CHAPITRE X
Le nouveausvicariet:-Accident de la Saskatchewan-—Les missionnaires— Saint-Albert—Les hivernements—La picotte—Amour des âmes—Annexion du Nord-Ouest au Canada-Ottawa—Concile du Vatican—Adresse à Pie IX—Désastres de 1870—Quel était Le patriotisme de Mgr Grandin ?
Le vicariat de la Saskatchewan, à l’arrivée de Mgr Grandin, ne comptait que douze missiénnaires, ‘() répandus dans six résidences, dont quelques-unes étaient séparées par d'énormes distances. Chacune de ces résidences devait desservir divers postes de missions,- ce qui nécessitait des voyages longs et difficiles. . :
Dans Vintérêt du lecteur et pour une plus claire intelligence des faits qué nous avons à relater, nous donnons les noms ‘de ces résidences. |
On connaît déjà les missions de Saint-Jean-Baptiste, à l’Ile àle Crosse, et la mission de Saint-Pierre, au lac Caribou. De la résidence de Saint-Jean-Baptiste, dépendaient les postes du portage à la Loche, et du lac Vert. Les missionnaires de Saint- Pierre visitaient le poste du lac la Ronge, le poste Charly, à Pextrémité sud du lac Caribou.
A Pouest de.PIle à la Crosse, se trouvait la mission de Notre- Dame des Victoires, située sur le bord du lac la Biche, et fréquentée par les Cris. Le poste du fort Pitt était desservi par les missionnaires du lac la Biche.
À l’ouest encore, mais, plus au sud, on voyait la mission du lac Sainte-Anne, fondée par monsieur Thibault, en 1844. (?) LAC NRA ——
(1) Sur ce nombre, quatre frères convers. | (2) Le lac Sainte-Anne était appelé précédemment lac Manitou.
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C'était, par conséquent, la plus ancienne du vicariat. Là, se trouvaient groupés un grand nombre de Métis entourés d’Assiniboines. Les postes de Jasper, de la Montagne, du fort Assiniboine, du petit lac des Esclaves étaient visités par les missionnaires de Sainte-Anne. |
La mission de Saint-Paul des Cris était établie sur l’une des rives de la brénche nord de la Saskatchewan, au-dessous du fort des Prairies. Elle avait été fondée par le Père Lacombe, en 1865. Le missionnaire de Saint-Paul était chargé des métis qui s'étaient fixés autour du poste du fort Carlton.
Edmonton, ou fort des Prairies, n’était alors qu'un simple poste de la Compagnie de la Baie d’Hüdson, établi sur les bords de la Saskatchewan. La mission avait pour but d’assurer les secours religieux aux serviteurs catholiques du fort, aux métis, et aux sauvages qui venaient, en grand nombre, faire des échanges. : Pour s'assurer un nombre suffisant de bons serviteurs catholiques, le bourgeois du district, M. Christie, quoique protestant, avait fait construire la chapelle dans l'intérieur du fort. . Dans sa pensée, € c’était un paratonnerre
‘contre les dépradetions des sauvagès.
Enfn, c'était Saint-Albert qui devait être la résidence de | l’évêque * ‘de Satala. Cette résidence avait été fondée en 1861. Mgr Taché, et, le Père Lacombe, partis de Sainte-Anne, cherchaient un emplacement pour fonder une mission qui leur permettrait dé, desservir . humble chapelle de Saint-Joachim, à
Edmonton. Atrivés sûr la. gracieuke colline, où se trouve
aujourd’hui la cathédrale; Mgr Taché fut frappé de la beauté du site et, plantant son bâton dans la neige, il dit au Père Lacombe : “Ce sera ici. Nous placerons la-wission sous le
vocable de votre saint patron; nous l’appellerons Saint-Albert.”
C'était, en effet, un emplacement magnifique. A leurs pieds, serpentait la rivière Esturgeon qui allait, à quelques milles plus
Ve + | loin, se jeter dans la Saskatchewan; à droite, un lac baignait 4 la colline, et en face, s’étageait une forêt qui pouyait fournir
du bois de construction, Edmonton n’était qu'à huit milles
. et demi de distance. ' | oo 5
"3 . Le Père Lacombe se mit à l’œuvre, et sept ans après (1868),
déjà près de quatre ou cinq cents Métis et quelques Sauvages -fréquentaient. Yhumble chapelle de Saiñt-Albert.
