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des personnes non baptisées, ou qui ont mal vécu ! — Entendezvous, disait-il à ses gens, en montagnais, si, pendant mon absence,. on vient enterrer des morts dans le cimetière, ne laissez jamais déposer dans la terre sanctifiée des personnes. non baptisées ou excommuniées. C’est là que, mes os reposeront ; peu importe le lieu où je mourrai... Père, ajouta-t-il, lorsque, autrefois, je te demandai un Père, tu me disais de m’adresser au grand prêtre; te voilà devenu grand prêtre toi-même. Cest done à toi que je m’adresse maintenant pour en avoir un. Le chef traiteur m'a dit qu 7il me doit trente livres sterling; c’est tout ce que j'ai: je les consefverai pour aider le missionnaire,
et, en. outre, tous nos bras seront à son service.”
Mgr Grandin promit qu’un Père du lac des Esclaves vien-
drait les visiter chaque année, les engagea à prier pour le Souve-
rain Pontife. Nous ne manquons jamais de le faire, répondit le vieillard. Je suis seul à savoir. une prière particulière, maïs je la dis tout haut, afin .que tous la disent avec moi.”
En se livrant de, nouveau au cours de la rivière des Esclaves, Mgr Grandin épfburaït l'impression indéfinissable de l’inconnu. Il n’était jamais ‘allé plus loin que la rivière au Sel. “Il me semblait, dit-il, que je passais dans un autre monde, je me sentais plus exilé que jamais.”
Le "Tendeimain, il arrivait au grand lac des Esclaves, vraie mer intérieure, d'une longueur de cent milles avec une moyenne de cinquante milles de large. :
“Une fois, dans le lac, écrit l’Evêque à Mgr de Mazenoû, nous rencontrons une. famille sauvage qui s’éloignait de la mission ; elle mattendait depuis plus dun mois, et,-comme tant d’autres, fatiguée d'attendre et de feûner, elle s’en allait. Il y avait, dans le canot, un vieil aveuglé qui avait fait sa première ‘communion le matin. “Les Pères mont fait prendre, patience “longtemps, me dits voulaient me donner la consolation
“de recevoir le saint sacrement de tes mains; mais voyant que “tu n’arrivais pas, ils me l’ont donné aujourd’hui. Puisque te “ voilà, ajouta-t-il, je ne partirai pas.” Et chacun en dit autant. On tire aussitôt quelques coups de fusil pour annoncer mon arrivée. Ce signal fut compris. Nous apercevons bientôt une pauvre maison de bois, couverte en écorce, surmontée d’une croix et entourée de quelques loges sauvages; nous distinguons, sur le rivage, un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants, et, à leur tête, nous reconnaissons les Pères Eynard et Gascon avec le.frète Kerney.. À cette vue, je ne pus retenir mes ‘larmes. C’est cette mission que je supposais autrefois | devoir m'être confiée ? Le souvenir des souffrances et des priva-
tions qu’y ont endurées ceux qui en ont été chargés me remplit
d'émotion. Un instant après, je serrai nos Pères entre mes, bras, puis je les suivis dans leur pauvre chapelle. C’est une
salle de 29 pieds carrés. Tout est pauvre. Cependant, ce petit
autel, fait par le frère Kerney, ést orné avec goût; ce petit tabernacle sans serrure, et qu’on ne peut tenir fermé qu’au moyen d’un morceau de bois et d’une vis, est propre, tout pauvre
«quil est,
“La maison des Pères est'encore plus pauvre. N’ayant pas de serrures pour les portes, on y a’ suppléé avec du bois et des cordes de cuir. Le mobilier consiste en quelques malles, cinq chaises bien mal faites, et enfin trois tables qui ne le sont. guère mieux. Le frère Kerney a fait la troisième table quelques jours avant mon arrivée, ne voulant pas que je fusse réduit à écrire sur mes genoux. Si je suis à l'aise pour écrire, Vous ‘voyez, Monseigneur, que j'ai un bien mauvais papier, et encore suis-je heureux de l'avoir. Les Pères n’ont pu m’en donner. Ils en sont si peu fournis, que, par suite de leur pénurie, le Père Gascon n’a pas écrit à Votre Grandeur. : Ils sont obligés
