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monde, attaché à l'Église, mais avec toutes les idées gallicanes de l’époque, d’après lesquelles l’Église n'était qu'une dépendance et un rouage de l'État (4); tenant à honneur de remplir ses devoirs d'honnête homme et de chrétien, mais sachant distinguer enire le devoir et la perfection, et nullement disposé à se laisser imposer comme précepte ce qu'il ne croyait être que de conseil.
L'usage de s'amuser durant le carnaval par des spectacles ou des représentations dramatiques existait à Québec depuis longtemps (2) : ces spectacles réunissaient au château Saint-Louis l'élite de la société canadienne. Denonville s’en était abstenu, à la demande de M# de Saint-Vallier; mais Frontenac remit en honneur chez lui les soirées dramatiques : il ÿ apporta du zèle, de l’entrain, de l'enthousiasme. Il y avait alors à Québec bon nombre d'officiers
(4) « Colbert et Le Tellier considérèrent toujours le clergé comme un ronage du système administratif, » (Carné, la Monarchie française au 18° siècle). — « La puissance propre aux ecclésiastiques n’est que sur le spirituel et sur les choses qui concernent le salut des âmes, les Ordres à conférer aux ministres de l'Eglise, l'administration des sacrements, et ce qui s’en suit des effets du sacrement de mariage et des autres sacrements. Tous les autres droits et prérogatives des ecclésiastiques et séculiers entre eux sont matières purement temporelles, dévolues à la puissance du Roi, et partant à la connaissance des juges qui sont chargés de l'exécution de sa justice sur tous ses sujets sans distinction, dont les ecclésiastiques doivent se montrer les plus soumis, l'Église étant dans l'État, et non l'État dans l'Église, faisant partie de l'État, sans lequel elle ne peut subsister. » (Ordonnance de l’intendant Dupuy, 6 janvier 1728).
Voilà l'idée que l'on professait ouvertement, à cette grande époque de la monarchie française, sur les relations de l'Eglise et de l'Etat!
(2) « Les tragédies et comédies qui... ont été représentées de tous temps en ce pays. » (Jugements du Conseil Souverain, t nr, p. 926). — Dès 1647, le Journal des Jésuites mentionne une soirée de ve genre à Québec : « Le 27 f6vrier, il y eut un balet au magazin : c'était le mercredi gras. Pas un de nos Pères ni de nos Frères n'y assista, ni aussi des filles de l'hôpital et des Ursulines, sauf la petite Marsolet, » — Le % décembre 1651 : « Se représenta la tragédie d'Heraclius, de Corneille, » — Le 16 avril 1652 : « Se représenta la tragédie du Cid, de Corneille. »
Le « magazin » où eut lieu Le ballet du 27 février 1647, c'etait le maison des Cent-Associès, Les Jésuites tiennent à faire connaître qu'ils n'y assistèrent point, parce qu'ils habitaient encore à cette date le deuxième étage de cette maison, qui leur avait été prêté après l'incendie de leur résidence en 1640,
La « petite Marsolet, » élève des Ursulines, était la fiile du célèbre interprète Nicolas Marsolet, qui vint au Canada avec Champlain en 1613. Elle épousa eu 1652 Mathieu Damours.
qui avaient servi dans les expéditions de Denonville et de La Barre, ainsi qu'au siège de 1690 : ils se chargeaient des principaux rôles et les remplissaient souvent avec beaucoup de perfection. Au commencement de 169%, les tragédies Nicomède (4) et Mithridate (2) furent jouées au château avec un grand succès. Le procureur général, les conseillers, tous les principaux citoyens y assistèrent : « Il y avait eu abondance de castor et bonne récolte, écrit Lamotte-Cadillac, et l'on s'en réjouissait par des soirées dramatiques. »
L'évêque était au courant de toutes ces fêtes mondaines, mais se contentait d'en gémir en silence.
Tout-à-coup le bruit se répand que l’on se prépare à jouer le Tartuffe au château : nul doute que Frontenac veut ainsi faire pièce au clergé, qu'il n'aime pas. Circonstance aggravante, celui qui doit jouer le rôle de Tartuffe est un nommé Mareuil (Jacques- Théodore Cosineau de Mareuil), « lieutenant réformé d’un détachement des troupes de la marine », qui est au Canada depuis un an, un ami et un protégé de Frontenac, et qui fait même sa demeure au château. Autre circonstance aggravante, cet officier ne se gène pas, dit-on, de tenir habituellement des propos très irréligieux, au grand scandale de ceux qui ont occasion de l’entendre. L’évèque l'en a souvent repris: mais il ne tient aucun compte de ses avis et continue à se moquer de Dieu, des saints et des choses saintes.
M#r de Saint-Vallier n’y peut tenir. Dans son zèle pour la gloire de Dieu outragé, il lance un « mandement sur les discours impies: » il ÿ dénonce même nommément Mareuil. Cet homme, dit-il, « au mépris des avis souvent réitérés que nous lui avons donnés et fait donner par des personnes très dignes de foi, continue à tenir des discours en publie et en particulier, qui seraient
‘apables de faire rougir le ciel et d'attirer les carreaux de la vengeance de Dieu sur sa tête. » Il le menace « de le retrancher du nombre des fidèles, » et ordonne aux prêtres « de le refuser à la
(1) Tragédie de Corneille, 1650, « Le caracttre du héros principal de cette tragédie, dit Saucié, et le ton original et hardi de son dialogue suffiraient pour assurer à Nicomède un triomphe éclatant et durable, »
(2) Tragédie de Racine, 1673. Mme de Coulanges écrivait à Me de Sévigné : « Mithridate est une pièce charmante ; on y pleure, on y est dans une continuelle admiration. On la voit trente fois, on la trouve plus belle à la trentième qu'à
la première. »
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