‘Les sœurs Grises donnaient aux missionnaires un concours
MissiON DE SAINT-ALBERT EN 1869
Evéché . Maison des Sœurs - Cathédrale Monseigneur Grandin ne pouvait y metre sa mâtre qu'entre les solives
| efficace et dévoué; soignaient les malades, faisaient l’école.
On instruisait ks enfants, non pas de façon à en faire des capacitaires diplômés, mais de bons ouvriers et de bonnes
ouvrières. de
On leur donnait, outre l'instruction religieuse, une connais-
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en
er L LS .
-se bâtir une maison. à,
sance du français et de l’anglais suffisante pour entrer en Tap- .
port avec les blancs, on y joignait le secret d’un peu de caleul. Aux garçons, on apprenait à cultiver, à travailler le béis, à
Les filles apprenaient à coudre, à laver, à repasser, à entre-"
* tenir un jardin, même à cuisiner, ce qui était très simple dans.
le Nord-Ouest. | Le ministère des missionnaires leur imposait des occupations
variées et pénibles. L'une des plus difficiles était d’accompa-
gfièr les Sauvages à travers les prairies. * C’est ce qu’on appelait aller à la Prairie. |
Ces expéditions ‘étaient généralement composées de plusieurs ceñtaines. de classeurs, accompagnés de leurs femmes et ‘de
leurs enfants, et entraînaient toutes les misères, et toutes les ©
péripéties de la vie des camps.
Les Métis, eux aussi, avaient des places de chasse choisies, où ils allaient passer lhiver, se construisant des petites baraques provisoires, et même une petite église, quand le ‘prêtre les
‘accompagnait. Ils donnaient à ces expéditions le nom dhivèrnements. Pour les instrüire, le.missionnaire devait-les .. accompagner.
Tel était le futur diocèse de Saint-Albert, bre de l'érection,
. du vicariat. religieux. Les premiers établissements n'étaient
que des ébauches, et, cependant, tout imparfaits et inachevés qu’ils étaient, Dieu seul connaît les sacrifices qu'ils avaient :
exigés de la part des missionnaires. “Ces sacrifices sont à
peine croyables aujourd’hui, écrivait. Mer Grandin, en 1890
dans vingt ans, ils seront à peine- viaisemblables.” à Ces missions constituaient ne prise de possession de l'Eglise
dans de pays, mais le zèle de PEvêque rêvait de donner l'assaut:
à tout le continent, intérieur, et de percer les ténèbres qui enve-
. loppaient la population. Il voulait porter jusqu'au centre de
e » , de
dont l'Evangile est la source et la loi.
cet immense continent les vraies Jimières d’une civilisation
Les débuts de son nouveau ministère devaient être marqués de la croix. Le pauvre Evêque avait, année précédente, quitté le pays après avoir tout perdu par le feu; à son retour, l’eau allait V’appauvrir encore. à
Le 13 août, après plusieurs semaines d’un rude voyage, Mgr Grandin arrivait à Carlton. le premier “poste de son nouveau vicariat. . ‘ |
Les nombreuses charrettes qui transportaient les bagages, les provisions de la caravane, etc., devaient passer la branche nord de la Saskatchewan qui, à cet endroit, avait alors un demi mille de largeur. Déjà, au moyen d’un bateau, le diflcile passage; était franchi sans encombre, les bœufs étaient attelés à’ nouveau, on se disposait -à continuer la route, quand, pris d’épouvante, un bœuf se précipite dans la rivière avec toute sa charge, composée de ce que l’Evêque avait de plus précieux. Le calice, le ciboire donnés par Pie IX, plusieurs ornements sacerdotaux et pontificaux, une belle mitre offerte par le clergé de Marseille, les ampoules pour les saintes huiles, sa soutane violette, dix où douze montres pour échanges, son ‘linge, des outils précieux, ete. tout cela fut bientôt-au fond des eaux.
Durant plusieurs jours, l’Evêque et ses compagnons restèrent à la même place, sondant la rivière, cherchant les objets perdus. Tout fut inutile Des recherches renouvelées plusieurs fois furent aussi infructueuses que les précédentes.
