‹ Mgr. Dupanloup, un grand évêqueChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

L'ÉVÊCHÉ D'ORLÉANS

MGR DUPANLOUP ÉVÊQ.UE || QUERELLE AVEC LOUIS VEUILLOT Il RÉCEPTION A l'académie FRANÇAISE || l'aCTION ÉPISCO- PALE DANS LE DIOCÈSE D'ORLÉANS || LES FÊTES DE JEANNE

d'arc.

UNE fois qu'il eut accepté par dévouement et obéissance cette diminution personnelle, Mgr Dupanloup se livra de tout son cœur à sa nouvelle tâche. Ses œuvres diocésaines furent innombrables. Il était de ceux qui partout où ils arrivent trouvent qu'il n'y a rien de fait, qu'il faut tout faire et que ce tout est infini : « Mes besoins sont immenses. Je suis comme un grain de poussière en présence d'une énorme montagne. J'aurais vingtcinq âmes et existences aussi actives que la mienne, et trois cent mille francs de rente, que je ne suffirais pas à mon œuvre et serais très pauvre. Vous comprenez l'utilité des prières pour un homme en pareil embarras. »

Comme à son ordinaire, il multiplia ses entreprises au risque de manquer à sa tâche pour ne pas manquer à ses devoirs : réorganisation des séminaires, associations pour le bien de la religion et le soulagement des pauvres, réorganisation des études dans les écoles ecclésiastiques, organisation des retraites, des synodes, des réunions et conférences ecclésiastiques interparoissiales, organisation des missions diocésaines, l'énumération serait infinie. Et avec cela il prêchait et il dirigeait par lettres les âmes qui s'étaient confiées à lui et il allait à Paris s'occuper de

questions politiques et religieuses qui le réclamaient, et il écrivait dans VAmi de la religion^ et il écrivait des brochures, et il écrivait des livres. Au fond il n'avait pas échangé sa vie ecclésiastique de Paris contre un diocèse, il avait ajouté l'administration d'un diocèse à sa vie ecclésiastique de Paris.

C'était alors un homme au seuil de la vieillesse, au grand nez, au front très haut un peu dégarni, aux yeux toujours beaux et étincelants, aux joues à peine avalées, un peu creuses, au menton long et accusé, aux lèvres toujours sinueuses mais amincies. « Il y avait, dira (plus tard) le comte de Frankenberg, dans son visage glabre, aux lignes d'une grande finesse, dans ses yeux pleins d'animation où rayonnait encore comme une flamme de jeunesse, tant de bonté et de cordialité, dans sa voix suave et dans son langage tant d'attrait captivant que je n'eus pas besoin de faire appel à ma sympathie déjà préconçue pour être gagné par lui. »

Plus que jamais, il se couchait à neuf heures, se levait entre quatre et cinq heures, avait un règlement de travail minutieux et inflexible et employait avec une diligence et une promptitude de général en campagne tout l'or des minutes. De ses premières années d'épiscopat datent le tome premier de son grand ouvrage sur \ Education (1851), son Mandement sur la liberté de l'Eglise à l'occasion de la proclamation de l'Empire, d'autres brochures de moindre importance.

Il avait protesté contre le coup d'État au moins par un silence et une attitude qui furent remarqués. Lorsqu'au mois d'octobre 1852, Louis-Napoléon, encore Président, revenant de son voyage au Midi, qui fut la préparation quasi officielle de la proclamation de l'Empire, passa par Orléans, Mgr d'Orléans dut se trouver, accompagné de ses vicaires généraux, devant le wagon du prince. Il se borna à s'incliner : « Monseigneur, lui dit le Prince, j'espère avoir l'honneur d'être reçu par vous dans votre cathédrale, à la tête de votre clergé ». Mgr Dupanloup s'inclina encore, sans répondre. Le prince, pour que

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l'évêqiie lui fît sa cour, avait fait vainement sa cour à l'évêque.

Une querelle s'éleva, en 1854, sur la question de l'utilité, ou de l'innocence, ou de la nocivité des auteurs païens dans l'éducation. Un certain nombre de prêtres assuraient, non sans quelque apparence de raison, qu'enseigner à la fois la religion chrétienne et les auteurs grecs et latins c'était administrer, en même temps, le poison et l'antidote, la bonne nourriture et la dangereuse, avec une singulière impartialité, une indifférence, au moins apparente, assez bizarre, et courir le risque que la bonne nourriture fût quelque peu contrariée par la mauvaise. Au fond, c'était la question de la Réforme contre la Renaissance, du Christianisme contre l'Humanisme, et l'on sait que Calvin ne voyait rien de plus dangereux que l'humanisme pour la religion chrétienne. Or, Mgr Dupanloup, qui était le plus grand humaniste du monde, qui, dans son petit séminaire de la Chapelle- Saint-Mesmin, près d'Orléans, faisait jouer en grec Philoctète et Œdipe à Colone^ se sentit visé et je ne suis pas éloigné de croire qu'il l'était. Il protesta. Il écrivit aux professeurs de ses petits séminaires qu'ils pouvaient sans aucun scrupule conserver aux auteurs anciens dans leur enseignement la place que les plus saints évêques, les plus savantes congrégations [Jésuites, Oratoriens] leur ont constamment assignée; que dans les auteurs païens tout n'est pas paien\ que c'est une erreur que d'appeler païennes des beautés littéraires qui sont simplement des beautés de l'ordre naturel; qu'il suffisait de bien choisir les textes, d'employer des éditions expurgées et d'enseigner les auteurs profanes avec un esprit chrétien.

L'évêque d'Orléans fut vivement attaqué par les catholiques intransigeants, qui avaient peut-être raison dans le fond, mais qui n'étaient guère politiques, guère réalistes et qui ne comprenaient pas que priver les écoles ecclésiastiques des études classiques, c'était, aux yeux de Topi-

nion publique, les amoindrir, les abaisser, les dégrader, ce qui n'était pas très opportun ni adroit. Ils n'entendirent point de cette oreille et suivirent leur pointe. Ils accusèrent l'évêque d'Orléans de croire et de dire qu'il y avait danger pour la foi à faire aux auteurs chrétiens une plus large part dans l'éducation, de pratiquer dans ses petits séminaires un système d'éducation dont le paganisme formait la base; de faire des plaidoyers en faveur de la renaissance du paganisme; de ne savoir ni ce qu'il voulait ni où il allait; de ne pas distinguer suffisamment entre la morale chrétienne et la morale païenne ; d'être au fond un fils de Voltaire, etc. Veuillot surtout était implacable, n'ayant jamais pardonné à Mgr d'Orléans de n'avoir pas, en 1850, réclamé le monopole de l'enseignement pour l'Église catholique et ayant à l'égard de Mgr d'Orléans une sorte de répulsion personnelle. Bien longtemps plus tard il écrira à une amie (octobre 1869) : « On ne peut pas comprendre que l'évêque d'Orléans ayant été créé pour étaler sa queue et moi pour marcher dessus, nos perpétuels coups de poing rentrent dans l'ordre des choses... » Il dira encore (15 mars 1873) : « Quelqu'un, un immense quelqu'un disait à quelque autre : « Ce vescovo di Orléans, il parle aux évêques comme s'il était le pape, au pape comme s'il était Jésus-Christ, à Jésus-Christ comme s'il était le Père éternel ». Il ne lui manque plus que de parler au Père éternel comme s'il était son vicaire général et au Roi comme s'il était son suisse ; mais ce serait trop beau ! » Enfin, Veuillot détestait Mgr Dupanloup et saisissait toutes les occasions de « coups de poing ».

