CHAPITRE Xn
Comment la réjorme liturgique^ résolue, est annoncée aux communautés religieuses et au Clergé. — Voyage de Mgr Bourget à Rome. — Il écrit à la Mère Caron ses pieuses impressions. — Autre lettre à la même lors de son séjour en France. — Les Quarante Heures. — Le mandement relatif à la liturgie Ronfiaine,
Nous avons dit qu'au moment de l'incendie de ses établissements épiscopaux, Mgr Bourget était sur le point de se rendre dans la Ville Eternelle. Force fut d'ajourner son départ afin de prendre d'utiles mesures de sauvegarde et de restauration ; il lui fallait régler encore d'urgence bien d'autres affaires pendantes. De plus, avant de s'éloigner pour un temps dont il ne pouvait, cette fois, prévoir la durée, il tenait à instaurer enfm dans son diocèse la liturgie romaine dans toute sa pureté. Il n'avait pas fait mystère de ses intentions, mais jusque là son projet n'avait pas eu l'agrément de Québec, ni d'autres centres religieux.
Las de négocier en vain, désespérant d'obtenir une action commune pour réaliser une réforme désirable, et pour son compte pressé d'aboutir, il résolut de faire seul le pas décisif qui allait entraîner aussi bien les indécis que les opposants: il avait foi dans la force et l'exemple des faits accomplis.
Peu lui importait, du reste, que ses contradicteurs ordinaires vinssent, une fois de plus, l'accuser de troubler sans rime ni raison, leurs vieilles coutumes et de les tirer à contretemps de leur long repos.
Il leur laissait entendre par les voix les plus claires, toujours paternelles néanmoins, que l'éternité suffisait bien au repos des humains qui n'avaient, ici-bas, qu'à se l'assurer heureuse. Le 22 mars 1854, il adresse donc au clergé et aux
communautés de son diocèse une circulaire relative aux nouvelles cérémonies qu'on devra faire observer dans toutes les églises et chapelles. Aux religieuses, qu'il pouvait croire insuffisamment averties des mobiles comme de la portée de telles mesures, qui paraîtraient à quelques-uns des variations inopportunes, sinon regrettables, il envoya une circulaire explicative où il leur disait :
Attachées €omme vous l'êtes toutes, à vos cérémoniaux particuliers, vous ne pourrez qu'être édifiées de l'attachement de vos évêques pour le pJus vénérable de tous les cérémoniaires, celui de la sainte Eglise romaine. Zélées comme vous l'êtes toutes pour la gloire de Dieu et l'honneur de la religion, vous ne manquerez pas de prier pour que partout les divers offices soient célébrés avec une scrupuleuse régularité...
Dans sa circulaire au clergé nous lisons :
Nos églises vont donc devenir, par notre ponctualité à tout faire selon les règles, comme des miroirs fidèles des saints canons et des images vivantes de la vraie piété. Nos divins offices, bien chantés et bien servis, seront une source intarissable de bénédictions pour le clergé et pour le peuple. La discipline sacrée, qui s'observera dans nos temples, passera dans nos maisons et dans celle des fidèles. La vie privée et la vie domestique, la vie sacerdotale et la vie pastorale seront comme les rayons de sainteté que reflétera, tous les dimanches et fêtes, la splendeur de notre culte. Il s'ensuivra, pour Dieu, une grande gloire, pour l'Eglise, une grande édification, et pour nous, un grand mérite. Avec le culte divin bien soigné, nous conservons la foi ; et avec la foi, nous régnons sur les cœurs ; et notre règne se maintiendra aussi longtemps que se conservera la foi du peuple. Ces vérités sont palpables et n'ont, en conséquence, nul besoin de preuve...