En cette circonstance, Monseigneur fut admirable de résignation. Plus la croix devient lourde, disait-il, plus il faut nous armer de courage pour la porter jusqu’äu bout. Que la main de Dieu qui nous frappe soit bénie ! Mieux vaut, avoir subi
. cette perte que d’avoir commis seulement un péché véniel.”
Annonçant l'accident à sa famille, il a la note résignée, presque
gaie, % Dans mon premier malheur, mes chers parents, vous étiez tous brflés, et aujourd’hui vous êtes tous noyés. Heureusement, vous m'en avez pas souffert, et vous voudrez bien faire en sorte que je n’en souffre pas moi-même en me promettant ericore, une fois vos photographies. Vous étiez dansfmon album en bonne société, je vous assure, avec le Pape, la plupart des
“membres de, l’épiscopat français, bon nombre des bienfaiteurs
de mes missions, et tous ont eu le même sort. Mais c’est de toutes mes pertes la plus facile à réparer; vous voudrez bien maider pour cela, je l'espère.”
Mgr Laflèche, l’ancien compagnon de mission, et l’invariable ami lui écrivait ? “IL est évident que les démons du Nord
tiennent autant à leur empire inhospitalier et glacial que ceux .
du Midi à leurs bosquets toujours en fleurs et à leurs temples érigés au milieu des bois sacrés. Comme eux, ils soulèvent les éléments contre les envoyés de Dieu, ils appellent à leur secours le feu et Veau pour les combattre. Le règne de Dieu ne s’établira sur les débris de leur empire qu'après une lutte acharnée
et les sacrifices les plus grands de la part de ses missionnaires.
Courage donc, mon cher Seigneur, cette épreuve, cette perte énorme pour vos pauvres missions, c’ést un acompte dw prix
qu'il faut donnier pour le rächat de ces infortunées contrées.
Cest à cette condition que $ ’applique Je prix de la rédemption universelle, Æeclesiam quam acquisivit sanguine suo.”
L’évêque des Trois-Rivières fut. toujours un ami de cœur. pour Mgr Grandin et pour les missionnaires du Nord-Ouest. :
Il écrivait à l’évêque de Satala: “Jé suis vraiment étonné de l'impression profonde qu'a laissée dans mon-cœur cette période si agitée de ma vie de mésionnaire, et de l'affection que- j'ai toujours gardée” pour mes ‘confrères et collaborateurs dans ce champ si vaste de la vigne du Seigneur.”
Cependant les missiogmaires attendaient impatiemment Jeur
Mer LAFLÈCHE, ÉVÊQUE DES Trors-RIVIÈRES
Evêque, désireux de le seconder dans la création ou le développement des œuvres. Nommons surtout le Père Lacombe et le i Père Ledue. Le Père Lestanc, un autre vaillant apôtre et sage conseiller de Mgr Grandin, devait arriver peu de temps après.
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Le Père Lacombe était, avant tout, un pionnier, un conqué- ‘
rant, à qui les batailles coûtaient moins que le repos. Il fut * lapôtre aimé des Métis, des Cris et des Pieds-Noirs. Comme le Christ, dont parle le Seigneur, il ne fallait pas dire de lui qu’il était ici, qu’il était là; on le croyait au Midi, il était au Nord, sicut fulgur. Cet impulsif a trouvé cependant le moyen décrire des livres. appréciés sur la langue Crise. Aussi hardi que bon, il fascina les tribus des Prairies qui le chantent encore sous la tente. .
Comme le Père Lacombe, le Père Leduc fut un des hommes qui ont le mieux servi et le mieux aimé Mgr Grandin. C’est
‘lui que nous verrons à la tête de tous les travaux de construc-
tion, d'installation de Saint-Albert, d’Edmonton et d’ailleurs. Homme des grandes conceptions et, en même temps,. homme des moindres détails d’exécution, il eut la confiance de son Evêque qui fut payé par une inaltérable fidélité de tendresse et d’admiration.
Le Père Lestanc était un homme de l’ancienne marque, de l’ancienne simplicité, de l’ancienne probité. Ses conseils étaient droits, sa doctrine pure, ses discours simples, ses jugements sûrs, ses résolutions précises, son autorité vénérable. Son savoir ecclésiastique était considérable.