Monseigneur tint tête. D'abord il publia un mandement contre les théories de VUnive^'s et autres journaux analogues. Ne traitant pas la question, mais visant le point d'opportunité qui, je le reconnais, était à cette date l'affaire importante, il disait dans ce mandement : « C'est certainement une des plus grandes affaires que l'Église de France ait eues depuis longtemps; l'Église, il y a deux ans à peine, a pris sur le terrain de l'enseignement une

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place que vingt années de luttes lui ont conquise; que des ennemis ardents et jaloux ne cessent de lui disputer; qu'elle ne saurait conserver par violence, mais seulement par sagesse, à force de zèle intelligent et de dévouement utile; que la moindre faute pourrait, en des commencements si délicats, lui faire perdre; et il s'agit pour elle d'examiner, de décider la ligne à suivre et les moyens à prendre pour se maintenir dans une position si importante et si péniblement acquise, afin d'}^ répondre dignement à la confiance du pays et d'y faire véritablement le bien de la jeunesse. »

Et surtout il protestait contre l'effronterie de certains journalistes prétendus religieux qui se permettaient de faire la leçon à des évêques, des archevêques et des cardinaux : « ... Il s'agit de savoir si désormais les plus grandes affaires de l'Église de France seront gouvernées par des journalistes...; si quelques laïques, abusant de la dangereuse puissance que leur donne un journal, pourront, dans l'Église, chaque matin, parler de tout et à tous, décider à temps et à contretemps, prendre dans les plus graves questions de doctrine et de conduite l'initiative, je ne dis pas d'une discussion sage, paisible, modérée, mais du jugement, de la décision, de la condamnation; il s'agit de savoir, enfin, si, quand un évêque donnera à ses prêtres des instructions pour les éclairer et les diriger dans l'accomplissement de leur ministère, il sera permis aux écrivains de VUnivers ou de tout autre journal religieux de venir se mettre entre l'évêque et ses prêtres pour contredire l'enseignement épiscopal et enseigner les prêtres après et contre leur évêque. »

Et il faisait remarquer qu'il ne s'agissait pas d'un fait accidentel, mais d'une habitude et d'une conduite systématique : « C'est une habitude chez ces hommes de trancher précipitammment, témérairement, violemment toutes les questions religieuses, les plus graves et les plus difficiles, et quand une fois ils les ont tranchées, de ne plusi tolérer une dissidence de quelque part et de quelque haut; qu'elle vienne. C'est cette habitude qui nous paraît un

péril. » Et il signalait enfin un autre péril, celui que faisait courir à l'Église le ton avec lequel elle était défendue, soutenue ou dirigée par les polémistes catholiques : « Il y a dans votre langage une légèreté moqueuse, un accent de raillerie hautaine qui sied mal, sans aucun doute, dans une polémique dirigée contre un évêque; mais qui sied mal aussi à des chrétiens dans les discussions graves, même contre les ennemis de la religion. L'éternelle vérité ne se défend pas par la plaisanterie dérisoire et par l'injure et elle en souffre plus qu'elle

n'en profite Il est temps de dégager enfin la cause de

l'Épiscopat et de la Religion des animosités que la violence de vos polémiques soulève contre vous et qui trop souvent rejaillissent jusque sur nous-mêmes. Il est temps de proclamer combien il serait injuste de rendre l'Église responsable des injures que vous prodiguez à ceux qui ont le malheur de s'être faits ses adversaires ou ses ennemis et même à ceux qui, n'ayant pas encore le bonheur de croire aux divins enseignements de la foi, se sentent néanmoins attirés vers elle, mais dans lesquels trop souvent — nous en avons été témoins — vos ironies ou vos sarcasmes vont troubler le travail de la grâce et éteindre les premières espérances de retour. »

Et enfin il prenait une décision disciplinaire : il interdisait, non pas aux fidèles, ni même aux simples prêtres, mais aux supérieurs, directeurs et professeurs de ses séminaires diocésains, de recevoir V Univers. Plusieurs évêques l'imitèrent en cela. Ce n'était peut-être pas très libéral; mais il s'agissait de bien faire comprendre aux prêtres enseignants qu'ils devaient obéir à leurs évêques et non point à ceux qui se donnaient à eux-mêmes un épiscopat de fantaisie.

Veuillot essaya d'une diversion assez facile, habile du reste, en criant au gallicanisme. Mgr d'Orléans se fit approuver par quarante-six évêques français. L'affaire peu à peu s'éteignit.

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En 1854, il fut reçu à l'Académie française, qui depuis longtemps déjà songeait à lui. Il remplaçait un voltairien notoire, du moins comrne voltairien, M. Tissot. Il n'avait rien à en dire. Il se borna à rappeler que M. Tissot avait été bon latiniste et très virgilien et, pour ce qui était de ses opinions philosophiques, il dit simplement et spirituellement que ce n'était point l'occasion de les combattre : « Je parle ici devant des hommes à qui l'expérience de la vie a enseigné ce qu'elle m'a appris à moi-même et l'on me croira si je dis qu'en lisant les ouvrages de mon prédécesseur, je n'y ai point cherché nos dissentiments. Je n'aime point la contention avec les vivants [?], j'en aurais horreur avec ceux qui ne sont plus. Non, j'ai cherché dans M. Tissot ce qui aurait pu être notre rapprochement possible s'il m'avait été donné de le rencontrer en ce monde. J'ai fait avec lui ce que je fais avec toute âme qu'il plaît à Dieu de placer sur ma route ; ce que je cherche d'abord, ce n'est pas ce qui sépare, mais ce qui rapproche; ce n'est pas la querelle, c'est l'accord, ce sont les points de départ communs; puis, j'aime alors à marcher de concert à la conquête d'un accord plus parfait dans la vérité. »

Mais le fond de son discours fut, comme on pouvait s'y attendre après les récentes discussions, sur l'alliance de la Religion et des belles-lettres. Ce sujet lui inspira des propos très élevés et très brillants tout à fait en harmonie avec le lieu où ils étaient prononcés : « La grande et singulière prérogative des lettres c'est qu'elles expriment l'homme, cette vivante image de Dieu, plus parfaitement que toutes les autres œuvres et que toutes les créatures hunjaines ». Défendant les lettres païennes avec l'obstination qu'il apportait à toutes choses, il disait avec fermeté : « Reconnaissons-le : alors même que la nuit païenne couvrait la terre, les grands siècles littéraires firent briller d'admirables clartés : la philosophie, les lettres, l'éloquence, la poésie dans ce qu'elles eurent de vérité et de beauté; tous ces hommes en tant qu'ils avaient reçu du ciel les dons de l'intelligence et que la

lumière de Dieu brillait dans leur génie; je dirai plus, les généreux efforts que firent plusieurs d'entre eux pour percer la nuit, pour découvrir, par delà l'horizon de leur siècle, quelque chose des clartés divines ; tout cela est digne d'admiration et de respect. Je puis et je dois déplorer l'abus qu'ils firent souvent de leurs hautes facultés. Je puis et je dois compatir à l'impuissance de leurs efforts, mais je ne puis ni mépriser en eux ni flétrir les dons du Créateur. Je ne me sens pas le courage de réprouver, d'avilir, sous le nom de paganisme, ce qui fut dans ces grands siècles le suprême effort de l'humanité déchue pour ressaisir le fil brisé des traditions anciennes et retrouver la lumière que Dieu y faisait encore briller comme un dernier et secourable reflet de sa vérité, afin de ne pas se laisser sans témoignage au milieu des nations et de montrer que la créature tombée n'était pas entièrement déshéritée des dons de son amour. Non, les vers que citait saint Paul à l'Aréopage n'étaient pas des vers païens! »

