‹ Mgr Ignace BourgetChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Mgr Bourget et les Sœtirs de la Charité de la Providence. — Il leur donne la règle de Saint Vincent de Paul. — Il conseille runion et la solidarité entre les communautés dont il est le [ondateur et il travaille à leur perfectionnement dans le culte de Dieu et le service du prochain. — Il les destine aux missions sauvages. — Nouveau voyage à Rome. — Concile provincial de Québec. — Il institue l(^ fête de Notre-Dame de Grâce et combat lœuvre impie d'Ernest Renan. — Il appelle les fidèles de son diocèse à V Association de V Apostolat de la Prière. — La situation de VEglise préoccupe le saint évêque et il prescrit des prières à ses communautés.

Jamais, Mgr Bourget ne dissimula sa grande prédilection pour les -Sœurs de Charité de la Providence.. Elles s'étaient groupées autour de lui en des heures pénibles, malgré leur commune détresse ; elles s'étaient formées sous ses yeux, pleines de confiance en lui, avec un parfait abandon, avec une sainte allégresse, dociles, résignées à l'incertitude du lendemain, aux humiliations de chaque jour, aux durs labeurs ; ainsi elles avaient semé abondamment de bon grain un vaste champ que les oiseaux du ciel venaient cependant ravager sous leurs yeux attristés ; et elles avaient repris leur travail ingrat sous la direction vigilante du meilleur des pères qui les^ guidait le corps sur la terre, mais l'esprit dans les cieux- L'évêque voulait faire de cette communauté un modèle à suivre, ayant eu soin pour l'organiser et l'éprouver de s'inspirer de l'incomparable apôtre de la charité qu'était Saint Vincent de Paul. Partout, en effet, où cela lui avait été possible, à Paris notamment, il s'était minutieusement informé de l'esprit de ce Saint, comme des œuvres recommandées par lui, et il résolut

de perfectionner encore sa meilleure fondation d'après ces exemples consacrés par l'expérience et par le temps.

Il commença en novembre 1857, sa visite canonique à la Providence et il ne la termina que le 2 février 1858 par un mandement adoptant les règles de saint Vincent de Paul pour cet institut, dont il rédigea aussi le coutumier. Il fit en même temps distribuer des exemplaires de la Règle.

Dans ce Mandement de circonstance et particulier à cet institut, révoque dit à celles qu'il appelait, avec une réelle tendresse, ces chères Filles :

L'objet principal de notre dernière visite pastorale était N. T. C. F., de vous confirmer de plus en plus dans l'esprit de votre sainte vocation, en fixant définitivement vos règles communes et particulières. Car dans toute communauté régulière, le bon esprit et la règle vont ensemble. Et, en effet, c'est le bon esprit qui rend la règle vivante, en la faisant observer exactement; et c'est la règle qui entretient le bon esprit quand elle y est en vigueur ; ou, si vous le voulez, la règle est la lampe de la communauté, et le bon esprit est l'huile qui y brûle pour l'éclairer. Or, vous savez toutes comme le divin époux presse les vierges de l'évangile de faire une abondante provision de cette huile sacrée, sans laquelle il ne leur serait pas permis d'entrer dans la salle du festin.

Pour faire ce grand travail, nous avons, comme vous le savez, N. T. C, F., fait diversion avec les affaires générales du diocèse, pour pouvoir procéder avec plus de maturité, dans une chose si sérieuse pour vous, puisqu'il s'agit de rien moins que de l'avenir de votre Communauté. Pour la même raison, nous avons passé environ quarante jours dans votre Hospice Saint-Joseph, qui nous offrait tous les avantages et les charmes de la solitude, qui était à nos yeux la sainte maison de Nazareth, ce vrai séjour de la vie intérieure. Pendant ces jours de repos, vous vous souvenez sans doute comme nous nous transportions, tantôt dans votre modeste mais pieux oratoire, tantôt dans les salles de vos bonnes vieilles, et tantôt dans la dévote chapelle de vos innocentes orphelines. C'était pour joindre nos humbles supplications à vos ferventes prières qui, tout en répandant leur céleste parfum dans ce lieu salutaire, nous méritaient ces lumières dont nous avions un si pressant besoin. Car, si vous y faites attention, ce fut toujours dans quelque désert que Dieu conduisit ceux dont il daignait se servir pour promulguer ses lois aux diverses communautés dont il a bien voulu doter son Eglise. Oh ! c'est que dans la solitude, le ciel est j)lus ouvert, Vair plus pur, Dieu plus familier. C'est à la suite de cette longue retraite, et après tant de prières,

que nous croyons devoir mettre le sceau de not're approbation à vos saintes règles et à vos louables coutmnes, qui en sont comme le développement et l'application. Mais auparavant, nous avons un mot à vous dire du véritable esprit de votre petite et humble compagnie. Car il vous importe souverainement de bien connaître et de ne jamais oublier pourquoi vous existez, et sur quel pied vous vous trouverez parmi les autres communautés.

Vous avez été, N. T. C. F., engendrées à la religion, pour faire toutes les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle et soulager par là toutes les misères humaines, en tous lieux, en tout temps, et envers toutes espèces de personnes, excepté les filles de mauvaise vie, dont vous n'êtes pas chargées par la divine Providence. Vous avez été enregistrées parmi les femmes consacrées au Seigneur, et vous êtes connues dans l'Eglise de Dieu, sous le titre de Filles de la Charité, parce que le caractère distinctif de votre communauté est la charité, tellement que, sans elle, elle ne serait plus qu'wn airain sonnant et une cymbale retentissante, eût-elle d'ailleurs tout ce qu'il faut pour briller aux yeux des hommes, parce qu'alors elle ne serait rien aux yeux de Dieu.

Vous êtes donc consacrées à Dieu, M. T. €. F., non pour donner l'éducation aux enfants des riches, mais pour nourrir les pauvres et soigner les malades ; comme aussi pour avoir soin des enfants pauvres et les élever saintement, en vous faisant leurs mères. C'est à domicile et dans les tristes lieux où elles se cachent, que vous devez aller chercher les misères que vous avez à soulager. C'est dans les maisons des malades et au chevet du lit des moribonds, que vous devez vous immoler à la charité, en sacrifiant pour les membres souffrants de Jésus-Christ, tout ce que vous avez de forces ; et cela jusqu'au dernier soupir. Aussi, quand même vous n'auriez à desservir ni salles, ni hôpitaux, vous vous trouveriez toujours en plein exercice des œuvres propres à votre Institut, dans les maisons des indigents et des moribonds, dans les abris des cholériques et autres pestiférés, partout enfin où il y a des malheureux à secourir.

En prenant naissance à la vie religieuse, vous avez reçu avec le nom de filles de la charité celui de servantes des pauvres, parce que Dieu, qui est la charité même, ayant voulu que les pauvres fussent d'autres lui-même, il vous faut nécessairement être les très humbles servantes du Dieu pauvre, pour être des dignes filles de la charité ! Ce titre de servantes des pauvres, dont vous êtes sans doute par-dessus tout jalouses, vous ramène sans cesse à la fin principale de votre vocation, qui est d'accomplir cette parole de Notre-Seigneur : Lorsque vous serez invitées aux noces, tenez-vous à la dernière place. Et, en effet, vous avez été instituées pour être la dernière de toutes les communautés, pour faire toutes les œuvres les plus humiliantes, pour remplir les offices les plus bas, pour soigner les pauvres les plus rebutants, pour faire les travaux les plus pénibles ; pour vous charger enfin de tous les ministères

de charité qui se trouveraient incompatibles avec les devoirs qu'ont à remplir les autres communautés, ramassant ainsi, en quelque sorte, comme de bonnes Chananéennes, les miettes qui t'Oinbent de leurs tables.

C'est dans un asile de la Providence, comme dans un berceau, que vous avez été reçues, M. T. C. F., lorsque vous êtes entrées en religion, par la profession de vos vœux. x4ussi, est-ce sous le nom de Sœurs de la Providence cjue vous êtes vulgairement connues. Là encore se révèle l'esprit propre de votre saint état, qui doit être un esprit de parfait abandon aux dispositions de l'adorable Providence. Car, dénuées de toutes ressources humaines, et obligées cependant de secourir toutes les misères, vous avez à exploiter par votre confiance toute filiale, les inépuisables trésors de cette aimable Providence, qui ne vous a jamais fait défaut, et qui ne vous manquera jamais, si vous savez recourir à elle pour vos propres besoins et ceux de vos pauvres. Avec cet esprit de confiance en la Providence que vous vous plaisez à invoquer, comme votre bonne et tendre nourrice à toutes, vous serez semblables à votre père saint Vincent de Paul qui fut toujours sensible à compatir, toujours prompt à subvenir aux nécessités des pauvres. Oh ! oui, vraiment, avec ce bon esprit, vous serez capables de secourir toutes les misères et de soulager toutes les douleurs qui "affligent la pauvre nature humaine.

