous coûte encore beaucoup... »

Elle ajoute, au sujet de la maison que M. de Vaudreuil a fait construire à à Montréal pour le gouverneur :

« Je vous assure qu'on la trouvera plus solidement bâtie que n’est le pavillon du château, qui vient d’être fait, où tout le bois qu'on y a employé est pourri, et les planches de mauvais sapin, que M. Raudot sait bien qui ne peut pas durer iei un hiver, par rapport aux grapins que les hommes portent sous leurs souliers : la férure en est infâme et plus grossière que n'est celle des maisons des paysans en France...

« J'ai trouvé, ajoute-t-elle encore, la vie bien enchérie ici depuis mon départ. Les boulangers vendent le pain cinq sous la livre, qui ne leur revient qn’à 18 deniers; ainsi du reste, Ge pays est à présent un pays de Bohême. Il n'y à pas de jour qu'on ne vole à dix endroits au moins dans cette ville; et lorsque les voleurs sont pris sur le fait, ils en sont quitles pour rendre ce qu'ils ont pris.

« Personne n'est exempt. Nous avons ici un corps de gardes, une sentinelle à la porte du fort : cela n'empêche pas que nous ne soyons tous les jours volés, Les voleurs passent par la basse-vour, qui est toute ouverte. Nombre de faiuéants de la campagne se viennent établir dans les villes, qui n'ont d'autres métier que de voler, receler, et vendre de l'eau-de-vie aux sauvages. Le défaut de police et l'impunité du crime font ici de grands désosdres : c'est à quoi feu M. Robert aurait remédié, ce qui le fait aussi regretter généralement de tous les honnêtes gens... »

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on ne refuse rien, je n'ai pas osé le faire. Ces réflexions viendront mieux par la voie du Conseil... »

Cette lettre de M#r de Saint-Vallier nous révèle un singulier état de choses, et des abus que les absences prolongées de l'évêque avaient sans doute favorisés, Quel contraste avec la régularité édifiante de nos communautés d'aujourd'hui! Ces abus étaient tellement enracinés, que dix ans plus tard, son successeur Mer Dosquet avait, lui aussi, à s'en plaindre. Écrivant à la cour au sujet de ses relations avec le gouverneur et l'intendant., MM. de Beauharnais et Hocquart :

« La première année que

j'arrivai (D), dit-il, nous trouvant

Puis, voyez comme elle sait faire mousser son fils, Vaudreuil-Bavagnal, qui sera nommé en 1755, trente ans plus tard, gouverneur du Canada :

« Bavagnal prend la liberté, monseigneur, de vous présenter un canot d'écorce en solives, à la manière sauvage, avec les avirons, et deux ares et deux carquois, qui contiennent près de deux cents flèches des plus belles que les sauvages fassent, Comme il en est fort aimé, il espère l’année prochaine les eugager à lui amener des bôtes rares de ce pays. Je fais adresser le canot et les flèches à M. Pacaud, ordonnateur à Rochefort, comme vous me l'avez ordonné, pour vous les faire tenir... »

(4) Me Dosquet écrivait cette lettre en 1734. Il était arrivé au Canada dans l'automne de 1729, comme coadjuteur de Msr de Mornay, qui avait succédé à Mer de Saint-Vallier, mais qni ne vint jamais au pays. Il devint évêque de Québec en 1734, lorsque Mer de Mornay résigna son siège; mais il repassa en France en 1735, et donna lui-même sa démission en 1739, n'ayant passé que quatre années en tout, comme évêque, au Canada.

C'est le seul évêque que nous ayons eu, sous l'ancien régime, qui ne fût pas français. Il était belge; et c'est précisément à sa qualité « d'étranger au Royaume » que MM, de Beauharnais et Hocquart attribuaient en partie son peu de succès au Canada. Ecrivant à la cour dans l'automne de 1735 :

« Nous sommes persuadës, disaient-ils, que Msr Dosquet n'a eu que des intentions pures et droites pendant le temps qu'il a gouverné l'Église du Canada, Mais il a eu le malheur que la plus grande partie des ecclésiastiques et les communautés religieuses ont regardé son gouvernement comme trop absolu, ce qui a éloigné la confiance que les uns et les autres auraient pu avoir en lui.

« Peut-être aussi qu'étant né hors du royaume, les peuples n'ont point aperçu en sa personne des sentiments aussi tendres qu'aurait pu avoir un évê que français, comme l’étaient ses prédécesseurs. »

Mer Dosquet lui-même se déclarait « étranger. » Avant de donner sa démis sion, il demandait que la cour « le dédommageät du bien de patrimoine qu'il avait été obligé de dépenser pour le diocèse de Québee, en lui donnant un bénélice équivalent, ou quelque pension assurée sur des bénéfices :

« Si la cour me fait cette grâce, dit-il, elle me trouvera toujours disposé à employer à son service ce qu'elle m'aura donné et le revenu qui me reste de

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seuls tous les trois, je leur parlai du bonheur d'un Etat où le bon ordre régnait. À cette occasion, je leur dis un mot des entrées dans les couvents, des désordres qu'elles avaient causés, des ordonnances des rois, des Canons, des Bulles des papes qui les défendaient sous de grièves peines; que j'étais persuadé qu'ils

étaient trop fidèles serviteurs du roi pour ne pas suivre ses ordres. et trop bons chrétiens pour ne pas se soumettre aux lois de l'Église, même de discipline. lorsqu'elles sont reçues par toute la France, comme celles-ci le sont, Je leur fis lire ces ordonnances et les Canons. en leur disant que je les laissais les maitres de prendre le parti qu'ils voudraient; que, quoique je ne puisse pas en conscience leur permettre sans raisons ces sortes d'entrées, je pouvais

néanmoins les tolérer plutôt que de donner lieu à un plus grand mal. qui serait de nous brouiller ensemble et de nous diviser.

« Is m'objectèrent l'usage de ce pays-ci. Je leur dis que M. l'évêque défunt (Saint-Vallier) permettait ou défendait ces entrées. selon qu'il était bien ou mal avec les puissances : ce qui faisait un mauvais effet dans l'esprit des peuples (D): qu'une règle

mon bien. Je m'explique : étant né étranger, je serais peut-être moins suspeet qu'un français pour quelques négociations secrètes dans différents pays: et je me flatte qu'avec les instructions qu'on me donnerait, je pourrais réussir, »

On l'a fait naître à Lille : c'est évidemment une erreur, Lorsqu'il naquit, en 1694, il y avait longtemps déjà que cette ville appartenait à la France, et que Louis NIV avait incorporé à son royaume cette partie des Flandres appelée la Flandre française. N'est-ce pas plutôt à Liège (Luick) que naquit Mer Dosquet? On ie voit, en effet, se diriger là, chaque fois qu'il passe du Canada en France. Du moins, M. Faillon dit expressément qu’ ést « né au diocèse de Liège, dans les Pays-Bas, » (Vie de la Sœur Bourgeois, LU, p. 282).