Ce zèle du pieux évêque pour le perfectionnement dans la ponctualité ne laissait pas d'être réfléchi, pondéré. Il se gardait des entraînements ; il veillait à en préserver les autres. Les Sœurs de la Providence se distinguaient par leur filiale soumission à leur saint fondateur et elles s'ingéniaient sous sa prudente direction à avancer rapidement dans la voie de la perfection chrétienne. Elles devenaient ainsi avides d'immolation et de pratiques pieuses. Gomme elles en demandaient un appréciable supplément, Mgr Bourget leur écrivit le 3 juil-
let 1854 par l'intermédiaire de leur Mère Garon : « Vous avez assez de prières à dire chaque jour. En conséquence, je ne suis pas d'avis que vous y ajoutiez rien à l'avenir. Ce qu'il y a simplement à observer pour l'honneur de Dieu et de ses Saints, c'est de faire les prières journalières avec une ferveur toujours nouvelle... »
Le 23 octobre de cette année (1854), l'évêque entreprend enfm son troisième voyage en Europe, laissant l'administration du diocèse à Mgr Prince, son coadjuteur. Pendant son séjour à Rome, il assistera à la définition du dogme de l'Immaculée Conception.
Il se trouva fort occupé dans la Ville éternelle ayant à s'orienter dans le dédale des intrigues qui y étaient menées pour égarer ses pas et perdre son crédit. Partout il sentait éveillé contre lui des préventions, injustes ; partout il y trouvait l'empreinte de mains qui le travaillaient dans l'ombre avec autant de fausseté que de malveillance. Il écrivait alors, à la Mère Caron, supérieure de la Providence :
Rome, 7 mai 1855.
Ma Fille. — J'ai reçu votre lettre du 11 mars dernier, dans un temps où j'étais très occupé ; et ce n'est qu'aujourd'hui qu'il m'est permis de vous répondre. J'apprends avec bonheur que vous êtes contente de votre petite Communauté, parce que le gros de vos sœurs marche bien. Je m'en réjouis, comme bien vous pensez ; et je ne désire rien tant que votre persévérance dans cette bonne voie. Vous ne sauriez trop sacrifier pour Notre-Seigneur qui, depuis que vous avez commencé l'œuvre qu'il vous a inspirée, pour sa gloire et le plus grand bien de ses pauvres, a été en quelque sorte prodigue de ses grâces en votre faveur. La principale est sans doute de vous avoir donné pour première mère et fondatrice, Notre-Dame des Sept-Douleurs. Plus je réfléchis sur l'œuvre de votre fondation, plus je la trouve providentielle : oui, toute providentielle. Aussi, suis-je plus convaincu que jamais que je n'ai été en cela qu'un instrument aveugle et impuissant.
Cette aimable Providence vous ayant mise à la tête de cette Communauté naissante qui, si elle marche toujours dans la voie de la simplicité, de l'humilité et de la charité, doit être à jamais pour le monde une preuve vivante des soins maternels que Dieu prend des siens, sur la terre, il faut, ma bonne Mère, que vous le secondiez puissamment dans l'accomplissement de ses adorables desseins, pour la perfection de son œuvre. Elle ne demande de vous qu'une chose, pour que vous soyez une supérieure suivant
son cœur : c'est que vous ayez toujours les yeux fixés sur Notr«- Seigneur, par l'habitude de marcher en sa sainte présence, afin d'être toujours prête à recevoir ses divines inspirations. Car, quand on le regarde, il est impossible de ne pas voir clair, puisqu'il est le soleil de l'âme. Etudiez continuellement votre sainf règle ; aimez-la et pratiquez-la, et vous n'aurez pas de peine à Ih faire observer à vos sœurs qui, en effet, ne manquent pas, ce me semble, de bonne volonté. Enfin, faites courageusement ce qui coûte le plus à la pauvre nature. Car avec ce noble sentiment de générosité, on peut faire quelque chose pour Notre-Seigneur, qui a si généreusement sacrifié pour nous tout ce qu'il devait avoir de plus cher au monde, savoir sa divine personne elle-même.
