AVENUE STEPHEN, CALGARY
apprécions grandement ce bienfait. À la veillé d'aller rendre compte à Dieu de notre longue administration et de notre vie plus longue encore, nous avons la consolation de ne point vous laisser orphelins, mais de vous laisser entre les mains d’un frère bien-aimé et bien-aimant, jen suis sûr, étant, pour cet effèt, rempli de Pesprit de Dieu qui est charité. Je doute qu’il puisse vous aimer plus que je vous ai aimés, mais, il vous aimera ‘tout autant. Vous l’aimerez aussi, vous tous, nos bienaimés, auxquels nous nous adressons peut-être pour la dernière fois, vous l’aimerez comme l’homme de Dieu, comme notre frère, nous osons dire comme notre fils, car nous espérons davoir la consolation de lui imposer nous-même les mains, et d'en faire ainsi un autre nous-même.”
Le R. P. Legal, Oblat de Marie, était, depuis seize ans, le zélé missionnaire des Pieds-Noirs, dans la partie sud-ouest des territoires d’Alberta. Déjà, en 1886, il avait été question de lui comme coadjuteur de Mgr Taché, et si Mgr Grandin ne l’eût . gardé comme la prunelle de son œil. il eut été le premier vicuire apostolique de la Saskatchewan.
Originaire du diocèse de Nantès, il avait fait, au petit séminaire de cette ville, de solides et brillantes études, et avait pris ses grades à l’Université de France. C’est alors qu'il acquit cette culture scientifique qu’il n’a cessé de développer, et qu'ont en œux qui l'ont fréquenté.
I} fut ordonné prêtre en 1874 Son évêque ne voulut point Vemployer au ministère des paroisses, et lui donna la chaire de mathématiques dans Pun de ses collèges ecclésiastiques. Bien que Mgr Legal ait dit souvent qu 2j} m'avait jamais aimé l’enseignement, il sut pourtant se faire tellement apprécier de tous et surtout de ses supérieurs ecclésiastiques, que, lorsque, quelques années plus tard, il demanda à être relevé de ses ‘ fonctions pour être missionnaire, il fallut batailler rudement
avant d’obtenir le congé de son évêque, si libéral aux missions étrangères, mais qui tenait absolument à garder ce prêtre d’élite, éminent professeur. Ses vertus modestes et ses aimables qualités lui créèrent aussi, parmi ses confrères, bien des relations amicales qui ont survéeu à son long éloignement du pays vatal.
EGLisE CATHOLIQUE DE. CALGARY
Il y avait déjà quatre ans-que le jeune prêtre occupait avec succès la chaire de mathématiques, lorsqu'il obtint enfin, de - son évêque, la permission de se joindre à la société des Oblats de Marie. Au mois d'août, il entrait. au noviciat de Nancy. On eut vite fait d'apprécier cette riche acquisition dans la
personne de ce jeune prêtre, que distinguaient une grande aménité de manières, qui le faisait aimer de tous, de solides
vertus religieuses, un admirable bon sens, un esprit positif, des
connaissances pratiques, jointes à une charmante modestie.
L'année suivante, 1880, un événement se produisit qui hâta son départ pour l'Amérique. C’était l’année sinistre des décrets de J ules Ferry, qui expulsaient brutalement des milliers de religieux de leurs paisibles demeures. Sous le coup de cette persécution, au mois de juin, le prêtre novice fut envoyé au Canada, avec toute une caravane de religieux du même ordre. 1] disait à la France, à la Bretagne, un adieu qu’il croyait bien éternel, et cet adieu était d'autant plus douloureux qu’il était ‘détrempé des amertumes de l'exil. Ce sacrifice, il l'avait voulu, il le ft généreusement; mais la bonne Providence avait son secret. |
Débarqué au Canada, il alla achever son noviciat dans la charmante résidence des Oblats à Lachine, en face de la réserve iroquoise de Caughnawaga. Le 24 septembre 1880, fête de Notre-Dame de la Merci, il faisait sa profession perpétuelle; en attendant que Dieu l’appclât à un ministère plus haut, il était pour la vie religieux et missionnaire. C'était l’'accomplissement d’un de ses plus chers désirs. ‘
La saison était trop avancée pour #acheminer vers les lointaines missions de Saint-Albert. |
ï passa done ce premier hiver occupé au saint ministère, successivement à Plattsburg, aux bords du lac Champlain, à Mohtréal, et plus tard, à Buffalo, où il se perfectionna dansæa
connaissance de lPanglais.
| Enfin, au printemps de l’année 1881, l'ardent apôtre, au comble de ses vœux, recevait sa fouille de route. À la tête d'une petite troupe de missionnaires, fous, comme Jui, pleins d'enthousiasme, il partait pour les missions de Mgr Grapdin.
Répétons qu’à cette époque, ce n’était pas petite affaire qu’un voyage au Nord-Ouest; il était long et fatigant. Le Pacifique Canadien n’était encore qu’à l’état de grandiose projet : et, avant d’arriver à destination, il falltt, au missionnaire, plus de cent jours d'expédition, trajet qui se fait aujourd’hui en trois jours et demi. ‘
Les missions des Pieds-Noirs, au nd de Calgary, au pied des Montagnes Rocheuses, lui furent confiées. C’est là qu’il devait répandre ses sueurs en arrosant une terre bien ingrate, pendant seize ans d’apostolat.
Nous avons décrit ailleurs les mœurs de cette turbulente tribu à laquelle le missionnaire donna le meilleur de sa vie, de son intelligence, et de son cœur. | On conçoit ce que pouvait être une vie semblable, seul, loin de tout confrère, de tout être intelligent de son niveau, à qui il pût communiquer ses pensées et ses sentiments, pendu au milieu des sauvages grossiers, rebelles à tous ses efforts, ingrats à tout son dévouement. L’apôtre acceptait joyeusement les privations matérielles, mais les souffrances morales qui font couler le “sang du cœur ” constituaient son plus rude martyre. Longtemps, le ministère du Père Legal sembla complètement stérile. Baptiser beaucoup d'enfants, dont le plus grand nombre, moissonnés par la mort, s’en allaient au paradis prier pour leurs compatriotes ; recevoir dans l’Église quelques adultes - à l’article de la mort, c'était là à peu près tout. Maintes fois = Mgr Grandin voulut l’arracher à un labeur aussi ingrat et laisser ces peuples rebelles à leur malheureux sort. Il y avait ailleurs tant de moissons mûres ! Toujours le missionnaire plaida pour les Pieds-Noirs et il resta à son poste. Il disait à son Evèque : “Je lpréfère rester au milieu de mes Sauvages, malgré le peu de fruit de notre ministère, malgré la stérilité de tous nos efforts. !I1 faudra des anmées, des générations peut-
être pour transformer ces nations. Quelques missionnaires doïvent assister à ces années d’insuccès et d’aridité : je n’ai , Aucune objection à être de ce nombre.” II était tour à tour maître d'école, architecte, cuisinier, médecin, et même fossoyeur. Le sauvage a tellement peur de la mort qu’il abandonne ses trépassés. Le Père Legal venait de faire un cercueil et de disposer, dans une fosse, qu’il avait lui-
même creusée, le cadavre d’un jeune enfant, quand il reçut la