(4) Remarquons ce jugement de Ma Dosquet sur son pr'déeesseur : on ne peut supposer qu'il le portait à la légère. Le prélat, d'ailleurs, pouvait parler non seulement d'après les autres, mais d'après ce qu'il avait vu et entendu lui-même; car, avant de venir au Canada comme évêque, en 1729, il y avait demeuré deux aus, de 1721 à 1723, comme simple prêtre, membre de la Société de Suint-Sulpice, chargé de la direction des Sœurs de la Congrégation à Montréal, I avait done connu Mer de Saint-Vallier: et c'est après lavoir vu à l'œuvre, qu'il écrit cette réflexion sévère : « Il permettait on défendait ces entrées daus les couvents (qu'il regardait pourtant comme si pernicieuses) selon qu'il était bien où mal avec les puissances : ce qui faisait un mauvais effet dans l'esprit des peuples. »

La vénérable Marie de l’Incarnation, jugeant Ms' de Laval, nous présente un homme d’un autre caractère :

ne sait dit-elle, ce que c'est que respect humain. I est pour dire la

suivie était toujours le meilleur; que d'ailleurs je ne pourrais souffrir ce qui s'est fait autrefois, que des religieuses, au grand scandale du publie, allassent au château ou à l'intendance, à des | parties de diner ou de souper... (4). »

Le mot de M#r de Saint-Vallier à l'adresse de Mme de Vaudreuil, comme aussi ceux que j'ai déjà cités de MM. de Ramesay et Riverin, au chapitre précédent, font voir que cette femme portait ombrage à bon nombre de personnes au Canada. On ne pouvait pardonner à une Canadienne, née dans le pays, d'être parvenue par ses talents et son mérite, ainsi que par la protection de M. de Denonville, à un si haut degré de fortune, La jalousie n'a-t-elle pas toujours été une des plantes favorites du terroir canadien ?

La marquise de Vaudreuil. qui avait quitté le Canada en 1709. n'y revint qu'en 172%; et, dès l’année suivante, Mer de Saint- Vallier, écrivant au ministre, avait à se plaindre d'elle, comme il avait fait quelques années auparavant de son mari :

« Mme la marquise de Vaudreuil, dit-il, a usurpé le droit, depuis un an, de faire entrer toutes les femmes de sa suite et de sa compagnie dans les couvents de religieux... Le commissaire des Récollets, qui sait bien que la chose n'est pas permise, le souffre avec peine, comme il me l'a dit plusieurs fois; mais il n'ose faire fermer les portes, de peur de se brouiller tout-à-fait avec la gouvernante... »

MET DE NAINT-VALLIER ET VAUDREUIL (stile), — LES IMMUNITÉS

a ECCLÉSIASTIQUES.

C'est ainsi que M#' de Saint-Vallier veillait avec un soin jaloux

vérité à tout le monde, et il la dit librement dans les rencontres. I fallait ici un homme de cette force... Notre prélat, ajoute-t-elle, est très zélé et inflexible, lé pour faire observer tout ce qu'il eroit devoir augmenter la gloire de Dieu, et ioflexible pour ne point céder en ce qui y est contraire. Je n'ai point encore vu personne tenir si ferme que lui en ces deux points. » (Lettres de Marie de l'Incarnation, édit. Richaudeau, t. Il, pages 138 et 1€8).

(4) Lettre de Mer Dosquet au ministre, Québec, # septembre 4731.

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sur tout ce qui intéressait l'honneur de ses communautés (1). fl ue manquait pas non plus de sauvegarder autant que possible les immunités ecclésiastiques, Je citerai deux ou trois faits qui eurent lieu de son temps pour montrer quelle était à cette époque la position du clergé par rapport aux taxes municipales, aux corvées. aux tribunaux civils.

Nous sommes en 1707 : il v a juste un siècle que Québec est fondé, Or. il parait qu'à cette date les habitants de la campagne arrivant en ville la nuit (2), au lieu d'aller se retirer à l'auberge. faisaient un bon feu sur la grève pour se réchauffer. en attendant le jour. Heureux temps! heureuses mœurs! Il n'y avait qu'un danger dans cette pratique tout-à-fait patriarcale. celui de mettre le feu aux maisons de la Basse-Ville, lesquelles étaient toutes « couvertes de bardeaux. » Mais le danger était si grand que le Conseil Supérieur crut devoir s'en occuper. et défendit. sous peine d'amende, « d'allumer aucuns feux sur la grève ». Puis, afin que la ville ne fût pas prise au dépourvu. en cas d'incendie, il ordonna de faire faire cent sceaux de cuir et, pour les payer, de prélever

(4) Voici quelles étaient les communautés du Canada, du temps de Ms de Saint-Vallier, avec la date de leur fondation :

A Montréal, l'Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, 1669, (Édits et Ordonnances, LE, 0. 66, Agrément du roi sur l'établissement des religieuses Hoxpitalieres de Montréal); — les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, 1671. (Zbid., p. 69, Lettres patentes du roi qui approurent l'établissement des Sœurs de la Congrégation de Montréal); — le séminaire de Montréal, 1677, (Hbid., p. 91, Établisse ment d'un séminaire dans Ville de Montréal): — FHôpital-Général, d'abord les frères Charon, plus tard (1747) les Sœurs Grises, 1718, (/hid,, p. 389, Lettres de confirmation de lHôpilal-Général établi à Montréal).

Aux Trois-Rivières, l'Hôpital, 1702, (Ibid, p. 288, Établissement d'un hopital aux Trois Rivières).

À Québec, les Jésuites, 1625 (date de leur arrivée), 1635 (date de la fondation

du collège); — les Ursulines, 1639; — l'Hôtel-Dieu, 1639; — le séminaire de Québec, 1663 (Edits el Ordonnances, € 1 p. 33, Etablissement du séminaire de Québec): — V'Hôpital-Général, 1692, (Hbid., p. 274, Permission du roi d'établir

un Hôpital-Général à Québec).

(2) Une traverse régulière du flenve devant Québec parait avoir commencé vers 1722, MM. de Vaudreuil et Bégon écrivent au ministre le 17 octobre de cette année « qu'ils ont remis au sieur Lanouillier (de Boiselair) le brevet de Sa Majesté, portant privilège exclusif pendant dix années d'établir des moulins à bateau sur le fleuve Saint-Laurent au devant de Québec, et qu'ils rendront compte du succès de cette entreprise, » Auparavant, on traver:ait le fleuve en simple canot,

une taxe sur les cheminées, « sans exception de personne. » On prolita de l'occasion pour faire réparer « l'escalier par où l’on monte de la Basse à la Haute-Ville, au haut duquel sera mis une barrière, où le passage ne sera que de la largeur d'un homme,

pour empêcher les bestiaux de le gâter. »

Les cent sceaux de cuir, « marqués d'une fleur de lis (4), » devaient ètre déposés «vingt au château S'-Louis, vingt au Palais (2)

(1) Tout, à cette époque, naturellement, élait aux fleurs de 1ys : « Nous vous prions de nous envoyer des tapisseries aux fleurs de 1ys pour la salle du Conseil et celle de la prévoté... Et même, s'il était possible, le portrait du roi en grand pour mettre sur la cheminée de la salle du Conseil. Le premier tribunal de la Nouvelle-France ose espérer cette faveur de sou souverain... » (Lettre de Beau

harnais et Dupuy au ministre, 30 octobre 1726). Ce portrait fut envoyé, en effet, quelques années plus tard : « Nous avons

recu, écrivent au ministre MM. de Beauharnais et Hocquart, par le Héros le portrait de Sa Majesté, qu'Elle à bien voulu accorder pour le Conseil Supérieur. Nous Favons fait placer dans l'endroit le plus convenable de la salle du Conseil; et il a été arrété par une délibération qu'il en serait fait de très humbles remerciements à Sa Majesté... » (Lettre de MM, de Beauharnais et

Hocquart au ministre, 5 oct. 1735).

