‹ Mgr. Grandin, Oblat de Marie Immaculée: premier évêque de Saint-AlbertChapitre 47 sur 75 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Etat de Saint-Albert—La colonisationFeu dans les forêts, dans les prairies—Son amour des âmes—Soin aux malades—Zèla pour la sanctification de ses missionnaires—Ses inquiétudes de conscience—Mort de Mgr Sébaux —Encore une grave maladie-—Ses voyages—Election du Rév. P. Soulier— Adieux à sa famille. |

Le grand Nord n’avait plus cet aspect de l'inconnu et du rêve insaisissable. |

Saint-Albert n’était plus la mission perdue au milieu des bois, des marécages. Le zèle actif des missionnaires avait produit des résultats.

La mission commandait l'admiration générale par la belle ordonnance de ses constructions, par l’état prospère de ses écoles, hospice, orphelinats, par l'éclat des cérémonies catholiques et par une population active et chrétienne de 1,200 habitants qui s’était groupée à J’ombre de la cathédrale, et qui avait couvert le pays de riches cultures. C'était une belle création dont on ne pouvait disputer l'honneur à PEglise. Il n’y avait peut-être pas, en France, un coin de terre plus chrétien et plus français de cœur, et même de langage que cette petite station de Saint-Albert. Le

Pour contrebalancer l'invasion protestante dans son diocèse, VEvêque aurait voulu attirer, dans le Nord-Ouest, quelques familles canadiennes, surtout celles si nombreuses et si chrétiennes qui portaient leurs pas vers les Etats-Unis. Dans ce but, il délégue plusieurs fois le. Père Lacombe au Canada, il ent même = agent d’émigration attitré, M. l'abbé Morin, qui réussit former plusieurs localités d’avenir, Morinville, Saint-Pierre,

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DAS TEL LCEEEEEES

Mission 5e SAINT-ALBERT (1891)

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Beaumont, Saint-Emile, ete. “Qui sait, disait Mgr Grandin, si l’équilibre de la population ne sera pas déplacé au profit-de la race‘la plus féconde et la plus chrétienne” C’est ainsi que

se formèrent, sur les bords des lacs, sur le bord des rivières, de

nombreux villages, dont les maisons, pendant l’hiver, ressemblaient à des navires à l’encre sur un océan de neige; pendant l'été, au contraire, elles étaient comme noyées dans un océan

de verdure.

Souvent, aux débuts d’une nouvelle mission, les Pères se con- .

tentaient de bâtir une maison-chapelle. “dJ’appelle maison-. chapelle, disait Mgr Grandin, une maison plus ou moins ,

spacieuse habitée par les missionnaires. Dans le principe, on y fait la cuisine, on y mange, on y dort, on y instruit les. sauvages, on y prend sa récréation, on y fume parfois beaucoup,

on y étudie autant qu'on peut. Il y a, dans cet omnibus, un établi, de menuiserie. Les coups de hache, de marteau, la

varlope impriment, à. toute la maison, des secousses qui favorisent nullement lécriture et. l'étude. Enfin, en face cet appartement, nous tâchons de construire une alcôve quel-

de

: conque où le Dieu de Bethléem partage notre pauvreté et nous

la rehd supportable sinon agréable. En ouvrant la porte de.

cet humble sanctuaire, notre habitation se trouve transformée

en église. “C’est ainsi que toutes nos missions ont commenté,

sans en excepter Saint-Albert. Ce provisoire se prolonge

parfois pendant ‘dés années.”

. La modeste chapelle était üme prise de possession par l'Eglise

catholique. Canadiens, Irlandais, Métis étaient heureux de se

fixer sur des lieux où lesministère du prêtre leur était assuré. .Les colons prenaient un minimum de cent-soixante acres dans

la prairie où dans la forêt. Dans ce dernier cas, il fallait

abattre les arbres. On.les éoupait simplement à trois pieds du :

sol et on mettait le feu aux abattis. Ah! il s’en est brûlé du

bois, dans le Nord-Ouest, depuis soixante ans ! Souvent, le:

feu, mal éteint, franchissait les limites, attaquait la forét, et degpait, un incendie: gigantesque qui roulait sés vagues de flamme des lieues entières. Seuls Îa pluie on un vent contraire en péüvaient arrêter “le fléau. Ces incendies évaient d’autres - , . causes. : Qu'un Indien, qu’un chasseur, laissât tomber une | étinéelle de ‘son briquet ; que le vent emportât, loin du foyér ” ‘ + dun bivouac, un brin de paille en combustion, et des milliers d'hectares étaient, en quelques heures, dévorés par les flammes. . On rencontre presque partout de, ces espaces ravagés. Rien n’est lugubre commé” la vue de ces avfres calcinés;, de ces longues tiges noires qui se dresseht tristement au-dessus de la nouvelle végétation. On dirait des bras mutilés que la vieille mère nature lève vers le ciel pour protester contre la destruction dont elle à été l’objet.

L’äuteur dé ces lignes à vu lui-même, plusieurs fois, dans le Nord-Ouest, le ciel couvent de fumée, l’horizon dans le lointain ", était rougeâtre, l'atmosphère était surchauffé : c'était la forêt qui ‘brûlait au loin. On regrettera, peut-être plus tard, «cet imprudent gaspillage.

Malgré tout, encore aujourdhui, on vent voir, dans V'Alberta, la Fo t telle ‘qu’elle est sortie’ des mains du Créateur, étendant, parfois ses fourrés impénétrables dürant des centaines de lieues.”

à . . , Les mêmes incendies ravagent souvent les prairies. Malheur ,

” , au voyageur surpris dans la plaine par ces vagues brûlantes,

‘ s’il.n’a pas eu la présence d'esprit ou les moyens ‘d'allumer

- immédiatement un contte-feu. Quant aux bestiaux, aux chevaux :

à + * surtout, qu’une sorte d’étonnement stupide semble ‘enfpêchet de

l ‘ fuir, c’est par milliers qu’il faut, compter, chaque année; ceux

dont on ne retrouvé. que les 08 carbonisés sur le sol dénudé des

prairies. - | Des pénalités" sévères ont dé édictées contre les auteurs,

volontaires ou ‘bar imprudence, de ces vastes incendies. Mais,

‘* mieux que toutes les lois possibles, le morcellement des terres

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