‹ Mgr. Grandin, Oblat de Marie Immaculée: premier évêque de Saint-AlbertChapitre 8 sur 75 · LE PÈRE GRANDIN · texte numérisé non relu

LE PÈRE GRANDIN

“ Dans deux jours, chers parents, je vais entrer en retraite, et savez-vous pourquoi ? Pour recevoir, moi, pauvre Vital, les honneurs les plus grands que Dieu puisse faire à l’homme. Je suis tout à la crainte et tout à la gloire : à la crainte, parce que quand je m’examine, je me trouve bien misérable; à la joie, parce que je sais que Dieu aime et chérit surtout les petits et les humbles, et parce que, depuis longtemps, je me suis bien

décidé à me sacrifier tout entier pour lui !”

Ce fut encore Mgr de Mazenod qui lui imposa les mains, et le 24 avril 1854, dimanche de la Quasimodo, il montait au saint autel, assisté du R. P. Fabre, supérieur du grand séminaire, et qui devait être le second supérieur général de la congrégation des Oblats.

Son rêve d'enfant était réalisé. Il était prêtre !

Le Père Grandin eut un moment la pensée de quitter PEurope sans voir sa famille. Sa sensibilité redoutait tant les adieux définitifs ! |

L’abbé Jean en écrivit à Mgr de Mazenod. Celui-ci, supposant que.le Père.Grandin agissait ainsi par esprit de mortifcation, fit appeler le R. P. Modérateur : “Je n’aime pas, dit-il, les mortifications qui mortifient les autres. Que ce jeune Père aille voir sa famille.” .

Frères et sœurs lui firent fête. Monsieur Grandin, père, ne cessait de pleurer de joie. Faisant allusion aux désirs de son fs Jean, pour les missions étrangères, il disait dans une réunion de prêtres : “ Messieurs, j’aime bien mes deux abbés, mais j'aime mieux les voir prêtres et partir pour les missions lointaines que de les voir tous les. deux préfets de la Sarthe et de la Mayenne.” . |

M. abbé Sébaux revit son protégé avec une joie indicible.

Le Père Grandin chanta sa première grand’messe dans l’église de Saint-Loup-du-Gast, où son frère était vicaire. Ce fut une vraie fête pour la paroisse et pour le vieux curé, M. Blanchard, que le séminariste d'autrefois avait si bien soigné. La famille du nouveau prêtre était présente avec les prêtres du.voisinage, Monsieur le curé doyen d’Ambières prononça le discours de circonstance qui fit couler bien des larmes. C’est à la suite de cette cérémonie, que M. de Lozé, député de la Mayenne, disait aux prêtres présents, en l’absence du jeune missionnaire : “Ce jeune prêtre me semble taillé pour devenir

H— quelqu’un. Je ne serais pas étonné si, dans six ou sept ans, nous avions le plaisir de le revoir évêque” Quelques années plus tard, les parents et amis se rappelaient avec plaisir la prophétie du bon monsieur de Lozé.

Plusieurs jours se passèrent dans les appréhensions du départ. Un nuage de tristesse planait sur la: maison, et toutes les pieuses industries du jeune missionnaire ne pouvaient le dissipér. “Oh ! écrivait le Père Grandin, que ces adieux sont durs ! Je me croyais plus fort ! ” ‘

11 demanda, à son vieux père, de le bénir, il embragsa les siens et il partit. L’abbé Jean voulut accompagner son frère jusqu’au Havre, et l’installa dans sa cabine. .

La sirène burla son signal lugubre. Les deux frères tombèrent dans les bras l’un de Fautre. Il fallut se séparer. Les déchirements de la séparation, l’affection des deux frères, les incidents de voyage, tout est fidèlement décrit dans cette lettre que le Père Grandin écrit à l’abbé Jean, dès son arrivée:en Amérique, le 28 juin 1854 “En arrivant dans ce nouveau. monde où j'espère me dépenser et mourir pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, je te dois ma première lettre, sachant” T7 d’ailleurs que tu en feras part à toute la famille. J’ai troyvé ici des pères et des frères qui mont reçu à bras ouvert et qui

s'efforcent de cicatriser les plaies de mon pauvre cœur. Que jai souffert en vous quittant ! Combien j'ai été heureux de avoir auprès de moi pour maider à consommer mon sacrifice !

