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LE FRERE DIDACE

Quant à l'hôpital, dès sa fondation, il fut mis sur le même pied que les autres établissements de ce genre dans le pays. On y suivait autant que possible une règle où chaque heure avait son emploi, et où l'ordre se maintenait à la satisfaction de tous.

Un des plus touchants souvenirs des premiers jours de notre hôpital est le décès d'un saint canadien, le frère Didace Pelletier, frère Récollet, natif de Sainte- Anne, mort en odeur de sainteté dans notre Hôtel-Dieu, le 21 février 1699v et que Dieu honora du don des miracles. Il avait été admis dans l'Ordre, le 10 mai 1677, par le révérend Père Potentien Ozon, supérieur, qui lui donna l'habit religieux en même temps qu'au R. P. Joseph Denis de la Ronde. Ce sont les premiers religieux du Canada.

Le frère Didace appelé à la mission des Trois- Rivières, embaumait la ville du parfum de ses vertus. Un saint préoccupe et attire l'attention. Sa vue encourage l'humble chrétien qui se traîne dans les sentiers de la vie ordinaire ; ses exemples sont un livre où il aime à lire. Aussi, on entourait le pauvre religieux d'une vénération profonde.

Ses confrères ne furent pas les derniers à lui rendre hommage ; emportés par l'admiration, ils bénissaient Dieu de leur avoir donné un tel compagnon, et ils le regardaient comme la gloire de leur ordre. A la mort du frère Didace, il n'y eut qu'une voix pour glorifier le pauvre frère et lui donner le plus beau titre que l'on puisse donner à un homme, le nom de saint.

Les foules accouraient en pèlerinage à son tombeau. Les habitants des Trois-Rivières le regardait comme leur sauveur ; les malades lui demandaient guérison, comme autrefois ceux de la Judée qui venaient des villes et des villages auprès de Jésus. Ils sentaient qu'une vertu sortait de son tombeau, et tous attendaient de lui, pleins d'espérance, la santé et la vie.

Les prêtres, les supérieurs ecclésiastiques même se faisaient un devoir de se recommander à ses prières et de lui confier leurs besoins les plus pressants : ils avaient trop d'estime pour les dons de Dieu pour ne pas profiter de cet irrésistible intercesseur que le ciel avait placé au milieu d'eux

Monseigneur de Saint- Vallier vint de sa ville épiscopale pour prier sur le tombeau de l'hum-

ble frère récollet. L'effet qu'il ressentit de son pieux pèlerinage fut marqué ; et ce digne prélat nous en a laissé le témoignage dans les lignes suivantes :

" Miracle obtenu par l'intercession du Fr. Didace. Je dois rendre ce témoignage de sainteté du frère Didace qu'ayant une fièvre fort opiniâtre, j'en fus délivré à la fin d'une neuvaine que je crus être obligé de faire dans le lieu de son tombeau, qui est la petite ville des Trois-Rivières de mon diocèse.

" Ma maladie commença dans le mois de septembre 1715, laquelle après avoir été assez violente dans les commencements se changea enfin en une fièvre lente qu'aucun remède ne put enlever, ce qui me détermina à faire un voyage au lieu où son corps résidait ; ce fut qu'au dernier jour que je fus soulagé et guéri. Dieu voulant apparemment faire connaître à tout mon diocèse le grand crédit qu'avait ce serviteur de Dieu auprès de lui, en m'obligeant de reconnaître que mon mal s'aggravant plutôt que de diminuer, même durant ma neuvaine, je ne pouvais devoir ma guérison qu'à la persévérance avec laquelle je la demandais à Dieu par les mérites de son serviteur.

" C'est le témoignage que je dois à la vérité, et que je rends bien volontiers pour lui marquer ma reconnaissance et augmenter dans tous les cœurs la confiance qu'on a à ce saint frère récollet dont je voudrais bien qu'on imitât les vertus

" Donné à Québec, sous notre sceing, celui de notre secrétaire et scellé de nos armes, ce neuvième jour de juin 1716.

" Jean, Evêque de Québec."

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