Il continuait avec une véritable et même magnifique éloquence, voulant comme épuiser le sujet : « C'est précisément parce que j'ai l'honneur et le bonheur d'être chrétien, c'est parce que à ce titre je suis, selon la langue de l'Apôtre, fils de la lumière, que je sais, avec confiance, en revendiquer les rayons partout ou ils se trouvent. Oui, la lumière est à nous, tous les siècles nous la doivent et nous l'envoient, et voilà pourquoi je ne l'outrage nulle part; je la recherche, je l'aime, je la respecte partout où je la découvre; je la recueille avec amour, ne fût-ce qu'une étincelle, qu'une flamme égarée, et ma joie est grande quand je puis la ramener au foyer primitif et divin ! Je suis le disciple d'un maître qui ne veut pas qu'on éteigne le flambeau qui fume encore ; suivant la belle recommandation de l'Église, je me souviens de ma condition et je respecte le roseau pensant tout brisé qu'il est; j'aurais horreur de le fouler aux pieds. Débris moi-même d'une grnndc création tombée, je ne méprise aucun débris ! »

Dans sa réponse, le Directeur de l'Académie, M. le

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comte de Salvandy, s'attacha à caractériser l'éloquence de Mgr Dupanloup : « Vos écrits, Monsieur, ont précisément le même caractère. Vous n'avez qu'un style parce que vous écrivez avec quelque chose d'invariable, l'intérêt saint qui vous anime. Mais l'uniformité de richesse dans l'expression se lie à une richesse si vraie de la pensée qu'on songe bien moins à regretter ]a diversité absente qu'à jouir de ce rare éclat.... L'admiration facile, vive, qui donne sans compter, est une des qualités de vos écrits, que je devrais dire noble, belle, que j'appellerai charmante. Il est si rare de savoir cette chose si simple! C'est qu'il y faut un esprit désintéressé de soi et un cœur qui s'intéresse aux autres. Vos travaux de l'ordre le plus sévère trahissent partout cette heureuse, disposition. Une autre s'y révèle, qui a peu cours aujourd'hui et qui, en effet, devait se conserver au pied du sanctuaire : c'est l'inspiration, l'enthousiasme, ce que vous venez de nommer le feu sacré, cette flamme naturelle qui vient de l'âme ou du cœur et en perpétue la jeunesse ! Je puis louer ce don en votre présence; car on assure que c'est un défaut. Le monde en médit beaucoup; peut-être pour mieux s'en passer. J'ose avoir d'autres sentiments —

« Vous ne méprisez pas les hommes, vous augurez bien de notre temps, malgré sa part des misères du monde.... Vous attendez beaucoup de notre patrie, vous l'aimez passionnément; « pour parler de cette France généreuse et sensible, dites-vous, douée, à ses risques et périls, d'une éternelle jeunesse, et qui ne fait jamais tout craindre qu'en laissant tout espérer », vous trouvez toujours des accents d'une tendresse pleine de fierté. Enfin vous croyez à la bonté divine qui permet le mal sur la terre, mais sans nous abandonner, impuissants et désespérés, à son empire

« En vous lisant on apprend bien vite que c'est votre besoin naturel des grands essors qui a fait votre destinée. Le vulgaire croit l'esprit captif dans les entraves de la foi. Dans tous vos écrits, dans vos livres empreints d'une haute et vive spiritualité, vos extases d'édification, vos

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chants d'allégresse nous attestent que ce sont les perspectives de lumières et de vie sans limites, les splendeurs sans égales où vous avez vu le plus haut des contemplations de l'âme et des efforts de l'intelligence qui vous ont subjugué sans retour. Aussi n'y a-t-il plus à chercher qui vous êtes. Vous être prêtre, Monsieur, vous l'êtes dans votre existence entière et c'est vous qui avez défini le sacerdoce « l'apostolat qui prêche, qui combat, qui se dévoue, qui se sacrifice ». Vous avez oublié un mot : « Qui enseigne ».

Sur le grand livre de V Education^ inachevé à cette date, M. le comte de Salvandy faisait ces déclarations considérables : « Ce livre. Monsieur, il ne faut pas vous attendre à ce que j'en parle froidement : il m'a été une consolation, une joie, un repos. Il est venu éclairer dans mon cœur mes sentiments envers l'enfance, dans ma raison mes opinions sur l'homme, dans mon âme mes espérances inépuisables à l'égard de mon pays et de l'humanité.... En même temps il m'a reposé des douloureuses impressions d'un livre célèbre, insensé, coupable, dont il est d'un bout à l'autre le démenti aussi éclairé, aussi profond que magnifique, tout en ne le nommant, je crois, jamais.... Des maximes humaines l'animent, un sentiment vrai le remplit. Il aime l'enfance, il la respecte. Il respecte l'homme en elle.... Toutes les obligations de l'instituteur se rattachent à cette conviction que les devoirs sont partout parce que partout est la pensée qui donne à ce mot un sens, à cette chose une réalité, à ces prescriptions un code, à ce code un législateur, aux infractions un juge. Sur cette base solide vous élevez tout l'édifice de l'éducation.... En même temps vous ne craignez pas de former l'intelligence pour être la digne et utile compagne de cette âme saine et forte — Toutes les nobles passions de ce vieux sol sont en vous ; on sent un cœur qui bat sous chacune de vos paroles, une âme qui monte, qui plane, qui cherche des cieux de plus dans chacune de vos pensées ; une éloquence vraie et facile toujours, en étant toujours éclatante. Vous avez enfin, pour parler à ce pays de tout ce qui l'émeut : la

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foi, la patrie, la vertu, la justice, la gloire, un langage d'une trempe, d'une puissance, d'une splendeur à part. Mais, rassurez-vous, ce langage, je ne vous en reporte pas la gloire. Je sais qu'il n'est pas le vôtre. Il est emprunté à la région où vit toujours votre pensée, aux livres qui vous en sont venus, à leur grandeur d'idées et d'images, à leur mélange de force intime et d'inépuisable majesté. » Cette entrée dans l'Académie française, que Mgr Dupanloup avait beaucoup souhaitée, sans s'arrêter à l'appréhension, toujours légitime, d'être reçu par un esprit un peu faible, fut en somme et tout compensé une très belle journée pour les Lettres, pour le bon renom de la France et pour les intérêts de la Religion.