“ Déjà, à mon premier départ de la famille, voilà près de quatre ans, toi, si opposé d’abord ‘à ma résolution qui devait retarder ou détruire tes pieux projets, tu voulus bien, quoiqu'il Pen coûtât beaucoup, me céder ton droit d’aïnesse. Je me rappelle encore tes paroles et tes larmes. Enfin dans la chambre de M. Sébaux tu voulus bien me dire fiat !

“Toi; mon guide, mon professeur, le plus tendre des frères,

après avoir fait le sacrifice de tes projets, lé. sacrifice de ma pauvre personne, tu fus le consolateur de la famille, fis les préparatifs du départ. Que dis-je ? tu dus être mon pauvre consolateur, car je ne pouvais m’arracher des bras de ceux que j'aimais tant ! |

“ Dans cette dernière séparation, tu t'es surpassé. C’est toi qui as consolé et raisonné la famille. Tu m’encourageais, tu me félicitais, tu me chantais le beau cantique du départ, tu m’accompagnais partout comme un père, tu simulais la gaieté. Ensemble, nous nous rendîmes aux pieds de Notre-Dame de la Délivrance pour demander à cette bonne Mère la force et le couxage dont nous avions besoin. Après ce pèlerinage, toujours sous ton égide, je fis le premier essai sur mer, en nous rendant au Havre. Puis-je oublier les préoccupations, tes soins, tes larmes pendant cette petite traversée où le mal de mer me tortura tout le temps ?

“Enfin au Havre, c’est toi qui dois me consoler, mégayer

‘en visitant le bateau, et en m'installant dans ma cabine.

Avant le départ, tu as la bonne pensée de m’arracher au tumulte des voyageurs et des matelots, pour me conduire dans une église voisine. Là, dans une petite chapelle de la Sainte Vierge, tu le mets à genoux pour me demander ma bénédiction, tu me bénis à ton tour; nous nous embrassons. .

“La cloche du navire nous appelle en toute hâte, Tu eus de la peine à t’arracher de mes bras quand il te fallut quitter le bord. Sur le pont, je te suivis des yeux sur la jetée, jusqu’en pleine mer. (C’est alors que, ne pouvant plus y tenir, j’entrai dans ma cabine pour pleurer et sangloter tout à mon aise.

“Me voici dans ma nouvelle patrie après une heureuse traversée. * Sois maintenant sans inquiétude à mon sujet, bien cher

frère; prie seulement pour moi, et de grâce, reste au pays pour ‘ être le conseil et l'appui de la famille; console surtout notre

bon et vieux père; enfin sois l’ange gardien de tous les nôtres.

averrene

“ Puis-je oublier notre bon’ et cher Frédéric ? Te souviens-tu quand j'allai lui faire mes adieux, en ta compagnie ? Il semblait croire que, toi aussi, tu devais me suivre aux missions. Il nous dit à tous les deux : “Mes chers amis, puisque le bon “Dieu vous appelle, partez, car vous n’êtes pas prêtres pour la “ famille, maïs pour procurer la gloire de Dieu et le salut des “âmes. Puisqu’il y a plus de bien à faire à l’étranger et plus “ d’âmes à sauver, il ne faut pas hésiter à nous quitter. Quant “à notre cher père, soyez sans inquiétude, j'en prendrai soin ; “suivez done sans crainte la voix du bon Dien. Je vous “ demande seulement de bien prier pour moi et ma petite famille; “je ne pense pas assez à Lui, accablé que je suis de préoccupa- “tions.” Tous ces souvenirs intimes sont pour moi une immense consolation. Ma lettre est bien longue, trop longue; mais quand je parle de ceux que j'aime, je ne puis en finir...”

Quand il fut question d'envoyer le Père Grandin dans les rudes missions de Amérique du Nord, Mgr de Mazenod fut vivement préoccupé de la faible santé du candidat. Le docteur, consulté, déclara que la constitution du jeune missionnaire était dans un tel délabrement qu’il lui serait à peine possible de supporter l’épreuve de la traversée. |

Les hésitations de l’évêque tombèrent devant les ardentes aspirations et les dispositions exceptionnelles de l’élu.

Avant de voir le Père Grandin à l’œuvre de l’apostolat, il est absolument nécessaire de bien connaître le pays qui va :

devenir le théâtre de son zèle.

Le

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