Filles de la charité, les traits de votre physionomie religieuse doivent donc être ceux de la reine des vertus. Car enfin, des filles bien nées doivent ressembler à leur mère. En conséquence, votre portrait spirituel doit être celui que l'apôtre saint Paul fait de la charité, en nous enseignant que cette divine charité est douce et patiente ; qii^elle n'est vas envieuse ; qu'elle n'agit pas légèrement ; qu'elle ne s'enfle vas d'orgueil ; qu'elle n'est pas ambitieuse ; qu^elle ne cherche pas ses propres intérêts ; qu'elle ne se met jjas en colère; qu'elle ne soupçonne point le mal; qu^elle ne se réjouit pas de l'i^iiquité ; mais qu^elle met ses complaisances dans la vérité; qu'elle souffre tout; qu'elle croit tout; qu'elle espère tout ; qu'elle soutient tout.

Comme vous le voyez, M. T. C. F., la charité a un magnifique cortège de vertus, auquel il est facile de la reconnaître. Ce sera à ce même entourage que l'on vous reconnaîtra partout pour ses filles ; et c'est ce que vous demandez en récitant la petite prière que nous vous donnâmes, le premier jour de l'An et que vous reçûtes comme étrennes, avec une joie qui, à elle seule, prouvait votre foi. Et, en effet, ce bon esprit est le plus précieux don que puisse vous faire le Père des lumières, de qui vient tout don parfait. Car il renferme tous les biens que peut désirer un cœur chrétien et religieux ; et Notre Seigneur vous assure que son divin Père l'accorde toujours à ceux qui le demandent avec insistance.

Tel est, N. T. C. F., l'esprit propre de votre petite compagnie. Tel est pour vous le feu sacré que Notre-Seigneur a apporté du

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ciel, et dont il veut éclairer et embraser toute votre communauté. C'est à la lueur de ce flambeau sacré que vous devez marcher dansle sentier de la justice, comme c'est aussi à la clarté de cette céleste flamme c[ue nous tâchons de procéder dans l'examen et l'approbation de vos règles, dont il nous reste à vous entretenir.

Pour Ciue vous entriez mieux, M. T. C. F., dans l'esprit de ces règles, nous allons vous dire d'abord bien l3onnement ce qui s'est passé à ce sujet.

Pendant qu'en 1841, notre gouvernement incorporait VAsile de la Providence, établi à Montréal pour les femmes âgées et infirmes, nous nous occupions, en Europe, du soin de donner à ces bomies vieilles, de charitables hospitalières. C'est qu'alors, nous étions loin de penser que Dieu avait ici, déjà toutes prêtes, des pierres d^attente pour le nouvel édifice qu'il voulait élever dans cette ville, pour y faire honorer sa bienheureuse Mère, sous le titre de Notre-Dame des Sept-Douleitrs.

Nous avions pris nos mesures pour que la France nous donnât une petite colonie des admirables filles de saint Vincent de Paul ; et selon toutes les apparences humaines, nous pouvions compter sur les engagements pris à cet égard. Mais Dieu, dont les desseins sont toujours impénétrables, en avait disposé autrement. Nous dûmes nous soumettre humblement à sa divine volonté, et accepter avec résignation un contretemps qui devait paraître une vraie disgrâce.

Ayant perdu l'espérance d'avoir ici des filles de saint Vincent, vous voulûmes du moins avoir ses règles. Or, voilà que, par une disposition particulière de la divine Providence, un exemplaire authentique de ces saintes règles nous est communiqué. C'était celui qu'avait autrefois obtenu feu Mgr Flaget, alors évêque de Bardstown, de sainte mémoire, dans un cas semblable à celui dans lequel nous nous trouvions. Car sur le point de s'embarquer avec les Filles de la Charité qu'on lui avait promises, il eut la douleur de voir s'évanouir toutes ses espérances ; et pour le consoler, on lui donna, en dérogeant à l'usage invariable où l'on était de ne communiquer ces règles à personne, l'exemplaire en question ; et ce fut sur ce manuscrit précieux que furent formées les Filles de la Charité des Etats-Unis.

Voilà comment vous êtes devenues les Filles de saint Vincent de Paul, dont la règle est la pierre fondamentale qui porte tout l'édifice de votre communauté. Cette règle est si pleine de l'esprit de Dieu qu'elle a suffi pour diriger dans les bonnes voies, depuis deux siècles, ces héroïnes de la charité. Et à l'heure qu'il est, elle fait mouvoir onze à douze mille sœurs, par des ressorts secrets mais si puissants, que le monde entier en est émerveillé.

Il y a là, sans doute, plus qu'il ne faut pour vous porter, M. T. C. F., à recevoir ces règles vénérables comme un dépôt sacré, et à les pratiquer avec amour. Elles vont former la première partie de vos constitutions, que nous allons sanctionner au.

nom de Notre-Seigneur, pour que vous ne soyez plus flottantes dans l'accomplissement de vos devoirs religieux. Nous vous donnons ces règles avec toute leur simplicité. Car nous aurions craint d'en diminuer la délicieuse onction en les revêtant d'un style nouveau, qui d'ailleurs, leur aurait lait perdre ce vénérable prestige qui s'attache aux choses antiques.

Quant aux règles coutumières qui forment la seconde partie de vos constitutions, elles sont aussi bien dignes de votre vénération. Car, outre qu'elles sont en usage depuis environ deux cents ans, dans plusieurs ferventes communautés dévouées comme vous à l'exercice des œuvres de charité, elles vous ont déjà rendu à vousmêmes l'immense service de vous avoir initiées aux saintes praticiues de la vie religieuse.

Les règles coutumières renferment aussi vos propres constitutions ; car ayant à embrasser toutes sortes de bonnes œuvres, il devenait nécessaire d'adopter des règles pratiques qui vous convinssent spécialement. Mais ces règles-là même sont de votre choix, car vous avez dû remarquer que nous nous sommes appliqué à rechercher toutes vos louables coutumes, et qu'avant de les faire passer en règles, nous avons eu soin de nous assurer, par le témoignage des sept conseillères, chargées de représenter toute la communauté, qu'on les jugeait salutaires et qu'on les avait pour agréables.

La raison en est, N. T. C. F., que Notre-Seigneur est spécialement honoré dans les communautés, parce que c'est par amour que l'on se charge du joug de la règle. Cette règle n'est de fait que le résumé des conseils évangéliques, dont il n'a voulu faire aucun précepte. Comme aussi cette considération du pur amour, dans l'accomplissement de vos saintes règles, va vous animer à n'y jamais manquer. Vous serez aussi puissamment encouragées à pratiquer les plus petits points de la règle, par la pensée que si chaque sœur est régulière, la communauté tout entière le sera, et qu'en récompense Dieu la fera prospérer dans toutes ses œuvres de charité.

Or, pour que vous ayez toujours sous les yeux le bonheur qui vous attend, même sur la terre, si vous faites les saintes œuvres dont vous charge la divine Providence, avec toutes les dispositions requises, nous reproduisons ici le beau passage du prophète Isaïe, qui dans son langage sublime, nous découvre les abondantes bénédictions que Dieu se plaît à répandre, dans les maisons charitables. Ecoutez, N. T. C. F., avec une attention sérieuse, les touchantes paroles que vous adresse le Seigneur par la bouclie de ce grand prophète.

« Faites part de votre pain à celui qui a faim, et faites entrer dans votre maison les pauvres et ceux qui ne savent où se retirer. Lorsque vous verrez un homme nu, revêtez-le ; et ne méprisez pas votre chair. Alors votre lumière éclatera comme l'aurore, vous recouvrerez bientôt votre santé ; votre justice

marciiera devant vous, et la gloire du Seigneur vous protégera... si vous assistez les pauvres avec effusion de cœur, et si vous remplissez de consolation l'âme affligée, votre lumière se lèvera dans les ténèbres, et vos ténèbres deviendront comme le midi. Le Seigneur vous tiendra toujours dans le repos ; il remplira votre àme de ses splendeurs, et il engraissera vos os : vous deviendrez comme un jardin toujours arrosé, et comme une fontaine dont les eaux ne tarissent jamais. Les lieux qui avaient été déserts depuis plusieurs siècles, seront dans vous remplis d'édifices ; vous relèverez les fondements abandonnés pendant une longue suite d'années, et l'on dira de vous que vous réparez les haies détruites, et que vous faites ne demeure paisible des chemins passants. » (1)

Nous ne nous arrêterons pas ici à faire l'application de ces divines paroles aux différentes œuvres de charité que vous avez à faire, parce que nous savons bien que vous en acquerrez avec le temps, une connaissance intime, qui sera chez vous le fruit, non de l'étude, mais de la pratique.

Il nous reste, N. T. C. F., à vous faire quelques recommandations, pour que vous sachiez encore mieux comment observer vos saintes règles. Car vous comprenez qu'elles ne seraient pour vous qu'une lettre morte, si vous n'en faisiez pas une étude suivie, et si vous n'en gardiez pas religieusement les plus petits points.

