CHAPITRE XV
r\Igr Bourget désire une Université catholique en Canada et travaille activejïient à sa londation ; il est combattu par le Séminaire de Québec et de Montréal, appuyés par Varchevéque Ehéar Taschereau,
Dès le début de son administration, nous avons vu Monseigneur Bourget très préoccupé de la formation professionnelle de son jeune clergé, qu'il voulait aussi instruit qu'édifiant ; surtout avait-il à cœur de le préserver de la contamination libérale et gallicane, si menaçante en certains milieux jusque-là affranchis d'une surveillance efficace.
A une simple préoccupation ne se bornait pas, en cet ordre d'idée, sa sollicitude pastorale.
Il trouvait à Montréal dès 1843, deux Universités concurrentes, protestantes l'une et l'autre ; la plus réputée était funiversité McGill.
En face de ces organismes intellectuels, d'une indiscutable puissance, l'Eglise romaine n'opposait rien, ni à Québec, ni à Montréal. La jeunesse catholique ne pouvait donc arriver aux carrières libérales qu'en passant par le creuset suspect des hérétiques, auxquels il fallait faire des concessions de forme comme de fonds, et même prêter serment.
L'évêque de Montréal trouvait cette situation anormale, humiliante, intolérable et il rêvait d'une Université catholique à fonder pour les convenances de ses coreligionnaires, soit à Québec, soit dans un autre centre qu'on trouverait plus acceptable ; Montréal aurait eu, naturellement, ses préférences.
Il lança cette idée dans l'opinion, où elle se répercuta en échos multipliés et généralement sympathiques ; en un mot, l'idée faisait son chemin, pendant que l'entreprenant prélat travaillait diversement à son prompt aboutissement.
Voici comment le D' d'Odet d'Orsonnens, dans un Mémoire adressée à la Sacrée Congrégation de la Propagande (Voir Voix Canadiennes, Tome IV p. 54 et suivantes) explique la situation et laisse deviner Faction de Mgr Bourget en cette circonstance :
Dès 1840, Montréal, ville la plus importante de TAmérique Britannique du Nord, possédait une Université protestante appelée VUniversité McGill. Comme cette Institution ne donnait son enseignement qu'en langue anglaise, elle était heureusement inaccessible aux catholiques qui, pour la plupart, ne parlaient et n'entendaient que le français ; comme d'ailleurs les catholiques ne paraissaient pas encore songer sérieusement à la création d'une Université, il vint, en 1843, à la pensée de plusieurs Médecins anglais et protestants d'établir à Montréal une grande Ecole de Médecine, où les cours se donneraient en anglais et en français, afin de permettre à la multitude des jeunes catholiques, se destinant à la carrière médicale, de pouvoir suivre les cours.
Cette Ecole Protestante, fondée en 1843, et incorporée civilement en 1845, est aujourd'hui et depuis longtemps toute catholique : elle s'appelle (( l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, faculté de Médecine de l'Université Victoria ».
Comment cette Institution s'est-elle ainsi transformée pour le plus grand bien des âmes et pour l'honneur de notre sainte religion ? Voici :
En 1843, c'est-à-dire lorsqu'elle fut fondée, des médecins catholiques réussirent à pénétrer dans le personnel enseignant de cette école. Tous chrétiens sincères et catholiques fervents, ils s'appliquèrent à exercer la plus grande influence au sein de cette institution naissante. Ils persuadèrent aux fondateurs protestants que, pour attirer la jeunesse catholique, il fallait que le personnel catholique enseignant eût une majorité. Ce conseil fut écouté si bien qu'en 1848, les catholiques restèrent maîtres de la position. Les fondateurs protestants étaient morts ou s'étaient retirés de l'enseignement à cause de leur âge avancé. Des catholiques remplissaient toutes les chaires. L'Ecole était devenue Catholique.
Cette heureuse transformation accomplie, non sans de grands efforts et de généreux sacrifices, les Professeurs de l'Ecole (qui sont aujourd'hui les mêmes qui s'adressent à Votre Sacré Tribunal), voulurent placer leur Institution sous la Direction, la Censure, et la Protection de la Sainte Eglise. C'est pourquoi, ils s'adressèrent à Sa Grandeur Mgr Bourget, alors évêque de Montréal, et lui confièrent leur jeune Ecole. Il en était déjà le Père, puisque c'était encouragés par lui, par ses conseils, par ses avis que les Médecins catholiques étaient parvenus à s'emparer de cette I institution et à la transformer.