Rome est singulièrement dévote à Notre-Dame des Sept-Douleurs. On en trouve partout des preuves sensibles. Beaucoup des nombreuses Madones qui sont exposées dans les rues, à la vénération des passants, sont représentées avec le glaive douloureux qui transperça le cœur de cette bonne Mère. La première chapelle qui se présente à la droite de ceux qui entrent à Saint- Pierre, est la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs : et audessus de l'autel de cette chapelle est représentée en marbre, à peu près comme à la Providence, le mystère des douleurs de l'auguste Mère de Dieu. C'est dans cette chapelle que se débouche la Porte Sainte, qui ne s'ouvre que dans les grands jubilés ; comme pour dire aux milliers de pèlerins, qui alors entrent par cette porte, que c'est par Marie Mère des Douleurs que l'on va au trône des divines miséricordes. De chaque côté du chœur de cette chapelle se trouvent deux autres chapelles habituellement fermées. Dans celle qui est à droite est la colonne du Temple de Jérusalem, près de laquelle, d'après uneancienne tradition, Notre-Seigneur se tenait pour prêcher. Dans la chapelle à gauche est le trésor des reliques de cette grande basilique. Je ne puis vous dire toutes celles que j'y ai vues et vénérées. Mais ce qui m'a le plus frappé, ce sont les cheveux de la sainte Vierge, que l'on y conserve dans un bocal, qui laisse à la pieuse curiosité toute liberté de se satisfaire. Je les ai vus et revus ces cheveux sacrés ; et il me semble que l'impression que j'en ai ressentie ne s'effacera jamais de mon souvenir. S'il y a tant de bonheur à contempler quelques instants, dans cette vallée de larmes, quelques cheveux qui couvraient l'auguste tête de l'humble Vierge, qui aujourd'hui est couronnée de tant de gloire, que sera-ce de la voir, elle-même, face à face et dans toute sa beauté ! La pratique de votre bon Père saint Vincent, qui croyait voir les âmes des bienheureux dont il vénérait sur la terre les restes précieux, m'a beaucoup servi pour ranimer ma ferveur, dans cette ville qui est comme un grand reliquaire, renfermant des millions de saintes et précieuses reliques. Mais je reviens à Notre- Dame des Douleurs. Sa dévotion est ici de tous les jours. Car chez les Servîtes, l'on fait chaque jour, à onze heures et demie, un exercice à l'honneur de la Mère des Douleurs. Dans les exercices
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des Sacramentines, qui ont le bonheur d'avoir le Saint-Sacrement exposé toute la journée, se trouve toujours Texercice pour honorer la Compassion de la très sainte Vierge. Comme cette chapelle est à la porte du Quirinal, je vais ordinairement assister au salut. J'y ai donc souvent entendu chanter le Stabat Mater, qui est votre cantique €héri. Ce qui me touche alors surtout, c'est d'entendre le bon peuple qui tous les jours remplit cette chapelle, répéter sa strophe de ce touchant cantique. On est alors malgré soi enlevé par l'ensemble doux ei simple de tant de voix, qui mêlent leur harmonieux accent aux tendres gémissements de la meilleure des mères...
Le bon évêque souffrait cruellement des misères qu'il constatait parmi tant de sujets d'admiration et de ferveur ; il se réfugiait pour se réconforter dans les places du cœur de Marie et il soulageait le sien en fortifiant celui des autres dans l'amour de la souffrance !
Ayant traité ses affaires à Rome, obtenu pour ses communautés diverses faveurs, encouragé par le Saint Père et béni pour sa fervente dévotion envers le Saint-Siège apostolique, Mgr de Montréal gagne la France et fait un séjour prolongé à Paris, retenu surtout par le désir d'être, là aussi, utile à son diocèse. Le 11 mars, reprenant le cours des souvenirs pieux qu'il emportait de la Ville éternelle, il écrivait de nouveau à la Mère Caron, lui disant :
Ma Révérende Mère. — Je vous dois depuis longte'mps une réponse à -celle que vous m'écriviez en m'envoyant la lettre que vos bonnes sœurs du Chili m'écrivaient avant leur départ en octobre dernier (à Rome).
