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(1) Il a été calculé que Le Canediens-Français doublent en nombre tous les 28 ans. Les familles ont une moyenne de 6 à 8 enfants, Parfois Je nombre d'enfants, de même pire et mère,. atteint 25, et quand ce chiffre est dépassé, le 26e enfant estl élevé, aux frais de la paroisse. —Lamoihe, cinq mois chez les Français d'Amérique, Demanche, au Canada,
(2) Les ministres, peuvent êtré révoqués par le gouverneur-général,
partis politiques. Le nouvel Etat a prié le nom de Dominion ou Puissance du Canada. Il s’est ottroyé un drapeau spécial
en appliquant sur les couleurs, anglaises les armes des provinces -
° canadiennes. h ®
Grâce. à cette organisation fort ingénieuse, le Canada retire de cette situation tous les avantages que comporte la protection du pavillon britannique, sans en avoir les inconvénients. Non seulement la souveraineté morale de l’Angleterre est pour lui une source de force et de prestige, mais encore la flotte britannique, qui rayonne sur toutes les mèrs, est pour lui un appui
précieux, et le fait que les représentants diplomatiques et con-
suläires de lAngleterre sont également les siens, épargne au budget du Canada de lourdes charges. ()
Notre intention,n’est pas de faire ici un cours de droit administratif canadien. Contentons-nous de désigner, la commune, dans cette organisation si vivacé, comme en étant la base inébranlable, et l’ossature puissante, grâce aux libertés qui lui sont données et au sein desquelles elle s’épanouit et prospère dans une prodigieuse rapidité. ?
Là, point de langes dans lesquels étouffe l’enfant, point de tutelle préfectorale tracassière, étroite, mesquine, ayant pour phare la politique, la candidature officielle.
Là, les franchises communales sont souvéraines 1.
“ Le Canada, dit M. de Humbolt, a l’été de Paris et Vhiver de
Saint-Pétersbourg.” Il ne faut pas s’en ‘étonner puisque le pays s'étend depuis la même latitude que celle de Rome, en:
Italie, à la latitude de Cape North, an Norvège, et couvre à peu près la même superficie. Une partie du pays est soug l'atmosphère froide de la mer Glaciale, une autre partie ‘ressent
l'air humide de l’Atlantique, üné autre jouit de B brise vivi- .
fiante du Pacifique.
ie
{1} Au Canada, Deanche,
Le — 40 —
Les “ quelques arpents de neige ? ont beaucoup changé. .Ce sont, aujourd’hui, de grandes plaines fertiles où les blonds épis, en août, couvrent la campagne; une terre proditieuse de fécondité, des forêts aux richesses incalculables; des lacs immenses aux pêches bibliques, comme n’en connurent peut-être point les premiers âges de l'humanité; des fleuves monstrueux, nappés
‘comme des mers, dont les rapides ne connaissént point d’obsta-
Éciise NorRe-DanEe, MonNTRÉAL
cles; un peuple, enfin, puissant comme la nature qui l’a vu
naître, âpre et chaud à la fois, pratique, fortement doué pour
la vi& fier, actif, joyeux, en qui la race ne ment pas. + Qu'on nous pardonne ces détails préliminaires ; ils ne seront
pas inutiles à plusieurs pour lintelligenee du récit.
A l’époque dont rnous-écrivons l’histoire. la région un peu
D + A . | : His ., connue du Canada ne s’étendait pas au-delà du bassin qu
Saint-Laurent. ; ché,
| Mais à l’ouest et au nord de la région des grands lacs se trouvaient d’immenses solitudes inexplorées: (C’était, un vaste continent mystérieux, de 2,903,000 milles carrés, se prolongeant à Pouest jusqu'aux Montagnes Rocheuses ou plutôt jusqu’à l'Océan
. Pacifique, et au nord jusqu’à l’Océan Arctique, l’'America por-
= tentosa, auraient dit les Anciens. ‘
Les animaux à sang froid, les hibernants pouvaient-ils seuls vivre dans ces vastes contrées ? Quel en est le climat ? Quels furent les premiers explorateurs ? Quels en étaient les habitants ? Cest ce qu’il importe de bien connaître. | ‘
Un pays qui mesure plus de 1,500 milles du sud au nord doit avoir de grandes divergences de températures. . L'hiver sera incomparablement plus long, plus rigoureux près du pôle, eur tout le parcours du fleuve Mackenzie, qu’à la rivière Rouge ou sur les bords de la Saskatchewan. La Crimée et la Finlande appartiennent au même empire et sont loin de bénéficier de la même température. | | .
