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MGE DURIEU, 0. M. I. ÉVÊQUE DE NEW WESTMINSTER

son cœur. Les pontifes qui composaient cette vénérable assemblée étaient tons Oblats. Ç) Quel chemin parcouru de 1845 à 1886 ! Il n'y avait, en 1845, dans toute la région du Nord- Ouest qu'un évêque, six prêtres, desservant cinq résidences, trois écoles fréquentées par cent-vingt enfants. Et en 1886, on comptait six évêques, cent-vingt-sept prêtres, cent -soixantedix-huit églises, cent-trente-deux écoles fréquentées par quatre mille six cent dix-huit enfants ! Les énormes sacrifices clés missionnaires n'avaient pas été inféconds.

Un des vœux du Concile fut la division du diocèse de Saint- Albert, que Mgr Grandin réclamait depuis longtemps, alléguant l'immensité de son diocèse, ses infirmités, son impossibilité de faire face aux besoins matériels et spirituels des missions placées à une si grande distance, la transformation du pays, etc.

De fait, la colonisation marchait à pas de géant. Les solitudes se peuplaient, des usines s'élevaient de différents côtés, des mines étaient découvertes. On parlait déjà de vastes gisements aurifères. L'émigration arrivait de toutes, parts, d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande, de la Suède, de la Eussie, de l'Allemagne, de la Belgique, de la France. Les immigrants composaient un tout bien disparate de religion, de race et de langue, gens affamés d'affaires, indifférents, ayant mis leur religion dans le coin des vieilles ferrailles. L'ancienne sauvagerie était remplacée par la barbarie civilisée. Il fallait pourtant s'occuper des nouveaux venus pour asseoir l'Eglise catholique sur des bases solides. Ce serait une injustice de ne pas dire que, parmi les nouveaux venus, se trouvaient bon nombre de Canadiens, d'Irlandais, bons chrétiens, désireux de se fixer dans le pays, et appelant le prêtre de tous leurs vœux/

Mgr Grandin aimait trop son pays d'adoption pour ne pas

( 1 ) Les évêques présents étaient : Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface ; Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert ; Mgr Durieu, coadjuteur de Mgr D'Herbomez; Mgr Faraud, vicaire apostolique d'Athanaska-Mackenzie; Mgr Clut, auxiliaire de Mgr Faraud.

se réjouir de ses ressources et de l'augmentation de ses richesses. Il était trop clairvoyant pour vouloir une réaction aveugle contre la civilisation et s'opposer, comme un bélier, au progrès qui marche et marchera quand même. Mais, il se demandait, avec angoisse, ce que deviendraient les Sauvages et les Métis, en face des nouveaux venus. Il savait trop que la civilisation asservit souvent l'humanité, mais ne la sert pas toujours. Il prévoyait ces cités monstres, centres de vie artificielle où se développeraient, à la fois, le paupérisme et le luxe exagéré. Le progrès, avec son allure impitoyable de rouleau d'airain, n'allaitil pas ruiner les anciennes races du pays ?

La civilisation, tout en rendant certains services aux missionnaires, ne multipliait pas les ressources. Elle créait, au contraire, une foule de besoins ignorés dès le début. Les habitations, le mobilier, les vêtements, les voitures, tout se ressentait nécessairement des exigences du temps, et tout se payait à des prix exorbitants. L'Evêque pouvait-il se présenter avec une blouse de cuir de caribou au milieu des gentlemen à l'impeccable tenue ?

Notons, encore, que le protestantisme n'était pas inactif. Hier, il n'y avait guère que trois ou quatre ministres dans le Nord-Ouest, et, en moins de quelques années, on voyait des évêques protestants à Winnipeg, à York-Factory, à Qu'Appelle, à Prince-Albert, etc., etc.

Pour réussir dans leur tactique, ces évêques avaient presque tous embrassé les principes du ritualisme. Eux et leurs ministres se donnaient comme réellement revêtus du caractère sacré de l'Ordre, célébraient la sainte messe, essayaient de rétablir la confession, ne s'opposaient pas à l'invocation des saints, admettaient le purgatoire, etc., etc. Ils apportaient une énergie extraordinaire à la propagation de leur culte, ne reculaient devant aucune dépense et disposaient, en argent et en sujets, de ressources qu'on aurait pu croire illimitées.

Pour réussir, auprès des Sauvages, ils trouvaient facilement des ministres indigènes. Le célibat et le long stage de préparation exigés par l'Eglise catholique rendaient, au contraire, ce recrutement très difficile. Ces ministres sauvages s'imposaient facilement à leurs congénères, parlaient un anglais quelconque, et se montraient très peu exigeants pour la moralité. " J'ai malheureusement pu constater, écrivait Mgr G-randin, qu'auprès des Sauvages, ces genres de ministres sont plus à redouter pour nous que les docteurs des plus célèbres universités d'Angleterre. Ces derniers, d'ordinaire, ne parlent pas les langues sauvages, et, règle générale, se respectent. Les autres ne doutent de rien."