Eu 1725, M. Chaussegros de Léry, ingénieur de Ta colonie, avait fait mettre les armes royales aux principaux édifices publiés 4 Avant remarqué, éeritil

au ministre, que les armes de Sa Majesté n'étaient en aucun endroit dans cette

colonie, et qu'on avait oublié de les mettre au-dessus des portes des bâtiments et forts de Sa Majesté, je Les ai fait faire complètes par un sculpteur, et les ai

fait placer au-dessus des principales portes, savoir an château Saint-Louis, au ’alais, magasins, casernes, fort de Chambly, corps de ga:des, prisons et salles d'audience des villes de Montréal et des Frois-Rivicres

« J'en ferai placer dorénavant aux portes des villes et à tous les bâtiments nouveaux que je ferai faire, suivant l'usage que les ingénieurs pratiquent aux places de France...»

(2) Le palais de l'intendant. y à dans une lettre de M, Hocquart des détails intéressants sur ce palais, M. Varin, contrôleur de la marine, aurait voulu s'y loger avec sa famille : liatendant éerit au ministre qu'il ne peut lui donner qu'une chambre :

« I se trouvera, ditil, au second étage du palais, une chambre, avec peu de dépense, propre pour y établir le bureau du contrôle, et arranger tous les registres et pagiers, Gel arrangement est très convenable au bien du service du roi; mais il n'est pas possible que le sieur Varin puisse venir sv établir et loger avec sa femme, son domestique et la famille qui pourra lui venir,

« Le rez-de-chaussée du palais, du côté de l'eau, consiste en caves et salles voütées, dont partie est employée pour des cuisines, offices, caves pour légumes et à vin, et du côté du nord-est, en trois voûtes où sont les archives.

« Le premier étage est vaste, à la vérité; mais le vestibule, la grande salle d'entrée et l'appartement où je loge au sud-ouest, ne peuvent pas se diviser,

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vingt chez les Pères Jésuites, vingt chez M. François Hazeur (1). et vingt chez M. Francois Aubert (2). »

Du côté du nord-est, sont les juridictions et salles des parties, et les bureaux

des commis de l'intendance et de mon secrétaire.

« Le second étage, si on excepte la chapelle, n'est propre que pour y loger des domestiques, pour y mettre un garde-meuble, J'y ai seulement une chambre de réserve, et mon secrétaire la sienne, Le reste est en passage et occupé par trois escaliers, De plus, la partie du nord-est est tellement exposée au vent, à la pluie et à la pondrerie qu'elle est inhabitable pour l'hiver.

« La relation nécessaire d'affaires que j'ai avec M. Varin, surtout perdant l'automne, m'a fait priver avec plaisir d'an cabinet attenant ma chambre, pour la facilité du service, et il peut y arranger, ou dans une autre que je ferai disposer. ses registres et papiers... » (Lettre de M. Hocquart au ministre, 8 oct. 179%).

(1) « La maison du sieur Hazeur, qui est la plus belle de la Basse-Ville, et au milieu de la place Royale, faisant face au port, où se font les débarquements, et à la vue de l’église et des rues qui rendent dans la même place... » (Lettre de Champigny au ministre, 15 octobre 1700) — Voir Henri de Berniéres, p. 73.

Cette maison était sur la rue Notre-Dame, qui courait « depuis la fin de la rue du Sault-aa-Matelot jusqu'à l'église de la Basse-Ville, » (Recensement de la ville de Québec pour 1716, publié par l'abbé Louis Beaudet). Outre Île conseiller Hazeur, trois autres conseillers avaient leurs résidences sur cette rue : Martin Chéron, Francçois-Mathieu Martin de Lino, et Charles Macart.

Francois Hazeur, marchand, originaire de Tours, beau-frère de l'abbé Louis Soumande, et pére des deux abbés Hazeur, mourut le 30 juin 1708, deux mois environ après Mer de Laval. I fut remplacé quelques années plus tard au Conseil Supérieur par son fils Jean-François. Celui-ci, gendre du conseiller de Lino, était « avocat au Parlement de Paris », et continua à résider dans la maison de son pére à la Basse-Ville, Voici ce que je lis dans une lettre de MM. de Vaudreuil et Raudot au ministre, en date du 1# novembre 1708 :

« Le sieur Hazeur, conseiller au grand Conseil Supérieur de cette ville, est mort cet été, regretté de tout le monde à cause de son mérite, de sa vertu et de sa droiture, I a laissé un fils qui est avocat au Parlement de Paris, qui rem plira sa place, si vous avez la bonté de lui accorder cette grâce. Is'en rendra tous les jours plus digne pur son application et son étude. Permettez-nous de vous représenter qu'en cette ocrision les services du père doivent vous engager à procurer au fils cette place de la bonté de Sa Majesté, »

Jean-François Hazeur avait vingt-huit ans, à la mort de son père, et venait d'épouser Catherine de Lino, avait étudié à Paris: et c'est probablemnent à son sujet que Mer de Laval écrivait à M, Tremblay en 1695 :

€ M. Hazeur m'a dit qu'il mande absolument son fils cette année. IF fait très hien : ses affaires ne sont pas en état de faire une si grosse dépense. Quand il sera venu, on verra ce qu'il y aura à faire pour lui, par la connaissance que l'on en aura. On en jugera mieux, »

2) Encore un conseiller du Conseil Supérieur, Il demeurait rue du Sault-au-

Louis Couillard de l'Epinay, procureur du roi à la prévôté, fut chargé de préparer un rôle du nombre des inaisons et des cheminées (1), et pour cela de se transporter partout à domicile. Le role, « arrêté au Conseil, » fut « délivré au commis Bergeron, » chargé de faire le recouvrement de la taxe. I y avait dans toute la ville « six cent soixante et une cheminées, non comprises celles du Château, du Palais. des Pères Récollets et de l'Hôtel-Dieu, » lesquelles se trouvaient sans doute exemptes.

Matelot : cette rue était à cette époque Ja plus populeuse de Québec : on n'y comptait pas moins de 78 familles où feux en 1716.

François Aubert de la Chenaye, sieur de Mille-Vache, était fils de Charles Aubert de la Chenaye, l’ancien commis général de la compagnie des Indes Occidentales, mort en 1702, Il était allié aux principales familles du pays et en particulier aux Juchereau et aux Le Gardeur. Voici ce qu'écrivait de lui lintendant Beauharnais, à l'occasion de la mort de son père :

@ M. de la Chenaye, qui est mort depuis quelques jours, fort regretté pour le bien qu'il a fait en ce pays, laisse une charge de conseiller au Conseil Supérieur de Québec, que je prends la liberté de vous demander pour le sieur Aubert, son fils ainé, qui est un parfait honnête homme, ce qu'il a fait connaitre en remettant à un de ses frères, que son père avait déshérité, le bien qui doit lui revenir par son partage... » (Lettre de M, de Beauharnais au miaistre, 11 nov. 1702).