. Le { :
de faire des actes de baptême et de mariage auski laconiquement . ES
que possible afin de ménager leur papier : c’est le naufrage . que nous avons éprouvé, il y a deux ans, qui est cause de cette ‘ indigence” ()
Au grand lac des Esclaves, comme dans la plupart des visites, Mer Grandin voulut donner aux suivages les exercices d’une mission. “Pauvres Pères, disait-il, ils ne sont que deux et ils font lPouvrage de six. Presque continuellement, l’un des deux Pères est en mission, et non pas à la porte, mais à 60, 80 et 100 lieues et plus. Ils font, le plus souvent, ces voyages sur la glace, les raquettes aux pieds; et l’hiver dernier, le Père Gascom a fait une visite par de si mauvais chemins, qu’il ne lui fut pas possible d’avoir des chiens pour traîner ses provisions et sa chapelle. Un sauvage lui rendait ce service; mais le Père: portait lui-même ses couvertures sur son dos, après avoir réduit. son mobilier à la plus simple expression. Outre le strict nécessaire pour célébrer la sainte messe, il n’avait pas d’autres vêtemeñts que ceux qui couvraient son corps. Au bout de quelques semaines passées au milieu des sauvages, ne pouvant plus supporter la vermine qui le dévorait, il fut obligé d’emprunter une chemise à un serviteur de la Compagnie, qui, lui-même, en avait au plus une pour changer. Voilà, Monseigneur, la vie de vos enfants du Nord.” |
Le 30 juillet, le canot épiscopal arrive à la grande Ile, à l'extrémité occidentale du grand lac des Esclaves. Les nombreux sauvages qui sy trouvent profitent du ministère et des bénédictions de l'Evêque. ‘
Six jours après, Mgr Grandin sort du grand lac des Esclaves et entre dans le fleuve Mackenzie, large nappe d’eau, coulant tantôt à pleins bords entre des rives affaissées, tantôt traçant sa route'à travers des rochers nus et escarpés. Vaste, profond,
(1j Un steamboat qui transportait à York divers effets pour les missions avait fait ñaufrage. Les Pères n'avaient rien reçu depuis trois ans.
impénétrable comme'les grands fleuves de l’Asie septentrionale, il arrose une contrée triste, déserte, inhospitalière, et cest obstrué de glaces durant huit mois de l’année. (°)
On avait indiqué à Monseigneur une place située sur le bord du fleuve, à l’endroit dit le Grand Rapide, où il pourrait établir le centre des missions du Nord et, peut-être, la résidence d’un futur évêque. ‘Les missionnaires devaient y trouver bonne
pêche, une terre cultivable et du bois pour la construction. Ÿ
CouvENT ACTUEL DE LA PROVIDENCE
L'emplacement convoité était déjà en vue, quand le modeste canot fut rejoint par une barque de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Mr. Ross, le bourgeois en chef du district de la rivière Mackenzie, était à bord. Mgr Grandin jui fit part de
{1} Le bassin du Mackenzie ä nue étendue de £50 milles carrés.
ses projets et en débarquant, il ajouta, en présence des rhétis catholiques qui se trouvaient la : “Je vous déclare que je prends possession de cette place pour y fonder une mission. Je regarde comme une bonne fortune d’en prendre possession en présence du premier magistrat du pays.” - Le Bourgeois, protestant fanatique,.qui avait déjà convoité
‘cette place pour un établissement de son église, paraïssait peu:
enthousiaste. ‘ -
— “ Monseigneur, dit-il, vous ne savez pas ce que vous faites. Comment vivrez-vouê ici ? Vous ne pouvez pas tenir tête aux protestants, vous n’êtes pas assez riches.” = |
— “ Monsieur, répondit l’'Evêque, les richesses ne suffisent pas; dans ce pays, il faut surtout savoir. s’en passer, en se sacrifiant.” |
Le Bourgeois en chef parut surpris de cette réponse.