Protégée par son grand et vénérable Evêque, l'Ecole eut bientôt le soin Médical de l'Hôtel-Dieu, vaste hôpital de quatre cents lits, dans lequel tous les cas de Médecine et de Chirurgie se présentent ; de l'hospice de la Maternité où chaque année près de quatre cents pauvres filles tombées viennent cacher la honte de leur maternité, de l'hôpital général catholique où l'on rencontre toutes les maladies des enfants et des vieillards, et de plusieurs dispensaires pour le soin des malades pauvres ne pouvant aller aux hôpitaux et où les élèves en Médecine et les jeunes médecins peuvent profiter sous tant de rapports.
Toutes ces institutions étant fondées et soutenues par les communautés religieuses et n'ayant d'autres ressources que leur esprit de sacrifice et de dévouement, l'Ecole voulut s'associer à leur héroïque générosité et leur accorda ses soins gratuitement. Il semblait d'ailleurs aux Professeurs de l'Ecole que ce qui était ainsi uni dans le dévouement resterait uni pour toujours et que rien au monde ne pourrait plus séparer l'Ecole de ces hôpitaux, de cette Maternité, de ces hospices, de ces dispensaires dont elle devait désormais partager les œuvres miséricordieuses et charitables.
De nombreux élèves vinrent se presser dans le sein de l'Ecole qui, cependant, n'étant point Université ni affiliée à aucune Université, ne pouvait leur donner le diplôme du doctorat dont ils avaient besoin pour faire leur chemin dans le monde. Ajoutons que la privation de ce diplôme les obligeait à subir de très sévères examens devant un bureau composé d'examinateurs tous professeurs ou amis des Universités alors existantes et auxquelles l'Ecole portait ombrage. Disons aussi à la gloire de ces jeunes gens qu'aucun ne put être refusé, malgré la sévérité de leurs examinateurs et juges, tant ils avaient profité de l'enseignement de l'Ecole.
Mais on comprend que plusieurs jeunes catholiques, soit par la crainte des examens, soit par une ambition bien légitime du doctorat, préféraient fréquenter à Montréal les Universités Protestantes, où ils obtenaient le titre de Médecin et les degrés académiques, après examen devant leurs seuls professeurs. Et ainsi ces jeunes gens couraient de grands dangers pour leur foi.
Désirant éloigner de la jeunesse catholique un si grand péril, l'Ecole s'adressa en 1862 et en 1864 à l'Université Laval pour obtenir une affiliation, mais sans pouvoir y réussir. Le danger ne faisant que s'accroître avec le développement des institutions protestantes, Mgr Bourget fit plusieurs tentatives auprès du Saint-Siège pour obtenir une Université. Mais toujours, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'Université Laval, tout en persistant à refuser des affiliations possibles, parvint à empêcher cet évêque de réussir dans cet important dessein. Ainsi la ville de Montréal, avec sa population double de Québec, n'avait pas d'Université catholique, bien qu'elle comptât deux Universités Protestantes.
En désespoir de cause, et pour retirer la jeunesse studieuse de ces Universités protestantes, l'Ecole demanda une affiliation à
rUniversité Anglaise de Victoria dans le Haut-Canada. Il fut bien entendu, dans ces dernières années, que cette affiliation n'aurait aucune influence religieuse sur l'enseignement de l'Ecole et que cette Ecole demeurait, comme auparavant, pour tout ce qui regarde la foi et la morale, la science et la religion, sous l'entière dépendance de l'Evêque catholique de Montréal.
Ainsi ce fut une institution étrangère à la Province du Bas- Canada qui vint au secours de l'Ecole et qui lui permit d'accorder des diplômes académiques, sans autre condition pour l'Ecole que de payer à cette institution, les droits annexés à ce diplôme.
Nous croyons faire remarquer ici même à Vos Emminences que c'est d'ailleurs une condition formelle de toutes les chartes, que le Gouvernement anglais accorde aux Universités et que cette condition est expresse dans la charte même de l'Université Laval savoir : Ces Universités sont constituées en dehors de toute distinction de religion : elles n'ont pas le droit de tenir compte de la religion de leurs élèves.
Est-ce pour cette raison que l'Université Laval a toujours eu dans ses chaires des professeurs francs-maçons ou protestants ? Nous ne saurions le dire. Tout ce que nous savons, c'est qu'elle aurait pu sans manquer à sa charte et tout en faisant cesser un grand scandale parmi les catholiques, remplacer depuis longtemps ce personnel hétérodoxe par un personnel tout à fait orthodoxe ; la clause en question regardant les élèves et non les professeurs.
