PRÉFACE XVII
tant à Rome, elle devient une institution italienne ; si elle quitte Rome, elle perd sa base historique à laquelle est dû tout son prestige (1). »
An dedans de la France, Mgr Dupanloup oit, s'il est possible, plus clair encore. Les événements lui ont donné raison, plus, peut-être , quilne le croyait lui-même. Tandis que plusieurs rêvassaient de Charlemagne et de son bras vengeur, il montrait, dans un délai qui se rapprochait sans cesse, les temps durs où il nous faut vivre. Dés 1864, il dénonçait dans la Ligue de renseignement une conspiration contre la liberté religieuse et la foi nationale. Une de ses brochures, — dont le titre l'Athéisme et le péril social étonnait, il g a quarante ans, — éclata, au milieu des prospérités de t Empire, comme une prophétie qui, bientôt scellée par les horreurs de la Commune, na pas encore dit son dernier mot dans le sang. Lévêque avait déjà prévenu son pays par son Avertissement à la jeunesse et aux pères de famille. // ne s'y était pas attaqué à quelques enfants perdus, à quelques subalternes scuu crédit ; il avait frappé à la tète les vrais coupables, les hommes, fussent-ils rentes, décorés, courtisés, honorés, dont les doctrines allaient couler en crimes. Comme on le conjurait de ménager ces puis-
(1) G. Monod. membre de l'Institut, dans la Revue Aisiortqat, naai-avnll901.
XVni PRÉFACE
sances en vogue, il avait refusé par ces fières paroles : « On m'a loué, on m'a blâmé d'aimer la liberté. Sans répondre ni au blâme ni à l'éloge, je dirai simplement ici aux hommes à qui la liberté est chère, que je la trahirais en même temps que la vérité, si je ne parlais pas. Cest précisément parce que je n'invoque aucun bras séculier, que c'est pour moi un devoir impérieux de parler. Sans cela^ la liberté serait trop commode; elle deviendrait la porte ouverte dune citadelle désertée. La vérité se passe détre protégée ; mais il faut quelle soit toujours défendue. »
Ainsi se dessina, dans le contraste et P harmonie, la physionomie de Mgr Dupanloup : il a plongé dans deux mondes ; au passé il appartient par ses vertus qui étaient de tous les temps, et à T avenir par ses aspirations qui étaient bien de son temps. (Test pourquoi son influence n'est pas morte avec lui ; sa renommée n'est pas allée s'enfouir dans les oU' bliettes des musées et des bibliothèques : elle rayonne toujours. Comme la châsse de saint Martin qu*on portait dans les batailles, sa vaillante mémoire pré' sidéra longtemps encore à toutes celles où, dans les deux hémisphères, la liberté des consciences chrétiennes sera F enjeu. Les derniers éoéques de la vieille France qu'avait baptisée saint Rémi, les Quélen, tes Frayssinous, les Rohanf les Berderies
PIŒFACE XIX
Taoaient béni comme leur fils de prédilection; et ^il y a quelques années, au nom de la jeune Eglise de la libre Amérique, Mgr Ireland, archevêque de Saint- Paul, le saluait comme un ancêtre, dans sa cathédrale d'Orléans, devant son tombeau, près de la bannière déployée de Jeanne d'Arc.
Je vous félicite. Monsieur, d'avoir entrepris Phistoire de cet évêque qui, de toutes les qualités, eut d'abord celle qui les suppose ou les vaut toutes, la grandeur. J'avais déjà lu vos savantes études sur quelques célèbres penseurs abstraits, comme MM. Comte et Taine ;f avais été frappé de l aisance avec laquelle vous aviez mis un peu de clarté dans des élucubrations philosophiques, souvent épaisses, et porté le flambeau dans ces nuits à peine sillonnées de lueurs. Avec MgrDupanloup, vous abordiez une existence de plein jour qui s'est passée au soleil, dans le labeur, la lutte et Faction. Votre talent s'en est bien trouvé, et il a gagné au contact de cette gloire faite de lumière et de vie.
Un ancien vicaire général de Mgr Dupanloup, Mgr Lagrange, mort évêque de Chartres, a écrit une histoire complète du prélat qu'il aimait. A côté de ce monument durable de fidélité, de sincérité et de vérité, votre livre, mince de volume, riche d'idées et de vues, fera bonne figure. Ce sera la statue en réduction d'un évêque immortel; et je souhaite que,