“Imbécile de Crabey !—’était le nom d’un ministre protestant — Imbécile de Crabey ! dit-il en anglais à son commis, je lui avais dit cependant que C'était une excellente place.”
Le prédécesseur de Mr. Ross, dans la charge de bourgeois en,
chef du district de Mackenzie, était Mr. Anderson, protestant fanatique, qui avait toujours fait aux missionnaires catholiques une opposition sourde mais non équivoque.
Quand Mgr Taché lui avait parlé, pour la première fois, d'envoyer des missionnaires dans son district, Mr. Anderson avait vivement cherché à l’en dissuader, lui disant que ses Pères n’auraient pas des ressources suffisantes pour vivre.
Comme Mgr Taché ne se réndait pas à son raisonnement, ïl ajouta : “Si vous voulez absolèment envoyer vos Pères, j'appellerai des ministres protestants pour leur tenir tête:
— Voilà qui est curieux, reprit Monseigneur. Tout à l’heure vous prétendiez que nous ne pourrions pas vivre, et vous voulez appeler des missionnaires d’une autre dénomination ??
Cette opposition ‘fut ordinairement à l’état latent, ma quelquefois éclatait sous une forme ou sous urie autre.
C’est ainsi que peu de temps après la fondation de I mission la Providence, Mgr Grandin, se trouvant at for
‘ Simpson, un des principaux bourgeois, Mr. Ockard, Pinsulta en pleine table sous prétexte que le Père Grollier et PEvêque lui-même envoyaient tous les protestants en enfer. |
Mgr Grandin l'invite à sortir et interpellant les nombreux Métis qui se trouvaient à la porte :
— “Vous ai-je jamais enseigné que tous les protestants allaient en enfer ?
— Non, répondirent-ils. — Le Père Grollier vous l’a-il enseigné ? ” Même réponse. ,
À ce moment survient le petit Jean-Baptiste, son jeune compagnon. |
— “Monsieur Ockard, dit l’Evêque, voici un enfant qui assiste à toutes mes instructions, tant en français qu'en SAUVAGE. Questionnez-le vous-même, et voyez ce qu’il en est.”
Le bourgeois ne recula pas devant cette offre, et s'adressant à Jean-Baptiste : ° |
— “ Dis-moi, mon enfant, m'est-il pas vrai que tous les protestants vont en enfer, à cause de deur religion?
— Non, répondit Jean-Baptiste, sils sont convaincus que leur religion est bonne. Oui, #’ils la croient mauvaise el y persévèrent quand même...” .
“ J'étais d'autant plus heureux de cette réponse, ajoutait Mgr Grandin, qué je n’avais pu préparer l'enfant à ce genre
; de catéchisme.
“Les Métis, alors, estimaient le prêtre, et tout en n'étant pas toujours catholiques modèles, se seraient fait tuer pour le prêtre et pour la religion. Je lisais sur leurs figures eur
mécontentement. Heureusement, ils eurent le bon esprit de se contenir. “ Oh, Monseigneur, disaient-ils, si vous aviez seulement signé de l’œil, comme nous l’aurions vite mis à la raison.”
Mais revenons à le nouvelle etation.
Des poteaux marquèrent immédiatement les limites de la mission. À l'endroit où devait s'élever l’église, Mgr Grandin fit planter une grande croix, au pied de laquelle il célébra la sainte messe pour le futur établissement qu’il appela la Providence.