L'Université Victoria depuis plusieurs années a reçu les Professeurs de l'Ecole dans son Sénat. En sorte qu'il n'est plus exact d'appeler l'Université Victoria une Université Protestante. Puisque non seulement sa Charte lui interdit de faire du prosélytisme protestant, mais que son Conseil Universitaire, ou son Sénat, compte un élément catholique considérable. L'obstacle de degrés académiques levé, restait encore à l'Ecole d'abriter ses nombreux élèves dans les édifices convenables. Les Professeurs actuels de l'Ecole, toujours aidés du vénérable ancien Evêque de Montréal, amenèrent les Religieuses de l'Hôtel-Dieu à concéder un vaste terrain à l'Ecole et, de plus, à lui prêter les capitaux nécessaires à la construction de ces édifices.
Dans cette entreprise les Professeurs assumèrent sur leur propre et personnelle responsabilité une dette de plus de cent vingtcinq mille francs qui pèse encore sur eux et sur leurs familles. Si on. ajoute à cela tous les autres sacrifices que ces Médecins ont faits pour l'entretien de l'Ecole, la formation du personnel, la distribution de l'enseignement, les visites, les soins gratuits aux hôpitaux, maternités, hospices, dispensaires, etc., etc., on aura une idée approximative de ce que l'Ecole leur a coûté et de ce qu'ils I ont fait pour la science médicale et pour la religion.
Depuis qu'elle est une institution catholique, l'Ecole a formé j plus de sept cents médecins qui, répandus dans les villes, dans les villages et dans les campagnes du Canada, sont partout les auxi-
liaires du prêtre et les fils dévoués de la Sainte Eglise. Depuis sa fondation l'Université Laval n'a formé que cent dix médecins. C'est dire de suite combien l'Ecole l'emporte en importance et en influence sur cette Université qui veut l'anéantir.
Nous avons consacré complètement les tomes IV et V des Voix Canadiennes : Vers VAbÎ7ne^ à cette question de TUniversité-Laval. Nos lecteurs s'y reporteront utilement, s'il veulent se faire une opinion.
L'extrait du Mémoire d'Odet d'Orsonnens, ci-dessus, en est un aperçu judicieux et sommaire, suffisant ici. Le lecteur apprendra donc sans étonnement que Mgr de Montréal ne vit pas sans crainte, ni louable envie, l'Université Me Gill s'organiser dans sa ville épiscopale en même temps qu'il y recueillait la lourde succession de Mgr Lartigue.
Il devait voir et il vit effectivement, en cette Institution, un appât et une menace pour la jeunesse catholique du pays tout entier ; il devait redouter et il redouta vivement que cette Haute Ecole contaminerait cette jeunesse de doctrines réputées, a juste titre, dangereuses. Mais, comment exercer une surveillance efficace, parer au danger, arrêter au bord de l'abîme moral tous ces jeunes gens accourant dans le printemps de leur vie, libres, fougueux, pleins de santé, de force, leur pensée enchantée par les rêves et les illusions, disposés d'instinct à toutes les expériences, y compris les aventures.
L'évêque tremblait pour les familles, il tremblait pour les âmes et plaignait son église trop dépourvue pour conjurer les catastrophes qu'il ne pouvait qu'envisager.
Dans sa détresse, il vit naître avec quelque soulagement l'Ecole de Médecine et de Chirurgie indépendante ; il en étudia le programme et les tendances, il ne put tju'en redresser les errements, louer les bonnes intentions. C'est pourquoi, pour mieux assurer ce concours imprévu, pour l'améliorer, il fit diligence, voulant y introduire avec des éléments sûrs une doctrine saine. M. D'Odet D'Orsonnens nous a dit comment il y arriva.
En même temps que l'Ecole de Médecine et de Chirurgie entraient en scène les Pères Jésuites. Dans leur collège de Sainte-Marie, avec l'unique professeur Maximilien Bibaud, ils
fondaient une chaire de Droit. Avec ces éléments, auxquels il aurait pu adjoindre son Grand Séminaire diocésain, Mgr Bourget entrevoyait déjà la possibilité de créer un jour prochain une véritable Université catholique dans Montréal. Mais une étude approfondie de la situation ne lui fit pas encore apparaître le moyen de tenter pareille entreprise.
Cependant les Pères du Concile provincial, dont Tévêque de Montréal fut, à cet égard, l'inspirateur, décidèrent que le temps était venu de doter le Canada d'une Université catholique. Mgr Bourget se joignit donc à ses 'Collègues pour demander au Grand Séminaire de Québec de se charger de cette lourde tâche : la situation de cet établissement, son personnel d'élite et sa grande prospérité le lui rendait aisé'; Monseigneur Bourget n'avait pas renoncé à son projet pour Montréal ; il pensait seulement que, en attendant, cette nouvelle Université de Québec faciliterait les affiliations des collèges et que son enseignement échapperait à la critique.