+ Le climat, il faut bien le remarquer, n’est pas seulement une question de latitude ou de longitude, mais dépend de la conformation du pays, de l'élévation au-dessus du niveau de la mer, de la position et de l’élévation des centrées environnantes, de la nature et de la température des courants voisins, etc. On
. sait que les deux petites îles de Jersey et. de Guernesey, bien que rapprochées, n'ont pas le miême climat.
Les rivages occidentaux de PEurope ont, à latitude égale, , une température certainement plus élevée que nos contrées du N Nord-Ouest, et même que les rivages orientaux de l’Amérique.
' Le midi de la Francà et le midi dé la Province de Québec, Winnipeg et Paris n’ont pas la même température, eb cependant , le 45e degré, que l’on peut considérer comme la ligne médiane”
du territoire laurentien et qui est celui de la frontière méridionale de la province, passe, en Europe, à travers le midi de la France, le 50e degré ne passe pas loin de Wihnipeg et de Paris. La cause en est sans doute au mouvement général des eaux et des vents, et peut-être aussi, aux eaux échauffées du golfe mexicain, qui se dirigent vers les mers de France et des Iles Britanniques. |
Nous insisterons souvent sur l'immense étendue du pays pour prévenir chez le lecteur une confusion que les récits des
- missionnaires pourraient produire dans son esprit. On doit
se rendre compte que deux ‘apôtres exerçant leur zèle dans le même pays, mais, à 900 milles de distance, peuvent se trouver dans des conditions très différentes de climat, de paÿsage, de confort.
. Done, dans l’extrême Nord, le climat est vraiment rigoureux. Au fort Anderson, latitude 68° 45, le thermomètre, en hiver, descendra facilement à 50° centigrades, Cette portion du pays ne sera jamais, sans doute, qu’une terre de chasse et de pêche. Les pâturages y sont insignifiants, Je bois de qualité inférieure et de maigre venue. Cependant de vastes richesses minérales
gisent au milieu de cette nature aride. Plus tard, grâce .aux
communications plus faciles, la désolation qui pèse sur cette terre semblera perdre de sa rigueur.
Dans la partie méridionale, la température est moins âpre quoique encore sévère. Durant les mois entiers d’hiver, le thermomètre donnera une moyenne de 30 degrés cebtigrades ; mais le climat est sain, fortifiant.
À Vouest des lacs Winnipeg et Manitoba’ c’est l’immense
Prairie, d’une étendue de plus de 100,000 milles çgarrés, jadis
patrie du bison, véritable océan de fleurs et de verdure .au printemps, de neige en hiver.
Au nord de la Prairie, s’étend une contrée fortement boisée.
À plusieurs centaines de milles, c’est la vraie forêt vierge, profonde, impénétrable, où le cyprès, l’épinette, le ‘tremble, le bouleau, etc., s’entremêlent dans une grandiose lutte pour la lumière et pour la vie. Sur le versant des Montagnes Rocheuses on trouve des arbres géants. ;
[ faut tenir pour suspects les explorateurs en wagons-lits. Un ‘publiciste osait écrire récemment que les Territoires du Nord- Ouest étaient dépourvus de forêts. Ce courageux touriste avait traversé la Prairie en slceping car, après avoir probablement dormi jusqu’à Winnipeg, et de l'intérieur de son wagon, avait apprécié tout je Nord-Ouest !
Nous verrons, plus tard, que par le défrichement, le desséchement des marais, lé déboisement, le travail de l’homme fera de cette portion du pays qu’on appelle aujourd’hui le Manitoba, la Saskatchewan, l’Assiniboia, l’Alberta, une partie même de lV’Athabaska, un merveilleux pays de culture et d'élevage. Le
climat lui-même semblera transformé.