1. Bientôt on remettra à chacune de vous un exemplaire imprimé de toutes vos règles et coutumes. Acceptez-le avec respect, comme si Notre-Seigneur Jésus-Christ vous le donnait luimême, et regardez-le comme un riche trésor. Prenez-le pour votre guide durant le voyage de cette vie : Ah ! si vous vous laissez conduire par ce guide fidèle, vous arriverez sûrement dans la terre des vivants, cette vraie terre promise qui coule le lait et le miel.

2. Chaque fois que vous ouvrirez ce livre, croyez que Notre- Seigneur ouvre sa divine bouche pour vous instruire de tous les devoirs de la vie religieuse, qui ne sont autres que les conseils évangéliques réduits en pratique.

3. Baisez avec affection ce livre avant de le lire et après l'avoir lu, comme vous auriez certainement baisé les pieds du divin Maître, si partageant le bonheur des saintes femmes, vous aviez été admises à ses instructions.

4. Demandez sans cesse le bon esprit qui vous fera comprendre votre règle, et la bonne volonté qui vous la fera observer. En la comprenant, vous l'aimerez ; en l'aimant, vous la garderez ; et en la gardant, vous deviendrez parfaitement régulières. Or, si vous êtes toutes animées de cet esprit de régularité, la communauté qui se compose de vous toutes, sera, par une conséquence néces-

(1) Isaïe, ch. 53.

saire, une bonne et fervente communauté. Chacune de vous peut donc se dire continuellement à elle-même, pour s'encourager à bien observer sa règle : Si je suis régulière, je contribue à la régularité de la comraunauté tout entière, et si je suis irrégulière f empêche ma communauté d'être aussi régulière qu'elle le doit être. Quelle terrible responsabilité.

5. Lisez peu à la fois, mais réfléchissez beaucoup, pour pouvoir sentir et goûter tout ce qu'il y a de délicieux dans la règle. A cette fin, suivez, eu lisant vos saintes règles, les trois excellentes méthodes de prier de saint Ignace. D'abord lisez-les, en examinant si vous les suivez fidèlement, pour vous humilier de les observer si mal. Notez tous les points sur lesquels vous seriez irrégulières, afin de vous en faire comme un mémoire, que vous ayez toujours sous les yeux pour vous ramener à Tordre. Lisez-les ensuite en les méditant, pour exercer votre mémoire, en la remplissant de bonnes pensées ; pour éclairer votre entendem.ent, en faisant de sérieuses réflexions, et pour échauffer votre volonté, en l'excitant à de saintes et pieuses affections. Enfl.n. lisez-les

. comme on lit, ou plutôt comme on chante un cantique harmonieux dont l'air mélodieux charme l'oreille et réjouit le cœur, c'est-à-dire, arrêtez-vous sur chaque mot le temps d'une respiration, pour en faire jaillir la lumière qui éclaire votre esprit, et le feu qui embrase votre âme.

6. Pensez en lisant vos saintes règles, qu'elles sont des lettres que vous envoie du ciel votre divin Epoux, par le ministère de vos anges gardiens, pour vous avertir de vos plus petits défauts, parce qu'il est souverainement jaloux de la pureté de vos cœurs, et pour entretenir avec vous, qu'il aime comme ses épouses, un saint commerce d'amiour. Oh ! qu'elle est délicieuse cette correspondance !

7. Regardez comme adressées à vous-mêmes, ces recommandations que le Seigneur faisait à son peuple, en lui donnant sa loi :

« Ces commandements que je vous donn» aujourd'hui, seront gravés dans vore -cœur. Vous en instruirez vos enfants ; vous les méditerez assis dans votre maison, en marchant dans le chemin, la nuit dans les intervalles du sommeil, le matin, à votre réveil. Vous les attacherez dans votre main, comme un signal ; vous les porterez sur le front entre vos yeux> Vous les écrirez sur le seuil et sur les poteaux de la porte de votre maison. » (Deutéronome, ch. VL)

8. Pour être constamment fidèles à ces divines recommandations, que votre pratique invariable soit de vous rappeler, à chaque action, les méthodes qui vous sont enseignées par la règle pour la bien faire. Avant de la commencer, recueillez-vous, élevez votre cœur à Dieu et dites-vous à vous-mêmes : Que dit la règle ? Oh ! si, jour et nuit, vous écoutiez cette voix puissante : Que dit la règle, vous feriez bien toutes choses.

9. Enfin, par amour pour la règle, faites-vous un bonheur d'en apprendre quelque chose par cœur. Allez chercher chaque jour dans ce jardin des Heurs odorifiantes, pour en faire votre bouquet spirituel. Cherchez-y dans les temps mauvais et aux jours de vos combats, des armes offensives et défensives, qui vous fassent remporter d'éclatantes victoires contre tous vos ennemis. Enfin, qu'une de vos résolutions, en terminant vos oraisons, vos actions de grâce après la sainte -communion, et vos autres pieux exercices, soit de bien observer toute votre règle, et entr'autres le ])Oint qui vous répugnerait le plus, ou que vous auriez transgressé plus librement.

Telles sont, N. T. C. F., les principales pratiques que nous vous recommandons, comme des moyens assurés pour parvenir à la perfection de votre saint état, en accomplissant ponctuellement les règles que nous allons vous imposer au nom de Notre- Seigneur, qui vous dit à toutes par notre bouche : Prenez vousmêmes et recevez avec une joie toute sainte le joug du Seigneur^ car ce joug est doux, et ce fardeau est léger. Oh ! qu'il y a de suavité dans ces paroles du divin époux ! comme aussi elles vont être efficaces pour vous faire étudier, aimer et pratiquer vos saintes constitutions, jusqu'au dernier soupir !

A ces causes, le saint nom de Dieu invoqué, nous avons réglé, statué, ordonné, réglons, statuons, ordonnons ce qui suit :

1. Les règles communes et particulières de saint Vincent de Paul, pour les Filles de la Charité Servantes des Pauvres, sont, par les présentes, approuvées et sanctionnées, pour servir de règles constitutives aux Filles de la Charité, établies dans cette ville, par notre mandement du 29 mars 1844, et, en conséquence, elles devront être par elles fidèlement et constamment suivies.

2. Les règles coutumières sont aussi, par les présentes, admises comme des usages louables, et comme devant servir efficacement à entretenir, entre toates les sœurs, une parfaite conformité.

3. Les unes et les autres seront imprimées au plus tôt en un seul volume, qui devra être, d'un format commode et portatif ; et on en mettra un exemplaire à l'usage de chaque sœur.

4. En vertu d'une commission spéciale, à nous donnée, le neuf juillet mil huit cent cinquante-ci aq, par le général des religieux serviteurs de la bienheureuse Vierge Marie, nous établissons le Tiers-Ordre des Servîtes dans chaque église ou chapelle desdites Filles de la Charité, avec tous les privilèges y attachés par les .souverains pontifes. Les prêtres chargés de desservir ces églises ou chapelles seront les chapelains dudit Tiers-Ordre, et jouiront du pouvoir d'y agréger les fidèles de l'un et l'autre sese, en se conformant aux règles prescrites, pourvu qu'il n'y ait pas, sur les lieux, de communautés des dits religieux Servîtes.

5. Nous confirmons, autant que cela pourrait être nécessaire, la Confrérie de Notre-Dame des Sept-Douleurs, et nous autorisons par les présentes, les prêtres chargés de desservir les égli-

ses ou chapelles des dites Filles de la Charité, à recevoir avec tous les pouvoirs ordinaires, dans cette pieuse association, les fidèles de l'un et de l'autre sexe.

6. En vertu d'un induit du Souverain Pontife, en date du 1®^ juillet 1845, nous déclarons privilégié à perpétuité, le maîtreautel des églises ou chapelles dédiées à Notre-Dame des Sept- Douleurs. Ce privilège est pour chaque jour de l'année.

7. En vertu du même induit, nous permettons que, dans toutes les églises ou chapelles dédiées à Notre-Dame des Sept-Douleurs, l'on puisse faire l'office et dire la messe de tous les saints et bienheureux que les dits religieux Servîtes peuvent célébrer dans leurs églises, par privilèges et concessions apostoliques. (1)

8. Les diplômes du dit général des Servîtes, nous autorisant à. établir le Tiers-Ordre et la confrérie du saint scapulaire de Notre-Dame des Sept-Douleurs, demeureront exposés dans la sacristie, ainsi que le calendrier des saints et bienheureux approuvé par le Saint-Siège, pour les dits religieux.

Toutes ces faveurs ont pour but, nos très chères filles, de nourrir en vous de plus en plus la dévotion à Notre-Dame des Sept-Douleurs. C'est pour vous aider à propager en tous lieux, et jusqu'aux extrémités de la terre, cette dévotion si attendrissante, que de nouveaux saints vous sont donnés pour protecteurs. Vous verrez, en lisant leurs vies, par quels moyens admirables ils furent appelés à cette céleste vocation ; avec quelle générosité ils répondirent aux desseins de Dieu, avec quel succès ils répandirent la dévotion à la Mère des Douleurs, à quelles sublimes vertus ils s'élevèrent, quelles grâces extraordinaires ils obtinrent, par Marie désolée, quelle mort sainte et heureuse ils firent. Puissent leurs beaux exemples, vous exciter sans cesse à bien remplir votre mission.