Pour bien comprendre l’acte & Mgr Grandin, il ne faut pas se représenter un Nord-Ouest ratissé, peigné comme les‘ terres d'Europe, ou du Canada civilisé, avec des fermés et des enclos de haies, des bornes-limites, et des champs si drus, ” qu'à peine les sépare un sentier, Il n’y avait pas de plan cadastral. La Compagnie de la Baie d'Hudson avait conservé le privilège exclusif de, la traite des pelleteries dans ces vastes domaines, mais m'avait aucun titre à la. propriété du territoire, surtout dans cette partie. Ces immenses terrains vagues, étaient les terres vaines, les bona nullius. | —
L'approche imminente des glaces faisait, à Mgr Grandin, un devoir de hâter sa marche. Descendre le. fleuve Mackenzie jusqu’au fort Simpson, mission du Sacré-Cœur, remonter péniblement la rivière aux Liards jusqu’à la mission Saint-Raphaël, ‘ catéchiser les sauvages aux deux endroïts, en leur donnant jusqu’à quatre instructions par jour : autant d’événements qui conduisirent l’Evêque missionnaire au 27 septembre.
Le ? octobre, il se confie de nouveau à la complaisance relative du fleuve Mackenzie, et laisse à la mission Sainte-Thérèse, fort Norman, le jeune Baptiste Pépin, pour qui il redoutait les grands froids de l’extrême Nord. ‘
Il avait pour compagnons que deux sauvages.
“Nous partons, écrivait-il à son supérieur général, malgré le vent du nord et la neige qui tombe à gros flocons; je n’emporte avec moi que mes provisions et les objets absolument nécessaires at voyage. Mes deux sauvages étaient trop galants pour me laisser faire ma cuisine : ils y mirent de la dextérité et même de la propreté. Une fois, entre autres, l’un d’eux, en ma présence, chercha avec soin dans le collet et les manches de sa chemise, une quantité de petits animaux qu’il dévora... Pardonnez-moi, Monseigneur, si je dis les choses comme elles sont, où du moins sans détour. Quand ce sauvage en eut ainsi tué un grand nombre, il prit le pot dont je me servais pour boire, puisa de l’eau et se-lava la bouche. Il avait fait assurément un acte héroïque de propreté, et il aurait osé ensuite faire la cuisine du Pape lui-même.
“Nous n’avions pas encore les gros froids d’hiver; mais nous avions les premiers froids auxquels onest bien plus sensible. Déjà, il fallait faire son lit dans la neige, et cette première neige n’avait pas les avantages qu’elle a pendant l’hiver. Elle mouillait et s’attachait aux pieds, tandis que, dans les grands froids, elle est aussi sèche que du sable, Le 6, jour du dimanche, le vent du nord devint si violent, qu’il nous fut impossible de continuer. notre marche, Ainsi, si je n’eus pas la consolation de célébrer la sainte messe, j’eus celle de chômer le jour du Seigneur. Depuis le fort Simpson, le fleuve Mackenzie est très large; d’où il résulte que, même en descendant le courant qui est fort, ” les vagues sont tellement gonflées par le vent, qu’il est impossiblé d'avancer. Cependant, la saison pressait, déjà les rivages se bordaient de glaces. Le vent tombant avec le jour, nous nous remettons en route, et nous allons toute la nuit. Je n’eus pas le courage de ramer, ni celui de dormir, tant il faisait froid! En allant à terre pour déjeuner, un glaçon, sans que nous nous en aperçûmes, creva notre canot. Lorsque nous y entrâmes, je
me trouvai dans l’eau et dans la glace; il me fallut, le reste de la matinée, vider la sentine presque continuellement. Notre embarcation était si usée qu’elle devenait dangereuse. Nous commencions à nous demander avec anxiété comment nous terminerions notre voyage, lorsque la divine Providence vint à notre secours au moment où nous y pensions le moins. Nous fûmes rejoints par une barque de la Compagnie qui revenait du grand lae d'Ours,: chargée de poissons. Nous laissons là notre dîner, abandonnons notre feu et même notre canot, nous montons dans la barque qui n’avait rien à craindre des premiers glaçons, et, aidés d’un boù vent et du courant, nous arrivons, le 9 octobre au soir, au fort Good Hope, et je me rends aussitôt à la mission de Notre-Dame de Bonne-Espérance.”