Quand le moment vint de signer la requête voulue aux autorités civiles et religieuses, il y introduisit naturellement la réserve expresse du cas, où il deviendrait nécessaire de fonder une Université Catholique à Montréal, étant manifeste pour tous, et l'avenir l'ayant d'ailleurs prouvé par la pratique, que le Dominion comportait des établissements de cette nature en un certain nombre.
— Si cette nécessité se révélait un jour pour Montréal, dit Mgr Bourget à son collègue de Québec, vous m'appuierez alors, comme je vous aide en ce moment.
Il fondait d'ailleurs tant d'espérances sur l'Université de Québec, qu'il publia un mandement invitant ses diocésains à la favoriser, surtout en y créant des bourses et en y envoyant leurs enfants. Malheureusement l'avenir ne répondit pas à son attente. Le Séminaire aurait dû tout d'abord rechercher ses affiliations et les rendre faciles. Les maisons d'éducation, en effet, avaient jusqu'alors conservé une indépendance absolue. S'affilier, c'était pour elles, rompre avec les traditions d'un passé qui n'avait pas été sans gloire ni même sans profit. Il aurait donc été désirable que les affiliations, qui s'imposaient en quelque sorte comme une nouveauté, fussent rendues ncceptables par des procédts au moyen desquels l'Université
aurait préparé, avec condescendance, les voies à runification de l'enseignement qui fait la force des grandes institutions de cette nature.
Le contraire se produisit. Le Séminaire de Québec voulut entrer en coup de vent dans les institutions qui lui étaient étrangères et s'y comporter en conquérant. Aussi éprouva-t-il tout d'abord des refus mortifiants de la part de certaines maisons d'éducation, tandis que d'autres, mais en petit nombre, s'affiliaient avec réserve, sinon avec défiance.
Dans le district de Montréal, le séminaire de Sainte-Thérèse fut le premier à se placer sous le contrôle de l'Université. Il était alors sous la direction du Rév. Stanislas Tassé. Cet eccésiastique, qui avait été lui-même agrégé au Séminaire de Québec, avait gardé jusqu'alors l'esprit de l'institution qu'il avait abandonné ; il changea du tout au tout dans la suite, écœuré à la peine. Il n'en fut pas moins la cause déterminante de la soumission complète du Séminaire de Sainte-Thérèse à celui de Québec. Plus tard, Saint-Hyacinthe, sollicité depuis longtemps, par son évêque, consentit à s'affilier. Mais les deux collèges de Montréal s'obstinèrent. L'Assomption, Joilette, Rigaud et Sainte-Marie durent s'exécuter à la fm. Néanmoins, l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal ne put se résoudre au suicide pour le seul plaisir d'être annexée à cette Université exigeante. Par une singulière aberration, on ne demandait rien moins à cette Ecole que de disparaître pour reparaître rénovée, transformée en un organisme imprévu dont ses fondateurs eussent été exclus ou n'eussent été tolérés qu'amoindris.
Le Séminaire voulait tout balayer, tout accaparer dans cette Ecole.
Mais celle-ci tellement menacée et à ce point maltraitée, se souleva et, par sa résistance légitime, et sa défense pleine de dignité, elle devint le plus grand obstacle à la domination de l'intrus universitaire. Ni les menaces, ni les procédés iniques, ni même l'excommunication arbitraire, ne purent triompher de son bon droit et de son courage héroïque. Son autonomie fut enfin respectée. Elle est encore debout, honorée dans l'exercice de ses droits, par ceux-là même qui tentèrent de la supprimer.
Mais dans un pareil état de choses, et dans l'énervemenl des esprits qui en fut la conséquence, Mgr Bourget ne pouvait que regretter les prétentions exorbitantes de Laval. De plus, l'enseignement de cette Institution l'inquiétait. Dans les polémiques que suscitèrent les doctrines ultramontaines et libérales en conflit, Laval se montrait toujours portée vers le libéralisme catholique, ou favorable à cette école des termes mitigés, bienveillants ; on pourrait dire que l'Université professait ouvertement cette erreur bien que, peut-être parce que condamnée par le Saint-Siège. Pour le moins les professeurs de Laval avaient manifestement une très grande sympathie pour tous les libéraux militants.
Mgr Bourget, aimant la vérité, sans la moindre restriction, voyait dans ces tendances un danger réel pour la jeunesse qui fréquentait Laval. Aussi pressé par l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, et sous l'empire de justes appréhensions, il demanda au Saint-Siège l'autorisation d'établir une Université indépendante dans sa ville épiscopale.