Maintenant, ô Mère des Douleure, bénissez ces règles écrites sous votre dictée, pour la gloire de votre divin Fis et la vôtre. Bénissez les filles de votre charité, les servantes de vos pauvres, pour qui ces règles sont faites. Donnez-leur votre bon esprit, pour que toujours et jusqu'à la fin des siècles, elles observent ces règles avec fidélité. Bénissez leur humble et petite communauté, pour qu'elle devienne sous votre puissante protection, comme une montagne de myrrhe et d'encens, répandant partout la bonne odeur de votre cœur immaculé, mais percé de mille et mille glaives de douleur. Multipliez-les, en leur envoyant des sujets selon votre cœur et dévoués au service des pauvres. Oh ! soyez toujours leur bonne et tendre mère ; et qu'elles soient toujours en

(1) Par décret du Saint-Siège, l'Institut ne fait plus partie du Tiers- Ordre des Servîtes de Marie.

retour, nos filles dévouées. Sela le présent mandement lu en chapitre, etc.

Donné à Montréal, le 2 février 1859.

f IG., évêque de Montréal.

La sollicitude dont révoque faisait ainsi preuve envers la communauté de la Providence n'était pas exclusive. Au contraire, elle semblait s'alimenter dans l'exercice et se renforcer ainsi en faveur d'autrui dans ce foyer de grâces. Nous en trouvons une preuve dans la lettre que le charitable prélat écrivit le 3 décembre 1859 à sœur Joseph du Sacré-Cœur, supérieure de la Providence à A'ancouver, où il lui disait :

... Ce que j'ai à vous recommander par-dessus tout, c'est de vous mettre en rapports intimes avec les supérieures des sœurs de Portland (sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie) et de Victoria (sœurs de Sainte Anne) pour vous entendre cordialement dans toutes les saintes entreprises qu'il faudra faire pour étendre le règne de Jésus-Christ. Usez de toute votre autorité et influence sur vos communautés, pour que les sœurs se portent une telle estime et affection que vous paraissiez toutes trois ne faire qu'une seule et même communauté. Car, sous un habit différent, vous devez avoir un même esprit, un même cœur, une même volonté de glorifier la divine Majesté et de servir la sainte Eglise, en soignant ses pauvres ou en instruisant ses enfants.

Je dois vous dire ici que vos supérieures générales sont dans la même disposition et qu'elles ne manqueront pas de vous donner cette direction, en toute occasion qui se présentera de le faire.

Notre-Seigneur vous a ménagé des épreuves qui vous étaient nécessaires afin que vous comprissiez mieux com.bien il lui en a coûté pour fonder l'Eglise, qui est sa grande et admirable communauté ; et vous serez maintenant plus en état de porter le secours de la consolation aux nouvelles supérieures qui auront, elles aussi, à passer par ces rudes épreuves. Car on ne sait rien pour la conduite des autres, lorsque l'on n'a pas été tenté soimême.

Il me semble que désormais vous aurez plus de mouvem.ent et de vie dans votre fonctionnement, à cause du plus grand nombre d'ouvriers qui vont être à l'ouvrage. Vos confesseurs et directeurs pourront s'échanger de temps en temps, pour vous donner des retraites et vous servir de Quatre-Temps.

Vous pourr-ez de même vous échanger avec vos voisines, pour vous porter un mutuel secours pour le service des pauvres et l'instruction des enfants, afin de vous tenir, autant que possible, aux œuvres propres de votre saint état.

Entretenez-vous par lettres, aussi souvent que possible, et lorsque vous vous apercevez qu'il s'élève quelque petit brouillard capable de troubler tant soit peu la charité, efforcez-vous de le dissiper par tous les moyens en votre pouvoir et surtout par quelques explications cordiales et amicales. Oh ! qu'il y a de bonheur dans l'état religieux, lorsque l'esprit qui animait saint Bernard y règne en maître et souverain. « Pour moi, disait ce grand saint, j'aime toutes les communautés, €t je vis en esprit, de cœur et d'affection, dans toutes ces saintes maisons, quoique je n-e puisse demeurer cori^orellement que dans celle que j'ai choisie pour travailler à me sanctifier. »

C'est avec cette haute sagesse et cette grande vigilance que Mgv Bourget travaillait en toutes circonstances et s'efforçait sans cesse de mettre en œuvre avec une parfaite harmonie les divers organes qu'il avait su créer pour la meilleure diffusion de la foi et le plus efficace soutien des âmes, tourmentées dans le monde. Il voulait du zèle, de la charité, de l'abnégation dans le service de Dieu ; il tendait énergiquement à en exclure les visées humaines ; l'orgueil, aussi bien que la nonchalance, et l'égoïsme comme l'envie ; tout ce qui ramène au siècle les œuvres qui n'attendent de récompense que dans le ciel.

Le 29 décembre de la même année il écrivait encore à une sœur en mission à Vancouver : *l

... Il paraît que bientôt, à votre nombre, vous ne pourrez suffire à la besogne... Cette pensée va être, j'en suis sûr, un puis- i sant motif de vous immoler de jour et de nuit pour la gloire de Jésus-Christ et de son Immaculée Mère, Notre-Dame des Sept Douleurs, que vous aimez tant et qui, de son côté, vous aime si ardemment... ]

Et par le môme courrier, il dit à la sœur Joseph du Cacré- Cœur, supérieure à Vancouver :

... Mais j'oublie que j'ai à répondre à vos questions : je vais le faire tout de suite, de crainte de me laisser aller à quelques autres réflexions, qui me feraient perdre de vue vos affaires prin-. cipales...

L'oraison peut se reprendre pendant la sainte messe ou la visite du Saint-Sacrement, ou autre temps libre ; mais non pas durant la récréation qui, d'ailleurs, doit être prise par des filles de saint Vincent, avec une joie si sainte, qu'elle se change en oraison. Ainsi, mes bonnes filles, priez en vous récréant et récréez-

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vous en priant ; c'est-à-dire, faites bien toutes choses et vous prierez toujours.

ïl me semble tfue Notre-Seigneur veut absolument se servir de vous pour toutes espèces d'œuvres de charité, dans le vaste territoire de l'Orégon ; et avec cela, j'ai l'intime confiance que vous ne vous opposerez pas aux adorables desseins qu'il a sur vous. Mais je pense qu'il vous fera mourir à vous-mêmes, en vous faisant passer par de bien rudes épreuves intérieures et extérieures, qui sont absolument nécessaires à une àme religieuse, que ce bon Maître veut posséder lui seul et sans partage aucun.

Ainsi, préparez-vous à supporter courageusement la désolation, le dégoût, l'ennui, le découragement, la tristesse, l'obscurité, l'aridité, qui finissent par accabler tellement une pauvre âme, qui est livrée à toutes ces angoisses, que tout lui devient insupportable : évêque, prêtre, supérieur, sœurs, pauvres, enfants, vieux et vieilles. A l'en croire, Dieu l'aurait rejetée ; elle ne fait plus que du mal sur la terre ; tout le monde lui est insupportable et elle est insupiX)rtable à elle-même.

Que faire dans ces tristes états ? Saint Ignace nous recommande d'être plus assidu dans l'oraison, l'examen et la mortification. Il veut que l'on ne dérange rien à la règle et aux exercices spirituels. Il nous avertit de nous humilier en découvrant avec simplicité cet intérieur si bouleversé, et d'attendre avec patience lo retour de la consolation qui reviendra assurément au moment des plus fortes crises de cette épouvantable agonie. Il nous assure que le démon est d'autant plus faible que nous montrons plus de résolution et de courage à nous tenir au poste que nous a assigné la divine Providence.

Attendez-vous, ma fille, à toutes ces épreuves ; et croyez que vos bonnes soeurs devront de toute nécessité passer par ces routes semées de ronces et d'épines. Pourriez-vous autrement être de dignes filles de Notre-Dame des Sept-Douleurs ? Rendez-vous capable de consoler ces sœurs quand il plaira au divin Epoux de leur ménager ces souffrances si dures à la nature, mais si sanctifiantes par la grâce qui descend du Père de toutes consolations.