Il me fallait traverser le Tibre sur le Pont Saint-Adige. Or, il faut vous dire que la vision dont furent favorisés les fondateurs des Servîtes y est représentée, d'une manière singulièrement frappante. Car de chaque côté de ce pont sont de très grandes statues en marbre, représentant les anges en prooession, et portant, l'un la colonne à laquelle Notre-Seigneur fut flagellé, l'autre les fouets avec lesquels son divin corps fut déchiré ; un troisième porte la couronne d'épines ; un quatrième, le linge de la Véronique empreint de la sainte face du Sauveur ; un cinquième, la croix ; un sixième, la lance ; un septième, l'éponge ; un huitième, le linceuil, etc., etc. Que de fois je me suis arrêté pour voir cette procession, fermée par les statues de saint Pierre et de saint Paul ! Que de fois j'ai désiré que vous fussiez à ma place, pour jouir de ce spectacle ! Que d'impressions se font sentir à l'âme, quand on
traverse ce pont, qui semble gardé par les anges et par les princes de TEglise ! Ce pont aboutit à un château, que l'on appelle le Château Saint-Ange, sur lequel on voit la figure de Pange qui a-pparut à saint Grégoire-le-Grand et à toute la ville de Rome, qui était en procession dans ce même lieu, pour demander grâce et miséricorde. Cet ange est représenté remettant son épée dans le fourreau et entonnant le Hegina Cœli. C'est en présence de ce pont, si plein de souvenirs, que la procession de Saint-Marc, en allant â Saint-Pierre, s'arrête, pour chanter des hymnes à l'honneur des saints Anges.
Ces petits détails vous font voir combien vos dévotions sont chères à la Ville Sainte, et par combien de monuments vénérables elles sont consacrées. Aussi y tiendrez-vous fermement à ces dévotions si antiques, si universelles, si douces et si pleines de grâces. Elles sont comme votre élément naturel ; et vous les avez respirées en naissant à la vie religieuse. Maintenant vous ne sauriez vivre, si vous ne les respirez nuit et jour. C'est ce qui vous explique pourquoi Notre-Seigneur, qui s'est toujours montré si libéral, pour votre petite Communauté, n'a cessé d'y répandre le calice de ses amertumes qui renferme toutes les douleurs de sa sainte Mère...
Le 2 avril, il écrit à la même :
Ma Révérende Mère. — Votre lettre du 25 mars m'a rappelé des souvenirs de treize ans, qui sont encore comme d'hier, tant ils iurent pénétrants. Je pense en effet que le jour le plus cruel de ma vie fut celui où je vous donnai le saint habit, que grâces à Dieu, vous vous êtes toujours fait un bonheur de porter...
Il faut vous dire que lorsque je vous vis au pied du petit autel, qui fut celui de votre immolation, je fus saisi de cette pensée Que vont devenir ces bonnes filles, qid s'abandonnent à moi ave{ tant de confiance ? Si Vœuvre qui commence vient à déchoir^ comme cela ne saurait manquer, à en juger humainement, de quel ridicule ne seront-elles vas l'objet de la part d'un monde malin, qui ne leur pardonnera jamais cette folie ? Les voilà 'donc pom jamais perdues et flétries aux yeux de ce monde, si le succès ni vient couronner leur bon dessein ! Mais ce succès, il n'est guèn probable, à en juger d'après les règles ordinaires du bon sens, tel que Ventend la raison humaine. Aux yeux mêmes de la foi, il pour\ Tait bien être que cette entreprise serait, ou prématurée ou impru\ dente.
La cérémonie de cette première vêture se fit donc au miliei d'angoisses indicililes, à votre sujet. Car pour moi, il me sembl< que je ne redoutais pas beaucoup le blâme qui devait m'en rev( nir, si après avoir mis la main à la charrue, vous en étiez venues à regarder en arrière. Votre sort à venir était à peu près le seul objet de mes déchirantes préoccupations.
A peine étiez-vous revêtues de votre nouvel habit, que Ton vous saluait, dans les rues comme des folles. Puis, bientôt s'élevèrent ces furieux orages qui agitèrent si violemment votre Communauté naissante. Ainsi, le mépris au dehors, des peines et des désolations au dedans, la pauvreté avec ses privations et tentations, et mille autres épreuves plus ou moins sensibles environnèrent votre berceau religieux. Tout cela vous était sans doute nécessaire et devait faire croître votre petit Institut ; mais, comme alors on ne voyait pas trop à quoi cela allait aboutir, la foi et la confiance religieuses faisaient assez souvent défaut.