Il était à 1,136 milles de la mission d’Athabaska ! Le vaillant Père Grollier, le Père Séguin et le frère Kerney ne purent retenir leurs larmes à la vue de leur Ævêque. Monseigneur, de son côté, pleura beaucoup. “ C'était de rubrique, disait-il, c'était le cérémonial d'arrivée.” .
On fit fête, ce soir-là, dans la. hutte de Good Hope. “ Soyez tranquille, Monseigneur, dit le Père Grollier, nous avons de quoi fêter ce soir votre arrivée; nous sommes en possession d’un castor et de deux perdrix que le Père Séguin a tuées.” Bien entendu, il n’y avait ni pain, ni vin. Cependant, afin que le régal fût complet, on y ajouta quelques crêpes, et pendant le souper on mit une chandelle sur la table, luxe que les Pères ne s'étaient pas encore permis. Il y eut même un peu de sucre, douceur qu’on s’interdisait dans ces temps-là, par raison d’économie. | ‘
Laïissons Mgr Grandin nous décrire son palais épiscopal : “ C'était une maison de 22 pieds de long sur 18 de large, faite avec des troncs d'arbres superposés. Elle servait, en même temps, d'église, de salle des exercices, de salle de récréation, de réfectoire, de dortoir, de cuisine, d’atelier de travail.
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“Elle était éclairée par deux parchemins au milieu desquels on avait pu faire tenir un petit carreau de vitre. Les Pères, pour épargner la bougie, en étaient réduits à dire le saint office à la lueur du foyer. ‘
“ Les plafonds avaient si peu d’élévation que les habitants ne
pouvaient se tenir debout qu’entre deux solives. Quand nous
étions couchés, nous pouvions jouir de la vue des aurores
boréales à travers les interstices de la toiture, mais ces ouver-
tures regrettables laissaient aussi pénétrer la neige et le vent glacial. :
“Pour tout mobilier, il y avait une vieille chaise, un banc, quelques cassettes, et enfin un réveille-matin qui servait d’hor-
loge. L'établi du frère Kerney servait de table à manger €.
de table d'écriture. : Les lits ne prenaient pas grande place. Chaque soir, nous nous contentions de nous envelopper.dans nos couvertures et de nous étendre sur le plancher.”
| Mgr Grandin souffrait de voir que les Pères étaient ordinairement privés de la présence de Notre Seigneur. Les planches manquaient. Avec l’aide du frère Séguin, quelques perches furent dégrossies pour servir de cloison et pour ménager une petite aleôve. On les recouvrit de “filets de pêche usés sur lesquels furent collées de Vindienne et quelques images. Un autel fut vite dressé. Une petite boîte fermant avec un petit
crochet servit de tabermacle. Le lendemain, l’évêque de Satala
y introduisit le Dieu de la pauvreté, le Jésus de Bethléem, le .Dieu de Good: Hope.
