‹ Mgr de Saint-VallierChapitre 3 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'Enfant et l'Adolescent

SOMMAIRE : — Un ange s'incline sur le berceau de Jean Chevrières, de la Croix, de Saint- V allier. — Rosier de Bourgogne greffé sur une tige dauphinoise. — Enfance de Jean de la Croix. — Vertus caractéristiques : piété et charité. — Chevalier à dix ans, docteur en Sorbonne à dix-neuf.

E 14 novembre 1653, à Grenoble, en Dauphiné, tout est gris et pâle comme un jour d'automne.

Les étangs reflètent l'image renversée, allongée, des peupliers noirs et des blêmes bouleaux. Les allées des parcs exhalent une langueur mortelle. Les taillis ne murmurent aucun chant d'oiseau. Mais à la demeure des Saint- Vallier, dans une alcôve du castel, un ange s'est incliné sur un berceau et il entonne un hymne de joie, d'espérance et de vie.

L'heureux père du nouveau petit élu, Jean de la Croix, seigneur de Chevrières, comte de Saint- Vallier, est d'une grande famille. Marié en Bourgogne, à Marie de Sayne, il a ainsi greffé sur sa tige dauphinoise, une rose du pays voisin de celui de Jeanne d'Arc. Au fils que Dieu leur envoie, les parents donnent le nom de Jean " et il marchera devant le Seigneur dans l'esprit de la vertu d'Elie."

Son père, " gentilhomme d'une droiture de cœur qui affranchit l'âme de toute autre loi que de celle du devoir," (l) rêvait d'un fils militaire, ajoutant, par ses beaux états de service, une nouvelle gloire au blason de la famille qui a pour devise : " Les croix ont dompté l'indomptable."

Sa pieuse mère au contraire, le voulait dans la milice sainte, à la cour du Roi des rois, et elle priait Dieu de mettre au coeur de son petit Jean, un grand amour pour lui et une immense compassion pour les pauvres.

Son enfance s'écoulait bien douce au natal foyer. Mais l'heure venue, il le quitta avec courage, pour le collège, quoiqu'il aimât beaucoup ses parents et qu'il en fût aimé sincèrement. Toute

(1) Hôpital Général de Québec, 17.

sa vie, il leur fut très reconnaissant de la peine qu'ils s'étaient donnée pour lui inculquer de bons principes.

Dès lors, sa dévotion envers la sainte Vierge, qui fut la consolation de sa vie, fut remarquable. Il jeûnait tous les samedis en son honneur, et pour rien au monde, il n'eût voulu manquer à la récitation quotidienne du chapelet. Une autre pratique qui date aussi de sa petite enfance, est son amour pour les pauvres. Il les visitait en compagnie de sa mère, et son bonheur était de leur faire une aumône.

A dix ans, il fut créé chevalier de Malte, son père ayant obtenu pour lui une dispense de minorité. Ce titre ne l'engagea qu'à mieux remplir ses devoirs d'écolier. A dix-neuf ans, il est proclammé docteur en Sorbonne. C'est par cette studieuse préparation qu'il s'achemina vers la prêtrise.

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