(4) Le recensement de 1716, pour la ville de Québee, donne 465 familles on feux : quelques maisons avaient sans doute plus d'une cheminée, Voici les noms des rues où quartiers qui existaient à cette époque : « Rue Saint-Louis, depuis le fort jusque chez M, d'Artigny; rue le long du jardin du fort; rue des Jardins, depuis les Jésuites en montant jusqu'à la rue Saint-Louis: rae Sainte- Anne, depuis la place d'armes qui est vis-à-vis la tour bastionnée près le jardin des Jésuites jusqu'à la place devant le fort au coin du mur du jardin des PP. Récollets; petite rue depuis la place du fort jusqu'au cimetière qui joint au presbytère (rue du Trésor); rue de Buade, bornte d'un bout par la place qui est devant la cathédrale et les Jésuites, et de l'autre par celle qui est devant l'évêché: rue qui prend depuis la boulangerie du Séminaire jusqu'aux remparts ét rue Saint-Joseph (rue Sainte-Famille et rue Garneau); rue Couillard, depuis la maison de Belleville: jusqu'au cimetitre de lHôtel-Dieu,; rue des Pauvres, depuis le grand portail de la cathédrale jusqu'à la porte de la ville; rue Saint-Jean, depuis le coin du jardin des pauvres de l'Hôtel-Dieu jusqu'aux fortifications; faubourg Saint-Nicolas où quartier du Palais; rue du Sault-au- Matelot; rue de la Montagne, depuis la porte de l'évêché jusqu'au jardin de M. de Lino; rue Notre-Dame, depuis la fin de la rue du Sault ar-Matelot jusqu’à l'église de la Basse-Ville; rue de Meulles et Champlain, d suis le haut de l'escalier jusqu'au bout du Cap-au-Diamant: rue du Gul-de-Sac; rue Sous-le- Fort; Petite-Rivière, depuis l'Hôpital-Général jusqu'à la maison de Dion, »

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Mais la maison de l'évêque ne l'était pas : elle se trouvait sur le role, aussi bien que le Séminaire, les Ursulines. les Jésuites.

On n'attendit pas. à l'évêché, que le commis se présentât pour prélever la taxe. En l'absence de l'évêque -— alors en Angleterre — son procureur M. Étienne Le Vallet (D), « prêtre, chanoine de l'église cathédrale, » adressa une requête à l'intendant Raudot (2), et celui-ci la référa au Conseil. Dans cette requête, M. Le Vallet « convient qu'il est très utile pour toute cette ville qu'il v ait des sceaux et autres instruments nécessaires pour obvier et remédier aux accidents du feu. » L'évêque « ne retuse pas, dit-il, de contribuer de sa part à une si bonne œuvre, pourvu qu'il paraisse qu'il le fait de sa pure, bonne et franche volonté, et sans y avoir été obligé en vertu d'arrêts où ordonnances, » M. Le Vallet demandait « à M. l'intendant d'ordonner ou faire ordonner par le Conseil que le palais épiscopal fût rayé de dessus le rôle de taxe

(4) M. Le Vallet était originaire de Lisieux, en Normandie, et vint au Canada en 1692. C'est lui qui, durant les longues absences de l'évêque en France, admimistrait les affaires temporelles de l'évêché, Rentré à Paris, après sa eaptivité en Angleterre, Mer de Saint-Vallier Lui fit mander d'aller le rejoindre, et tous deux se rendirent à l'abbaye de Bénevent. Is y furent atteints de fièvres pourpreuses, et M. Le Vallet en mourut au commencement de 1712,

(2) M. Raudot fat intendant du Canada, de 1705 à 4714, avec son fils pour adjoint. Voici ce que M, Tremblay écrivait à leur sujet à Mar de Laval : € M. Raudot, votre nouvel intendant, conjointement avec M. son fils, nous parait un bon magistrat, qui pourra donner quelque forme à la justice qui s'exerce au Conseil Souverain et ailleurs, [1 passe à Paris pour un bon juge et bien éclairé, Tout ce que nous eraignons de lui, c'est que ses affaires étant mauvaises en France, il ne se laisse aller à ce qu'on lui proposera d'avantageux pour ses intérêts, Cependant nous devons espérer qu'étant éclairé, il ne prendra pas de mauvais parti, et que s'il est obligé de plumer un peu la poule, il tâchera à ne pas ia faire erier, Nous avons vu M. son fils, qui parait sage, parle peu, et a beaucoup de respect pour M. son père, qui le mérite bien, »

M. Tremblay ajoutait, au sujet des deux intendants qui avaient précédé : « On nous à appris que M. de Champigny gagnait par an plus de 25.000 francs sur les marchandises qu'il faisait venir sous le nom de M. Hazeur pour son compte, dont M, Hazeur avait seulement un petit profit, Gens qui s'en croient bien sûrs me l'ont dit ainsi, C'est ce que l'on dit qu'a fait M. de Beauharnais pour le sel qui était au roi, I l'a fait adjuger à deux marchands à un éeu le minot, et l’a revendu sous leur nom 15 où 16 francs, Voilà ce qui s'est dit cette année assez hautement dans les bureaux... »

M. Tremblay écrivait encore au sujet de l'intendant Beauharnais : Cilest d'une famille qui n'est pas jésuite; car Mme sa mère est la grande dévote de l’Oratoire à Orléans... »

qui avait été arrêté en ce Conseil le 13 décembre dernier, et qu'il füt fait une note sur le dit role, déclarant qu'on n’entendait pas y comprendre la maison de M. l'évèque, et qu'on recevrait ce que son procureur voudrait bien donner de sa bonne volonté. » Il demandait aussi qu'on lui donnât un reçu de la somme ainsi offerte, et qu'il fût mentionné dans ce reçu que « le procureur de l'évêque avait offert de son bon gré la dite somme pour être employée à l'achat d'un nombre de sceaux destinés à remédier aux accidents du feu. »

C'était la mise en pratique au Canada de ce qui se faisait en France de temps immémorial. Les propriétés ecclésiastiques. de droit, y étaient censées exemptes de taxes générales ou locales. Mais le clergé, dans ses assemblées ordinaires ou extraordinaires. votait au roi — on s'imagine avec quelle liberté! — des sommes considérables qui étaient prélevées sur les évèchés, sur les abbayes, sur les différents bénéfices ecclésiastiques.

Le Conseil Supérieur ne refusa pas l'offre de M. Le Vallet; mais il lui ordonna en mème temps de « justifier des titres et exemptions prétendus par M. l'évêque de Québec, pour iceux rapportés et communiqués au procureur général être ordonné ce que de raison. » Les offres de M. Le Vallet furent acceptées « par provision et sans préjudice des droits des parties au principal. »

Quant aux corvées pour les travaux publics, le droit du clergé et des communautés religieuses d'en être exemptés ne paraissait pas bien délini : ils v contribuaient volontiers; mais on les laissait généralement à leur générosité. L'intendant Beauharnais ayant été accusé, en 1702, d'avoir obligé le clergé à fournir des pieux pour les fortifications de Québec (1), répondit à la cour le 15 novembre 1703 :

(1) A propos de ces premières fortifications de la ville, en pieux, je trouve dans une lettre des Ursulines de Québec à M, de Pontchartrain de curieux détails, qui donnent une idée des bouleversements de terrain que ces travaux avaient causés :

« Les religienses Ursulines du monastère de Québec vous remontrent très bumblement qu'en l'année 1692, dans les travaux qui se tirent pour fortitier la Haute-Ville où elles sont établies, on coupa par le milieu leurs cours et jardins, détruisit un bois de haute futaie de quatre arpents, qui faisait tout l’ornement de leur m«uison et les mettait à “ouvert de ceux du dehors, ruina quatre autres arpents de terre que l’on dépouilla jusqu'au roc vif pour les terrasses et terrepleins, et une quantité d'autres aux environs qui servaient à pacager leurs