Malgré tant de travaux extérieurs, Mgr Dupanloup s'appliquait à son œuvre particulière et locale d'administrateur d'un diocèse avec autant et plus de zèle qu'un évêque tout entier appliqué au bien de son peuple. Son activité fabuleuse suffisait à tout. En 1855, il donnait sa grande Instruction à son clergé accompagnée de Règlements relatifs aux études ecclésiastiques. Considérant que « dans l'édifice de la science comme il y a de glorieux sommets, il y a aussi les humbles fondements sur quoi tout repose, ici plus qu'en aucune autre chose les moyens en apparence les plus petits sont la base nécessaire de tout ce qu'il y a de plus grand », il réglait tout minutieusement depuis les premières études des petits garçons jusqu'à celles des séminaristes et des prêtres, depuis le rudiment jusqu'au doctorat en théologie.

Il traitait en conséquence : des écoles cléricales paroissiales considérées comme de premiers petits séminaires où il s'agissait d'ouvrir les jeunes esprits à la connaissance des bonnes lettres et de guetter, distinguer et démêler les vocations religieuses naissantes; — des petits séminaires où il s'agissait d'élever progressivement et avec un ordre et une méthode raisonnes les esprits des adolescents parallèlement dans la connaissance et le goût des grandes littératures et dans la connaissance et le goût du

christianisme, ces deux grandes choses étant considérées comme les deux facteurs de la civilisation générale; — de la science sacrée et des études des grands séminaires^ montrant l'extrême importance qu'il y avait à associer à une profonde connaissance du dogme et de la tradition catholique, une profonde connaissance du monde moderne pour avoir prise sur lui ; — des études et des examens des jeunes prêtres, traçant tout un plan et très vaste des études post-séminariennes et de toutes les investigations auxquelles se devaient livrer les jeunes prêtres et les prêtres jeunes encore pour confirmer leur foi et pour augmenter leurs forces d'influence sur leurs troupeaux; — des conférences ecclésiastiques, c'est-à-dire des réunions périodiques de prêtres qui se font à dessein de se tenir en haleine et toujours à un certain niveau de connaissances, de zèle et d'esprit apostolique, excellentes du reste pour se rendre compte, par comparaison, de l'esprit des populations différentes et pour pouvoir essayer dans l'une ce qui a réussi dans l'autre.

Il faisait sentir l'importance de ces conférences dans une lettre pastorale de la façon suivante : « ... Admirable institution ! Quoi de plus beau en effet, de plus touchant, de plus honorable en même temps pour le clergé, aux yeux de l'Église, aux yeux du monde, que de voir, à un jour donné de chaque mois, tous les prêtres des diocèses de France, jeunes hommes et vieillards, se rendre, malgré la longueur des distances et les difficultés des chemins, au chef-lieu de leur doyenné respectif, et là, sous la présidence de leur doyen, s'assembler pour traiter en commun, durant plusieurs heures, des choses de leur saint état, de la science sacrée, de la pratique pastorale, de tout ce qui peut contribuer à l'avènement de la religion, de l'instruction chrétienne, à la sanctification, et par une suite nécessaire au vrai et solide bonheur des peuples? » Il obligeait les jeunes prêtres à envoyer à la Commission des études instituée à cet effet des dissertations et mémoires qui étaient lus, corrigés, cotés et classés et il rendait compte de ces travaux a^^ec le plus

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grand soin : « Sur 362 dissertations, écrivait-il en 1857, 170 ont mérité les notes Très bien et Bien^ 82 ont été notées Assez 6/éî;z et parmi les autres, moins avantageusement notées, le nombre est fort petit de ceux qui ont eu des notes très faibles ».

Il s'étendait en considérations fort méditées et fort justes sur l'utilité des langues sacrées, hébreu, grec et latin, et il ajoutait avec un beau patriotisme : « Il y a une quatrième langue dont le grec et le latin ne peuvent nous faire oublier la nécessité et l'excellence, c'est la langue française. C'est une langue providentielle. Qui ne le voit? Une nation a été dite la fille aînée de l'Église; la langue française est la langue de cette nation. Il y a eu un siècle où l'esprit humain a déployé toute sa splendeur, en français. La théologie, la philosophie, les lettres, les sciences ont eu, en ce siècle-là, le plus grand éclat que, dans toutes les directions de l'esprit humain, une nation ait jamais eu. En sorte que le plus grand des siècles classiques est français. Donc donner au clergé la plus grande possession de cette langue, seule vivante du premier ordre, c'est préparer un siècle de triomphe pour le catholicisme. Je me persuade que si la civilisation européenne doit avoir un nouveau grand siècle, ce sera un siècle français ; quoi qu'il en soit, la langue française est une langue conquérante. Mais notre but n'est-il pas d'arriver à former, dans l'élite du clergé, des écrivains, des voix, des plumes conquérantes? Donc, pour conclure, je demande que, dans nos grands séminaires, nos jeunes gens, en parlant le latin et n'oubliant pas le grec, continuent à apprendre la grande et belle langue philosophique et théologique de notre xvii^ siècle. »

Il instituait, en son grand séminaire, une discussion mensuelle d'un cas de conscience^ un cas étant proposé et chaque ecclésiastique présent donnant son avis et l'expliquant, sous la direction d'un « modérateur», et ces discussions courtoises et bien dirigées affinaient les esprits et préparaient au rôle de confesseur ou donnaient pour le remplir une perspicacité et une activité d'esprit nouvelles.

Il mettait tous ses efforts à la restauration spirituelle et à la restauration matérielle des églises. Il voulait que V adoration perpétuelle ne fût pas un mot, mais une réalité sans défaillance : « En visitant, écrivait-il, tour à tour les paroisses confiées à ma sollicitude pastorale, j'ai sans doute recueilli, cette année, de bien abondantes consolations et les meilleures espérances pour l'avenir; mais, pas plus que vous, nos bien-aimés coopérateurs, je n'ai pu voir sans une douleur incomparable Notre-Seigneur abandonné le plus souvent dans la solitude de ses temples déserts. Que bientôt donc il n'y ait pas un seul jour, une seule heure, où, dans ce diocèse, Notre-Seigneur ne se voie entouré de prêtres et de chrétiens zélés, qui tâchent de lui faire oublier, à force d'hommages, d'adoration et d'amour, la tiédeur, l'indifférence et les délaissements d'un si grand nombre. »

Il fondait des œuvres, l'œuvre de la. Persévérance, l'œuvre de Saint-Joseph^ l'œuvre du Patronage des apprentis ; il créait pour les jeunes filles catholiques une institution dirigée par les religieuses du Sacré-Cœur; il multipliait les écoles des sœurs dans les campagnes ; il créa une sorte de séminaire de religieuses, le couvent des sœurs de Saint- Aignan. Cette congrégation, après les débuts les plus modestes, se développa avec une extraordinaire rapidité et fournit de religieuses enseignantes toute la région orléanaise. Il créait encore une maison de Petites-Sœurs des Pauvres, une maison de sœurs de l'Immaculée Conception pour les malades, une maison de sœurs de Notre- Dame de Charité du Bon-Pasteur enseignantes.

