CHAPITRE XII
Erection du diocèse de Saint-Albert—La cathédrale] -apprend la mort de son père—OEuvre des écoles du Nord-Quest —Lettre au Père Lacomhe— Déception—Il se rend en France—Ses nombreuses prédications —Ses succès —Visite à Pie 1X.
Les bulles érigeant la province ecclésiastique de Saint- &
. Boriface furent signécs à Rome, le 22 septembre 1871. Mgr
Grandin n’en eut connaissance que le lundi de Pâques, ? avril 1872. Mgr Taché lui écrivait : “ Voilà enfin nos incertitudes fixées. Vous n'êtes plus évêque de Satala et coadjuteur de Saint-Boniface, mais bien évêque de Saint-Albert. Votre nouveau diocèse avec les vicariats d’Athabaska-Mackenzie et de la Colombie-Britannique forment la province ecclésiastique de Saint-Boniface. (Ces changements ont leur importance, mais ne nous enrichiront pas. Qu’il a été difficile de nous diviser ! ?
Le premier dimanche de Pâques, Mgr Grandin prit solennellement possession du trône de Saïnt-Albert, dans sa, noïvelle cathédrale, et consacra son diocèsé au Cieur Immaculé de Marie, sous le titre de Notre-Dame des Victoires. La raison | de cette consécration n’était pas seulement la dévotion de l’'Evêque à Notre-Dame des Victoires, c'était aussi un acte d'amende honofable pour les profanations récemment commises dans'son sanctuaire vénéré à Paris.
La cathédrale de Saint-Albert était un vrai monument dans le pays. Elle mesurait quatre-vingts pieds de longueur sur trente-deux de largeur. Un frère convers en avait tracé le plan, et tous y avaient travaillé, évêque, pères, frères, novices. Les
planches avaient été sciées à force de bras. “J'ai vu plusieurs fois, écrivait l’Evêque, deux prêtres en soutane, sur le toit de
église, occupés à clouer le bardeau.”. Quoique inachevé, cette
“Martigné, près Laval :
église était un objet d’admiration pour les sauvages qui faisaient
plusieurs journées de marche pour la visiter. (C'était un vrai,
chef-d'œuvre pour ces pauvres Indiens qui n'avaient jamais
‘rien vu de semblable. Le R. P. Ggouard, aujourd’hui Mgr
Grouard, vicaire apostolique d’Athabaska, décora le‘sanctuaïte de
plusieurs peintures de fort bon goût, qui provoquaient V'admiration de tous.
T’érection de, la cathéârale, Fexcellence des récoltes avaient
relevé le courage de la population, bien abattué par la précé-
dente épidémie. Pour soutenir ce courage, les missionnaires se firent ingénieurs, et nullement découragés par de premiers
insuccès, établirent un moulin qui dontait de la belle et bonne farine ax habitants du pays. Précédemiment, payant de leur.
personne, ils avaient appris le labour aux indigènes et aux métis. Un pont de trois cent ‘soixante pieds de long fut jeté par eux sur la rivière Esturgeon.
Et dire que, dans ces mêmes pays, il viendra: peut-être, plus fard, des hommes qui parleront de la fainéantise. eb des richesses des moines ! ‘
Vers cette époque, au mois d'avril 1872, Vé évêque de Saint-
Albert reçut. d'Europe une lettre qui brisa son cœur. Son
vieux père venait de PROU Il écrit à son frère, alors curé de . Pauvre père ! Je me souviens qu’encore. enfant, je le voyais chaque jour prendre un livre et réciter certaines prières très dévotement. Je lui demandai quelle prière. ilrécitait si assidûment. “ Ce sont, me répondit-il,
fes Tifanies de la bonne mort que je récite chaque jour” ..Tl . me fit alors plusieurs réflexions sur la certitude de la mort et
sur lincertitude du moment où elle doit noug frapper. Pen-
dant mes vacances de séminaire, je m’aperçus qu’il n’avait pas encore abandonné cette pratique. Enfin, il y a dix-huit ans, quelques jours après mon ordination, après avoir assisté à ma messe et communié de mes mains, il me prit à part et né dit: “Vital,: quand tu partiras, j'aurai le cœur trop gros pour te “ faire mes recommandations ; écoute-les bien, de suite ; je deviens “ vieux, bientôt tu apprendras ma mort. Oh ! alors, prie bien “pour moi...” Pauvre père, je n’ai pas oublié sa recommandation, j’ai acquitté, pour lui, autant de messes que mes règles me le permettent; je l’ai recommandé aux prières de tous mes missionnaires, et, tous ensemble, nous avons célébré, pour le repos de son âme, un service solennel dans la jeune cathédrale de Saint-Albert. Toute notre bonne population prenait part dans un saint recueillement.”