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« Le sieur de Beauharnais n’a jamais ordonné aux curés de fournir des pieux; et si les communautés ecclésiastiques en ont fourni, çà été sur ce que feu M. de Callières lui représenta de les comprendre dans les ordonnances, attendu leurs grands domaines; et le sieur de Vaudreuil juge qu'il est juste que les curés qui ont des habitations, sans comprendre le presbytère, fournissent comme les habitants, puisque les Jésuites en fournissent, à la Prairie de la Madelaine et autres endroits, selon le bien qu'ils ont: et le sieur de Beauharnais a eu l’honnéteté de laisser à ces messieurs la liberté de se taxer eux-mêmes pour la quantité de pieux qu'ils fourniraient... »

Il veut en 1706, à propos de ces corvées pour les fortifications, un incident assez curieux, que M. de Louvigny, alors commandant à Québec, racontait ainsi au ministre :

« Monseigneur, j'ai cru qu'il était de mon devoir que Votre Grandeur fût informée pleinement de la manière dont je me suis conduit pendant le temps que j'ai eu l'honneur de commander à

bestiaux, démoli leurs grange et étables presque neuves et d'une solide construction, ayant d’ailleurs perdu pour les dites fortifications deux emplacements qui leur valaient seize livres de rente chacun, en sorte qu’elles ont été obligées d'acheter proche d'elles pour plus de 1200 franes de terrain, afin de se rélargir tant soit peu, n'ayant été récompensées pour tous les dommages qu’elles ont soufferts par la perte de leurs terres et bâtiment que de la somme de 1500 livres, qui n’est pas la huitième partie de la valeur du tout... »

Un document de 1710 nous montre qu'à cette époque, on en était encore à ce genre primitif de fortifications :

« Québec n'est encore fortifié qu'en pieux, terrasses. On avait commencé une enceinte de pierre; mais comme le projet parut trop étendu, on donna ordre l’année dernitre de tenir un conseil de fortifications, et d'examiner ce qu'il conviendraiit le mieux pour mettre la place en sûreté, Ge conseil à èté tenu, et on y a conelu qu'il fallait abandonner ce projet et suivre les anciennes fortifications en les élevant et revêtissant de pierre... »

Montréal avait également une enceinte de pieux : « M. de Callières avait fait clore la ville de Montréal d’une enceinte de gros pieux de cèdre d'environ quinze pieds hors de terre, avec de fortes guérites et plateformes, en sorte que cette place était fermée et gardée comme elle doit être, et comme sont les villes de guerre... » (Lettre de M. Chaussegros au ministre, 25 oct. 1721).

En 4724, M. de Louvigny écrivait au ministre que la population du Canada dépassait trente mille âmes, et que la colonie « serait bientôt en état de se soutenir contre les ennemis du roi, si Sa Majesté faisait une faible dépense pour fortifier la ville de Québec, dix mille écus chaque année pendant cioq ans... » Et il ajoutait : « Les Canadiens aiment leur roi... »

Québec, cet été, dans le cours duquel MM. de Vaudreuil et Raudot ont ordonné les travaux publics pour les terrasses par les corvées des habitants...

« M. Levasseur détermina les corvées à cinq jours de travail, afin qu’elles fussent amples. Celles des habitants de la campagne, sans harnais, avaient été réglées à dix jours, sans prendre les vivres du roi, et à quinze jours pour ceux qui en prendraient, par M. le gouverneur et MM. les intendants.

« La première escouade suivit exactement ce qui avait été réglé; mais la seconde me fournit quelques difficultés dont je ne puis me dispenser de donner connaissance à Votre Grandeur.

« Le supérieur des Récollets, nommé ie P. Luc, en l'absence de son gardien, écrivit et prétendit que, n'étant point rentés, ils n'étaient point tenus de suivre les exemples des autres communautés, et conclut, quelles que prières que je lui pus faire, qu’il ne se soumettrait pas. — « Les grâces que votre Ordre reçoit tous les jours des bontés du roi. lui dis-je, cette maison bâtie par le secours public, ce vaste emplacement que vous occupez dans le cœur de la ville, tout cela mérite quelque reconnaissance. Ces aisons me semblent valables pour vous exciter, à l'exemple des autres communautés, au service du roi, au bien public et à votre propre conservation. — Voilà de bonnes raisons! me dit ce Père. Non. monsieur, je n’en ferai rien. Vous avez la force en main : envoyez chercher notre charretier, et le commandez, si vous le trouvez. »

« Pour lors, monseigneur, outré de cette réponse, pour ne pas me servir du terme de désobéissance, je lui dis : « Si votre charretier n'est pas, le 18 du mois, sur les travaux, pour y recevoir les ordres de M. Levasseur, je l'enverrai chercher. — Faites, monsieur, dit-il, si vous IQ trouvez. — » A ce refus, je lui dis : « Oui, monsieur, je le foya. » Aussitôt, me regardant d’un air dévot, il me dit d'un to emporté : « Vous jurez Dieu, monsieur. — Oui, mon Père, mis non pas en vain. J'assure l'exécution de mes paroles pour le stryice du roi, par serment. »

« Quelques affaires myant obligé d'aller, peu de temps après, chez M. Levasseur, j'y trouvai ce religieux qui, en me voyant, vint se jeter à mes genoux. me demanda pardon, s'il m'avait offensé. L'état où il était ne me convenant point, étant d'ailleurs mon confesseur, je le relevai et l'assurai qu'il ne m'avait point offensé,

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mais qu'il avait paru réfractaire aux ordres du roi, auquel nous devions être très soumis. Mes raisons lui firent accorder ce que je lui demandais, en partie, mais non pas sans murmurer.

« [est important, monseigneur, qu'il vous plaise statuer sur ce point pour l'avenir, puisqu'il est assuré que les communautés de ce pays ont toujours été commandées pour les corvées publiques; et j'ai soutenu à l'égard de celle des Récollets, qui seuls s'en éloignent par des prérogatives qu'ils disent avoir en France, que vivant dans l'ordre et la régularité des mendiants, dont il publient la profession, sans avoir de possessions en propre, ils étaient suivant leur institut dans la régularité, et qu'ils pouvaient être compris dans le nombre des exemptions que Sa Majesté accorde; mais que faisant un commerce ouvert de bière et deux barques qu'ils frètent, et d'un harnais qu'ils louent, ils sont dans l'irrégularité de leur Ordre, et que par conséquent ils sont sujets aux corvées publiques: ôtant à des artisans les moyens de gagner leur vie, par les métiers qu'ils font exercer dans leur maison, ils doivent subir les lois auxquelles les dits artisans seraient sujets; et quoique ces bons Pères disent que ces diflicultés n'arriveront plus, je suis très aise de vous en éclaircir, monseiyneur, afin qu'il vous plaise de décider des justes raisons des Récollets ou de moi... »

En eflet, c'élait une question importante de droit à régler. Je ne sais dans quel sens elle fut décidée, ni mème si elle le fut jamais. Je n'ai pu constater non plus si M#f de Saint-Vallier se rendit aux ordres du Conseil qui voulait lui faire exhiber ses titres à l'exemption des taxes municipales.

Ce qui paraissait bien acquis, où du moins de mieux en mieux reconnu, c'était le droit du clergé d'être jugé par des tribunaux ecclésiastiques.