Il dirigeait tout cela dans un esprit sage, austère et vraiment chrétien : on le vit refuser un legs très considérable fait aux Petites-Sœurs des Pauvres afin que ces religieuses restassent dans l'esprit de pauvreté qui est à la base de leur règle.

Pour ce qui est de la restauration matérielle des paroisses, son zèle ne fut pas moins vif. Il restaura d'abord sa belle cathédrale qui menaçait ruine et il la décora de verrières magnifiques où se déroule l'histoire de Jeanne

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d'Arc. Il releva l'église de Saint-Euverte ; il restaura la belle église romane de Saint-Benoît et encore l'église de Notre-Dame de Cléry, à laquelle il ramena un pèlerinage très ancien qui commençait à languir. Dans tout le diocèse il trouva de l'argent pour réparer les églises et les presbytères, admettant que les prêtres « se résignassent à être mal logés, mais ne pouvant pas, lui, y consentir ». Il institua l'Œuvre des Tabernacles pour fournir aux églises pauvres les ornements, les vases sacrés, etc., indis pensables à la dignité du culte.

Il restaura les fêtes orléanaises de Jeanne d'Arc et, d'une façon générale, le culte, si l'on peut s'exprimer ainsi, de l'héroïne française libératrice d'Orléans. Par ses soins, la statue équestre, œuvre de Foyatier, se dressa, que l'on voit encore sur une des places de la ville. Par ses soins, les fêtes de Jeanne qui avaient été délaissées depuis quel ques années furent réorganisées avec le caractère pittoresque, auguste et imposant qu'elles ont gardé. C'est à l'occasion de la première fête de Jeanne d'Arc célébrée ielon les nouvelles dispositions que Mgr d'Orléans prononça le très beau panégyrique qui est resté célèbre dans l'histoire d'Orléans et dans l'histoire de la Pucelle ellemême :

« La sainte religion des aïeux, le culte des grands souvenirs n'a pas péri parmi vous et depuis quatre cent vingtsix ans vous apprenez à vos fils à prononcer avec respect le nom de la fille généreuse qui sauva vos pères. Que dis-je? avec respect? C'est l'enthousiasme, c'est la reconnaissance et l'amour, c'est la compassion qui sont aujourd'hui dans les cœurs pour cette pieuse et héroïque mémoire. Sous la noble inspiration de vos premiers magistrats, vous avez voulu faire revivre tous les souvenirs, toutes les figures, tous les noms, toutes les gloires, tous les panonceaux des temps passés, et la glorieuse bannière de Jeanne d'Arc brille aujourd'hui à nos regards plus resplendissante que jamais sous les voûtes de notre basilique. Soyez-en bénis; c'est une grande chose que vous faites et la France, la France entière, dont Orléans

fut le cœur, le dernier appui et comme le dernier battement au jour de la grande détresse nationale, la France applaudit à vos fêtes, y envoie d'illustres représentants et vous regarde avec joie.... »

Après avoir suivi Jeanne d'Arc dans toute sa carrière belliqueuse, arrivé à son martyre, l'évêque félicitait pieusement, chrétiennement, Jeanne d'avoir fini ainsi, sanctifiée une fois de plus par le supplice après l'avoir été si longtemps par le dévouement : « Ah ! si Jeanne d'Arc avait fini dans l'opulence et les délices, si elle était devenue une grande princesse, ou bien si, selon le vœu naïf de son cœur, elle était revenue à Domrémy, nous aurions eu une princesse telle quelle, ou une pieuse bergère de plus, le chant d'une merveilleuse épopée entre deux idylles. Au lieu de cela, nous avons une grande chose, un enseignement admirable, un poème divin tel que Dieu sait les faire. Car, il le faut entendre, dans l'humanité, depuis sa chute, il n'y a pas eu une seule grande chose sans la croix. La vertu toujours heureuse, toujours couronnée, toujours triomphante n'est pas le plus grand spectacle que la terre puisse offrir au ciel; il y faut ce je ne sais quoi d'incomparable et d'achevé que le malheur donne à la vertu. Et voilà pourquoi, ici, la vraie grandeur est à Rouen ; la grâce est à Domrémy ; la gloire est à Orléans; l'éclair de triomphe à Reims; puis le lendemain la tristesse, les douloureux pressentiments et enfin la véritable immortalité n'est qu'à Rouen. »•

L'évêque terminait ainsi à la manière de ces grands poètes de la chaire qui ont su quelquefois être des poètes lyriques et des poètes épiques en même temps que des orateurs : « On voit quelquefois. Messieurs, sur la terre, un beau phénomène. Après une soirée orageuse, quand la tempête a cessé, quand la foudre ne sillonne plus la nue, quand le ciel retrouve sa sérénité, on aperçoit tout à coup une étoile brillante qui semble tom^ber rapidement des cieux et s'abîmer dans l'horizon avec une vive clarté. Ici, sous le ciel de Rouen, ce fut autre chose. Quand la tempête eut éclaté, quand le feu eut été mis au bûcher,

L'ÉVÊCHÉ D'ORLÉANS

quand la foudre fut tombée sur la victime, quand son dernier regard fut venu, à travers les flammes, se reposer et mourir sur la croix de Jésus- Christ qu'une main charitable lui montrait de loin, quand enfin le dernier cri de ce cœur et le dernier mouvement de ces lèvres expirantes eurent redit trois fois le nom de l'éternel amour : Jésus! Jésus! Jésus! alors comme au Calvaire les bourreaux pleurèrent. Mais la flamme impuissante essaya vainement de consume^: ce cœur qu'une pureté virginale et une pauvre croix de bois avaient si bien gardé ! Alors l'étoile remonta aux cieux; le signe divin apparut à tous les regards; le cœur revint sur la terre de France à tous ceux qui l'avaient perdu; l'épouvante et la fuite s'attachèrent à tous les pas de l'étranger sur le sol de la patrie, jusqu'à ce que, refoulé de province en province, il disparut enfin à l'horizon des mers ! Et la bannière nationale flottant définitivement sur les murs de Calais, les injures de Poitiers, de Crécy, d'Azincourt, furent vengées, et la France, remise au rang des nations indépendantes par la main d'une jeune fille, recommença le cours de ses glorieuses destinées qui ne sont pas encore achevées; et demeurant la fille aînée de l'Église catholique, tandis que d'autres nations tombaient, elle se prépara à marcher désormais à la tête des peuples européens, reine du monde civilisé !

« Tel fut le fruit du sacrifice.

« Et maintenant il faut mettre fin à ce discours.

« Fille généreuse, recevez cet hommage d'un évêque d'Orléans; c'est avec une grande joie que je vous l'ai rendu. A cette heure je vous quitte et avec regret; mais nous ne sommes plus étrangers l'un à l'autre; nous nous retrouverons, nous nous reconnaîtrons quelque jour. Nous avons servi tous deux, tour à tour, cette noble ville, ce peuple aimable et bon, généreux, jusqu'à l'enthousiasme au jour de l'honneur. Vous avez sauvé les aïeux de ceux qui sont mes fils en Jésus-Christ. Plusieurs ne le sont encore qu'en espérance; mais ils le seront tous un jour en vérité. Je crois avoir leurs cœurs : quand me

donneront-ils leurs âmes pour Dieu? Leurs âmes! Ah! c'est bien pour elles qu'on donnerait volontiers mille vies, si on les avait, comme une goutte d'eau »

Et, sans doute, il y a une faute de goût à mettre en parallèle, ne fût-ce qu'un instant, l'évêque d'Orléans de 1855 avec Jeanne d'Arc et de sembler promettre à Jeanne d'Arc, comme dernière récompense, la joie de recevoir au ciel l'évêque d'Orléans; mais le mouvement est beau, le tableau large et c'est bien ici la fin d'un chant d'épopée.