Des documents divers et des mémoires des parties que nous avons reproduits dans les tomes IV et V des Voix Canadiennes, il paraîtrait évident pour tous, comme le constate M. Poulin dans ses excellents mémoires, que :
1° Laval a été maladroit et trop exigeant en faveur de son monopole ;
2° Que cette institution n'a jamais pu se laver entièrement de ses tendances libérales ;
3° Que Mgr Bourget a toujours agi avec elle avec une franchise qui n'a pas été exactement payée de retour ;
4° Qu'il n'a sollicité à Rome la faveur d'une Université qu'après en avoir obtenu l'autorisation du Siège apostolique lui-même ;
5° Qu'il a fait tous ses efforts pour rendre Laval accepta ble à ses diocésains.
Et vu les documents que nous avons produits ailleurs et qui n'admettent plus de contestation, nous pouvons conclure de toutes les démarches de Mgr Bourget, qu'il a beaucoup demandé et qu'il eut la satisfaction de beaucoup obtenir.
Notamment, on lui accorda que tous les évêques, et non
pas seulement l'archevêque de Québec, auraient droit de surveillance sur rUniversité-Laval.
Rome ne doutait pas, certes, du bien fondé des réclamations du vaillant évêque de Montréal ; mais les bonnes intentions de Rome à son égard furent combattues et sa bonne foi, souvent surprise ! Ne pouvant lui accorder entière satisfaction, le Saint-Siège lui octroya cependant une succursale de Laval, pour Montréal, établissement dépendant, sans doute, et souvent, de dfverses manières, disgracié ; mais susceptible malgré tout d'évolution vers une autonomie complète,
Assurément, le bon et vigilant pasteur n'a pas eu la consolation de voir éclater à tous les yeux la pureté de ses mobiles, l'urgence de ses raisons, la sincérité de ses alarmes, la réalité des périls dont il montrait les causes et faisait prévoir les suites déplorables ; il fut diversement méconnu, abandonné à l'occasion, parfois trahi ; il a souffert ainsi des tourments sans nombre et versé dans la source des consolations bien deb larmes amères, sans que son courage en ait faibli jamais. Pour toute fm utile en son pouvoir ou de sa charge, il fit toujours l'effort voulu avec la ferme volonté d'aboutir au bien des âmes et à la gloire de Dieu. Il aimait la vérité, ne faisait que les œuvres de justice : il eut donc tout le mérite de ses labeurs généreux que venait augmenter en maintes circonstances le sacrifice de ses bonnes intentions, stérilisées ou tenues en échec par la malveillance d'esprits égarés ou rebelles.
C'est l'honneur de l'historien comme c'est le privilège de Dieu de pouvoir circuler parmi les tombes, sans que la vue d'un tertre affaissé sous l'abandon, ou d'un mausolée provoquant, altère la sérénité de son jugement ; c'est son bonheur de faire revivre les morts par leurs actes et d'en grouper les plus dignes comme en une gerbe de fleurs capables d'embaumer l'avenir des meilleurs parfums d'outre-tombe.
Le souvenir de Mgr Bourget nous revient ainsi comme une rose immortelle, épanouie sous le soleil de la vérité qui éclaire l'éternité, et nous aimons la placer sous les yeux de nos lecteurs dans '=^on cadre naturel et sous un jour glorieux.
Ce n'est pas cette justice intégrale qu'a voulu lui rendre M. Blondel de Brumath en publiant, jadis, chez Gadieux et
Dérôme une historiette enfantine qui affectait les allures d'une biographie sincère du grand évoque que Montréal venait de perdre.
Ce petit recueil pouvait, de l'avis même de Saint-Sulpice, être mis entre toutes les mains. C'était avouer qu'il ne lui manquait que les grâces de la franchise et le mérite de la vérité ; qu'il n'y avait, là, rien de désagréable pour Notre- Dame et Laval ; qu'on y admettait comme évangile que toutes les œuvres prospères du défunt prélat s'étaient accomplies par la seule opération des Sulpiciens 1 ,
On y lit, effectivement, puisqu'il ne faut s'étonner de rien: Que Mgr Bourget fit revenir les Jésuites au Canada à l'instigation desdits Sulpiciens !
C'est un comble ; mais, à force d'en émettre de semblables, l'erreur coule enfin comme l'eau limpide dans la rivière, très large, à Montréal.
Laissons donc rouler à vau-l'eau les fantaisies du thuriféraire Leblond et dût notre véridique histoire de Mgr Bourget être exclue des mains qui ne supportent que des chimères, continuons notre tâche que nous voulons honnête.