En 1712. un nommé Garnault, de l'Ange-Gardien, vient se plaindre au Conseil de ce que son curé, M. Duafournel, a refusé de l'entendre en confession, Le Conseil, sans trop réfléchir, reçoit d'abord sa requête, Mais il suflit que « M. Philippe Boucher, curé de la paroisse de Saint-Joseph à la Pointe-de-Lévy, promoteur de l'oflicialité. » vienne lui-même à la séance suivante. et proteste contre la présentation de cette requête au Conseil : « Celui qui l'a dressée. dit-il, ne savait pas sans doute que les juges laïques ne connaissent jamais d'affaires qui regardent les matières spirituelles

telles qu'est celle-ci. Quand on accuse un prêtre de ne pas faire son devoir dans l'administration des sacrements, il ne peut être cité pour cela que par devant l'oflicial, suivant l'art. 3% de l'édit de Versailles du mois d'avril 1695. Dans l'affaire dont il s'agit il n'y a point d'appellations comme d'abus, puisqu'il n’y a eu aucune procédure; et d'accuser un curé de reluser d'entendre à confesse un de ses paroissiens, c'est un cas dont les empereurs ni les rois les plus ennemis de l'Église, ni aucune justice séculière, n'ont jamais entrepris de prendre connaissance... »

Le Conseil renvoya « le dit Garnault et sa femme à se pourvoir devant l’official. »

En 171%. Pierre le Boullenger de Saint-Pierre et Marie-Renée Godefroy. son épouse, présentent une requête au Conseil, « au nom et comme prenant le fait et cause d’Anne-Marguerite le Boullenger, leur fille. » [ls ont appris « que le P. Joseph Denis (1), Récollet, faisant les fonctions curiales aux Trois-Rivières, aurait débité les plus noires et les plus atroces calomnies contre la dite Aunne-Marguerite le Boullenger; entre autres, il se serait servi de l’occasion de quelques remèdes qu'elle a été obligée de se faire faire par l’ordre de M. Michel Sarrazin (2), conseiller en ce Conseil

(4) Le même dont il à été question dans l'affaire du prie-dieu de M. de Callières.

(2) Membre de l’Académie des Sciences, l’un des plus savants naturalistes qui aient habité le Canada. D'après une lettre de Frontenac, il songea sérieusement à se faire prêtre, et entra même dans ce but au séminaire de Québec. Voici ce que le gouverneur écrivait de Québec le 45 octobre 1697 :

« … Le sieur Sarrazin était, il y a quatre ans, chirurgien-major des troupes: s'étant retiré un an auparavant dans un séminaire d'ici, dans le dessein de se faire prêtre, et nous ayant témoigné qu'il voulait quitter son emploi, nous fûmes obligés de mander qu'on nous en envoyät un autre, qui arriva ici avant que le dit Sarrazin en partit pour passer en France, et qui est un très habile homme, consommé dans sa profession, aimé et estimé ici de tout le monde, et qui a servi fort longtemps dans les armées de terre et de mer.

« J'ai appris, depuis, que le dit sieur Sarrazin, ayant changé de dessein, s'était appliqué à Paris à l'étude de la médecine, où l’on dit qu'il a bien réussi : ce qui ne peut être que trés utile en ce pays. Ainsi, monseigneur, il sera de votre bonté de voir à lui donner les moyens d’y subsister. Mais je vous demande sur toutes choses que cela ne retranche rien de ce qui revient au sieur Boudeau, chirurgien-major, qui est un homme absolument à conserver... »

Du séminaire de Québec, on avait évidemment envoyé Sarrazin au séminaire des Missions-Étrangères de Paris, pour achever de s'y former. Mais là, il s'aperçut qu'il n'était pas appelé à l’état ecclésiastique, et il se livra à l'étude

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et médecin du roi en ce pays, pour insinuer et persuader qu'étant enceinte, elle aurait fait faire ces remèdes pour faire dissiper sa prétendue grossesse ; le P. Joseph a mème surpris la religion de M. l'évêque par cette imposture criante, ce qui l’a sans doute porté à lui défendre de la recevoir au sacrement de pénitence pour satisfaire à son devoir pascal; le même Père avait donné à la dite le Boullenger. dès le 20 avril dernier, un billet contenant son refus de lui permettre d'aller à confesse ailleurs pour faire ses pâques, et ce billet est un libelle diffamatoire contre leur fille, puisqu'il porte en termes exprès que M. l'évêque ne la croit pas en sûreté de conscience en restant dans la maison où elle est... »

Deux crimes bien distincts reprochés au P. Denis, dans cette requête : diffamation de la fille Le Boullenger; refus de l'entendre en confession.

Le Conseil, au lieu de renvoyer de suite cette affaire devant l'officialité, la transmet à la prévoté de Québec.

Mais le chanoine Calvarin (4), « faisant les fonctions de promoteur en l’oflicialité, » vient aussitôt faire opposition : « Qu'il plaise à la cour d'ordonner, dit-il, que les ecclésiastiques et clercs seront maintenus et gardés dans leurs privilèges; que Le Boullenger, sa femme et leur fille seront renvoyés en l'officialité pour y continuer les procédures commencées à l'encontre du P. Joseph Denis, et que défense soit faite au sieur d’Artigny (2). faisant les fonctions de lieutenant particulier en la prévôté, d’en connaitre, et aux dits Le Boullenger, sa femme et leur fille de procéder ailleurs sur le fait en question, à peine de nullité des procédures, et de tous dépens, dommages et intérêts... »

Mir de Saint-Vallier intervient lui-même, et envoie au Conseil un billet signé de sa main, « par lequel il déclare qu'il garde la requête présentée à M. l'official par la damoiselle Saint-Pierre, en

de la médecine. Il repassa au Canada en 1697, en mème temps que Mer de Saint-Vallier. Champigny écrivait à ce sujet au minis re le 26 août :

« Les sollicitations de M. l’évêque de Québec ont ramené ici cette année le sieur Sarrazin. Il a rendu, dans la traversée, de très grands services dans la Gironde, où il y a eu quantité de malades du pourpre, et particulièrement à M. l'évêque de Québec, qui l’a été dangereusement, et qu'il a tiré d'affaires... »

(1) Un Breton, originaire de Vannes.

(2) Louis Rouer d'Artigny, fils de l’ancien doyen du Conseil, Rouer de Villeray.

original, pour l'envoyer à M. le comte de Pontchartrain avec les autres pièces du procès. »

Le Conseil, « ayant égard à l'opposition formée par M. Calvarin, » renvoie l'affaire Le Boullenger devant l'oficialité, Mais il ordonne en même temps « qu'il soit nommé par M. lévèque un autre official et un autre promoteur, » le présent official, M. Thibout (1), ne pouvant servir, « parce qu'il a été assigné comme

(4) Encore un Normand, de la ville de Rouen. Il vint au Canada en 1710, envoyé pour le séminaire de Québec par les Missions Etrangères de Paris « L'évêque de Rosalie avait voulu l'emmener en Chine, et lui avait même déjà fait apprendre les principes de la langue chinoise, lorsque les nouvelles de la persécution le firent consentir à le céder au Canada. I avait une fort belle voix, mais une poitrine délicate, affaiblie encore par ses mortifications. M. Tremblay, qui le connaissait bien, eut soin de recommander à M. de Maize rets de le modérer; car, dit-il, «il a pensé mourir au séminaire de Paris, en « ne voulant faire qu'un repas par jour en jeünant. » (His. manuscrile du séminaire de Québec).

Dans ses diflicultés avec le Chapitre, le séminaire de Québec l’envoya deux ans en France pour surveiller ses intérêts; mais il parait que le Chapitre le regardait comme son meilleur défensenr : ce qui faisait dire plus tard à M. Jacrau, un autre directeur du séminaire, « qu'il était de corps du séminaire de Québec, et d'esprit du Chapitre: » et à un autre chroniqueur : « Quel homme que ce M. Thibout, que le séminaire et le Chapitre accusent des dispositions les plus opposées! »

Thomas Thibout succéda, en 1711, à M. Pocquet comme curé de Québec; et c'est à sa demande que Ms de Saint-Vallier accorda au séminaire, le 8 juillet 4717, « la permission de dire la messe à la chapelle de la Canardière ». Puis, en 1723, il fut aussi nommé supérieur du séminaire pour remplacer M. Glaudelet : mais il mourut le 12 avril de l'année suivante, âgé de 43 ans.