Les nouvelles fêtes orléanaises et nationales de Jeanne d'Arc étaient bien brillamment inaugurées.

Telles furent les œuvres diocésaines de Mgr Dupanloup dans les premières années de son épiscopat. Plus tard, il en eut d'autres où il se consacra avec le même zèle ardent et infatigable. Il avait constaté la rareté relative des vocations ecclésiastiques et il voulait y remédier par tous les efforts. Aussi poussait-il avec la dernière énergie l'œuvre des écoles presbytérales dont nous avons déjà parlé. Il écrivait à ses prêtres : « Quelle grave et consolante pensée! Ils croissent peut-être près de vous. Messieurs, cachés dans la foule, les enfants de bénédiction, les élus de Dieu, les prédestinés au sacerdoce qui seront un jour l'ornement de la maison du Seigneur et l'instrument du salut pour un grand nombre d'âmes si la vocation divine n'est pas étouffée en eux dans son germe, si les desseins de Dieu trouvent en vous des coopérateurs Mais, chose triste à dire et cependant incontestable, beaucoup d'enfants qui auraient été prêtres, et bons prêtres, ne l'ont pas été parce qu'il ne s'est pas trouvé là un curé, un vicaire attentif et zélé pour révéler à eux-mêmes ou à leurs parents leur vocation naissante et la cultiver : pauvres enfants qui n'ont manqué à leur glorieux avenir que parce que l'on a manqué d'affection et de zèle pour eux ! Que sais-je? C'est peut-être un apôtre, un Charles Borromée, un François Xavier, un Vincent de Paul que votre négligence a étouffé dans son berceau. »

Il surveillait avec une attention extrême ses curés-

L'ÉVÊCHÉ D'ORLÉANS

doyens qu'il considérait comme les capitaines de son régiment ecclésiastique. Il les rappelait sans cesse à la tenue des conférences, à l'installation des nouveaux curés, aux examens de première communion, aux retraites paroissiales, aux visites à faire et aux soins à donner aux malades, à l'examen des âmes de leur canton et au rapport qu'ils avaient à lui en faire. Il les rappelait à leur devoir de susciter autant d'écoles primaires que possible et de les surveiller et examiner attentivement. Il excitait le zèle des religieuses, tant de celles qui étaient enseignantes que de celles qui avaient pour objet le soin des malades.

Il écrivait avec raison et avec un singulier pressentiment de l'avenir : « Toutes les destinées de la France future sont entre les mains des curés de campagne et des maîtres d'école », et en conséquence il disait aux curés : « Il vous faut une école chez vous pour que vous soyez véritablement pasteurs de vos jeunes enfants. Travaillez donc à l'établir. La chose me paraît tellement importante que, dans le cas où elle ne pourrait pas réussir par les moyens ordinaires, si vous aviez vous-même le goût, le temps et la force de faire l'école, je n'hésiterais pas, à l'exemple de Théodulfe et de mes plus illustres prédécesseurs, à vous y autoriser, à vous y exhorter. » Il restaurait de toutes ses forces le culte et l'adoration du Saint- Sacrement pour inculquer dans les populations l'idée et le sentiment de la présence réelle de Dieu.

« Donnons nous-mêmes les premiers l'exemple de cette dévotion. Pourvoir avec le plus grand soin à la propreté, à la décence et à l'ornementation des églises, particulièrement du sanctuaire, de l'autel et du tabernacle; — faire que la sainte Messe soit régulièrement et religieusement entendue ; — rendre les communions plus fréquentes ; — conseiller et rétablir les visites et l'adoration du Saint- Sacrement; — donner le plus de pompe possible aux saluts, aux processions, à la célébration de la fête et de l'octave du Saint-Sacrement et à l'adoration perpétuelle ; — environner d'un appareil plus religieux le saint Via-

tique quand on le porte aux malades; — réorganiser là où elles existent et établir là où elles n'existent pas les confréries du Saint- Sacrement ; — instruire solidement sur l'Eucharistie en chaire et dans les catéchismes. »

Il poussait de toutes ses forces au rétablissement des pèlerinages délaissés. « Je voudrais, écrivait-il, faire revivre quelques pèlerinages. Nous en avons un très florissant, celui de Sainte-Christine. Je voudrais de plus un pèlerinage à Saint- Aignan, à Saint-Euverte, à Notre- Dame de Cléry . Saint- Avit, Saint-Mesmin, Saint- Lyé pourraient aussi devenir des pèlerinages. Ces dévotions ne sont autre chose qu'une des formes de la religion; une des manières de la réveiller, de l'exciter dans les cœurs, une des manifestations de la bonté, de la sainteté de Dieu. Je voudrais aussi, pour les mêmes raisons, relever le culte des saintes reliques si malheureusement tombé. »

Il établissait dans son diocèse une congrégation de VOratoire d'un genre très particulier. Elle consistait à établir un lien entre les prêtres dispersés dans les différentes paroisses et isolés en les soumettant à des règles et observances communes, en leur inspirant et en les amenant à s'inspirer les uns aux autres un esprit commun, toutes choses qui devaient alléger leur solitude, confirmer leur solidarité et tenir en éveil, par une sorte d'émulation, leur piété et leur dévouement aux hommes.

Il attachait l'importance que l'on peut penser à la parole ecclésiastique, à la prédication et il s'appliquait à créer des prédicateurs. C'est dans cette pensée qu'il écrivit tout un livre sur la Prédication populaire. Il y donnait, impérieusement pour ainsi dire, les meilleurs conseils sur la parole vivante et sur les moyens de la rendre vivante en effet : « La parole pastorale, disait-il, doit être une parole vivante pour qui comprend que c'est une action et une action de vie ; un ministère, r/iinisterium verhi. La vérité est que le prêtre ne parle pas pour parler, pour charmer les oreilles, pour faire des phrases; il parle pour remplir un ministère, le plus grave et le plus sérieux de tous, un ministère de vie et d'action morale, qui s'accomplit

L'EVÊCHE D^ORLÉANS

au fond des âmes , et avec le libre concours des âmes par la conviction et par la persuasion.... Nous avons beau chercher ce que vous êtes au milieu de vos paroissiens, nous ne trouverons jamais que vous soyez autre chose que cela : des pasteurs, des pères, des hommes chargés de paître, nourrir et gouverner les âmes; ayant reçu de Dieu un empire de grâce sur ces âmes pour leur salut et exerçant cet empire par la parole. Eh bien, une parole qui a un tel but et qui n'en a pas d'autre est évidemment une action, un gouvernement et un ministère. Et voilà pourquoi je ne me lasserai pas de vous le répéter, la parole qu'il vous faut, avant tout, n'est pas la parole artistique, académique, la phrase, mais la parole vive, nette, accentuée, saisissante, la parole paternelle et pastorale, qui se présente avec autorité, tombe avec poids et, dans sa fermeté et sa dignité naturelle, pénètre avec force et douceur jusqu'au dernier fond des âmes.

