‹ Mgr. Grandin, Oblat de Marie Immaculée: premier évêque de Saint-AlbertChapitre 31 sur 75 · LA · texte numérisé non relu

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malades, les Païens les abandonnaient dans la tente et fuyaient au loin. Un jour, on apporta à l’Evêque un enfant de deux ou trois ans. On l’avait trouvé dans une tente, sur le cadavre de sa mère, s’efforçant encore de puiser la vie au sein tari de la morte. L'enfant fut recueilli et élevé par le prélat qui lui donna le nom de Girardin, en souvenir de Mer de Girardin, président de la Sainte-Enfance.

Cependant le mal diminua peu à peu d'intensité. Monseigneur revint à Saint- Albert, oublieux de ce qu’il avait, fait, plein d’admiration pour le: dévouement de ses Pères. “ Quelle belle chronique on pourrait écrire, disait-il, avec les actes de

générosité de nos missionnaires ! ” ’

Il est certain que le dévouement de tous, de lPEvêque surtout, “fortifia les. chrétiens, surprit d’étonnement les infidèles, et servit merveilleusement la diffusion de FEvangile dans le pays.

Mgr Grandin parcourut ensuite l’immense territoire confié ..

à ses soins, encourageant, dirigeant ses missionnaires. I visita

le pays, non pas en “Robinson,” mais en chercheur d’âmes. “Depuis mon retour d'Europe, écrivait-il à ges parents, en novembre 1867, je n’ai pas séjourné quatre mois complets ici.

Je suis un véritable Juif-errant”’ 1] avait parcouru .son immense vicariat et avait contemplé, d’un' regard ardent et passionné, ces pauvres peuples plongés dans Vabrutissement et l'ignorance. Rendant compte de ses impressions au très révérend Père Fabre, il lui parle de sa douleur à la vue

des péuplades nombreuses qu'il à vues privées des lumiè-

res et des consolations de la Foi: “(Ces nombreux sau- ; vages que nous venons de rencontrer ne sont point chrétiens, ils n’ont pas de missionnaires pour les instruire, et combien sont comme eux ! Mais ils ne manquent pas de commerçants qui les seandalisent et les ‘perdent, tant au physique. qu'au moral” ‘Îl-ne se perd pas une queue de loup dans ces immenses |

Prairies, il y a toujours quelqu'un pour les ramasser ; mais des âmes créées à l’image de Dieu, rachetées per le sang d’un Pier, ne trouvent que quelques rares ouvriers.

En 1869, s accomplit un grand événement qui devait être, pour le Nord-Ouest, le signal d'immenses transformations:

Les hommes d'Etat de la Puissance du” Canada jetaient, depuis quelques années, des regards d'envie sur les immenses territoires du Nord-Ouest. ‘Au dire de certains explorateurs, les territoires de chasse de la Compagnie de la Baie d’Hudson, situés à l’ouest des grands lacs, renfermaient une zône fertile de plusieurs centaines de millions d'hectares, destinés à rivaliser avec le Far West américain. Il est certain que, dans Jes provinces de l'Est, on ne soupçonnait pas les richesses faturêlles du Nord-Ouest. La Compagnie, par une diplomatie aussi habile qu'intéressée, avait toujours représenté ce pays comme impropre à la culture. Sa politique avait toujours été de conserver et même de développer l’aspect sauvage de ces contrées. S’opposer à toute tentative de colonisation, telle fut l’œuvre de la Compagnie pendant deux siècles. La légende des quelques arpents de neige était vivace. Ce fut comme une révélation, pour le gouvernement canadien, d'apprendre. qu'au delà des lacs Winnipeg et Manitoba, il existait un pays immense, d’une

| richesse incomparable et susceptible de’ contenir des millions

de familles; aussi s’empressa-t-il d'entrer en négociation avec la puissante Compagnie pour acquérir les droits que celle-ci prétendait posséder en vertu de sa charte. Les négociations aboutirent à la cession au Canada, contre une indemnité de *,500,000 francs, de cet immense domaine de deux millions de milles carrés. La compagnie se réservait, du reste, tous ses ‘ postes commerciaux, ce qui lui laissait la certitude de réaliser

encore de béaux profits, dans un pays où elle était installée de façon à défier de longtemps toute sérieuse concurrence.

Les chambres siégesient à Ottawa depuis 1866, un aû avant Vacte qui avait créé la Confédération canadienne. Cette localité, située au confluent de l’Offawa et du Rideau River, devait sa fortune un peu à sa position stratégique et beaucoup aux prétentions discordantes des trois on quatre capitales que s'était. données successivement le Canada. Voici, en quelques mots, l’histoire de la fortune d'Ottawa.

Les villes de Kingston, de Montréal, de Toronto étaient devenues successivement la résidence du gouverneur et du parlement. Le Bas-Canada réclamant sa part d’hégémonie, il en était résulté un gouvernement nomade qui devait résider par périodes égales à Toronto et à Québec. Vers 1858, chacun réclamait contre les inconvénients de cette constitution. bicéphale; mais les localités rivales maintenaient, plus que jamais, leurs prétentions particulières à rester ou à redevenir le siège: du gouvernement. En désespoir dé cause, on s’adressa à la métropole, et celle-ci, à la grande surprise de tous, trancha le: procès en faveur d’une petite ville, Bytown, située dans une région à peine envahie par les défrichements. En 1826, le: colonel By, chargé de construire le canal reliant les eaux de: VPOutaouais à celles du‘lac Ontario, en cas de guërre avec les. Etats-Unis, avait jeté les fondements de cette bourgade, à laquelle il avait donné son nom, Bytown. On l’appela désormais Ottawa.

Le premier acte de législation du‘ gouvernement canadien, - en prenant possession du territoire, fut d’en détacher une partie, Ja plus colonisée, pour former une province séparée, à laduelle on donna le nom de Manitoba. () La nouvelle pro-

{1} 1 est probable que le mot Manitoba vient des deux mots sioux : Mine toba. La terminaison {oba, assez commune chez les Assiniboines, signifie * prairie, et mine veut dire eau. De mine 1oba, lac des prairies, la prononcis- ‘ tion anglaise a fait facilement Mavitoba.

Plusieurs cependant font dériyer Manitoba: des deux mots sauteux, manilo: Wapan, détroit surnaturel.

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