ÉVÊQUK DES TROIS-RIVIÈRES
A la mémoire de Monseigneur Jean-Bcqitiste de la Croix, de Chevrières, de Saint- Voilier, fondateur du monastère des Ursidines des Trois- Rivières.
Ils allaient grands et fiers, sous leurs voiles actives Ces preux dont l'œil sondait le brumeux océan. Le ciel les contemplait, à genoux sur nos rives, Plantant la croix très sainte et le saint drapeau blanc.
Qu'il faisait beau les voir, avec leur frais visage, Abordant les tribus de ces climats lointains, Affrontant les horreurs de la forêt sauvage, A l'ombre des grands bois se frayant un chemin !
De notre nation, ils posaient les assises Qu'ils devaient arroser du plus p*ir de leur sang ; Et, parmi les grands noms de ces jiciges exquises, La Croix de Saint- Vallier tenait le premier rang.
Ton sein l'avait porte', Grenoble au front austère Tu l'avais abreuve' dit lait vif de ta foi ; Mais il sut t'honorer, ô toi qui fus sa mère, Des plus mâles vertus ; enfant, il suit ta loi.
Les honneurs entouraient sa brillante jeunesse : Il parut aumônier à la cour du grand roi. Au milieu des plaisirs, de l'or, de la mollesse, Tremble pour ta ferveur, jeune homme, gare à toi !
La foi le protégeait, rempart inexpugnable. Aux courtisans surjyris, la vertu souriait. Plusieurs courbaient leur âme à la loi délectable ; Les autres du remords sentaient le ver secret.
Les postes envies du royaume de France Ouvraient un vaste champ à son ambition : II détourna les yeux ; au loin, l'âpre souffrance Fascinait ses regards par une vision.
La faim, la soif, la croix, le martyr p)eut-être, Appelaient son grand cœur : cet appel le guida. Il refusa V honneur, le loisir, le bien-être : Il voulut être évêque, oui, mais au Canada.
La France revivait sur ces plages lointaines ; Dans les douleurs, Laval y semait le bon grain. Saint-Vallier après lui reçut ces beaux domaines ; Et pour les cultiver montra le cœur d'un Saint.
Même foi que Laval, même amour, même zèle. Aux abus dévorants, même front opposé ; Iï suivit pied à pied son illustre modèle, Peut-être en quelques points Vaura-t-il surpassé.
Un million versé pour la sainte indigence Fait de sa charité V éloge sans égal ; l'rois hôpitaux fondés par sa munificence Nous disent que V amour lui fit un cœur royal.
Souvent, de l'océan il brava la furie Four l'intérêt pressant de nos œuvres d'amour. Mois un jour sur les flots, l'Angleterre ennemie Le saisit sans pitié, dans ses griffes d'autour.
Captif et malheureux aux bords de la Tamise, Cinq ans loin de son pjeuple il se vit garrotté ; Par la constance enfin, la fureur est soumise : Il revit ton soleil, ô douce liberté !
" Vous avez terminé votre labeur immense, " Demeurez, lui dit-on, sous le natal château ; " Donnez à vos vieux ans l'air embatimé de France, " La tombe est souriante à l'ombre du berceau."
Ses regards se portaient vers le ciel d'A merique : " Mes enfants de là-bas garderont mes vieux jours." Il franchit de nouveau le terrible Atlantique, Donnant au Canada ses dernières amours.
Sotis les murs de Québec, les sœurs hospitalières De leur saint fondateur ont les os précieux ; Nous, ses filles aussi, de loin, des Trois-Rivières, Nous préparons desjleurs pour son tombeau pieux.
C'est sa main qui planta, jadis, sur nos rivages, Un rameau détaché du grand arbre ursulin ; La bouture a poussé de vigoureux feuillages, Où les oiseaux du ciel chantent l'hymne divin.
0 père bien-aimé, sur notre coin de terre, Nos mains cultiveront votre doux souvenir ; Et les murs rajeunis de notre monastère Rediront votre nom aux races à venir.
N. Caron, Chanoine.