« Il suit de là, d'abord qu'avant de parler il faut toujours vous bien mettre dans là vie et dans la vérité de notre ministère, voir et vouloir le vrai but de la parole pastorale, voir les âmes et rien que les âmes et la vie que vous voulez leur donner et le bien que vous leur voulez faire. Il faut parler toujours pour un but sacerdotal, apostolique ; pour éclairer, pour toucher, pour faire une impression prévue, et n'être jamais satisfaits de vous-mêmes quand vous n'avez pas obtenu ce résultat. Il suit de là encore que la parole pastorale ne doit jamais être une parole en l'air, comme dit saint Paul, aefein verherans, ni vague, ni vaine, mais précise, directe, toujours ad rem^ ad hominetn.

« Il faut parler à votre auditoire, ^ot^r votre auditoire et non pas seulement devant votre auditoire. Il faut toujours avoir un but précis quand on parle et aller chercher l'inspiration de ce que l'on veut dire dans l'âme même de ceux à qui l'on parle. Cela seul donne à la parole son accent vrai.... Que font les parleurs vulgaires? Ils se mettent en présence, non de leur auditoire, mais de leur propre esprit; ils ne regardent jamais l'esprit de ceux

qui les écoutent ; ils ne parlent et ils ne répondent qu'à leur propre pensée. Qu'arrive- t-il ? C'est que les âmes ne leur répondent point, parce qu'ils n'ont pas eux-mêmes parlé aux âmes. Ma conviction, messieurs, et j'aime à le redire, c'est que, pour parler avec fruit, il faut aller chercher ce qu'on veut dire là où sont les âmes mêmes de ceux à qui l'on parle.... »

Ce qui attirait peut-être le plus sa sollicitude, c'était la nécessité, l'urgence de ramener à l'Église les jeunes hommes et les hommes, depuis si longtemps éloignés, pour la plupart, de la chaire et des exercices du culte, si bien que le catholicisme français paraît souvent aux étrangers n'être que la religion des Françaises. Pour cela il s'efforça à plusieurs reprises de fonder dans sa cathédrale un cours d'apologétique ; pour cela il institua des « retraites d'hommes », qu'il présida avec une grande diligence. Pour cela il écrivit plusieurs brochures et, entre autres, sa Lettre sur le ministère pastoral à V égard des hoiwines, « L'erreur, y disait-il, renaît et se multiplie ; que l'apologétique renaisse et se multiplie de même; qu'elle prenne toutes les formes que prend l'attaque; que la défense soit partout où pénètre l'ennemi. Il faut aujourd'hui que le clergé écrive et parle; qu'il écrive, qu'il publie de bons livres, livres savants et livres populaires; qu'il ne soit pas en dehors des efforts que font en France, à l'heure qu'il est, tant de laïques occupés à combattre la propagande impie par la propagande religieuse ; qu'il seconde de tous ses efforts et de toute son influence cette lutte par la presse ; qu'il écrive et aussi qu'il parle ; et qu'il ne fasse pas seulement pour les âmes pieuses des discours d'édification; mais qu'il ait encore, et constamment, une prédication apologétique; et qu'il parle non seulement dans les chaires, où ceux qui ont le plus besoin d'entendre sa parole ne viennent guère l'entendre, mais qu'il fasse servir la parole privée, non moins que la parole publique, à la défense de la religion. »

A la vérité, dans les humbles paroisses il serait difficile d'instituer un cours suivi d'apologétique; on ne pourrait

UÉVÊCHÉ D'ORLÉANS

o^uère trouver une attention assez soutenue pour cela. Très pratique, l'évêque d'Orléans indique un moyen terme qui est excellent. « Eh bien, dit-il, c'est à la prédication ordinaire que la prédication apologétique doit être mêlée et ce doit être une de vos grandes préoccupations quand vous prêchez : fournir les preuves de nos croyances : en les exposant, combattre les objections répandues; redonner aux uns la foi et la protéger chez les autres. Mais de quelle manière procéder ici et quel doit être dans un auditoire ordinaire de paroisse la parole apologétique? Ah! Messieurs, vous vous plaignez souvent de l'apparente stérilité de votre vie, de la longueur de vos journées. Seuls dans vos presbytères, vous attendez patiemment qu'on vienne à vous, comme le passeur attend, sur le rivage, en voyant couler l'eau, qu'un passant vienne monter dans sa barque. Je vous propose une occupation plus digne de vous, ou plutôt c'est Jésus-Christ lui-même qui vous appelle et qui vous dit : « N'attendez pas, levez-vous et marchez. Les âmes ne viennent pas à vous; allez à elles. Ite ad oves quce perierunt.... »

«Une chose m'a souvent frappé. Messieurs : nous sommes cinquante mille prêtres, avec cent évêques et trois mille professeurs; nous n'avons ni famille qui nous gêne ni ambition qui nous préoccupe. Eh bien, avec une telle armée laisserons-nous la victoire à l'incrédulité et au mensonge? De notre temps, un pauvre prêtre du diocèse de Belley, M, Gorini, simple curé de campagne, a vengé l'Église dans l'histoire. Pourquoi n'y aurait-il pas un abbé Gorini par diocèse? Saint Vincent de Paul était aussi un curé de campagne. Ah! si nous avions seulement deux ou trois François de Sales, deux ou trois Vincent de Paul, deux ou trois Charles Borromée, la victoire ne serait pas longtemps indécise. On se moque de nous; mais on ne se moque pas des saints, des saints qui travaillent, prient et se dévouent pour leurs frères. »

Il y a plaisir et aussi profit à rapprocher ces conseils et ces préceptes si profondément justes de ceux de La Bruyère au chapitre de la chaire : « Le discours chrétien

est devenu un spectacle. Cette tristesse évangélique qui en est l'âme ne s'y remarque plus : elle est suppléée par les avantages de la mine, par les inflexions de la voix, par la régularité du geste, par le choix des mots et par les longues énumérations. On n'écoute plus sérieusement la parole sainte : c'est une sorte d'amusement entre mille autres; c'est un jeu où il y a de l'émulation et des parieurs. » — « Un clerc mondain ou irréligieux, s'il monte en chaire, est déclamateur. Il y a au contraire des hommes saints et dont le seul caractère est efficace pour la persuasion : ils paraissent, et tout un peuple qui doit les écouter est déjà ému et comme persuadé par leur présence; le discours qu'ils vont prononcer fera le reste. » — « L'orateur cherche par ses discours un évêché; l'apôtre fait des conversions ; il mérite de trouver ce que l'autre cherche. »

