‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 5 sur 54 · PES · texte numérisé non relu

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murmure de ses auditeurs, qui les attribuaient à des causes plutôt humaines que divines; ce qui l’obligea de supprimer les deux cents exemplaires de son livre qu'il avait apportés, et qui n'ont pas paru depuis... » (1).

(4) Ce document est attribué à M. de Denonville, L'auteur, comme on le voit, suppose que Mer de Saint-Vallier supprima les exemplaires de son livre, parce qu'il regrettait d'y avoir exagéré le bien qu'il avait trouvé dans l'Eglise du Canada.

Il y à, je crois, une autre supposition non moins plausible à faire. La relation de Mer de Saint-Vallier tombait sous le coup du décret de la Propagande qui défendait de rien publier sur les missions ou sur des choses concernant les missions, sans une permission écrite de la Sacrée-Congrégation, décret qui mit fin aux Relations des Jésuiles : « Ne quis cujuscumque statüs, gradüs, conditionis..., sine licentià in scriptis Congregationis.., libros in quibus de missionibus vel de rebus ad missiones pertinentibus agitur, per se vel per alium edat,. »

Ce décret, motivé par les discussions interminables des missionnaires an sujet des rites chinois, mentionnait, 11 est vrai, d’une manière spéciale les Jésuites : Socielalis etiam Jesu; et l'on sait les doléances d’un de leurs écrivains, à ce sujet : Le cardinal préfet de la Propagande « n’aimait pas les Jésuites », dit-il; « il obtint du Saint-Père, vieillard plus qu'octogénaire, le bref Creditw nobis cœlitus. » Dans la lettre qu'il adresse au P, Oliva, général de la Compagnie, pour lui transmettre ce bref, le cardinal, ajoute-t-il, « se révèle tout entier, raide, cassant, impératif. » Cette lettre « est à peine polie, peu équitable : on sent qu’elle est adressée au chef d'une société qui lui est antipathique. » Les jésuites se soumirent; mais « leur silence ne fut pas imité par d'autres »; et il cite les relations des Pères Récollets Leclerc et Hennepin. «Hs (les jésuites) n'avaient pour eux ni le cœur ni l'oreille de la Propagande; d'autres furent écoutés plus favorablement ». (Les Jésuiles de la Nouvelle-France, t. 1, Introduction).

Mais le décret de la Propagande était général. il regardait certainement Mer de Saint-Vallier comme tout autre. Il est probable que le prélat n’en connaissait pas encore l'existence, lorsqu'il publia à Paris son Estal présent. I ne s’occupa que de la permission de la cour, et elle Iui fut d'autant plus volontiers accordée que l’on regrettait beaucoup, parait-il, la suspension des Relations des Jésuites : « La décision (de ne les plus publier), ajoute le P. de Rochemonteix, ne pouvait plaire ni au ministre de la marine et des colonies, ni aux gouverneurs des provinces colonia’es.. Pendant plusieurs années, 1ls se plaignirent souvent à Louis XIV que les missionnaires français, et surtout les jésuites, ne livrassent plus à l'impression les Relations... » Qui eût soupçonné chez Frontenac, par exemple, ou chez Pontéhartrain, tant de passion pour Îles Relations des Jésuites?

Il parait que le roi lui-même s'émut de leur disparition, et qu'il fit donner ordre aux jésuites de continuer à les publier! C'est à cette occasion que le P. de Rochemonteix nous montre le général Oliva occupé à chercher le moyen de mettre d'accord les exigences de celui qui défend et de celui qui ordonne : « Je

L'Eglise du Canada lui paraissait encore sous un jour bien plus sombre en 1696 : voici ce qu'il écrivait alors : quelle différence avec le tableau qu'ilen avait fait huit ans auparavant!

« Qui ne voit avee douleur, en bien des endroits de notre diocèse, la licence avec laquelle plusieurs méprisent les commandements de Dieu et ceux de FEglise? nv a rien de plus commun en plusieurs que le jurement et les blasphèémes: on voit des personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition ne satisfaire presque jamais au commandement d'entendre avee piété la sainte messe: on voit les enfants et les domestiques qui passent la plus grande partie de Fannée sans aucun exercice de religion; les pères et les mères préfèrent indignement la nourriture de quelques bêtes à leur instruction, à leur salut, à la loi de l'Église et à tous les règlements qu'on peut faire : mais en combien d'endroits les règles de la tempérance sont-elles violées! On ne voit qu'exercer partout souvent des débauches honteuses..…. (D), »

N'v avait-il pas lieu de s'écrier, en gémissant :

€ Comment en un plomb vil Por pur Sest-il changé? »

On pourrait multiplier les citations : celles que je viens de faire

me serais empressé, écrit-1l au P, La Chaise, d'exécuter cet ordre {de Sa Majesté), sije n'avais eu les mains liées sous peine d'excommunication et de la perte du Généralit... Vos Révérences savent, ajoute-til, combien je dois et désire rester le très humble serviteur du roi Très Chrétien, »

[finit par s'en rapporter au P, La Chaise lui-même pour la solution de cette difficulté: «tient avant tout à obéir au Saint-Père, et ilne veut pas déplaire au roi, écrit le P. de Rochemonteix; pour le reste, c'est au P, La Chaise et aux jésuites de Paris de voir ce qu'ils ont à faire... » Mais « que faire? ajoute-t-il. Restait l'ordre du roi, et personne ne tenait à l'enfreindre, Evidemment, le seul moyen de couper court à toute difficulté était de persuader à Louis XIV de retirer cet ordre, Le P, La Chaise s'en chargea et réussit, » Louis XIV, satisfait, sans doute, de « l'embarras » où il avait mis les jésuites et leur Général, retira l'ordre qu'il avait donné de continuer la publication des Relations; et alors il fut plus facile d'accomplir « un grand acte d'obéissance au Pape. »

Mer de Saint-Vallier, « en arrivant av pays, » et commencant à distribuer quelques exemplaires de sa relation, fat probablement averti par Mar de Laval et les jésuites de Québec du décret qui défendait de rien publier sur les missions sans une permission écrite de la Propagande : et comme il ne tenait nullement à rien faire qui pût déplaire au Saint-Siège, il n'hésita pas à « supprimer les deux cents exemplaires de son livre qu'il avait apportés, et qui

n'ont pas paru depuis. »

(A) Mandements des Eréques de Québec, L 1, p. 391.

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montrent suffisamment quelles furent les déceptions de M: de Saint-Vallier dans les années qui suivirent sa nomination à l'Eglise de Québec.

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