Le voile qui couvrait ces régions ténébreuses venait d’être levé par -de courageux explorateurs.
| . Depuis deux siècles, les peuples étaient poussés vers VOuest, cherchant, à travers l'Amérique, un passage vers les Indes et la Chine.
Les ‘Anglais avaient tenté de s’ouvrir une issue par le Nord; et les Hudson, les Davis, les Baffin, les James faisaient d’importantes découvertes dans l’Océan Glacial.
Les Français s’avançaient à travers les terres Mais le grand Ouest avait des dimensions plus étendues qu’on ne le soupçonnait, et Fon avait beau élargir le champ des découvertes, l’on narrivait pas à la Chine, pas même à l’Océan Pacifique.
En 1670, le roi Charles II, l’avant-dernier des Stuarts, avait octroyé à son cousin, le prince Rupert, et aux “aventuriers
d'Angleterre,” scs associés,—ce sont les termes de la charte de concession, —le privilège de la traite des fourrures sur les côtes de la grande baie. (‘) Cette association prétendait avoir surtout pour but, au début, de trouver un passage au Nord-Ouest
vers les mers occidentales. Ce n’en fut pas moins l’origine de la
{1} Chouart des Groseillers avait eu l'honneur de bâtir le premier fort dans ce coin reculé de l'Amérique du Nord. |
Cet explorateur, français d'origine, était arrivé tout jeune au Canada. Pendant plusieurs années, il demeura chez les Ursulines à Québec . La vénérable Marie de l'Incarnation parle de lui comme d’un jeune homme fort intelligent, doué d'un caractère énergique et entreprenant, S'étant familiarisé avec les langues sauvages qu'il parlail très faciiement, ils'aventura de bonne heure dans de longues courses chez les Indiens,
I} s’associa, dans ses voyages, Pierre Radisson dont il épousa la sœur. Ce Radisson, né à Paris, était venu au Cunade pour donner libre cours à ses goûts aventuriers,
Tous les deux hardis jusqu’à la témérité se rendirent en 1658 jusqu’au lac Supérieur dont ils parcoururent les alentours. En 1660, ils descendaient à
* Quebec suivis d'une prodigieuse cargaison de pelleteries. Cinq cents Indiens les accompagnaient dans leurs canots, -
Ayrès d’autres voyages jusqu’à la baie James, Des Groseillers partit pour Paris afin de soumettre ses plans à la Cour de France. Son séjour y fut de très courte durée. Quoique reçu avec politesse, il comprit bientôt qu'il n'obtiendrait que de belles paroles, Il revint à Quebec, fit encore plusieurs expéditions, et en 1665, nous le trouvons exposant ses pians à la Cour de Londres. Le prince Rupert le reçut avec bienveillance et fut tellement intéressé par le récit de l'explorateur qu'il voulut lui équiper deux navires pour le printemps de 1668. Les noms de ces navires étaient l'Aigle et l'Incomparable. Tel fut le succès de ce nouveau voyage à la baie d'Hudson, la cargaison des fourrures fut si magnifique que ce fut une révélation pour les marchands d'Angleterre. 11 n'y avait plus de doute, la baie d'Hudson était une. riche mine à -xploiter ; seulement il fallait, pour cela, une société bien orga. nisée.
Plusieurs personnages importants de la Cour firent au roi Charles [I la demande d'une charte leur concedant le privilège exclusif de la traite des pelléteries sur toutes les eaux coulant vers la baie d'Hudson, Celte charte fut octroyée au prince Ruyert, le 2 mai 1670. ° ” Telle fui l’origine de la fameuse Compagnie de la baie d'Hudson.
Quarante ans auparavant la charte octroyée par Louis XIII, en 1626, avait donné le territoire de la baie d'Hudson à la Compagnie de la Nouvelle- France ; le Traité de Hyswick,en 1696 reconnu toute la baie d'Hudson comme appartenant à la France. Aucune tentative serieuse ne fut faite pour priver de ses privilèges la Compagnie de la Baie d'Hudson,
puissante compagnie de la Baie d’Hudson, qui établit son pouvoir ‘d'abord sur toutes les terres arrosées par les eaux qui se jettent dans la fameuse baie, mais peu à peu chercha à pénétrer plus avant dans les terres, prétendant bien accaparer le monopole des pelleteries de l'Ouest.