Il y a plaisir et aussi profit à les rapprocher de ces grandes paroles de Fénelon dont sans doute ils sont inspirés. « Parle-t-on pour parler? — Non; on parle pour plaire et pour persuader. — Distinguons.... On parle pour persuader; mais quand on parle pour plaire on a un autre but plus éloigné qui est néanmoins le principal. L'homme de bien ne cherche à plaire que pour inspirer la justice et les autres vertus en les rendant aimables. » — « Il y a toujours les trois quarts de l'auditoire qui ignorent ces premiers fondements de la religion que le prédicateur suppose qu'on sait. » — « Le ministère de la parole est tout fondé sur la foi. Il faut prier, il faut purifier son cœur; il faut attendre tout du ciel ; il faut s'armer du glaive de la parole de Dieu et ne compter point sur la sienne : voilà la préparation

essentielle » — « Je vous quitte avec ces paroles de

saint Jérôme à Népotien : « Quand vous enseignerez dans l'église, n'excitez pas les applaudissements, mais les gémissements du peuple, que les larmes de vos auditeurs soient vos louanges. Il faut que les discours d'un prêtre soient pleins de l'Écriture sainte. Ne soyez pas un déclamateur, mais un vrai docteur des mystères de Dieu. »

L'ÉVÊCHÉ D'ORLÉANS

A quoi l'on peut ajouter, quoique bien connu, le petit dialoo^ue entre Louis XIV et Boileau : « Ouel est donc un prédicateur nommé Le Tourneux? On dit que tout le monde y court. Est-il donc si habile? — Sire, Votre Majesté sait assez que l'on court toujours à la nouveauté : c'est un prédicateur qui prêche l'Évangile! »

Un autre des grands desseins de Mgr Dupanloup était la restauration de l'enseignement du catéchisme. Il fit des conférences sur les méthodes catéchistiques ; il écrivit V Instruction pastorale de 1864 sur les catéchismes-, il prescrivit l'établissement des catéchismes de persévérance dans toutes les paroisses, même rurales; il écrivit avec la méthode la plus rigoureuse un triple catéchisme (petit catéchisme, catéchisme de première communion, catéchisme de persévérance) et même un Catéchisme à l'usage des how^mes du m,onde, qui était le catéchisme de persévérance avec une introduction très simple et très élevée, et qui eut un succès tout à fait extraordinaire; il écrivit, pour soutenir et pour guider le travail des catéchumènes, les Entretiens sur le catéchisme, A écrire ce dernier ouvrage il s'était engagé par un vœu : « Il faut que je fasse ce volume; j'en ai fait le vœu. Mais il faut qu'il soit de telle sorte qu'il décide enfin à faire l'œuvre par amour ».

Cet ouvrage est d'une grande beauté. Mgr Dupanloup y part de ce principe que le catéchisme doit être à la fois et également l'instruction religieuse et l'éducation religieuse des enfants. Il faut qu'au sortir du catéchisme l'enfant, non seulement sache la religion, mais qu'il l'aime et qu'il l'aime de telle sorte que, quoique la sachant, il soit impatient pendant toute sa vie de continuer à l'apprendre. Pour écrire ce livre il usa de la méthode qu'il employait presque toujours pour les autres. Il demandait à tout le monde des renseignements. Le livre était fondé, comme sur sa substruction, sur une énorme correspondance. Pour les Entretiens sur le catéchisme il demandait à une foule de prêtres : « Qu'est-ce qui vous a réussi? »; ce qui fait dire spirituellement à l'abbé

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Lagrange : « Il n'y a rien dans ce livre qui ne soit pratique, puisqu'il n'y a rien qui n'ait été pratiqué ».

Parmi cent mo3^ens habiles et salutaires de catéchisation, Mgr Dupanloup mettait au premier rang la confession des enfants. La confession des enfants en effet est la première chose qui donne aux enfants l'habitude, très éloignée d'eux naturellement, de l'examen de conscience et celle par conséquent, qui leur est très étrangère aussi, de la réflexion. De plus elle complète l'enseignement du catéchisme en ce que le catéchisme est un enseignement commun et que la confession est un enseignement individuel, et l'enseignement commun est lamentablement insuffisant s'il n'est complété par un enseignement individuel, de même que l'enseignement individuel est (peutêtre) insuffisant s'il n'est complété par un enseignement commun. Pour Mgr Dupanloup la confession faisait partie surtout de Védttcation religieuse et en était un élément indispensable : « C'est par la confession, écrivaitil à ses prêtres, et par elle seule que vous pourrez saisir la première naissance du vice dans ces jeunes cœurs et y porter remède à temps; c'est là, dans la confession, que vous arracherez les défauts, là que vous planterez les vertus, là que vous inspirerez de bonne heure les sentiments chrétiens, les pratiques chrétiennes, là enfin que vous ferez peu à peu l'éducation morale, intime, de ces âmes neuves et que vous les engendrerez à Jésus-Christ. Je ne me lasse pas. Messieurs, de vous dire ce mot de Gerson, qui, certes, s'y connaissait : « Que chacun pense ce qu'il voudra; quant à moi, pour dire simplement ma pensée, j'affirme que la confession, pourvu qu'elle soit bien faite, est de tous les moyens le plus sûr pour conduire les enfants à Jésus-Christ ».

En conséquence, Mgr Dupanloup voulait la confession enfantine dès le premier âge, dès l'âge où l'enfant est capable de pécher, et la voulait fréquente ; plus fréquente, du reste, pour les uns que pour les autres, selon la nature des esprits et des âmes : « Il faut les confesser tous et toujours avec beaucoup de soin : autrement ce n'est

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qu'une formalité. Pour cela n'en pas faire venir un trop grand nombre à la fois et donner à chaque enfant le temps nécessaire. » — « Quoiqu'il faille avoir pour chaque enfant des époques réglées, il en est qu'il faudra faire . venir hors de ces époques, plus souvent que les autres, suivant les besoins particuliers de leur âme. Pour extirper le mal et pour planter profondément le bien, ce sont des soins très assidus qu'il faut, sans cela on ne fait rien. »

Tout ce travail de Mgr Dupanloup en tant qu'évêque a été immense. Un écrivain peu informé, mais en revanche mal intentionné, a dit de lui : « Mgr Dupanloup, aussi peu évêque d'Orléans que possible... ». Cet écrivain ne savait pas sans doute ce que c'est que de se lever de très grand matin et d'avoir une méthode rigoureuse dans la distribution et dans l'emploi de son temps et, calculant tout ce que faisait Mgr Dupanloup en dehors de son diocèse, il ne trouvait pas une minute que l'évêque pût consacrer au diocèse lui-même. Mais la vérité est que Mgr Dupanloup, malgré la part qu'il prenait aux affaires générales, travaillait pour « son peuple » autant et plus qu'évêque d'Europe. Il avait cette machine à fabriquer du temps qu'ont ceux qui savent en utiliser toutes les parcelles et qui du reste ne sont jamais fatigués.

Aussi, comme tous ces hommes-là, était-il presque aussi exigeant pour les autres que pour lui-même. « Pour vous obéir et encore incomplètement, lui écrivait quelqu'un, il faudrait travailler dix-huit heures par jour. — C'est le maximum, répondait-il, il ne faut pas se flatter de pouvoir l'atteindre tous les jours; mais il faut en approcher; il faut en approcher le plus possible. » Il est évident qu'il n'a jamais eu l'idée nette de ce que c'est que le loisir.

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