. Les autres missionnaires étaient les Pères Rémas, Végreville,
Moulin, Gasté, André et Legoï. “Si j'avais toutes les raisons
de me décourager, écrivait Mgr Grandin, vu mes grandes
misères personnelles, mon incapacité trop évidente, ma pauvreté absolue, j'avais le droit de prendre confiance, car outre le secours de Dieu sur lequel, je pouvais d’autant plus compter . que j'étais moi-même plus pauvre et plus impuissant, je pouvais
m’appuyer sur le dévouement et l’abnégation de mes missionnaires. Depuis le premier des Pères, jusqu’au dernier des Frères convers, aucun n’a reculé devant le sacrifice, tous étaient admi-
rables de zèle et de dévouement. Par leur bon esprit, par leur
charité, par toutes leurs vertus religieuses et apostoliques, ils |
ont fait ma force, et ils ont fondé l’Eglise.de Saint-Albert.” | - Mgr “Grandin voulut “d’abord se rendre à l'Ile à la Crosse poùr Îa consolation4des sinistrés. Avec quelle émotion il revit les ruiné de son ancienne résidence ! ‘ T’enthousiasme avec lequel il fut regu ne fit qu ‘augmenter son émotion. Les Pères ÿ avaient, bâti un fte ‘quelconque et avaient bien souffert. Il
leur aménait des céipagnons,. des effets et une machine à'scier 7
“Îe bois dont ni espérait un grand secours ; pour rétablir Vétablissement détruit.
Le 26 octobre (1868), fête des saintes Reliques, il arrivait à Saint-Albert. Les Métis à cheval étaient allés l’attendre à trois milles de distance. Il fut reçu au milieu de la plus vive allégresse, sous un arc de triomphe, au bruit de la fusillade et au
‘son, non pas des cloches, mais de l’unique cloche. Le pavillon flottait au-dessus de l’évêché. Monseigneur ne put retenir ses larmes. Prévoyaitil que cette colline devait être son Thabor, mais aussi son, Calvaire ? Les fidèles se relirèrent pleins d'espoir et de joie; ils venaient de voir se lever l’aurore d’un brillant épiscopat.
Déjà, à à cette époque, l'épanouissement de la mission de Saint- Albert s’annonçait rapide. Des champs spacieux, bien cultivés promettaient d’abondantes moissons. Au pied du monticule, les Métis avaient construit une quarantaine de maisons. Les missionnaires leur avaient appris à cultiver Porge, les patates.
Lhumble chapelle n’avait pas de voûtes aériennes. Mgr Grandin écrivait à ses amis de Marseille qu’il ne pouvait guère y officier avec sa mitre. La pluie, la neige, les vents y pénétraient. comme dans leur royaume. Quant au palais épiscopal, c'était une pauvre cabane en bois, simple rez-de-chaussée mesurant soixante pieds sur trente. “ Nous sommes huit à l’habiter,
écrivait un des missionnaires à sa famille, et nous sommes les uns sur les autres. Nous sommes sept dans une même chambre qui sert en même temps de parloir, de secrétariat, d'atelier de menuiserie, de couture, etc. Une peau de bête étendue par terre, avec une ou deux couvertures de laine, voilà notre lit. Les matelas et les draps sont un luxe inconnu, Nous ne
mangeons du pain qu'aux jours de fête, <ë en petite quantité.
(pressée dans un. 54 de cuir depuis dix ou | douze mois. On la
coupe en morcæaüx avec une hache. “C’est presque aussi bon qu’une chandelle. Nous avons encore une viande séchée au soleil. C’est dur comme du cuir; mais, avec .de bonnes dents, on vient à bout de la déchirer. Notre boissomest du thé sans sucre. Avec ces aliments peu recherchés, nous ne laissons pas d’avoir bonne mine. . Moi, surtout, je prends de Pembon-‘ point, en sorte qu’on m’appelle le Chanoine.”. L’érection d’une nouvelle église fut décidée. En même temps, FEvêque faisait appel à toutes les bonnes
volontés pour assurer l’instruction de l’enfance. Les bonnes sœurs de la Charité devaient le seconder efficacement dans cette œuvre primordiale et nécéssaire. 4 |
digr Grandin venait de commencer la visite de son immense vicariat, quand une horrible épidémie, la picotte (petite vérole) #abattit sur son troupeau et fit éclater l’héroïque dévouement
du pasteur. C'était vers la fin de l’année 1869. ÆEn arrivant :
à Carlton, il trouvait les habitants du fort ravagés par la terrible maladie. Chaque jour la mort y fauchait.sans trève ni merci.