” D'autre part, le chevalier de Varennes de la Vérandrye, dans un voyage d'exploration, entrepris au nom de la France, voyage qui ne dura pas moins de quatorze ans, de 1731 à 1745, avait le premier parcouru les territoires compris entre les grands . lacs et les Montagnes Rocheuses d’un côté, la Saskatchewan du Nord et le Missouri de l’autre, En quittant Montréal, de la Vérandrye était accompagné de trois de ses fils, de son neveu, M. de la Jemmeraie, du père Messaiger, jésuite, et d’une escorte de cinquante hommes. (°) | Quelle expédition de nos jours, imême parmi les plus fameuses, pourrait entrer en comparaison avec cette odyssée de quatorze ans, couronnée par la découverte du grand massif central de l'Amérique du Nord ? Æt cependant quel est l’écolier français qui ait jamais trouvé dans ses livres, ou entendu citer par ses professeurs, ce nom de la Vérandrye, bien digne cependant de prendre place à côté de ceux de la Pérouse, des Bougainville, des Hudson, des Franklin, des Stanley, des Livingstone, des de Brazza, des Marchand, etc. De la Véran-
(1) M. de la Jemmeraie était le frère de la vénérable Mère d’Youville, fondatrice des Sœurs Grises de Montréal.
Le P, Messaiger n’alla pas plus loin que le fort Saint-Charles. Incommodé par la rigueur du climat, il retourna à Montréal en 1733. Le P. Auneau qui le remplaça ne vit pas la rivière Rouge. Il fut massacré par les Sioux en 1788 dans une ile du lac Lacroix.
Un troisième Jésuite, le P, Coquart, ne-dépassa pas le fort de la Reine,
aujourd'hui Fortage des Prairies, “ Des intrigues ôurdies par la jalousie, *
dit de la Vérandrye, empêchèrent le missionnaire de continuer sa route avec moi.” (Mémoires de la Vérandrye). Les Pères Jésuites, et c'est beaucoup, ont eu la gloire de sceller de leur sang les fondations de l'Eglise du Canada, Là comme partout ils ont uni à la blanche pureté de la doctrine la. pourpre . du sacrifice.
drye avait jeté les fondements de nombreux forts, échelonnés aux bords des lacs ct des rivières, depuis les grands lacs : Manitoba et Winnipeg, jusqu'aux prairies baignées par l’Assi-
niboine, la Saskatchewan. Des traiteurs français avaient établi,
sur la Rivière Rouge et sur la Saskatchewan, plusieurs établis-
sements appelés fort Bourbon, fort Dauphin, fort la Reine, en
l’honneur d’une dynastie qui, en ce moment même, consommait
Vabandon du ‘pays découvert par ses sujets. Les deux puis-
sances marchaient donc à la conquête des territoires du Nord-
Ouest, les Français par la voie des grands lacs, et les Anglais
par la mer du Nord, quand la cession du Canada à PAngleterre
(1763) vint porter un coup mortel aux agrandissments des
fondations françaises dans l'Ouest.
Cependant la traite des pelleterics était un champ trop avantageux pour être abandonné, et bientôt un Anglais, Mr. Henry, s’aventura sur les traces qu’avaient laissées les voyageurs français. Il fonda la Compagnie du Nord-Ouest, composée d'actionnaires canadiens et surtout écossais, Cette compagnie étendit son commerce jusqu'aux postes les plus éloignés que les Français avaient fondés sous l’ancien régime, et atteignit : la fameuse région d’Athabaska. Elle déniait énergiquement à la Compagnie de la Baie d'Hudson le droit d’étendre le monopole concédé par le roi Charles IT au-delà des limites, assez vagues, du reste, que le traité d’Utrecht assignait aux possessions anglaises, 2 ‘
La Compagnie du Nord-Ouest comptait parmi ses membres des hommes remarquables, pleins de courage, doués pour les luttes et les aventures (‘); mais celle de la Baie d'Hudson était ’
FT
@) Un des plus célèbres Bourgeois fu Nord-Ouest fut Alexandre Mackenzie, Jeune encore, mais plein de conrage et d'un caractère indépendant, il avait la passion des voyages et des découvertes. Dès son arrivée dans les Pays d'en Haut, il avait fait le rêve de découvrir ce fameux passage du Nord que l’on cherchait depuis longtemps, et d'atteindre l'Océan Glacial.
