‹ Mgr de Saint-VallierChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Le Prêtre

SOMMAIRE : — Le Séminariste. — Son directeur le félicite de savoir le psautier par cœur. — Jour sacerdotal illuminé des joies de la charité.— Chanoine de l'Eglise de Grenoble. — Aumônier du roi, il thésaurise pour les cieux. — L'envie et la jalousie lui lancent des traits -acerbes. — Humilité et modestie. — Evêque en France, non ; au Canada, oui.

VANT d'entrer dans la carrière du sacerdoce, Monsieur le Chevalier— c'est ainsi qu'on l'appelait— en étudia les devoirs et les obligations, puis il donna à l'Eglise et aux âmes les clartés de sa belle intelligence, les chaudes aspirations de son cœur et les indomptables énergies de son caractère unies à toutes les forces de sa puissante nature. Son directeur, Mgr Le Camus, prélat austère, le

louait de ce qu'il eût appris, et en fort peu de temps, le psautier par cœur, et il se plaisait à le réciter avec lui lorsqu'ils allaient ensemble à la promenade.

Le jour de son sacerdoce en fut un de vrai bonheur pour sa famille. Toute la noblesse du Dauphiné fut convoquée au château pour féliciter le nouvel ordinand ; mais on n'oublia pas non plus, ses meilleurs amis, les pauvres. Vingt-quatre avaient été invités à diner et il tint à honneur de les servir lui-même. Beau prélude au million versé pour l'indigence.

Nommé chanoine de la cathédrale de Grenoble, il ne songeait qu'à s'acquitter avec piété et ferveur de son emploi, lorsque son frère aîné, capitaine des gardes de Louis XIV, sollicita et obtint pour lui, à son insu, la charge d'aumônier du roi.

A la cour, il ne fut jamais courtisan, ce qui n'empêcha pas le monarque de lui avouer " qu'il n'avait pu se défendre de l'aimer et de l'estimer, avant de l'avoir auprès de lui." Ainsi se vérifia à son égard cette parole biblique : Le Seigneur l'a glorifié devant lès rois. Bccl.

Le modeste abbé profita de sa position pour venir en aide aux pauvres. Il fonda pour eux

un hospice, près de Grenoble. Il pratiqua tous les exemples de charité que nous lisons dans la vie des saints ; en maintes circonstances, il céda aux nécessiteux son lit et son linge. Quand l'argent faisait défaut, il tirait sur le trésor royal.

" Mais l'abbé de Saint- Vallier, lui dit un jour le roi, n'aurez- vous donc jamais scrupule de vider ainsi ma bourse ? "

"Sire, répondit l'aumônier, je multiplie vos richesses pour l'éternité."

Il rencontra une alliée puissante dans Madame de Maintenon. Ce qui faisait dire aimablement au roi : " Quand je vous vois ensemble, je pense que vous faites encore de nouveaux projets de piété et de charité qui tendent à ma ruine."

Pour protéger ses vertus sacerdotales, le pieux abbé était soigneux de vaquer tous les ans, dans la plus complète solitude, aux exercices de la retraite. Il en sortait avec une foi de plus en plus vaillante et sincèrement résolu de fouler aux pieds le respect humain.

C'est à la suite d'une de ces retraites qu'il pria le roi de lui permettre de porter la soutane au lieu de l'habit de cour alors en usage. Edifié de ses vertus, le monarque se rendit à son désir.

Une conduite si exemplaire et tant de belles qualités le mirent en butte à l'envie et à la jalousie. Les malcontents portèrent plainte au roi.

" L'abbé de Saint- Vallier, répondit Louis XIV, ne fait rien sans mon approbation ; sa conduite est estimable et il serait à souhaiter que tous ceux qui sont revêtus du même caractère fissent paraître autant de sagesse et de vertu."

On se le tint pour dit. L'humilité du prêtre marchait de pair avec sa charité. Econduit un jour brutalement de la porte du roi par un garde nouveau qui, le voyant mis simplement, leva sa canne sur lui, en disant : " J'ai ordre de ne laisser entrer ni chien ni prêtre." L'Aumônier rebroussa chemin et se présenta à une porte où il était connu.

Son mérite éclatant tous les jours davantage, le roi lui offrit successivement les évêchés de Tours et de Marseille.

" Sa Majesté, lui dit le modeste abbé, me fait beaucoup plus d'honneur que je ne mérite ; j'ai pour elle tout le respect et toute la soumission dont je suis capable ; mais aussi je la supplie de ne plus penser à moi pour ces éminentes dignités."

" L'ambition, avoua-t-il plus tard, à un ami, est de ces passions du petit nombre de celles que je n'ai pas à me reprocher."

Un jour va venir cependant où " il consentira à être évêque, mais au Canada, pour éviter de l'être en France." (l)

(1) Lettre de M. Dudoyt, procureur de Mgr de Laval, Paris, 26 mars 1684.

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