Sans Lui, en effet, que cette vie serait dure ! Lui seul, en partageant la: pauvreté de ses missionnaires, était capable de la rendre supportable et même aimable,
Pendant ce rude hiver, Mgr Grandin se constitua le’ chauffeur du logis. Chaque jour, prenant pour camail une grosse blouse de peau d’orignal et pour crosse une hache, il allait faire sa
provision de bois. Le Père Séguin accompagnait Monseigneur dans ses sorties. “Je vous assure,’ écrivait le Père Séguin à un de ses amis, qu’il ne faisait pas chaud. ‘Nous n’étions pas capables de nous réchauffer À côté de notre petit poêle, quoiqu'il fût toujours plein de bois. Depuis les premiers jours de novembre jusqu'au mois de février, le thermomètre n’est pas, monté vingt fois au-dessus de—30 degrés centigrades. Le’ froid ordinaire était de—35 à 40—45 degrés ; une journée, il est descendu à 47 degrés; sur la rivière, il a dû descendre à 50 et 52 degrés. Ces jours-là, il ne fait pas bon se promener ; l’haleine produit alors un sifflement semblable à celui d’une baguette que l’on agite vivement dans l'air. Cependant, il faut vous dire que le
corps finit par s’habituer à cette température. Ainsi, pendant que Sa Grandeur était ici, j'allais deux ou trois fois par semaine au fort, qui est à une heure de la mission, n’ayant que ma soutane et un surtout en drap; Monseigneur n'avait, lui aussi, que son burnous. Ce qui m’embarrasse le plus, c’est mon nez; sa longueur est souvent la cause pour laquelle il gèle. J'ai failli le perdre cet hiver. Heureusement, Monseigneur s’est aperçu de son mauvais état et me l’a fait frotter de suite avec. de la neige, de sorte que j'en ai été quitte pour un peu de peau. Lorsque je me suis gelé, c’est à peine si j'étais à cent pas de la maison; il y avait ce jour-là,—38 degrés.”
Mer Grandin employa les trois mois passés à Good Hope à consoler et à encourager ses missionnaires, à instruire les sauvages, à repasser sa Éhéologie, à se perfectionner dans l'étude de l'anglais. TM ne quittait le travail manuel que pour la prière et l'étude. Les missionnaires eurent leur retraite | annuelle, et naturellement, l’Evêque en fut le prédicateur.
Les aurores boréales sont des phénomènes merveilleux dans ces contrées élevées. Elles constituent parfois un foyer de lumière électrique d’une vivacité indescriptible. C’est pendant
les belles nuits d’hiver que ce phénomène æ montre avec le plus de magnificence, quoiqu'il ait lieu en toutes saisons. Ces brillants météores, dus, comme on le sait, à l’attraction magnétique du pôle, dont la proximité influe sur l'électricité répandue . dans lair,' se produisent presque toutes les nuits et durant la plus grande partie de la nuit. Ils affectent la forme d’un arc lumineux isolé ou de plusieurs zônes parallèles qui étendent leur lumière vacillante de l’est à l’ouest, et entourent probablement le pôle d’une radieuse couronne. Les: aurores boréales commencent à se montrer dès que tombe le crépuscule. Leur lumière est si intense, qu’elle égale celle de la lune, et si diaphane, qu’on aperçoit très distinctement les étoiles au travers. ‘
Lorsque Patmosphère est sèche et le froid intense, elles produisent un sifflement semblable à celui que rendrait une baguette que l’on agiterait vivement ou au sifflement du vent dans les cordages d’un navire. La résistance que l’air oppose aux ondulations du fluide électrique doit être la cause de ce bruit.
De cette brillante ceinture, qui étale ses franges irissées, jaillissent parfois des traits enflammés .de diverses couleurs. … Ces merveilles du firmament ne pouvaient qu’émouvoir l’âme de l’Evêque missionnaire. : |
“ Que ne suis-je peintre ou poète !”. disait-il. “
“N'est-ce point au milieu” des rigueurs de Vhiver, écrivait madame Swetchine, que la voûte céleste se fait davantage sentir à nous comme la région de l’immuable et de l'éternel ?... Tandis que courbée sous le joug du solstice d’hiver, la nature désolée, muette, couyrant d’un linceul sa nudité, semble accuser le péché et ses suites funestes, le ciel reste bleu, la lune garde sa clarté argentée, les étoiles, le feu de leurs diamants diverse. : ment colorés, enfin, resplendissante et magnifiquement parée,
la.voûte céleste semble, comme le.cœur de l’homme de bien,
QT El q M ,
ta :
*& GUIN ARRIVANT À GOODHOPE ?,