« 1 passe, dit l'auteur de l'Histoire manuscrile du séminaire, pour avoir été favorable au jansénisme. M. de Latour ne dit pas un mot pour le justifier, non plus que M. de Villermaula, du séminaire de Saint-Sulpice.

a Nous n'avons rien trouvé qui coufirme ou qui contredise l'accusation portée contre M. Thibout. Nous ferons seulement une remarque :

« M, de Latour dit que « M4 de Saint-Vallier fut toujours très attaché à la « saine doctrine, et toujours infiniment éloigné de toutes les nouvautés pro- « fanes, » Or, est-il croyable qu'un évêque du caractère de Mer de Saint-Vallier eût souffert sans réclamation dans sa propre cathédrale un curé dont la doctrine n’eût pas été bien sûre? »

Il est certain, cependant, que Mes de Saint-Vallier, écrivant un jour à la cour au sujet de M. Thibout, disait « qu'il s'acquittait de ses fonctions de curé avec assez de capacité, mais qu'il était fort haut sur la Doctrine et la conduite, et que lui (évêque) ainsi que les Jésuites avaient eu des affaires avec lui » à ce sujet. (Archives de la marine, Ganada, correspondance générale, vol, 35).

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témoin, » ni M. Calvarin, comme promoteur, parce qu'il a enfreint les ordonnances, « en communiquant à M. l'évèque toutes les pièces du procès. »

M. Le Picart, chanoine de la cathédrale, fut nommé vice-gérant de l’oflicialité. et l'affaire fut informée devant lui,

\\ L'OEUVRE PASTORALE DE ME DE SAiNT-VALLIER.

ME de Saint-Vallier ne fut pas toujours en désaccord avec M. de Vaudreuil : au contraire, tous deux s'entendirent, en maintes occasions, pour assurer le succès d'œuvres importantes. C'est ainsi, par exemple, que nous les voyons. en 1720, s'occuper de concert à fixer les limites des différentes paroisses de la colonie.

Un travail de ce genre avait déja été fait autrefois par l'intendant de Meulles et le grand vicaire de M#r de Laval : ils avaient formé une quarantaine de districts paroissiaux. Mais depuis ce temps, la colonie avait beaucoup augmenté : au recensement de 1710, elle renfermait 16.355 âmes. « tant Canadiens que Français, établis. non compris les ofliciers, les troupes et les ecclésiastiques (1); » il v en avait 30.000 en 172% (2). Cette population. disséminée çà et là sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent, se partageait, un peu arbitrairement, en un certain nombre de paroisses ou missions. Îl fallait en créer de nouvelles; il fallait diviser les anciennes, ou en changer les limites : souvent les colons avaient des espaces immenses à parcourir pour se rendre à leur église: quelquetois même ils avaient à traverser le fleuve.

M. de Vaudreuil et l'intendant Bégoa (3) députérent M. Collet (#4).

(4) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 34, État de la colonie au mois de novembre 1710,

(2) Ibid, vol, 46, Lettre de M, de Louvigny au ministre, 472%.

(3) © M, Bégon, nommé intendant à la place de M. Raudot, en 1710, ne passa ou Canada que l'année suivante, C'était un ami de M. de Brisacier, M. Bégon avait longtemps aidé son père dans lintendance de Rochefort, et avait pu acquérir de l'expérience,

«A avait un frère abbé, qui était doyen de La Rochelle et député de cette province à l'Assemblée du Clergé. Il avait été élevé chez les Sulpiciens et jogeait chez eux à Paris. » (Histoire manuserile du séminaire de Québec).

(#) Lorsque M. Collet mourut, en 1727, le gouverneur, M. de Beauharnais,

procureur général au Conseil Supérieur, en qualité de commissaire, dans les différentes paroisses de la colonie, pour convoquer les habitants, entendre leurs demandes et leurs plaintes, et dresser des procès-verbaux de commodo et incommodo. Le commissaire, accompagné d'un greflier, mit deux mois seulement à faire sa tournée (1), et s'acquitta de sa tâche « avec beaucoup d'ordre et d'attention, » D'après les procès-verbaux qu'il rapporta, le gouverneur et l'intendant, « conjointement avec l'évèque, » formèrent quatre-vingt-deux districts paroissiaux, et en déterminèrent les limites et l'étendue, décidant en même temps à qui les fidèles de telle localité devaient payer la dime: puis ils envoyèrent à la cour leur Règlement, daté du 20 septembre 1721, pour le faire contirmer par un arrêt du Conseil d'État, « atin de prévenir les difficultés qui pourraient naître dans la suite sur son exécution (2). » Cet arrêt fut rendu le 3 mars 1722, puis enregistré au Conseil Supérieur le 5 octobre de la même année (3).

Voici les noms des diflérents districts paroissiaux dont les limites furent fixées par ce Règlement :

Dans le gouvernement de Québec, côté du nord, en remontant le fleuve Saint-Laurent :

Baie Saint-Paul. — La Petite-Rivière. — Saint-Joachim. —

Sainte-Anne, — Le Château-Richer. — L'Ange-Gardien., — Saint- François. — Saint-Jean. — Saint-Laurent. — La Sainte-Famille. — Saint-Pierre. — Beauport. — Charlebourg. — Québec. — Sainte-Foye. — La Vieille-Lorette. — Demaure. — Neuville. — Portneuf dit le Cap-Santé, — Eschambault et la Chevrotière. — Les Grondines. — Sainte-Anne, près Batiscan.

écrivit à la cour : « La colonie vient de faire ane très grande perte par la mort de M. Collet, procureur général du Conseil, qui, avec sa grande capacité, avait le talent d’accommoder une infinité de procès, »

(4) La navigation sur le fleuve était encore la voie ordinaire : « Il n’y a point de chemin établi par terre de Québec à Montréal, » écrit en 1727 l’intendant Dupuy. Ce chemin, cependant, était à la veille de s'ouvrir : M. de Boiselair, grand voyer, écrit au ministre le 31 octobre 1735 : « Les chemins sont prèsentement faits de façon que les voitures peuvent rouler d’une côte à une autre. J'ai descendu, cette année, au mois d'août dernier, en chaise, en quatre jours et demi de Montréal à Québec. »

(2) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. #3, Lettre de MM. de Vaudreuil et Bégon au ministre, 1724.

(3) Édits el Ordonnances, t. 4, p. #43.

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oachim. — n. — Saintnte-Famille.

Québec. — Neuville. — yrotière. —

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«I n'y a point 727 l'intendant M. de Boiselair, s sont présente- \ une autre. J'ai quatre jours et , vol. #3, Lettre

Côté sud, en remontant le fleuve Saint-Laurent :

Les Camouraska. — La Bouteillerie, dit la Rivière-Ouelle. — La Pocatière ou Grande-Anse. — Les Aulnets. — Port-Jols. — Bon-Secours. — Le Cap Saint-Ignace., — La Pointe à la Caille, — Saint-Pierre. — Bellechasse. — La Durantaye. — Saint-Michel. — Beaumont. — La Pointe de-Lévy. — Saint-Nicolas. — Tilly. — Sainte-Croix, — Lotbinière, — Eschaillons.