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fortement organisée, et elle avait rencontré un puissant appui dans un seigneur écossais, lord Selkirk, dont nous aurons bientôt l’occasion de parler. | ' ‘
La compétition entre les deux compagnies qui se disputaigft le monopole de la traite dans l’extrême Ouest, engendra une véritable guerre. Les hostilités commencèrent par des dénonciations, des poursuites, des arrestations et des saisies, et elles finirent par des expéditions armées et des batailles. Dé déplorables excès furent commis de part et d'autre. Quoique la
Compagnie du N ord-Ouest se donnât comme représentant exclusivement lintérêt canadien, quoiqu’elle imposât à ses membres lobligation de parler la langue française, la rivalité était simplement commerciale et non pas nationale (*). L/histoire des
C'était un projet des plus audaçieux et dont il etait impossible de prevoir toutes les difficultés et les dangers, Les Sauvages qui prétendaient connaitre le pays assuraient que plusieurs hivers passeraient avant qu'il pût atteindre l'Océan, et qu’à son retour, ses cheveux auraient blanchi; Ils ajoutaient qu'aux bords d’une grande rivière qui coulait vers le Nord, il rencontrerait une race d'anthropophages pour lesquels il serait un mets succulent. Lefroid, la faim,des navigations pleines de périls,des solitudes immenses, des forêts presque impénétrables et mille autres dangers ôtâient à redouter.
Mais rien ne put arrêter le hardi voyageur et ses intrépides compagnons dont quatre étaient Canadiens-français et un Allemand, Leur expédition ne dura guère plus de trois mois et fut couronnée d’un plein succès. Alexandre Mackenzie découvrit le grand fleuve qui porte aujourd'hui son nom et le parcourut jusqu’à l'Océan Glacial. C'était en 1789.
Quatre ans après, c’est l'Océan Pacifique que veut atteindre l’ambitieux Bourgeois, Le 9 mai 1793, 1l sembarque sur la rivière la Paix, en route pour la mer d'Ivoire, Après des périls et des faligues sans nombre,dans les Montagnes Rocheuses, il dut abandonner son canot, et s’aventurer à pied au milieu des rochers et des bois dans la direction du soleil couchant, Enfin le 22 juillet 1793, la grande mer de l'Ouest apparaissait à ses regards et Alexandre Mackenzie écrivait son nom sur les rochers du rivage,
(2j La Compagnie du Nord-Ouest ne fut dès Je début composée que d’An.. glais, et en 1804, sur quarante Bourgeois, il y avait frente-huit Anglais et
. seulement deux Erançais. Il en était de même des commis. Il est vrai que
tous ses serviteurs etaient canadiens, mais ces employés subalternes ne faisaient pas plus partie de la Compagnie que les chasseurs sauvages qui venaient vendre leurs fourrures dans les postes de traite.
Siona tsonner si haut ce titre de Français pour une compagnie marchande composée d’Anglais, c'était simplement pour obtenir les sympathi' des Suvages, (L'abbé Dugas).
deux compagnies n’est guère connue qu’au point de vue mercantile. Aucune pensée de civilisation n’entrait dans leurs entreprises. Leur unique but était de faire la fortune de quelques individus. Les explorateurs, comme Mackenzie, recevaient des blâmes officiels. La Compagnie du Nord-Ouest aurait fini peut-être par triompher de sa rivale, mais pendant qu’elle poursuivait la lutte avec activité, ses agents en Angleterre signaient un traité d'union entre les deux compagnies sous le titre unique de “ Compagnie de la Baie d'Hudson”. Aïnsi renforcée et reconstituée, l'honorable Compagnie de la Baie d'Hudson put exercer sa souveraineté plus ou moins directement, pendant près d’un demi-siècle, sur une portion du continent américain presque égale à l’Europe entière.