Tels sont les souvenirs que le 25 mars a coutume de rappeler, chaque année, au fond de mon âme. Jugez de là si j'ai à bénir, en ce jour de salut, la glorieuse Mère de Dieu, qui a daigné vous regarder des yeux de sa compassion maternelle, et cela d'une manière d'autant plus tendre, que vous étiez plus petites, qIus délaissées et plus abandonnées. Il me semble maintenant que si votre Communauté sait se conserver dans ces humbles sentiments de son néant, elle continuera à être l'objet de la bienveillante attention de cette incomparable Mère. D'un autre côté, je crains que si en grandissant visiblement aux yeux des hommes, elle vient à s'enfler intérieurement, et à se croire autant et plus que les autres, elle cessera d'être l'objet de cette prédilection chérie, et mille fois plus désirable à coup sûr que l'estime de tous les hommes à la fois.
Aussi le vœu le plus ardent que mon cœur puisse former pour vous toutes, est que vous n'oubliiez jamais votre origine. Car, il m'est évident que la divine Providence, qui vous a donné son nom, vous fera d'âge en âge, éprouver tout ce qu'il y a de biens spirituels et temporels cachés dans son sein. Elle veut, en effet, cette aimable Providence, que votre Communauté soit la preuve toujours vivante que c'est elle qui est la mère du genre humain et qui nourrit tous les malheureux enfants d'Adam...
C'est le 25 juillet de cette année 1856, que Mgr Bourget, absent depuis deux ans, rentre dans sa ville épiscopale et se remet à l'œuvre, que son coadjuteur n'avait d'aucune façon laissé péricliter. Le 19 septembre, il ordonne une quête dans les quatre principales églises de Montréal, en faveur de l'Institution des Sourdes-Muettes, à laquelle il prodiguait son concours affectueux et le 28 septembre, il se rend à Laprairie, pour présider une assemblée des Dames de la Charité. Il s'agissait de savoir si ces dames étnient décidées à continuer leur œuvre de bienfaisance en faveur de l'hospice, qui se trouvait dans le plus grand dénûm^nt, ou si cette maison allait être fermée. Les dames, à son appel chaleureux, décident unanimement de redoubler d'efforts pour la soutenir.
Le 21 février 1857, il inaugure dans son diocèse la pieuse pratique des Quarante Heures^ initiative qui provoque dans les milieux ordinairement opposants, les inévitables critiques que sait multiplier une malveillance systématique.
Mgr Bourget ne fut pas long à constater que ses conseils relatifs à la liturgie romaine, qu'il tenait à mettre en honneur, n'avaient pas été acceptés également par tous. Gomme il n'entendait tolérer aucune divergence à cet égard, il publie le 5 juin 1857 une ordonnance par laquelle il recommande à toutes les communautés de son diocèse de se conformer aux prescriptions du cérémonial de la sainte Eglise romaine ; il supprime tous les usages et coutumes qui y sont contraires. Il dit et ordonne ce qui suit :
Intimement pénétré comme nous l'avons toujours été, que l'esprit de Dieu s'est reposé dans le cœur de vos fondateurs et fondatrices de pieuse mémoire, nous nous sommes toujours fait un devoir de vous exhorter à vous maintenir dans l'esprit primitif de vos instituts respectifs, qui forment cette belle variété qui relève si haut l'éclatante beauté de votre reine, l'Immaculée Vierge, la fille aînée et la Mère de l'Eglise.
Dans cette vue, nous nous sommes toujours appliqué à vous exhorter d'accomplir les plus petits points de vos saintes règles, dans la pensée que vous y trouveriez toujours une souveraine perfection. Cependant, nous connaissons que ces règles n'obligent pas sous peine de péché, à moins que vos vœux religieux n'y soient concernés.
Nous devons donc, nos très chères filles, nous faire un devoir plus strict de vous faire suivre toutes les règles liturgiques qui nous sont imposées à tous par l'Eglise en vertu de la sainte obéissance. Or, voilà ce que nous avons à statuer dans la présente ordonnance, comme vous l'allez voir. Avec des cœurs disposés comme le sont tous les cœurs religieux que la foi et la piété animent, il n'est nullement nécessaire d'entrer dans le détail des raisons qui doivent vous porter à accepter avec grand bonheur les réformes que vous avez à faire dans les cérémonies qui se font dans vos églises et vos communautés. La considération que ce sont des cérémonies de la sainte Eglise romaine, notre mère et notre maîtresse, qu'il faudra suivre dans toute sa pureté, vous suffira sans doute.