C'est toujours avec plaisir que j'apprends, par vous ou par la sœur Alphonse (supérieure des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie), la bonne amitié qui unit vos deux communautéSo Comme de raison, le démon en est jaloux. Préparez-vous donc au combat qu'il vous livrera chaque jour, pour semer entre vous la zizanie, cette mauvaise graine, qu'il ramasse au fond de son enfer où elle croît en abondance, pour la jeter ça et là dans le champ de la sainte Eglise et dans celui de ses communautés, parce qu'il sait très bien que c'est le meilleur moyen pour lui de tout renverser... »

Aux sœurs de l'Asile de la Providence de Montréal, il écrit le 31 décembre 1859 :

(( ... Je bénis Dieu et son immaculée Mère de la bonne volonté qui vous fait travailler, avec une ardeur toujours nouvelle, à votre propre perfection, et nos actions de grâces sont continuelles à la vue des succès dont il plaît à la divine Providence de couronner tous vos travaux et vos sacrifices.

Je vois toutefois, en lisant dans vos cœurs, que vous n'êtes pas encore contentes de vous-mêmes et que toutes vous voudriez avoir fait beaucoup mieux, pour la gloire de votre divin Epoux. C'est qu'il a tant fait pour vous que vous croyez ne rien faire pour lui ! Aussi, vous sentez-vous, à la fin de cette année qui déjà nous échappe, et au commencement de celle qui nous arrive et qui sera aussi fugitive que toutes les précédentes, vivement pénétrées de la nécessité de réparer le temps perdu, en allant à grands pas de vertus en vertus ; car Dieu attend beaucoup de vous. Maintenant, en vous bénissant avec toute l'effusion de mon àme, je dois vous recommander tout spécialement de nous aider à corriger tous les scandales qui régnent dans le monde, que vous avez si heureusement quitté.

A cette fin, offrez vos oraisons, vos communions et vos sacrifices, pour obtenir l'extiri^ation de tous les vices et le règne de toutes les vertus. Vous vous acquitterez de ce devoir avec d'autant plus de zèle que nous aurons cette année, dans cette ville, une grande mission. Puisse-t-elle ramener dans les sentiers de la justice et de la vérité, tous les pécheurs et les hérétiques ! C'est ce que vous ne cesserez de demander à l'immaculée Vierge des vierges, que vous vous plairez à contempler comme une armée terrible toujours rangée en bataille, pour détruire les ennemis de l'Eglise, et à qui vous direz, avec des transports toujours nouveaux : Salut à Marie, conçue sa7is péché, Vhonneur de notre peuple ! Réjouissons-nous beaucoup en ce jour que le Seigneur a fait ! Ce sera en entrant dans toutes ces pieuses intentions que vous direz demain, avant la messe de communauté, le Veni Creator ; ce qui devra s'observer à l'avenir, tous les ans à pareil jour... »

S'il voulait tant de perfection chez les sœurs qu'il avait groupées et dotées de règlements si sages, c'est qu'il attendait d'elles de lourds sacrifices et des efforts chaque jour plus grands. Il les avaient employées jusque-là à soulager les pauvres et les infirmes dans des centres cultivés ; il se proposait déjà de les envoyer parmi les sauvages semer le bon grain et répandre le goût de la vertu avec l'amour de Dieu. En visitant

les Sœurs de la Providence, le 2 janvier 1860, il leur parle de catéchiser les sauvages et, sous forme de conclusion à son allocution émue, il dit : « Vous seriez trop heureuses, mes chères filles, si le bon iDeu vous accordait une telle grôce. » 11 se réservait de la leur ménager.

Le 25 avril 1860, à la demande de Mgr Bourget, le pape Pie IX fait par décret la louange des Sœurs de la Providence et le 13 mars 1861, Mgr Bourget leur prêchant une retraite dans Montréal, en songeant à ses propres peines, il leur dit notamment ces paroles qu'elles enregistrèrent avec dévotion :

Voulez-vous, mes sœurs, faire des progrès dans la vie intérieure, suivre l'attrait de votre sainte vocation ? Ne pensez, n'étudiez, ne connaissez que Jésus, et Jésus crucifié.

Plaise à la divine bonté que la communauté ne manque jamais de croix ! Instituée pour compatir aux souffrances du Sauveur, si elle perd son aliment principal, elle est en danger. Au contraire, elle ne peut faillir quand elle souffre, parce que c'est dans Tépreuve surtout qu'elle tend à se rapprocher de Jésus son unique soutien.

Plus donc la communauté souffrira, aura des humiliations, des travaux pénibles, plus elle sera fervente ; mais le contraire la fera déchoir...

Parlant de la pauvreté, il ajouta : -

... En cette matière, il est facile de se faire illusion ; voilà pourquoi je vous recommande qu'après avoir accordé à la décence du culte des autels les ornements et parures convenables, vous ménagiez pour vos pauvres. Les séculiers n'en seront qu'édifiés, parce qu'ils verront que l'esprit de pauvreté se pratique en faveur des pauvres. Douze cierges suffisent pour vos saints ordinaires, et seize pour les grandes fêtes ; mais que vos cœurs soient des lampes ardentes qui se consument sans cesse à la gloire de votre divin Epoux.

Et de même que les ornements et parures doivent être simples, de même aussi, le chant doit être religieux et conforme aux règles de la sainte Eglise.

C'est le 13 décembre 1861, que fut fondée la mission de Kingston. L'évêque du lieu, Mgr Horan, avait demandé à Mgr Bourget de vouloir bien lui envoyer quelques Sœurs de la Providence, pour fonder dans son diocèse un institut de Sœurs

de la Charité et former des sujets pour les besoins de ses fidèles.

Le 22 mars 1862, Mgr Bourget reprend son bâton de pèlerin et pour la quatrième fois se rentl à Rome. Gomme en tous lieux, auprès des tombeaux des saints apôtres spécialement, il avait toujours ses œuvres et ses communautés présentes en son esprit, il écrit de la Ville Eternelle aux Soeurs de la Providence de Montréal, le 31 mai de cette année :

... Vos notes sur vos saintes règles me seront fort utiles dans le travail qu'il faut encore faire pour les rendre dignes de la sanction pontificale..,

Notre-Seigneur m'a fait la grâce de découvrir ici, à Rome, des Sœurs de la Providence, qui vivent dans une prison de femmes. Gette prison est appelée Termini, parce qu'elle se trouve sur rem.plac-ement des Thermes de Dioclétien. Ces religieuses de la Providence furent fondées, il y a une trentaine d'années, par Mgr TEvêque de Namur, "en Belgique, que j'ai eu l'avantage de voir à Rome, en 1854. Leur maison mère est à Champion, près Namur, et la fin de leur Institut est d'avoir soin des pauvres dans les liospices, les hôpitaux et surtout dans les prisons. Elles eurent pour premier directeur M. J.-B. Kinet, curé de Saint-Jean-Baptiste, qui, lorsque leur Communauté se fut multipliée, renonça à sa cure, pour pouvoir leur donner tout son tempos et tous ses soins. Le Pape qui entendit parler de oe saint et sage directeur, en fit un de ses camériers, et l'évêque de Namur le nomm.a chanoine de sa cathédrale. Il est mort il y a deux ou trois ans, emportant avec lui toute la vénération de ses sœurs pour lesquelles il avait tout sacrifié. En lisant une petite chronique de ce bon serviteur de Dieu, qu'elles m'ont montrée, j'ai remarqué qu'il ne cessait de recommander à ses filles ce que saint Vincent a si fort recommandé aux siennes, savoir la simiplicité.

Elles s'établirent à Rome, en mars 185-4, où elles sont mamtenant dix-neuf sœurs, partagées en trois maisons, dont la grande et la petite prison, qui est celle des Thermes ; elles ont habituellement à conduire deux cents femmes ou fidles qui ont mérité d'être incarcérées pour vagabondage, vol, m.eurtre, etc. Elles n'en ont qu'une trentaine aux Thermes. Ces prisons de femmes sont entièrement séparées de celle des hommes ; et les sœurs sont exclusivement chargées du soin des prisonnières. On n'y voit donc, à l'intérieur, ni geôlier, ni tourne-clefs, ni qui que ce soit à part les sœurs. Mais il y a, à la porte extérieure, dans la rue même, un soldat qui fait sentinelle. C'est à peu près la seule marque extérieure qui fasse connaître que ce soit une prison.

Il brille dans la figure de ces sœurs un air de contentement qui fait assez voir qu'elles reçoivent dans cette prison le centu-

pie que Notre-Seigneur 'promet à quiconque renonce à toutes les commodités de la vie pour son amour. Leur ayant demandé si elles trouvaient dur de vivre ainsi en prison, elles me répondirent avec beaucoup de simplicité, qu'en effet, cela leur avait d'a]>ord paru pénible, mais qu'elles s'y étaient bientôt accoutumées, et qu'elles s'y trouvaient très heureuses, parce qu'elles peuvent faire un peu de l)ien à ces pauvres brebis égarées.

Le bien qu'elles font à ces pauvres pénitentes est incalculable ; car, par leur sage direction, cette prison paraît être plutôt un hospice ou un orphelinat qu'une maison de correction. On y suit un petit règlement, comme à peu près dans votre salle de vieilles ou chez vos orphelines. Tous les petits exercices de piété s> font régulièrement et sans contrainte. Un chapelain vient leur dire la messe tous les jours, et il les confesse à jours fixes. On les exerce au chant, et elles font de très beaux concerts, dans leurs jours de fêtes, neuvaines, mois de saint Joseph et de Marie. On les fait travailler sans relâche, sans pourtant les surcharger trop, et on les occupe tantôt au lavage et tantôt à la couture, au ménage. On leur fait même faire de très belles dentelles que les princesses romaines achètent fort cher et qu'elles apprécient beaucoup.

