‹ Mgr. Dupanloup, un grand évêqueChapitre 7 sur 15 · L'INFAILLIBILITÉ PONTIFICALE · texte numérisé non relu

L'INFAILLIBILITÉ PONTIFICALE

dire.... Notre croyance est précisément que le Saint-Esprit façonne et consume nos. imperfections et les tourne au service de la vérité. Nul n'est catholique sans cette foi qui est la mienne et voilà pourquoi d'avance j'adhère, je suis soumis et je suis heureux d'adhérer et de me soumettre. Après avoir combattu librement, travaillé fortement, agi courageusement, la soumission sera notre victoire et vous nous ferez à tous la grâce, ô mon Dieu, de trouver la paix dans la foi et la joie dans l'obéissance. Hœc est Victoria quœ vincit mundum, fides nostra ! »

Il arriva à Rome. Il s'aperçut tout de suite que la majorité, et considérable, était acquise à la « définition ». Il était temps encore d'opérer une conversion; il ne s'était pas engagé à fond; et l'on peut toujours dire, sans que personne ait le droit de vous démentir, que l'on a été éclairé par la discussion, et particulièrement un membre d'un concile peut toujours dire qu'il l'a été par le Saint- Esprit. Mgr Dupanloup ne songea à rien de tout cela. Il persista dans sa conviction et se jeta dans la lutte. Gomme dit très bien M. l'abbé Lagrange, ce fut le sacrifice réfléchi d'une popularité immense à une conviction profonde. On l'accusa, on l'injuria. Des journaux catholiques d'Angleterre publièrent des lettres de Rome d'après lesquelles Mgr Dupanloup aurait écrit ses Observations sur la controverse... par suite d'un marché avec l'Empereur : « Donnez-moi, aurait-il dit au souverain, l'archevêché de Lyon et je vous vendrai le Pape ». Il ne méprisa pas ces injures, car c'était son tort permanent de ne pas les mépriser; il répondit énergiquement ; mais il resta calme et résolu.

Cependant, quoique la question de l'infaillibilité dominât tous les esprits, ce ne fut pas la première dont on s'occupa. Auparavant fut soumis aux délibérations des évoques un schéma de fide qui traitait des erreurs du temps dérivant du rationalisme; et c'était (partiellement) le Syllabus qui revenait sur le tapis vert ; il y était question : V de l'Église, 2° du Pape, 3° des rapports de l'Église et de l'État.

Ce schéma fut connu des gouvernements et souleva ou plutôt renouvela une vive émotion. Le gouvernement français était alors M. Emile Ollivier, premier ministre, et M. le comte Daru, ministre des Affaires étrangères. Relativement aux affaires de Rome, il était sensiblement divisé : M. Daru, catholique, partisan du pouvoir temporel et de l'occupation de Rome par nos troupes, désirait fermement que la Papauté et le Concile ne jetassent point le gant à la société moderne. Il était conservateur, concordataire et très évidemment d'accord avec Mgr Dupanloup ou du moins dans les mêmes idées que lui. M. Emile Ollivier, libre penseur, anticlérical, peut- 'être anticatholique, devait, j'en suis sûr, désirer secrètement que le Concile fût intransigeant, fût syllabiste, ce qui lui aurait permis de s'acheminer vers le retrait des troupes et vers la séparation de l'Église et de l'État. En conséquence, il était l'impartialité même, l'abstention même, la non-intervention même et le détachement absolu. Il était l'homme qui dirait : «.Laissons-les faire; ils feront des sottises ».

En conséquence, M. Daru interrogea Rome sur le fameux schéma de fide^ et le cardinal Antonelli, par une lettre dilatoire, répondit qu'il n'y avait jusqu'à présent qu'un projet, que l'Église était et restait fort attachée aux concordats et que du reste il y avait toujours loin des principes aux applications. L'affaire traîna. On songea même, au sein du Concile, à proroger l'assemblée pour donner aux questions irritantes le temps de s'endormir. Finalement on laissa tomber la partie politique du schéma de fide. Ce n'était pas maladroit, mais que l'on en eût conçu la pensée, cela prouvait bien que la grande question était le Syllabiis à confirmer et cela donnait à la proclamation de l'infaillibilité sa véritable signification, à savoir la confirmation rétroactive du Syllabus. La question était débarrassée d'un impedimentum^ mais en soi elle restait entière.

Elle vint, cette question qu'il fallait bien aborder sous peine de se tenir dans des généralités insignifiantes. Les

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