‹ Mgr de Saint-VallierChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Le Père des Pauvres et VHopital-Cénéral

SOMMAIRE :— Louis XIV donne gain de cause au Prélat.— Pierres précieuses ajoutées à sa mître. — Les trésors de l'Eglise. — Notre-Dame-des- Anges transformé en hôpital. — Difficultés nouvelles : Monseigneur se donne tort dans la forme, mais il a raison au fond. — Ce n'est pas pour rien que je m'appelle Jean de la Croix. — Les fondatrices de l'Hôpital-Général visitent les communautés religieuses. — Première messe par le fondatenr. — L'ancien aumônier de Louis XIV voiture par l'ânesse de l'hôpital. — L'hôpital. — Témoignage élosrieux de sa charité.

U printemps de 1691, Mgr de Saint- Vallier ne fut pas lent à passer en France où l'appelaient ses affaires diocésaines. Le vénérable Prélat n'eut qu'à paraître devant Louis XIV pour que le gouvernement de l'Eglise canadienne, qualifié par Frontenac de " fort singulier et extraordinaire," fut pris en

considération. La question soumise à des arbitres fut favorable à Mgr de Saint- Vallier. Sa Grandeur profita des bonnes grâces du roi, pour assurer la fondation de l'Hôpital-Général. Fondation qui devait enrichir sa mitre d'autant de pierres précieuses qu'il y aurait de pauvres reçus dans l'Hôpital-Général, et qui y seraient repus corporellement et spirituellement. (a)

Nous en sommes à la plus belle partie de la vie de notre saint Prélat. Monseigneur acheta des RR. PP. Récollets leur couvent de Notre-Damedes-Anges situé à une demi-lieue de la ville. Dès que les circonstances le permirent, il fit venir ses pauvres logés à la Providence de la Haute- Ville. Il les attendait à l'église pour les offrir à Dieu. Y a-t-il dans l'histoire ecclésiastique plus belle page?

" Ce fut un moment de joie indicible pour le cœur du charitable pasteur, et n'est-il pas permis de croire que Dieu versa alors dans son âme une douce et profonde impression du bonheur que ses bienfaits devaient procurer, dans la suite des temps, aux membres souffrants de Jésus-Christ ?

(1) Hôpital Général, 102.

" Figurons-nous encore avec quelle satisfaction, il introduisit ses chers pauvres dans l'asile qu'il leur avait préparé, au prix de tant de sacrifices ; et quels étaient les sentiments de ceux qui se voyaient ainsi les objets de sa tendre et pressante sollicitude! *\(*)

Pour meubler son hôpital, le saint Vincent de Paul canadien ne craignit pas de dépouiller son palais épiscopal. Il était au milieu de ses pauvres comme un père entouré de ses enfants, et il les faisait asseoir à sa table.

Mais il était dans les décrets de Dieu que Monseigneur n'édifierait rien sans peine. Pour assurer la stabilité de cet établissement, il voulut en confier la direction aux religieuses de l'Hôtel-Dieu qui acceptèrent de tout cœur ; mais des complications survinrent, puis des tristesses et des ennuis.

" En définitive, nous croyons, écrit le P. de Ptochemonteix, que si Monseigneur se donna tort dans la forme, il avait raison au fond. Là, comme dans la plupart de ses actes administratifs de quelque importance, il se montra maladroit et autoritaire. L'œuvre projetée était excellente, ses intentions très bonnes ; l'exécution fut mêlée de procédés qu'il aurait pu et dû éviter."

(1) Hôpital-Général, 102.

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" Le gouverneur qui les attendait, les reçut avec toutes les démonstrations possibles de bienveillance et d'honnêteté, et leur témoigna avoir bien de la joie de ce nouvel établissement. Il leur fît servir une collation magnifique, pendant laquelle il leur fit rendre toute sorte d'honneurs, les regardant, disait-il, comme les épouses du grand Roi. Tout cela était accompagné de cet air de politesse qui lui était si naturel, Il leur promit publiquement sa protection, et cette promesse, ce bon gentilhomme l'a tenue jusqu'à sa mort.