Avec cela elles sont contentes, et il s'en trouve qui ne veulent pas sortir quand elles ont fini leur temps de condamnation. Elles s'habituent à cet esprit d'ordre, de silence et de prière, qui finit par leur plaire. Ce merveilleux changement est d'autant plus surprenant qu'elles arrivent là avec de bien mauvaises habitudes, et souvent après avoir commis des crimes horribles. On met quelquefois bien du temps, et il faut se donner une peine infinie pour les réduire à leur devoir. Mais ordinairement ce sont ces sujets indomptables c[ui donnent ensuite plus de consolations...

Le 7 août, Mgr Bourget était de retour dans sa ville épiscopale.

En 18Ô3 a lieu le troisième concile provincial de Québec auquel Mgr Bourget assiste comme aux précédents, et, de retour à Montréal, le 29 mai, il avise les communautés religieuses de son diocèse qu'on y célébrera à l'avenir, le 1®^' juin de chaque année, la Fête de Notre-Dame de Grâce avec salut et bénédiction du Saint Sacrement :

Que de richesses spirituelles, dit-il, nous avons à recueillir en célébrant cette fête nouvelle. Priez donc et faites prier cette bonne Dame de Grâces pour toutes les communautés, qui sont chargées de l'honorer tout spécialement, et aussi pour tout le diocèse, et encore pour le succès de la prochaine visite pastorale qui va bientôt commencer...

Ov>.|

Le surlendemain, l'^'" juin, dans la chapelle de l'Asile de la Providence, Tévèque inaugure lui-même cette iête de Notre- Dame de Grâce ou Notre-Dame de la Providence.

Par la même occasion, sous son patronage, avec le bienveillant concours des professeurs de l'Ecole de Médecine, et de Chirurgie de Montréal, un dispensaire est créé pour le traitement gratuit des malades pauvres du quartier : Etaient présents à la première assemblée : Mgr Bourget, fondateur et directeur-né ; M. De Tambareau, aumônier des pauvi^es pour le Séminaire de Saint-Sulpice ; le corps professionnel de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, les docteurs E. H. Trudel, président ; P. Beaubien, J. C. Coderre, P. Peltier, J. G- Bibaud, Ths d'Odet d'Orsonnens, P. Munro, J. P. Pvottot ; la Mère Caron, supérieure et les sœurs pharmaciennes.

C'était le premier dispensaire catholique établi à Montréal. Il complétait Torganisation d'un usage en vigueur depuis le commencement de l'Institut de la Providence. De tout temps, en effet, les sœurs visiteuses avaient donné à leurs pauvres les simples et les remèdes les plus en vogue. Il y avait même quelques années déjà que, à la demande des sœurs de la Providence, les docteurs Dagenais et Ricard visitaient les malades indigents. Les ordonnances de ces médecins étaient faites à la Providence.

Nous notons ici avec une réelle satisfaction que, dès . sa fondation, ce dispensaire eut le puissant appui des Sulpiciens, aumôniers en titre du quartier Saint-Jacques.

A cette époque, le nom et les œuvres d'Ernest Pvenan faisaient grand bruit dans le monde ; au Canada comme ailleurs on faisait une forte réclame pour sa Vie de Jésus.

L'évêque de Montréal, dont la vigilance ne se trouvait jamais en défaut, ni en retard, adressa à ce sujet une lettre aux fidèles de son diocèse et prescrivit qu'elle fut lue dans les églises paroissiales, et aussi dans les chapelles des communautés.

La circulaire remise aux communautés religieuses des femmes était accompagnée de cette lettre explicative datée du 3 décembre 1863 :

....Je vais, je le conipr.3;!nls bien, troubler vos paisibles demeu-

res... en vous communiquant une lettre qui vous fera connaître les horribles blasphèmes que vient de vomir Tenfer contre l'adorable personne de Notre-Seigneur.

Je regrette vraiment de dévoiler, dans vos saintes maisons, d'où s'élève jour et nuit vers le ciel le parfum de tant de ferventes l)rières, les affreux attentats conamis contre l'aimable et céleste Epoux que vous avez choisi, et qui vous fait goûter, par torrents, les délices de son amour. Mais, en vérité, nous avons besoin que vous vous fassiez victimes de propitiation, pour réparer ; et voilà pourquoi je me décide de vous découvrir les nouvelles épines qui couronnent le Cœur de Jésus. Ce divin Maître ne semble-t-il pas vous rappeler ces paroles adressées autrefois à son humble servante : Voilà ce cœur qui aime tant les hommes et qui n'eu reçoit que d'indignes outrages.

Je n'ai besoin d'aucun commentaire pour vous faire entrer dans des sentiments de vive douleur, à la vue de tant d'outrages. Car, dans l'élan de vos cœurs de vierges, vous allez de vous-mêmes vous porter à la pratique des œuvres satisfactoires, que l'instinct de votre piété ne manque jamais de vous inspirer et d'inventer même au besoin. Oh ! oui, vous allez de vous-même faire en esprit de sacrifice, pour glorifier votre divin Epoux, tout le contraire de ce que fait l'impiété pour l'outrager.

Elle le méprise, le blasphème et l'accable des injures les plus grossières ; et vous, vous allez l'honorer, le louer, l'aimer et le servir avec un redoublement de ferveur toute nouvelle. Oui, plus que jamais, vous allez vous immoler et vous sacrifier pour sa gloire, précisément parce qu'il se trouve des hommes ingrats et coupables qui attaquent sa divinité et outragent même sa sainte humanité en lui trouvant des défauts qui lui font horreur.

Dans cet esprit d'immolation, vous ne reculerez jamais devant aucun sacrifice, et les plus pénibles ne vous coûteront point à faire, dans la pensée de ce que souffre pour vous un Dieu si indignement outragé. Tout ce qu'on pourra dire ou faire contre vous à l'avenir vous paraîtra léger, et rien ne pourra abattre votre courage, au seul souvenir des injures faites à votre Epoux. Tous les travaux et les épreuves de la vie religieuse ne vous paraîtront que des douceurs, à la vue des humiliations dont votre bon Pasteur est couvert.

Vous allez donc, comme d'innocentes tourterelles, remplir le diocèse de vos voix plaintives et gémissantes, parce que le Dieu de majesté a été indignement outragé par des hommes qu'il a comblés de ses bienfaits. Puisse l'écho de vos longs gémissements se répandre dans les assemblées des m.échants et les pénétrer des sentiments de la plus vive douleur. Puissent vos réparations purger la terre de tout levain d'impiété et la rendre digne des bénédictions du ciel, que nous recueillerons dans toutes les douceurs de la paix.

Que la glorieuse Mère de Dieu, la Vierge Immaculée, vous

bénisse et vous assiste dans Taccomplissement des devoirs des âmes réparatrices.

En décembre 1803, par mandement aux fidèles de son diocèse, Févêque de Montréal les appelle à rAssociation de VApostolat de la. Prière^ et, en transmettant ce dacument à ses Communautés dans le courant de janvier 1864, il leur disait :

... En vous appelant à cet Apostolat, je réclame le secours de vos ferventes prières et de vos saintes œuvres, pour obtenir la victoire sur toutes les erreurs qui empoisonnent aujourd'hui le monde entier, et surtout celles qui sont détaillées dans le mandement qui les signale à ce diocèse...

Ce ne sera pas sans verser beaucoup de larmes que vous lirez la triste histoire des erreurs qui empoisonnent les sociétés humaines. Car vos cœurs sincèrement dévoués au ser-vàce du divin Epoux sentiront vivement les outrages que lui font les impies, en cherchant à faire croire que Dieu n'a rien à faire dans le gouvernement des hommes ; que son saint Evangile est un obstacle au progrès des &ociétés humaines ; que sa divine loi ne doit entrer pour rien dans les lois qui gouvernent les empires de la terre ; que la raison humaine n'a nul besoin de la foi divine, ayant tout ce qu'il faut pour se conduire elle-même...

Vous serez aussi profondément affligées en voyant que oes hommes, ennemis de tout ce c^ui est saint, attaquent les communautés religieuses, veulent anéantir les vœux sacrés qui les unissent au Seigneur, cherchant à faire croire qu'ils sont des fardeaux insupportables à la fragilité humaine ; rejettent ces admirables institutions comme inutiles et suspectes ; combattent leurs obligations religieuses com.me n'étant pas fondées sur l'Evangile ; s'arrogent le droit de s'emparer de leurs biens, qui sont cependant le patrimoine des pauvres ; leur refusent le droit de prendre soin des malheureux ; prétendent qu'il faut les empêcher de donner l'éducation ; et s'ils tolèrent les communautés consacrées aux œuvres extérieures de la charité, ce n'est que pour se faire de bonnes servantes, qui les soignent dans leurs mialadies et surtout, lorsque, dans leurs camps, ils sont blessés et abandonnés de tout le monde.