Comme il le faisait pour sa chère maman, Mgr Grandin ne manquera jamais, au jour anniversaire de la mort de son père, de célébrer la sainte messe pour le repos de son âme, et de lui donner un souvenir particulier dans son journal intime. {
La nécessité de former des chrétiens dès l'enfancé “avait toujours paru évidente à lévêque de Saint-Albert. Pour lui, l’école chrétienne était le parvis de l'Eglise. Il était déjà question, à: cette époque, du fameux chemin de fer qui devait relier les deux océans, et Monseigneur prévoyait le flot envahissant des immigrations, il prévoyait surtout l'abandon des sauvages. “Si nous pouvions élever les enfants sauvages, disait-il, ce
‘ serait la résurrection pourtleurs diverses tribus. Nous aurions des pépinières de sauvages chrétiens !? La nécessité des écoles chrétiennes s’imposait ‘doublement à lui. Mais pour cela, il fallait des ressources. . |
La pensée d’une œuvre avait germé dans son cœur d'apôtrer
Il aurait voulu. fonder: au Canada, sur le modèté es œuvres
d'Orient, une'œuvre des écoles ‘du Nord-Ouest qui aurait été
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appelée à former, dans ces contrées, comme sa sœur aînée le fait en Orient, des ressources pour les écoles destinées aux
“enfants sauvages. “Jusqu'à présent, écrivait un publiciste de
Montréal, les missionnaires ont rempli la charge de maîtres d'écoles, de’ charpentiers, de défricheurs, et les sœurs de la Charité, accourués au secours des prêtres, sont loin d’avoir les royens de s'étendre’ et de faire tout le bien qu’elles voudraient fairé. Ne seraitil pas temps, pour le Canada, de leur venir
‘en aide, en établissant une œuvre permanente pour fonder des
écoles en faveur des sauvages du N ord-Ouest et qu’on appellerait l'Œuvre des Ecoles du Nord-Ouest ?”
C’est dans le but de créer cette œuvre que l’évêque de Saint-
“Albert se résolut à envoyer le Père Lacombe dans le Canada. - I] Jui écrivit la lettre suivante que Louis Veuillot eut Voccasion.
de lire un jour et, qui lui arrachait ce eri : “ C’est une page digne des plus béaux siècles de PHglise.”
po
“ Sur les bords de la rivière aux Gastors, 21 avril 1872.
“Mon révérend ct bien cher Père Lacombe,
* Je passe Je dimanche ici, sur la rive gauche de la grande rivière aux Castors. Hier soir, après avoir été dans l’eau jusqu'aux genoux, pendant deux heures, pour. traverser la petite
rivière, nous sommes, arrivés trop tard pour entreprenidre unea
autre traverse. Demain, sans doute, nous serons plus disposés, ét, dans quelques jours, # vous rejoindrai, non pas pour rester
mission. | . oo" . un 2 Lo 4 . . .
“ Expliquons-nous :° Le nouveau diocèse de Saint-Albert- est
érigé, vous le savez, par,un pape prisonnier, mais dont le pou-
voir spirituel, si solennellement reconnu, se montre plus grand”
et plus puissant qué jamais. Que vont dire, les ministres protestants de notre Pays, eux qui, depuis si longtemps, chantent