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en communauté, le 19 octobre suivant, M. Charon et ses pieux associés sous le titre « de Frères hospitaliers de Saint-Joseph de la Croix (1). »
En parlant de l'hôpital général de Québec, l'œuvre de prédilection de M#r de Saint-Vallier, Frontenac écrivait :
« Ils'est épuisé pour trouver les moyens d'y faire subsister les pauvres qu'on y mettrait, et il y a peu d'évêques qui eussent voulu prendre sur leur bien une somme aussi considérable que celle qu'il a emplovée. »
DécePTIONS DE FRoNTENAC. — Le Tartuffe À QuéBec. — MareutIL.
Frontenac était encore en bons termes avec l’évêque dans
l’automne de 1693. Quelques mois plus tard, ces deux distingués personnages étaient complètement brouillés.
L'année 169% fut une année terrible pour l'Eglise du Canada. On
a beaucoup parlé des difficultés de M#r de Laval avec les différents gouverneurs du pays : elles ne sont rien en comparaison de celles qu'eut Mr de Saint-Vallier avec les autorités civiles du Canada. Le premier évèque de Québec, dans ses luttes fermes et courageuses contre les autorités coloniales et les marchands au sujet de la traite de l'eau-de-vie, s'appuyait sur son clergé, avec lequel :l était intimement uni. I ne perdit jamais le respect et la vénération des peuples : son autorité était telle qu'il passait pour faire et défaire les gouverneurs.
Mer de Saint-Vallier commença par se brouiller avec son séminaire et presque tout son clergé; et lorsqu'il se vit obligé de faire la guerre aux désordres et aux abus qu'il crut apercevoir au sein de son Eglise, il se trouva isolé et dans un véritable guèpier : mille difficultés, mille intrigues de toutes sortes surgirent tout-à-coup autour de lui, En face de cette situation, il ne sut peut-être pas garder suflisamment son sang-froid : il se jeta dans la lutte avec toute la fougue de son caractère. A la fin de 169%, il s'était aliéné tous les esprits au Canada: on le regardait comme un homme
(1) Archives de M, l'abbé Verreau, Mss. Viger.
impossible. Quand il passa en France, tout le monde se sentit soulagé: et lorsque la cour résolut de le retenir à Paris, et de lui faire résigner son siège, 11 ne trouva pas une voix au Canada pour parler en sa faveur et solliciter son retour. Mais revenons à Frontenac.
Sa mésintelligence avec l’évêque, qui avait été jusque-là son ami, parait avoir eu pour cause principale les remarques du prélat sur sa conduite personnelle et celle de sa maison. On
peut lire dans les documents de l'époque les « Avis donnés (par Saint-Vallier) au gouverneur (Denonville) et à la gouvernante sur l'obligation où 1ls sont de donner le bon exemple aux peuples. » Ce sont des recommandations « touchant les festins, le bal et la danse, les comédies et autres déclamations, le luxe des habits et les nudités, les irrévérences qui se commettent dans les églises. » Ces avis furent reçus par M. et Mme de Denonville avec beaucoup de respect, et surtout mis exactement en pratique. Denonville était extrêmement attaché à la religion et à ses ministres, et presque un homme d'église.
L'évèque s'avisa-t-il d'adresser de semblables avis à Frontenac? C'est très probable, étant donné son caractère, la conduite sévère qu'il avait tenue à la cour, l'idée qu'il avait de son devoir et de sa charge pastorale. Mais aussi, étant donné le caractère de Frontenac, on peut croire que ces avis furent très mal reçus; on est même sûr que le gouverneur n'en tint aucun compte, surtout pour le théât t la comédie.
Ici se pose naturellement la question : qu'était Frontenac au point de vue religieux? Rappelons ici quelques témoignages contemporains, laissant de côté cependant l'oraison funèbre du P. Gohier, dont les éloges parurent excessifs même à l'auditoire, sympathique au gouverneur, qui entendit ce discours. Voici ce qu'écrivait Charlevoix, à l'occasion de la mort de Frontenac :
€ [était dans sa 782 année {1}, mais dans un corps aussi sain qu'il est possible de lavoir à cet âge, il conservait toute la fermeté et la vivacité d'esprit de ses plus belles années. I mourut comme il avait vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous, et avec la gloire d'avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et
(1) Frontenac était né en 1622, et n'avait que quelques mois de plus que
Mer de Laval.