En voyant ces déplorables erreurs, vous allez vous attacher au service de Dieu avec plus d'ardeur que jamais, précisément parce que vous le verrez plus abandonné et plus méprisé par ces hommes irréligieux. Vous aimerez plus tendrement votre saint état, précisément parce que l'on travaille à vous en détacher. Vous porterez le joug de la vie religieuse avec d'autant plus de bonheur que l'on cherche à faire croire qu'il est insupportable. Vous remplirez les obligations de vos vœux religieux avec des délices d'autant plus grandes que Ton voudrait faire croire que Notre-Sei-

gnenr, qui vous a promis ici-bas le centuple et qui vous le donne avec une profusion toute divine, serait en défaut et vous aurait trompées en vous promettant un bonheur imaginaire.

Mais tout en savourant le bonlieur de votre saint état et en coulant des jours si heureux dans vos délicieuses retraites, portez vos regards compatissants sur vos sœurs dltalie, que les impies, dont je viens de vous signaler les erreurs, maltraitent avec une barbarie qui fait horreur. Aussi, méritent-elles, ces héroïnes religieuses, que le Souverain Pontife, dans son Encyclique du 10 août dernier, ait laissé tomber du haut de la Chaire Apostolique ces belles paroles .

(( Nous louons comme elles le méritent tant de religieuses qui, arrachées violemment de leurs monastères, dépouillées de leurs biens et réduites à la mendicité, loin de manquer à la foi qu'elles ont jurée à l'Epoux, endurent patiemment leur lamentable sort, sans cesser de lever les mains au ciel dans leurs prières du jour et de la nuit, d'invoquer Dieu pour le salut de tous, même de leurs persécuteurs, et d'attendre avec résignation la miséricorde du Seigneur. »

Vous prierez donc avec elles et pour elles, dans ce grand combat que livre Fenfer à la virginité, comme à tous les autres bons principes, afin que la sainte Eglise remporte une éclatante victoire sur toutes les erreurs qui séduisent les nations.

Vous avez embrassé avec ardeur l'œuvre de la réparation à laquelle vous invitait votre divin Epoux, par ma lettre du 3 décembre dernier...

Vous serez toutefois puissamment encouragées à poursuivre cette œuvre de réparation, avec toutes les personnes que vous pourrez gagner à s'unir à vous, en apprenant que dans la Ville Eternelle et dans toute la catholicité, la divinité de Notre-Seigneur est célébrée par des exercices solennels et que les protestations les plus publicfaes &e font partout contre l'homme impie qui a osé nier cette divinité qu'adorent le ciel et la terre.

V^ous aimerez sans doute à lire les paroles suivantes qu'adressaient aux Romains, le 30 août dernier, le cardinal Patrizi, Vicaire de Notre Saint Père le Pape, en ordonnant de porter en procession la vénérable image du Fils de Dieu fait homme, qui se garde dans une chapelle appelée le Saint des Saints : a Notre intention, leur dit-il, en faisant cette procession, est d'expier non seulement nos péchés, mais encore ceux dont la terre est plus que jamais inondée à une époque où l'on foule aux pieds tout droit divin et humain, et où l'homme porte l'impiété jusqu'au point de blasphémer impudemment la majesté de Dieu, de nier les dogmes très saints de notre foi, et entr'autres la divinité même du Christ. L'honneur que nous devons rendre à l'image sacrée de l'Homme-Dieu sera donc une réparation de l'outrage récent fait à sa personne divine par les productions impies d'une plume sacrilège. »

Tant et de si grands exemples vont donc, mes chères filles, \ vous animer d'une nouvelle ardeur dans là voie des pénibles sacri- i fices qu'il vous faut faire, pour être des hosties vivantes et de dignes réparatrices des outrages que reçoit le Dieu d'amour, de la part de ceux qu'il comble de ses plus grands bienfaits. Vous allez, en conséquence, soufirir généreusement les désolations intérieures, les tentations fâcheuses, les rudes épreuves, les humiliations profondes et tous ces dégoûts, ennuis, répugnances, révoltes de la nature qui sont les ronces, les épines, dont est jonchée la route de la perfection religieuse...

Puissent votre vie sainte et vos sacrifices de tous les jours faire monter au ciel un encens pur et répandre dans tout le diocèse le parfum de la virginité, afin que les ennemis de votre divin Epoux soient réduits au silence, ou plutôt qu'ils soient attirés à l'amour de l'Homme-Dpeu.

Le 29 juin 1864 à Belœil, un train express, composé d'une locomotive et de onze wagons remplis d'immigrants, venant de Québec et se rendant à (Montréal, se jette dans la rivière Richelieu. Vers une heure et quart du matin, on avait ouvert le pont qui relie Belœil à Saint-Hilaire, pour laisser passer un certain nombre de barges. Bien que le îanal rouge signalât le danger, et que d'ailleurs, le règlement exigeât un arrêt à l'entrée du pont, le convoi arriva et plongea dans l'abîme. Plus de 500 passagers, hommes, femmes et enfants disparaissaient dans les eaux. On passa la journée à retirer de la rivière les morts et les blessés. Ce n'est que le soir que ces derniers arrivèrent à l'Hôtel-Dieu et à l'Hôpital anglais de Montréal. Les Soeurs de la Providence volèrent à leur secours. Mgr Bourget était absent ; mais le 3 juillet, de Saint-Martin, où il était en visite, il écrit à la Mère Philomène de la Providence pour lui prescrire la conduite à tenir à l'hôpital anglais envers ces naufragés de Belœil :

1 ... Montrer envers tous une souveraine réserve, dans ses paroles, ses actions et ses rapports avec les malades et les médecins.

2. Ne rien faire que d'après la direction de celles des sœurs qui seront nommées par la supérieure pour la surveillance générale des malades, afin qui'l y ait entente entre toutes les sœurs.

3. Ne faire aucune différence entre les protestants et les catholiques, quant aux soins corporels qu'il y a à leur prodiguer.

4. Ne point parler de religion aux protestants, à moins qu'ils n'en parlent les premiers ; et alors même, user d'une grande pru-

dence, pour n'avoir pas Tair de faire du prosélytisme. Le plus simple, dans ce cas, serait de leur faire lire quelques bons livres et de leur en donner de courtes explications.

5. Ne jamais controverser avec qui que ce soit sur des matières de religion, et s'excuser modestement de ne pas répondre aux attaques qui pourraient être faites à ce sujet, en disant que les sœurs de la €harité ne s'occupent pas de controverses religieuses, mais du soin des pauvres malades dont on veut bien leur confier la charge.

6. Conseiller sans bruit aux malades catholiques de ne pas accepter les livres protestants qui leur seraient offerts, ce qu'ils devront faire d'une manière douce et honnête pour n'offenser personne.

7. Supporter avec patience et en silence, les injures, les réflexions et traitements qui pourraient paraître offensants pour la religion et les personnes consacrées à Dieu. C'est la meilleure réfutation que l'on puisse faire de tous ces propos malhonnêtes que l'erreur ne cesse de vomir contre la vérité.

8. Marcher habituellement en la présence de Dieu, et ne se proposer que sa plus grande gloire, au milieu de tant de soins multipliés.

9. Ne cesser de recommander à Notre-Dame des Sept-Douleurs, tant de pauvres malades, pour obtenir leur conversion.

10. Offrir à cette intention toutes les prières de la communauté, des bonnes vieilles, des innocentes orphelines et de tous les pauvres dont la communauté prend soin.

11. Déployer un grand zèle pour le service de ce nouvel hôpital, dans l'espérance bien fondée qu'il en résultera beaucoup de bien.

12. Se regarder continuellement comme étant en spectacle à Dieu et aux anges.

Telles sont les principales règles qu'auront à suivre vos sœurs pour profiter des avantages que vous ménage à toutes la divine Providence, à qui la sainte Eglise adresse aujourd'hui cette belle prière, qui vous convient si bien en tout temps et surtout dans celui-ci :

O Dieu, dont la Providence ne se trompe jamais dans ses desseins, nous vous supplions à genoux d'éloigner de nous tous les maux gui nous menacent et de nous accorder tout ce que vous savez devoir nous être utile. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Je vous prie de charger votre sœur secrétaire, ou quelqu'autre, d'écrire tout ce qui s'est passé et se passe maintenant à l'hôpital anglais depuis que vous y soignez les Allemands, afin que je puisse en temps et lieu faire connaître au diocèse les scènes touchantes qui s'y passent chaque jour. Qu'elle note fidèlement tout ce qui pourrait tant soit peu intéresser la charité et exciter les bons sentiments des âmes vraiment chrétiennes...

