CHAPITRE TITI
Le Canada—Politique de Ja France—Acte de Confédéretion de 1867—
Le grand Nord-Ouest—De la Vérandrye—Compagnie de la baie d'Hudson *
—Compagnie du Nord-Ouesi—Les Métis—Les Sauvages—Mer Provencher —Les Pères Oblats—Mgr Taché.
Le 16 juillet 1534, Jacques Cartier, parti de Saint-Malo avec deux vaisseaux, débarquait sur les côtes de li Gaspésie, à Pembouchure du fleuve Saint-Laurent, et prenait possession, au nom du roi François Ier, du pays qu’il désignait sous le nom de Nouvelle-France, où Canada, nom que lui donnaient les
Sauvages. (°)
© Nous ne pouvons reconter ici la grande épopée de la colo-”
nisation du Canada, les guerres incessantes que la jeune colonie dut soutenir contre les Jroquois et contre les Anglais.
Le 10 février 1763, le traité de Paris cédait à l'Angleterre les immenses territoires que Voltaire appelait dédaïgneusement “ quelques arpents de neige” A la suite de ce traité, les Français possédant quelques ressources, les fonctionnaires, les négociants, retournèrent dans là mère-patrie; ét il ne resta au Canada que 63,000 habitants de notre Sang, la plupart cultivateurs ou petits commerçants, qui, groupés autour de leurs prétres, résistèrent, dès le premier jour, à toute tentative d’assimilation avec les vainqueurs, 'et surent, non seulement, garder pour la
“ France et léguer à leurs descendants le plus vif amour pour Vancienne métropole, mais conquérir peu à peu, et sans aucun secours, la place qui leur est due sur ce 6ol arrosé du sang de
leurs ancêtres.
Deux mois avant la signature du fatal traité de Paris
(t)Le mot Canada est un met iroquois qui signille amas, ou groupe de cabanes. n
(novembre 1762), le roi de France avait cédé la Louisiane à
son cousin d'Espagne “ purement, simplement et sans aucune exception.et par le pur effet de la générosité de son ,cœur.” (*)
D'un coup le plume, la France était dépouillée d’un domaine
s'étendant du golfé dù Mexique aux grands lacs du Saint- Laurent, des bords du Mississipi aux Montages: Rocheuses et.
dux rives de l'Océan Pacifique ! . .
“Le, traité de ‘Paris fut, pour leg 63,000 Français restés: au Canada, le signal dune véritable lutte pour Vexistence.
En dépit de la nombreuse émigration” qui se précipitait de la Grande- Bretagne vêrs le nouveau payé, deux choses maintinrent chez les colons françaisvle souvenir de leur nationalité.
et de leur race : la conservation .de leur langne et de leur .
religion. : à La France, en 150 ans de domination ‘effective, n'avait
| envoyé au Canada que dix mille colons à peine, dont descendent
en droite ligne lés- 2,000,000 de Canadiens-français de V'Amérique anglaise, et le 1,228,000 des Etats-Unis. (2)
‘ Oui, il faut le dire, les entreprises françaises en Amérique furent: conduites avec une légèreté et une mesquinerie déplorables. Cent mille colons français implantés sur le continent de P'Améréne du Nord, au dix-septième et dix-huitième siècles;
eussent assuré la dominations de ce continent, Terres fertiles, :
population indigène insignifiante en nombre, facilités de’ péné-
‘trer, par de magnifiques voies fluviales, au cœur même de cet
(1) Acte d’acceptétion du traitésecret de Fontaineblenn du 3 novembre ” 1762. Gayarré, Histoire de la Louisiane, tnp.98, .. . a
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{2} C'est ce qui a-permis.à un laborieux chercheur, M. Tabbé Tanguay, de. réaliser un curiëux travail, En : compuisant les régistres des anciennes paroisses ile pu reconstituer 14 généalogie de toutes les familles canadiennes-francaisez jusqu’ aux premiers colons du pays. Grâce 4 *e volumineux diction- :
naire, fruit de patientes recherches, le peuple canadien présente cette parti-,
cularité unique de posséder le livre d'or complet de sa nationalité remontant
au premier jour de son‘histoire. .
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immense domaine; tous les éléments du succès semblaient se oo. réunir en faveur de la dolonisation française. L'imbécillité du souverain, de sot dédain des. quelques philosophes qui dirigeaiènt
alors lPopinion publique, en décidèrent autrement. Dans ‘les : . (ous “quelques arpents le neige ”-que la France abandonna, la race anglo-saxonne a su se tailler un empire autremerit “durable et | plus important que l'empire un moment réalisé de la République ne .,
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" FU CHATEAU FRONTENAC, Quégec * .
“et du premier Napoléon. La Confédération du Canada, àvelle ” seule, mesure 3,676,946 milles carrés de superficie (°) ; PEuxope | entière n’a que 8,800,000, milles 1 Lun | Mais si, en Amérique, le gouvernement de la France est resté .",
infiniment au-dessous de-sa mission, le colon laissé là-bas a
(1) Et Le district de Franklin dont ‘la superficie est inconnue, n’est pas : compris däns ce total. . : . pi
été, lui, bien supérieur à tout ce qu'on en pouvait attendre, Abandonné de sa mère-patrie, il ne est pas abandonné lui-
| même ; il s’est raidi contre la langue anglaise, et la religion
de l'Angleterre. (Grâce à sa tenacité, grâce, surtout, à l’étonnante fécondité des familles franco-canadiennes, fécondité très supérieure à celles des immigrants britanniques, il a pu conserver, étendre même son influence, en dépit du flot montant de Vimmigration étrangère. (*) |
Depuis VActe de la Confédération de l'Amérique du Nord (1867); la population du Canada jouit de la liberté politique et religieuse. T?Angleterre a eu ordinairement pour principe de laisser la plus grande liberté d’idministration à ses colonies. Mais, au Canada, cette liberté a pris de telles proportions qu’elle est devenue une véritable autonomie, presque une indépendance absolue; le mot fait à peu près seul défaut. En effet, depuis V'Acte de Confédération de 1867, le Canada a la haute main sur tous les services. Il possède un pouvoir exécutif, un parlement, un budget, une milice, un tarif douanier, auquel sont soumis les produits anglais comme ceux des autres natjons; il peut même conclure des traités de commerce, sous réserve
de sauvegarder les apparences diplomatiques. S'il n’a pas des ”
ambassadeurs officiels à l'étranger, il a toutefois trouvé le
moyen d’avoir un commissaire général non seulement à Paris,
mais même, à, Londres, auprès du gouvernement de la métropole. Le yoi d'Angleterre est représenté par un gouverneur-général qui reçoit les hommages, donne des fêtes, jouit de : “certaines prérogatives, (?) mais doit se tenir à l’écart et au-dessus des