Au.point de vue de ses opérations commerciales, la Compagnie divisa le pays où elle se trouvait en quatre départements, comprenant le Canada Est, l'Ouest des Montagnes Rocheuses, la terre de Rupert, et enfin le Département du Nord qui nous occupe. Ce département renfermait dix districts : les districts de Mackenzie, d'Athabaska, de la rivière aux Anglais, de-la rivière Saskatchewan, de Cumberland, de la rivière du Cygne, de la Rivière Rouge, du lac la Pluie, de la rivière aux Brochets, et enfin du district d’York. Chaque district comprenait un certain nombre de postes ou forts. :
L'administration générale fut confiée à un gouverneur qui avait sous Ini des Bourgeois (chief factors) chargés. chacun d’un district, des commis, des traiteurs, ete., etc.; c'était une vraie féodalité et tous les services étaient subordonnés les uns aux | autres. Le Bourgeois était revêtu d’une autorité absolue, (il en abusa quelquefois) ; le commis avait la garde du fort, et les marchandises étaient confiées à sa vigilance. Les traiteurs couraient la prairie à la rencontre des sauvages, montaient la garde autour des forts, et souvent avaient ‘à se battre pour défendre
fil
la propriété de la Compagnie. Il fallait compter en outre- tout un monde d'employés : guides, interprètes, maîtres de poste, pilotes, rameurs, etc.
Grâce à une habile organisation, à une vigilante comptabilité, et à une stricte parcimonie, la Compagnie réalisait des dividendes énormes. Dans la seule année 1865, elle put exporter plus de 470,000 fourrures, dont 3,230 d’ours noirs, blancs, gris; 68,371 de castors; 17,495 de buffalos, etc.
La plupart de ces employés étaient choisis parmi les Canadiens-français. D’humeur toujours joviale, joliment aventurière, beaucoup consentirent à vivre dans ces vastes solitudes. Après quelques années passées au service de la Compagnie, ils épousèrent des femmes du pays, et de cette union naquit le métis. Le mot métis, en anglais, half breed, veut dire “Thomme moitié blanc, moitié sauvage,” c’est-à-dire, ayant pour père un blanc et pour mère une femme sauvage.
Déjà les hardis Érappeurs, dans les forêts vierges, ces infati-
" gables coureurs des, prairies, qu’on appelait les voyageurs des pays d'en haut, les Canadiens qui avaient suivi les premiers traiteurs après l’expédition de la Vérandrye, les employés de l’ancienne Compagnie du Nord-Ouest avaient contracté, eux aussi, de . nombreuses unions parmi les tribus indiennes du nouveau territoire. Au commencement du dix-neuvième siècle, nous trouvons l'expression de “ bois-brûlés,” employée pour désigner les métis issus de ces alliances, race de vigoureux chasseurs qui, dès lors, forment une population à part. Un certain nombre d'employés écossais s’allièrent aussi avec des Indiennes et donnèrent nais- : sance aux “métis écossais ou anglais”, trois fois moins nombreux dans tout le Nord-Ouest que les métis français. ()
Donc les employés des compagnies, après avoir accompli le temps convenu de leurs engagements, restaient, pour: la plupart,
1} Dans le Nord-Ouest, on pronoriçait autrefois métif et au féminin mélive.
aux pays sauvages et 5 ’anissaient à des femmes sauvages. Ils se faisaient facilement à cette vie, et sympathisaient avec leurs nouveaux compatriotes, dont ils avaient les filles pour épouses.
Ils apprenaient vite les dialectes indiens, surtout la langue des
Cris, avec lesquels ils. avaient: plus de rapport.
Grands, bien faits, forts, courageux, d’une constitution de fer, capables d'affronter tous les dangers, d’endurer toutes les fatigues, polis, dévoués et charitables, cés trappeurs canadiens formaient, à part, dans le Nord-Ouest, une race estimée et parfois
redoutée. C’est dans ces existences mouvementées que les .
Finnimore Cooper, les Gustave Aymard ont trouvé ces types légendaires qu’ils, ont immértalisés.