Le 14 novembre 1864, Mgr Bourget pour la cinquième fois retourne en Europe, se rendant dans la Ville Eternelle.

Et tel est l'entier abandon du saint évêque au bon plaisir du Maître qu'il peut écrire de Liverpool (26 nov. 1864) à ses chères communautés, sans la moindre afîeetation, après les avoir remerciées de leurs ferventes prières :

Mes chères filles. — La courte et excellente traversée que nous avons faite m'est une preuve sans réplique que vous avez beaucoup et bien prié. Il ne me reste donc plus qu'à solliciter la ■continuation de ces vœux ardents, qui m'ont si efficacement accompagné de ce côté-ci de l'Atlantique, et qui peuvent m'être si avantageux, en quelque lieu c[u'il me faille aller, pour le bien de la religion en général, et pour celui de vos communautés en particulier. Car je suis à me demander dans l'intérieur de mon âme : Où vals-je ? que vais-je faire ? que va~t-il m'' arriver ?

Je n'en sais rien et n'ai nul désir de le savoir avant qu'il en soit temps. Tout ce que Je sais, c'est que Dieu, dans son infinie bonté, a tout prévu, tout réglé, tout ordonné pour le mieux, et que rien n'arrivera que ce qu'il voudra. Ma crainte maintenant, c'est de déranger par ma faute quelque chose des plans conçus dans ses adorables desseins. Or, c'est j>our prévenir ce malheur que je réclame l'assistance de vos plus ferventes prières.

Dans le désir de les rendre de plus en plus efficaces, je crois devoir vous exhorter à un redoublement de ferveur dans l'accomplissement de tous vos devoirs religieux.

Oui, mes chères filles, votre simplicité, votre humilité, votre charité, votre obéissance et toutes vos autres vertus me seront^ d'un puissant secours dans le maniement des sérieuses affaires dont j'ai à ra' occuper, your qu'elles tournent toutes ci la conservation du sacré dépôt de la foi, et au maintien de la discipline chrétienne et religieuse.

Je ne vous demande toutefois aucune prière particulière en sus de celles que vous prescrivent vos saintes règles. Mais il vous suffira, pour vous conformer à mes désirs, de faire toutes choses à mon intention : oraison, messe, communion, travail, sacrifice, etc., etc..

Mgr Bourget revint de Rome très préoccupé des difficultés créées au Saint-Père, des dangers grandissants que lui faisaient courir ses ennemis ; mais richement pourvu de reliques saintes qu'il distribue à ses églises. Il a bientôt la consolation de voir approuvées par le Pape les Constitutions des Sœurs de la Charité de la Providence, et, le 8 décembre 1867, à l'occasion

du Tridiium prescrit par Pie IX pour le triomphe de TEglise, il mande par circulaire à ses Communautés, entr'aulres choses, ce qui suit :

Un grand combat est donc engagé... Vous n'y serez pas

sans doute étrangères. Les moyens que vous avez de servir cette noble et grande cause sont la prière, le dévouement et le sacrifice ; or, ces moyens sont souverainement efficaces.

La prière. Elle doit être animée de tous les sentiments qu'inspirent la piété filiale, l'affection religieuse, l'attachement sacré au Vicaire de Jésus-Christ, au successeur de Pierre, au Père commun des fidèles, qui est lar pierre fondamentale et inébranlable de l'Eglise

Il suffit pour cela que les besoins, les douleurs, les dangers de ce bon père soient jour et nuit présents à votre esprit ; que votre mémoire, votre entendement et votre cœur -en soient tout remplis à l'oraison, à la communion et dans chacune de vos actions. Cette continuelle préoccupation des besoins, des dangers, des douleurs du Père commun, ne peut que remplir votre esprit de saintes pensées et votre cœur de pieux sentiments ; elle ne peut qu'entretenir dans votre àme le feu du divin amour et l'attachement au céleste Epoux. Car, aimer le Pape, c'est aimer Jésus- Christ, comme écouter le Pape, c'est écouter Jésus-Christ.

Ce que vous avez à faire pour atteindre ce but, ce n'est pas de vous livrer à des exercices de prières extraordinaires, mais seulement de donner une attention particulière aux devoirs qu'il vous faut accomplir du matin au soir et du soir au matin, afin de vous en acquitter avec une foi plus vive, une confiance plus grande, une charité plus ardente, une humilité plus profonde, sans déranger en rien les pratiques communes et les intentions ordinaires. Toutefois, il serait bon qu'il y eût chaque jour, chaque semaine, chaque mois, un de vos exercices consacrés à cette fin spéciale de prier pour le Pape, selon qu'il plaira à la supérieure de le recomm a 11 cl? T.

Le dévouement. Quand on ne refuse à Dieu aucun des sacrifices qu'il nous demande, il ne nous refuse lui-même rien de ce que nous lui demandons dans l'ordre de sa providence. Quel puissant motif d'être généreux pour un Dieu qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, et qui même dans ce monde pale toujours au centuple.

Il s'agit, à Theure qu'il est, de solliciter de la divine miséricorde des grâces qui intéressent vivement toute l'Eglise, et d'où dépendent le salut de beaucoup d'âmes et le bonheur du monde entier. Si, sur la terre, il se fait de grands sacrifi.ces et beaucoup d'act-es de dévouement, le ciel deviendra comme du miel, en laissant couler ici-bas l'abondance de ses biens, de ses douceurs et de ses consolations.

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En prenant part au concert de prières qui vont s'élever au ciel, de toutes les parties de l'univers, vous ne manquerez pas d'ajouter votre bonne part d'un dévouement tout religieux. A cette fin, vous tâcherez de contribuer à la guérison des plaies mortelles que l'impiété, la rébellion, l'orgueil humain, l'inidfférence en matière de religion et la sensualité ont faites aux différentes classes de la société... Il faut pour guérir ce grand malade, qui est le genre humain, un grand médecin qui ait des remèdes spécifiques et qui verse dans ses plaies profondes un baume tout divin. Ce grand médecin, c'est le Sauveur qui s'est montré aux hommes plein de grâce, de douceur et de bonté, pour leur apprendre à renoncer à l'impiété et aux désirs du siècle, et à vivre dans la sobriété, la justice et la piété. (Tit. 2.)...

, Ainsi, opposez vos exercices de piété aux œuvres de ténèbres et à l'intention de faire cesser les impiétés qui se propagent d'une manière si alarmante par les livres irréligieux et immoraux, les discours séduisants, les journaux impies. Soyez soumises de cœur et d'âme à vos saintes constitutions et à vos supérieures, avec l'intention de travailler à arrêter l'esprit de révolte, d'indépendance et de mépris contre les lois sacrées de l'Eglise. Renoncez généreusement à votre propre esprit et à votre propre jugement pour combattre l'orgueil de la raison humaine qui s'élève jusqu'à se croire et se dire l'égale de la raison divine. Marchez à grands pas dans les voies de la ferveur, pour extirper cette mortelle indifférence qui porte à croire dans le siècle que toute religion est bonne et que l'on peut s'y sauver dès que l'on est honnête suivant le monde. Faites la guerre à la sensualité par la mortification intérieure et extérieure, pour purifier les corps et les âmes infectés du poison de l'impureté. Sacrifiez tout pour faire régner la paix et l'union, afin d'étouffer ces funestes divisions, querelles et animosités qui causent tant de troubles et de désordres dans tous les pays.

Le sacrifice. 11 est le plus beau fruit du dévouement. Or, à l'heure qu'il est, la cause pontificale excite les âmes grandes et nobles à faire des sacrifices de tous genres, de toutes espèces et de toute nature ; sacrifice de la patrie que l'on aime ; sacrifice des parents que l'on chérit ; sacrifice de ses aises auxquelles Ton est accoutumé ; sacrifice des honneurs auxquels on renonce volontiers ; sacrifice des biens de la fortune que l'on foule aux pieds en ne travaillant que pour acquérir les ricjiesses du ciel ; sacrifice 'enfin de tout ce que l'on peut avoir de plus cher au monde. C'est ce qui se remarque surtout chez ceux qui s'enrôlent sous l'étendard pontifical ou qui favorisent cet acte extraordinaire de dévouement.

Vous serez donc encouragées à bien faire vos sacrifices journaliers, en pensant que vous pouvez par là puissamment contribuer à susciter, développer et fortifier, dans la sainte Eglise, tant de

sacrifice? que fait naître la cause pontificale. Il va sans dire quô vous voudrez ajouter votre obole à toutes les oblations du monde entier, et faire couler vos petits ruisseaux de charité dans ce vaste océan de contributions volontaires qui alimentent le trésor pontifical. Si vos ressources pécuniaires ne vous permettent pas d'offrir tout ce que vos cœurs voudraient déposer aux pieds de votre vénérable Père, peut-être que vos mains et celles de vos élèves, orphelines et infirmes y pourraient suppléer, en travaillant à faire quelques habits aux zouaves canadiens, qui se préparent à partir pour aller représenter leur pays dans l'armée pontificale...

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