Nous allons toutefois faire ici une supposition qui va vous faire toucher du doigt la nécessité de vous rapprocher de toutes ics règles liturgiques de notre bonne et sainte mère l'Eglise ro-
maine. Une communauté fervente a été privée pendant longtemps du précieux avantage de communiquer souvent avec sa communauté mère ; de sorte qu'avec le temps elle a changé plusieurs choses dans ses usages, ses règlements, son costume. Mais la divine Providence lui a ménagé une circonstance toute spéciale qui l'a mise en rapports intimes et continuels avec cette communauté mère. Elle s'est alors aperçu que, sans trop savoir pourquoi ni comment, elle ne ressemble plus en beaucoup de choses à la communauté qui l'a fondée, laquelle s'est maintenue, par la grâce de Dieu, dans toute la vigueur de l'esprit primitif. N'est-il pas tout naturel que cette communauté cherche à bien connaître tous les points sur lesquels il y a variété entre sa communauté mère et elle ? Et comme elle est animée d'ailleurs d'un bon esprit et qu'elle est très fervente, n'est-il pas clair qu'elle adopte avec bonheur toutes les réformes qui sont à faire pour se mettre en parfaite harmonie avec une aussi bonne mère. Telle a été, nos très chères sœurs, notre condition dans ce pays, et c'est ce qui vous explique les raisons de tous les changements que vous voyez s'opérer petit à petit jusqu'à ce qu'enfin nous soyons arrivés à ^- nerfection, autant qu'il est permis d'y aspirer dans ce bas monde ; d'ailleurs, nos très chères soeurs, en acceptant purement et simplement le joug de l'Eglise mère, vous allez aussi participer à beaucoup de ses inestimables avantages comme vous allez en juger vous-mêmes par les dispositions de la présente ordonnance.
Il nous reste à vous bien recommander, nos très chères sœurs, de beaucoup prier pour que partout les divins offices soient célébrés, avec cette ponctualité, cette ferveur et cette piété qui, en rendant à la divine Majesté les honneurs qui lui sont dus, édifient merveilleusement les bons chrétiens et convertissent les pauvres pécheurs.
A ces causes, le saint nom de Dieu invoqué, et de l'avis de nos vénérables frrèes les chanoines de notre cathédrale, nous avons réglé, statué et ordonné, réglons, statuons et ordonnons ce qui suit :
1. Le cérémonial de la sainte Eglise romaine sera observé dans toutes les chapelles et les communautés de notre diocèse.
2. Nous supprimons tous les usages et coutumes qui pourraient y être contraires.
3. L'on se conformera au Précis qui accompagne la présente ordonnance, lequel a été fait plus spécialement pour l'usage de ces communautés.
4. En conséquence, on n'y dira ni ne chantera plus de messes en présence du Saint-Sacrement exposé, si ce n'est le premier et le dernier jour des Quarante-Heures qui s'y célèbrent comme il sera marqué dans YOrdo de l'année.
5. A la place, chaque communauté pourra prendre à son choix un des jours de l'octave de la Fête-Dieu, excepté le dimanche durant cette octave qui est consacré à la procession de toute la ville,
pour faire dans l'intérieur de Tenclos ou de la communauté, sa procession particulière avec permission de faire un reposoir.
6. On s'y fera un bonheur de faire l'anniversaire de la création et du couronnement du souverain Pontife, comme suit : il y aura communion générale chacun de ces deux jours. Au premier de ces anniversaires, l'on chantera à la messe de communauté ; et au second, il y aura salut et bénédiction du Saint-Sacrement à l'heure la plus commode, et de plus, grand congé pour la communauté.
Sera la présente ordonnance lue en chapitre, etc.
C'est le 28 juin de la même année que Téglise Saint-Jacques, incendiée en 1852 et reconstruite, est ouverte au culte et que celle de la Providence cesse de servir aux services paroissiaux.