Il semblait, à Mgr Grandin, que par la création d'un nouveau diocèse, le nouvel évêque ferait, à l'Est, ce que, lui, continuerait de faire à l'Ouest, se remuerait pour obtenir des sujets, se créer des ressources, et que le bien serait ainsi réalisé sur une plus grande échelle.

Et cependant la statistique religieuse du diocèse de Saint- Albert, au moment où il était question de le diviser, était consolante. En 1868, le vicariat de la Saskatchewan ne comptait que sept stations desservies par huit prêtres, et, vingt ans après, le vicariat, devenu diocèse de Saint-Albert, était riche de trentedeux stations, dans lesquelles, quarante-six missionnaires Oblats exerçaient le saint ministère. Les anciennes missions étaient reoonnaissables par un développement considérable de christianisme. De nouveaux villages se groupaient sous la protection de la croix. C'était une splendide germination de la moisson de Dieu !

Et puis, des orphelinats peuplés de jeunes enfants, des écoles pépinières de l'avenir ; quarante-quatre religieuses, sœurs Grises, Fidèles compagnes de Jésus, au service d'une charité qui subjugue les âmes et décourage le protestantisme ; ébauches d'hôpitaux; tout cela réalisé en vingt ans : telle était la statistique du idioeèse de Mgr G-randin. La moisson des âmes avait mûri malgré la tempête.

Beaucoup de Sauvages étaient devenus d'admirables chrétiens chez lesquels régnait souverainement l'amour de Jésus-Christ. Les autres connaissaient, estimaient la robe noire, et, sans s'en douter, se pénétraient des lumières de l'Evangile.

Car, enfin, qu'entend-on par civiliser les Sauvages ?

Leur apprendre à manier le fusil, à jeter des ponts sur les rivières, à se construire des maisons confortables, à se vêtir de toile ou de laine, à tailler, dans les montagnes, la route des locomotives, à imprimer des livres, à préparer des plumpuddings, à distiller et à boire l'alcool ?

La civilisation consiste-t-elle donc à suer sur l'algèbre, les cornues, les textes, les archives, à promener le scalpel sur les chairs mortes et le microscope sur les infiniment petits, à passer des examens en pleine canicule ?

Je vous montrerai, dans certains faubourgs de nos grandes capitales, bien des gens qui savent ces choses, et qui, l'heure de l'épreuve venue, où des Sauvages se seraient inclinés avec respect, blasphèment et hurlent comme des fauves dans leur tanière.

Il n'y a pas de civilisation où ne règne pas le devoir; le devoir ne se trouve pas sans l'esprit de sacrifice. Et vous ne trouverez le vrai sacrifice que dans les âmes où règne le Christ, le Dieu du sacrifice et du Calvaire.

Pour civiliser des Sauvages, donnez-leur vos fusils, vos machines, vos tissus, mais donnez-leur surtout l'Evangile.

Cet Evangile, Mgr G-randin l'avait donné aux sauvages, et s'il était quelquefois trop pessimiste dans le détail, il avait le droit de se réjouir à la vue de l'œuvre réalisée.

Le vœu du Concile provincial fut approuvé à Kome. La partie Est du diocèse de Saint-Albert fut séparée et érigée en vicariat de la Saskatchewan. Le K. P. Pascal, missionnaire au Mackenzie, en fut nommé vicaire apostolique avec le titre d'évêque de Mosinopolis. Son sacre eut lieu à Viviers (France), le 28 juin 1891.

Mgr Pascal, 0. M. L, vicaire apostolique de la Saskatchewan

Le nouveau vicariat apostolique de la Saskatchewan comprenait toute la partie orientale et nord-est du diocèse de Saint- Albert dont il était détaché. Il était borné : à l'ouest, par le 109ème degré de longitude, jusqu'à l'intersection avec le cinquante-cinquième degré de latitude, puis par une ligne, montant vers le nord-ouest jusqu'aux Hautes- Terres qui séparent le bassin de la mer Glaciale du bassin de la baie d'Hudson; au nord et au nord-ouest, par ces Hautes-Terres jusqu'à la rencontre du soixantième degré de latitude, puis, par ce parallèle en allant vers l'est jusqu'au centième degré de longitude, enfin par le centième degré méridien jusqu'au pôle; à l'Est par le fleuve Nelson et par la rive occidentale du lac Winnipeg; au sud, par les limites civiles de la province de Manitoba et du district d'Assiniboia.

Quant au diocèse de Saint-Albert, ainsi démembré, il était borné : à l'est, par le cent-neuvième degré de longitude jusqu'à l'intersection de ce méridien, avec le cinquante-cinquième degré de latitude; au sud, par le quarante-neuvième degré de latitude ; à l'ouest, par la crête des Montagnes Rocheuses ; au nord, par le cinquante-cinquième degré de latitude depuis les Montagnes Rocheuses jusqu'au point où ce degré traverse pour la deuxième fois le fleuve Athabaska, puis par le cours de ce fleuve, jusqu'aux Hautes-Terres qui séparent le bassin de la mer Glaciale du bassin de la mer d'Hudson, enfin par la ligne de ces Hautes-Terres jusqu'à leur intersection avec le centième degré de longitude.

