‹ Mgr. Dupanloup, un grand évêqueChapitre 2 sur 15 · QUITTE LE PETIT SÉMINAIRE || LA MORT DE SA MÈRE · texte numérisé non relu

QUITTE LE PETIT SÉMINAIRE || LA MORT DE SA MÈRE

DUPANLOUP ÉVÊQUE D'oRLÉANS.

UNE circonstance, en 1838, mit M. Dupanloup en vive lumière mondaine et aussi en grande lumière historique. Ce fut la mort de M. de Talleyrand. Dupanloup l'avait entrevu à la cour en 1829, mais n'avait pas lié connaissance avec lui. Le prince avait quatre-vingt-trois ans; il déclinait physiquement, mais conservait toute la lucidité de son esprit. Il jugeait de haut la vie et la science et, comme Chateaubriand, regardait passer à ses pieds sa dernière heure. Il écrivait en 1837, le jour anniversaire de sa naissance : « Voilà quatre-vingt-trois ans de passés! Je ne sais si je suis satisfait quand je récapitule comment tant d'années se sont passées, comment je les ai remplies : que d'agitations stériles ! que de tentatives infructueuses ! que de complications fâcheuses, que d'émotions exagérées, que de forces usées, de dons gaspillés, de malveillances inspirées, d'équilibre perdu, d'illusions détruites, de goûts épuisés! Quel résultat enfin que celui d'une fatigue morale et physique, d'un découragement complet pour l'avenir et d'un profond dégoût du passé. » Il écrivait encore, le même jour : « Une foule de gens ont le don ou l'insuffi-

sance de ne jamais prendre connaissance d'eux-mêmes; je n'ai que trop le malheur ou la supériorité contraire.... Elle augmente avec les années. » Bref, il faisait son examen de conscience. Mais ce n'était pas encore un examen de conscience chrétien.

La duchesse de Dino, nièce de Talleyrand, et la fille de la duchesse de Dino, jeune personne que Talleyrand aimait beaucoup et qui avait quelque influence sur lui, désiraient passionnément qu'il mourût chrétiennement. Pour cela il fallait toute une négociation avec l'archevêché de Paris et même avec Rome ; il fallait savoir quelle rétractation de ses erreurs passées l'Église exigerait de M. de Talleyrand et il fallait le décider à la faire. Pour cette négociation délicate, la duchesse et sa fille, conseillées sans doute par l'archevêché, jetèrent les 3''eux sur M. Dupanloup. Mgr de Quelen, dès 1835, avait pris l'occasion de la mort de la duchesse de Talleyrand pour écrire au prince une longue lettre où il le suppliait de travailler au salut de son âme. TaHe3^rand avait répondu très poliment qu'il était enrhumé, que dès que son indisposition aurait pris fin il ferait visite à l'archevêque et qu'il le remerciait de l'intérêt témoigné. Quand on connaît la vive affection que Mgr de Quelen portait à M. Dupanloup on peut croire avec certitude que ce fut l'archevêque qui désigna le supérieur de Saint-Nicolas du Chardonnet à la duchesse de Dino.

M. Dupanloup fut d'abord invité à dîner chez le prince et refusa. Sur l'insistance et probablement sur l'avis de l'archevêché, il vint. Il plut à Talleyrand qui vit très bien pourquoi l'on avait appelé ce prêtre intelligent et sachant le monde et qui vit très vite aussi que ce prêtre serait plein de tact, de discrétion et ne le tourmenterait pas. Et Dupanloup vit de son côté, du premier coup aussi, que Talle3'-rand était parfaitement décidé à faire une fin chrétienne, mais à son heure et sans permettre qu'on exerçât sur lui la moindre pression. Quand on lit tout le détail des relations de Talleyrand et de Dupanloup dans ces derniers mois de la vie de Talleyrand, ce qui frappe

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