Les protestants, aussi bien que les catholiques, le reçurent <omme un envoyé de Dieu. Un événement récent rendait cette joie significative. Quelques jours avant Parrivée de l’Evêque, . un commis protestant était mort de la dite maladie. Avant de
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mourir, il avait demandé la visite de son ministre, résidant à Princé-Albert. Le révérend avait envoyé une bonne lettre excitant le patient à la confiance, mais n’était pas venu. L/évèque de Satala se fit l'infirmier des malades que leurs parents et leurs amis n’osaient approcher. Les protestants furent pro- : fondément édifiés de la courageuse activité que l’Evêque catholique déploya, jour et nuit, parmi les morts et les mourants. Ils furent frappés de son égalité d’âme et de sa sérénité.
Le fort devenant un foyer d'infection, les habitants, pour échapper à la mort, allèrent camper en plein air. Mgr Grandin les suivit. Sa présence était regardée par tous comme un paratonnerre.: Les cadavres étant abandonnés, même par les amis et les parents des défunts, lui-même rendait les derniers devoirs à ces infortunées et hideuses dépouilles. Un jour, il dut mettre sept cadavres dans la même fosse.
Une lettre du Père Lacombe, écrite au crayon, vint l’appeler
sur d’autres champs de bataille. “Monseigneur, lui disait le-
missionnaire, je suis au milieu des morts et des mourants, et cependant je cours à Saint-Albert où les nôtres sont terrassés par le mal Je crains qu’il my ait pas même un Père pour assister les mourants.” :
Monseigneur part aussitôt, Chemin faisant, il rencontre un camp de sauvages infidèles et s’informe des malades. On lui montre de loin les loges des contaminés. L'Evêque va s’aëseoir auprès des abandonnés, les console, les instruit, les baptise.
En route, il voit passer un jeune ‘homme de Saint-Albert, portant, sur son dos, sa couverture, quelques morceaux de viande sèche; eb une petite chaudière. “Je m’enfuis, disait-il, - tout le monde meurt à Saint-Albert.” Pauvre jeune homme! Il
voulait sortir du tombeau, et la mort le suivait de près. Peu de temps”äprès, l’Evêque, repassant dans ce même lieu, rencontrait la ceinture et quelques lambeaux des habits de ce mal-
heureux. À quelque distance de là, on voyait les Bups qui avaient enseveli son cadavre. Ce n’était pas l’époque du jeûne pour ces animaux. .
À Saint-Albert, Monseigneur trouva les Pères heureusement:
‘en convalescence, mais les malades étaient nombreux. A tous, il porta des paroles d’encouragement et de consolation. Un pauvre sauvage qui, en quelques jours, avait perdu six enfants, se jeta aux pieds du prélat : “ Grand chef de la prière, dit-il, prie pour moi, car je fais bien pitié. La maladie m’a enlevé six enfants. Il me reste encore celui-là, maïs lui aussi est bien digne de pitié Je n’ai que lui pour prendre soin de moi, et, tu le vois, il est bien malade. Je ne suis -pas fâché contre le Grand Esprit qui a pris cinq de mes garçons et ma fille unique; mais prie-le pour qu’il me conserve au moins celui-là.”
La foi de ce bon sauvage ne fut. paf trompée. Son fils; alors ‘ à V’extrémité, revint à la vie. |
Cependant une bonne partie de la population de Saint- Albert, les hommes surtout, et beaucoup de Métis des environs étaient à la Prairie, et les nouvelles étaient désolantes. ‘Hélas ! la chasse s’était.changée en un lamentable convoi funèbre. Déjà le désert comptait. trois cimetières improvisés. Malgré la “distance, Monseigneur se rend au milieu de ses enfants, parcourt les loges en compagnie du Père Fourmond, bénissant les malades, les servant comme une mère, préparant le feu, les remèdes. Quand une famille entière était atteinte, il se constifuait lui-même, pendant la nuit, l’infirmier de ces moribonds. La charité lui était plus chère que la vie. Rien d'étonnant s’il s’attira la vénération universelle.
La maladie promenait ses ravages dans tout le pays. Dans les camps des Cris et dés Pieds-Noirs elle enlevait plus de 3,000 sauvages.
Les Métis et les Sauvages chrétiens prenaient soin de leurs