Ainsi réduit, le diocèse de Saint-Albert débordait les limites du district civil de l'Alberta et était encore aussi grand que la France. Sa superficie était de sept cent kilomètres carrés. Le diocèse conservait vingt-cinq stations avec vingt-sept missionnaires. Les sœurs de la Charité étaient établies à Saint- Albert et au lac la Biche; les Fidèles compagnes de Jésus, à Calgary, ville naissante de deux mille âmes.

Moins désorientés, par ces longs voyages, qui, quelquefois, duraient des mois entiers, les missionnaires pourront plus facilement s'occuper de leurs chrétiens, les catéchiser, les confesser, les diriger constamment dans les voies de la lumière et de la vraie vie. Ils pourront aussi, bientôt, faire appel au zèle des prêtres séculiers.

Dans le nord, le Père Grouard devenait vicaire apostolique d'Athabaska-Mackenzie, Mgr Grandin fut particulièrement heureux du choix de ce Père qu'il connaissait intimement et dont il avait reçu les vœux à la mission de la Providence.

Mgr Faraud était épuisé de fatigue. Après le concile provincial il avait compris que ses forces ne lui permettaient plus de retourner à ses chères missions. Il avait fixé sa résidence à Saint-Bondface, près de Mgr Taché, son premier guide dans les travaux de l'apostolat, et en même temps, il avait prié le Souverain-Pontife de le décharger du fardeau de la responsabilité épiscopale. Dieu semblait n'attendre que cet acte de renoncement suprême pour couronner son serviteur.

Au moment où le E. P. Grouard était nommé vicaire apostolique du Mackenzie, Mgr Faraud rendait son âme à Dieu, et allait recevoir la récompense qu'il avait si bien méritée par toute une vie de travaux et de sacrifices. Ses dernières paroles furent pour ses chers missionnaires du Mackenzie. Rien ne peint mieux sa résignation, au milieu des souffrances les plus cruelles, que cette parole dite à Mgr Taché, qui venait le visiter après une crise violente : " Un chrétien doit mourir gaiement."

Mgr Grandin était alors à Montréal, et ne put assister aux funérailles de son ami. Le souvenir de quelques petites difficultés qu'il avait eues avec son collègue, au sujet de la mission du lac Labiche, le préoccupait vivement. " Je n'ai pu dormir de la nuit, écrivait-il. En moins d'un an, voilà que deux évêques de notre jeune province disparaissent. (x) Mon tour

(1) Mgr D'Herbomez, vicaire apostolique de la Colombie Britannique, était mort quelques mois auparavant.

ne peut être éloigné. Mes bras, mes jambes vieillissent; il me semble, cependant, que mon cœur ne vieillit pas."

Mgr Grouard, 0. M. L, vicaire apostolique d'Athabaska-Mackenzie

Mgr Grouard, évêque d'Ibora, fut sacré dans la cathédrale de Saint-Boniface, le 1er août 1891. Mgr Taché fut le prélat

consécrateur, assisté de Mgr Grandin et de Mgr Shanley, évêque de Jamestown (Etats-Unis).

Après la division de son diocèse, l'organisation des missions devint la première sollicitude de l'évêque de Saint-Albert. Il priait sans cesse Dieu d'envoyer, à sa vigne, de véritables ouvriers.

L'année 1890 lui donna la joie d'élever an sacerdoce an naturel du pays. Nous avons fait allusion, plus haut, à la difficulté de former un clergé indigène catholique. Le sacerdoce catholique demande une transformation si profonde de la nature humaine, exige un idéal si élevé, qu'il est bien difficile d'y faire monter, tout à coup, des peuples placés à l'autre pôle de la vie intellectuelle et morale. Il faut plusieurs générations, pénétrées du sang de Jésus-Christ, pour les faire arriver à " l'âge de plénitude du Christ " comme s'exprime saint Paul. Les enfants sauvages et même les enfants métis, jusqu'à l'âge de quinze et seize ans, étaient doux, obéissants, studieux, donnaient de beaux gages aux vertus propres du sacerdoce, puis, tout à coup, tourmentés par d'incessantes aspirations de liberté, d'indépendance, tournaient à d'autres désirs. Mgr Grandin avait vu souvent ses plus belles espérances détruites. Cependant, depuis sa consécration épisoopale, il n'avait pas cessé de prier pour voir des jeunes métis se consacrer au bien de leur nation. " Nunc dimittis servum tuum, Domine, écrit-il dans son journal. Aujourd'hui, 17 mars 1890, j'ai eu la consolation d'ordonner prêtre un enfant du pays, ce que je n'ai cessé de demander au bon Dieu depuis que je suis évêque. Après bien des essais infructueux, nous avons enfin réussi, et les dispositions de notre cher Père Cunningham nous font espérer que je n'aurai pas lieu de regretter de lui avoir imposé les mains." La même consolation lui était réservée quelques années plus tard par l'ordination d'un nouvel élu métis, le Père Baudry.

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