Dans le gouvernement des Trois-Rivières, côté du nora, en remontant le fleuve :

Batiscan. — Champlain. — Le Cap dit de la Madeleine. — Les Trois-Rivières. — Le Fiel des Pères Jésuites. — Grosbois, dit les Grande et Petite-Rivière Ouamachiche, — La Rivière-du-Loup, sur le lac Saint-Pierre, — Masquinongé.

Côté du sud, en remontant le fleuve :

Saint-Pierre, Gentilly, Cournoyer, — Bécancourt, — Godefroy et Tonnancourt. -— Nicolet, l'Isle Moras et la Baie Saint-Antoine. — Saint-François sur le lac Saint-Pierre.

Dans le gouvernement de Montréal, côté du nord, en remontant le fleuve :

L'Isle du Pads. — Berthier et Dorvilliers. — Dautray et Lanoraie. — Lavalterie. — Saint-Sulpice. — Les Isles Bouchard. — Repentigny. — La Chesnaye. — Terrebonne. et le Fief des héritiers l'Angloiserie et Petit. — L'Isle-Jésus. — La Rivière des Praieries. — La Pointe-aux-Trembles. — La Longue-Pointe. — Montréal. — Saint-Laurent, — La Chine. — La Pointe-Claire. — Sainte- Anne-du-Bout-de-lIsle.

Côté du sud, en remontant le fleuve :

Saurel. — Saint-Ours. — Contrecœur. — Verchères. — Varenne. — Boucherville. — Chambly. — Longueuil. — La Prairie-de-la- Magdelaine. — Chateauguay.

I était impossible que le Règlement de 1722 contentàt tout le monde : aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver dans les archives un grand nombre de protesta:ions. Nous ÿ voyons, entre autres, « une requête et liste des habitants de la côte Saint-Ange, qui réclament contre leur réunion aux paroisses de Saint-Augustin et de Sainte-Foye; » une « requê'e des habitants de la seigneurie Saint-Pierre, réclamant contre l'annexion de cette seigneurie à la paroisse de Bécancour: » puis la plainte de Joachim Fornel (ou

Fournel (D), curé de lAncienne-Lorette, qui prétend que sa paroisse est réduite à rien :

« Joachim Fornel, curé de lAncienne-Lorette (2). remontre à Votre Grandeur que. par l'arrêt du Conseil d'État du Roy, rendu l'année dernière, pour régler les districts des paroisses de la Nouvelle-France, celle de Lorette se trouve réduite à un si petit nombre d'habitants. qu’elle semble ne devoir plus mériter le rom de paroisse, tant le nombre de ceux qui restent est peu considéable... » (3).

Du côté de Montréal, les habitants de Mouille-pieds écrivent à M#r de Saint-Vallier pour protester contre leur annexion à Longueuil :

« Ce sont, disent-ils. de pauvres sujets de Sa Majesté. habitants du lieu dit Mouille-pieds, de la paroisse de la Prairie de la Made-

(1) Voici ce que M. de Beauharnais, gouverneur du Canada, écrivait au ministre au sujet de l'abbé Fornel : « [a tenu à plusieurs religieuses des discours sur Ja Constitution (Unigenitus), à l'occasion de M, le cardinal de Noailles, qui ne convenaient guères, On lui en a fait faire des reproches par an de ses confrères, qui lui a fait sentir sa sottise dans toute son étendue. I lui répondit qu'il l'avait dit pour rire, C'est une peste qu'un tel sujet dans un pays aussi sain que l'est celui-ci, » (Documents de Paris, Eglise du Canada, Lettre du 16 oct. 1727), On lit encore à son sujet dans une lettre de Mer Dosquet : « Il est important, pour avoir la tranquillité dans le Chapitre, qu'il n'y réside pas : il est inquiet, il ne peut y souffrir de Français, et il décide en maitre, » (Ibid).

Mer de Saint-Vallier nomma, en 1726, le chanoine Fornel à la cure de Louisbourg, dans l'ile Royale; mais le gouverneur de lile, M. de Saint-Ovide, s'opposa à ce qu'il en prit possession, et adressa des plaintes à la cour à son sujet. Le chanoine fut obligé de redesceadre à Québec,

C'est lui qui prononca l'oraison funôbre de Mer de Saint-Vallier, à la cathédrale, au commencement de 1728. Il passa en France dans l'automne de cette même année, et en revint l’année suivante, à la demande de Ms Dosquet. Le prélat se reprochait cela plus tard : écrivant au ministre : © Je vous demande pardon, disait-il, de vous avoir prié d'accorder le retour dans ce pays-ci au sieur Fornel: j'avoue ma faute, car tant qu'il y restera, l'on ne peut espérer d'y voir régner la paix, »

La cour envoya en 1734 ane lettre de cachet pour le faire repasser en France; mais encore cette fois, il fit tant de promesses à l'évêque et usa de tant d'artilives, qu'il obtint de rester au Canada.

Son pére, Jean Fornel, était marchand à Québee, el demeurait à fa Basse- Ville, rue Notre-Dame,

(21 Remarquons que ce curé, lorsqu'il faisait cette plainte, n'était âgé que de vingt-six ans et n'avait que trois ans de prètrise!

(3) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol, 45,

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laine en Canada, que l'on veut forcer de quitter leur dite paroisse de la Prairie de la Madelaine, pour être de celle de Longueuil, qui osent se jeter aux pieds de Votre Grandeur pour implorer la justice à ce sujet... » (1).

Leur curé. M. Ulrie. vient appuyer leurs plaintes: mais il ne se contente pas d'écrire à l'évêque, il s'adresse directement au secrétaire d'État dans le département de la marine, le comte de Morville, et lui envoie des mémoires pour réclamer contre € le retranchement qu'on veut lui faire d'un endroit très considérabie de sa paroisse, nommé Wouille-pieds, pour être attaché à celle de Longueuil. »

Sa plainte est référée à l'intendant du Canada, avec prière de lui rendre justice. Alors M. Ulrie écrit de nouveau au secrétaire du département de la marine :

« J'ai reçu avec toute la reconnaissance possible la lettre dont Votre Grandeur m'a honoré, de Paris, du mois d'avril. On a renvoyé ici à M. l'intendant mes mémoires, avec ordre de me satisfaire; mais le dessein qu'il a de faire plaisir au gouverneur des Trois-Rivières de ce pays lui a fait passer sous silence les ordres de la cour à mon sujet. Cependant, on me fait. monseigneur, l'injustice la plus eriante qui fût jamais, et qui est à un tel excès que je ne puis assez l'exprimer. Mon évêque en gémit: mais que peut-il contre un intendant qui, éloigné de la cour, prétend que tout doit suivre ses volontés?

« Si j'osais supplier Votre Grandeur de dire un mot en ma faveur au ministre de la marine, et de lui faire présenter mon placet par quelqu'un, je le ferais, prosterné à ses genoux; du moins, qu'Elle me fasse donner passage dans le vaisseau de Ka Majesté, pour que je puisse moi-même aller représenter la justice de mon droit. »

[ parait que l'usage de donner des petits présents aux personnages haut placés, pour les amadouer et se les rendre propices. était déjà connu et pratiqué à cette époque, car M. Ulrie ajoutait avec la souplesse d'un courtisan accompli :

« C'est trop pour moi, monseigneur, que Votre Grandeur ait agréé la peau de loup-cervier que j'ai pris la liberté de lui faire tenir, sans encore y ajouter l'honneur de son souvenir. Jai hésité

(4) Ibid,

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