Les uns erraient à la poursuite des troupeaux de büffles qui-
peuplaient la Prairie. D’autres chargeaient les légendaires charrettes de la Rivière Rouge aux moyeux de bois, et transportaient les richesses de la Compagnie de la Baie d'Hudson dans les divers postes échelonnés jusqu’ aux pieds des Montagnes Rocheuses. D’autres enfin.dirigeaient les berges de la même Compagnie et sillonnaient les rivières et Les lacs jusqu’à POcéan Glacial. ‘ |
Sans autre patrie que dés déserts et les forêts, le coureur des bois trouvait pleine de ‘charmes son existefce nomade et aventureuse. L
À ma famille, à"mon village, J’ai dit adieu ‘depuis trente ans; Jamais, durant ce long voyage, ‘ Je. mai vu la face, des blancs.
Tr
! x % er “« :
— Ma éxrabine est? pa compagne ;
Je rême avec elle : en tout lieu.
Dans la plaine et sur la montagne Je, n’ai d'autre maître que Dieu.
ae :
sn
C . À De llndien j'ai Pinsouciance, L'ouïe et Pintrépidité; Pareil mépris de l'existence, Pareil BQUE de liberté.
Que sont les brillantes parures ot Dont senorgueillissent les rois É A côté des riches fourrures
Qui parent le’Coureur des bois ?
J’ai pour sceptre ma carabiné,
Le dôme des cieux pour palais, Pour tapis, j’ai la mousse fine, . - Pour trône les monts des forêts.
- ; Là-bas, au fond de la prairie,
Les buffles paissent par troupeaux;
Pour mon vêtement, pour ma vie,
Je n’ai qu’à choisir, les plus beaux. $
Quand la neige des bois s’amasse, &,
Qu'on enfonce jusqu’au genou, Je prends mes raquettes, je chasse Lorignal et le caribou.
Lorsque l’ombre, du soir arrive,
Je me fais un lit de sapin; . , Couché près de la flamme vive,
Je rêve et dors jusqu’au matin.
Si je vois monter la boucane () D'un camp sauvage à l’horizon, Je vais m’asseoir dans leur cabane
Et partager leur venaison. (?)
(1) La fumée.
(2) L'abbé H.-R. Casgrain. | : 1.
Os og
ES
barbarie, le moyen terme entre l’homme one ” lhonimé | bronzé. Ils devinrent pour les Sauvages” dés amis fidèles: ete constants, et de puissants auxiliaires pourf Îe %e commerce des | | fourrures. À l’arrivée des missionnaires, de suite 1 reconnu- …. " rent la robe noire dont leur avaient parlé leurs pères qu, étaïènt : ë chrétiens, et qui; malgré leur vie de dissipation etÿde san gerie, n’avaient pas oublié leur religion. Lés Canadiens avaient.
dit à leurs enfants et à leurs femmes : “ Un “jour, des hommes : ; habillés en noir, la croix à la main, viendront vous dire-ce qu’il, <
faut faire pour servir Dieu comme il veut être servi.” C’est À
ainsi que les courses des voyageurs canadiens avaient aplani le chemin à la connaïssañce de l'Evangile, “ Mélange de la sève * des filles de la forêt et du sang des fils des villes, la race métisse du Nord-Ouest se présente aux regards de l’histoire comme la
race des Francs,’ adoucie patch civilisation romaine? (*) Sous le nom de sauvages, on désignait, en Canada, toutes les,
tribus ‘aborigènes du nord de l'Amérique. Les Anglais les appelaient Indians; aïlleurs on les désignait sous l’appellation générale de Peaux-Rouges. On les divisait en six grandes familles, du moins au point de vue social : les Cris, les Assiniboines où Sioux, les Sauteux, les Pieds-Noirs, les Montagnais, les Esquimaux. . ‘ °
Les Cris se divisent en Cris des Bois et Cris des Prairies. La famille des Pieds-Noirs comprend les Pieds-Noïiys proprement dits, les Piéganes et les Gens-du-Sang. Enfin à la famille des Montagnais se rattachent les Loucheux, les Peaux-de-lièvre, les Castors, les’ Esclaves, les Couteaux-jaunes, les Mangeurs-de-caribou, les Plats-côtés-de-chiens. ….*
Les Sauteux et les Cris habitaient les bords de la Rivière Rouge et les environs. En allant vers l'Ouest, les tribus Crises,
(1} De Montigny.