" L'installation à Notre-Dame-des-Anges eut lieu le lendemain, 1er avril 1693 ; les fondatrices entrèrent dans l'église pour adorer Notre-Seigneur, et pour s'offrir à le servir. Monseigneur les fît ensuite monter au chœur, où elles chantèrent le Memorare et le Salve Regina, reconnaissant la sainte Vierge pour fondatrice et première supérieure. Après cette consécration à Marie, commença la messe solennelle à laquelle les religieuses communièrent. Monseigneur y officia pontificalement ; le chant fut exécuté par les messieurs du séminaire.

Un détail de ces premiers temps. Monseigneur avait donné, à l'Hôpital, une ânesse pour transporter les produits du jardin. A l'occasion, Mon-

seigneur ne dédaignait pas de s'en servir pour se rendre à l'Hôpital ou pour retourner à la ville.

Les personnes, qui le rencontraient en cet équipage se demandaient si c'était bien l'ancien aumônier de Louis XIV.

Sur la charité de l'évêque comme sur ses vertus sacerdotales, tous les historiens sont d'accord pour les dire aussi étendues et aussi parfaites qu'elles pouvaient l'être. Mgr Têtu, dans ses Notices biographiques, parlant des générosités de ce prélat, dit : "Celles qui sont connues des hommes. Un grand nombre d'autres, ajoute-t-il, ne furent connues que de Dieu." (1)

" Il est d'une charité sans exemple, écrivait M. de Champigny, au ministre, et il f-iit aux pauvres tout le bien possible."

" Il s'est épuisé, ajoutait de son côté Frontenac, pour trouver les moyens de faire subsister son Hôpital, et il y a peu d'évêques qui eussent voulu prendre, sur leur bien, une somme aussi considérable que celle qu'il a employée. (2)

" M. l'évêque de Québec continue avec tant de soin à soulager les pauvres et à

(1) Mgr Têtu, p. 149.

(2) Corresp. générale, vol. 12.

faire d'autres bonnes œuvres que nous pouvons dire qu'il fait au delà de ses forces : ce qui ne doit pas peu vous engager, Monseigneur, à lui procurer la continuation des grâces que Sa Majesté lui fait, et mêrne de les lui augmenter. (l) Mais cet Hôpital-Général destiné à faire tant de bien était en butte à de grandes hostilités. On le vit sur le point de disparaître. Pour le sauver, Monseigneur passa de nouveau en France.

C'était toujours un bonheur pour le roi de revoir son ancien aumônier. Cette fois Monseigneur avait été précédé à Paris par ces bonnes paroles de M. De Callières : " Ce Prélat est très charitable et se refuse jusqu'à ses nécessités. Je ne doute pas que vous ne preniez des mesures pour qu'il continue ses libéralités à son Hôpital qui est très nécessaire en ce pays." ,

Le gouverneur et l'intendant écrivaient conjointement à la cour :

" M. l'évêque de Québec, prélat respectable en tout, mais qui se distingue particulièrement par son dépouillement pour les pauvres, nous demande de se joindre à lui pour vous faire nos prières

(1) Corresp. générale, vol. 16, lettre au ministre.

en faveur des religieuses qui desservent l'Hôpital- Général de Québec, destiné à tenir enfermée les insensés de Québec, à recevoir tous les pauvres hors d'état de gagner leur vie et les vieillards."

Monseigneur dota son Hôpital de nouvelles rentes et il lui donna la terre des Islets appelée aussi comté d'Orsainville.

Dans le même temps, il travaillait à l'établissement des Frères Charron à Montréal et il fondait le monastère des Ursulines aux Trois-Rivières où les religieuses devaient être, pour répondre aux désirs de Sa Grandeur, hospitalières et institutrices.

Monseigneur n'était pas exclusif dans ses charités. Les Hôtels-Dieu, déjà établis, de Québec et de Montréal participaient largement à ses munificences et il en fit l'éloge en maintes circonstances. Il visitait les malades, les embrassait avec une affection paternelle et l'annaliste de l'Hôtel-Dieu de Québec écrit " qu'il charmait par ses honnêtetés les personnes avec qui il avait quelques rapports."

(1) Correspondance générale, vol. 42. Cité par M. l'abbé Aug. Gosaelin.

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