‹ Mgr Ignace BourgetChapitre 5 sur 32 · CHAPITRE Iir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iir

Eminente charité de Mgr Bourget envers les prisonniers et les pestiférés et leurs orphelins. — Il (onde la Communauté des Sœurs de la Miséricorde.

Nous venons de voir Mgr Bourget, Protecteur et Fondateur d'institutions diverses consacrées à l'enseignement, ou vouées au soulagement des infirmes, soit qu'elles fussent victimes des injures du temps, soit qu'ils souffrissent des avarices ou des intempestives prodigalités de la nature, soit encore des trahisons de la fortune dans la 'lutte angoissante pour la vie. Il ne négligeait pas, dans l'effort' d'une si vaste entreprise, l'éducation et l'instruction capables de mettre les ' personnes mieux partagées^ en meilleure posture encore pour atteindre lem^ fin naturelle et surnaturelle. Montrons-le maintenant, mais avec d'autant plus de complaisance et de fierté chrétienne que des pharisiens, logés au chevet du temple, ont cru pouvoir l'en blâmer plus impertinement ; oui, montrons cet évêque si doux, si humble de cœur et, par cela même, souverainement compatissant pour les misères apparemment incurables et d'autant plus douloureuses ; montrons-le, bien qu'au-dessus des pauvretés qu'il soulageait, toujours à Fexemple de son Divin modèle, penché vers la plus triste calamité de la femme, à laquelle, dans son abjection voulue ou dans son infortune subie, il, disait le mot qui sauve du désespoir ou faisait le geste bienveillant qui arrête le glissement sans reto<ur vers l'abîme moral insondable,, relevant la mère d'aventure et sauvant l'enfant du hasard...

En 1848, après son second voyage à Rome et l'apparition du typhus importé au Canada par des immigrants, encore avec le concours d'une pieuse veuve, appelée Rosalie Jette, dite M. de la Nativité, et avec l'aide d'une autre veuve nommée Galipeau, qui en fut la première supérieure, il fonda un

institut dit d'abord Maison de Sainte-Pélagie^ puis de La Maternité et finalement Hospice des Sœurs de la Miséricorde.

Le but de l'œuvre on le devine ; on en suppose la délicatesse et les difficultés ; mais ce qu'on ne méditera jamais assez, c'est l'infinie bonté, l'inlassable bonté dont le noble évêque devait être doué et dût faire preuve, constamment, pour affronter le blâme ou le sarcasme, pour résister à la critique des uns et surtout aux attaques sournoises et même publiques qu'inspiraient les autres, particulièrement quelques (( Messieurs de Saint-Sulpice », dont la spécialité en fait de direction était bien de passer par un crible, non pas sévère, mais malveillant, tous les actes, même les meilleures intentions de leur évêque.

En cela même, ces « Messieurs » faisaient un frappant contraste avec Mgr Bourget, dont la haute bienveillance, acquise à chacun, consistait, non-seulement à ne jamais nuire ou laisser nuire à personne, mais aussi à interpréter ou à pousser à ce qu'on interprète toujours favorablement les actions d'autrui. Encore cette forme de la charité, déjà si attrayante et si rare en certains milieux qui s'arrogent le droit de tout juger, ordinairement sans compétence précise ou discernement éprouvé, n'était qu'une étincelle qui jaillissait tout naturellement du brasier d'amour paternel et de compatissante bonté qu'activait sans relâche le souffle puissant de cet homme de bien ; de cet homme suscité par la Providence et dont toutes les œuvres étalent inspirées par le plus pur amour pour Dieu. Ce précurseur, à vrai dire, passait, semant ses bienfaits, les yeux levés au ciel. :il.>rs que ses contempteurs contemplaient son labeur les yeux remplis de la poussière du monde.

Dans l'œuvre de la Maternité humiliée qu'il avait entreprise, se fut, comme dans les affaires d'enseignement, de liturgie, comme, plus tard, dans l'organisation de la vie paroissiale ou pour l'assistance aux pauvres, aux malades et aux vieillards, toutes œuvres menées de front; ce fut, disons-le, son] attachement à la vérité des choses et non un vain souci d'apparences trompeuses ou de convenances, soi-disant sociales, et ce fut aussi son zèle dévorant pour le salut des âmes qui le déterminèrent. En cette circonstance, il tendait à limiter les.

offenses faites à Dieu et les atteintes portées à la nature. Il voulait, en même t^mps, la sauvegarde d'une catégorie spéciale d'innocents qu'on ne pouvait, comme les délaissés de Chine, pousser du pied dans le ruisseau ou iDien, jeter aux bêtes comme pâture.

Et parce qu'il se montrait ferme, tenace à vouloir ce bien qui s'imposait à lui par sa vocation et par sa charge ; parce que ses œuvres, en général, étaient belles et se multipliaient jusqu'à troubler le repos de ceux qui se contentaient de faire le bien qu'ils ne pouvaient éviter, il se fit du peuple reconnaissant un allié enthousiaste, comme le fut, sans doute, le vrai peuple d'Israël, le jour oii il prodiguait au maître verdure, fleurs et rameaux. Il arriva, par contre, et pour les mêmes raisons, comme du Maître aussi, qu'il eut des envieux et des calomniateurs. On le bafouait, on le honnissait, on le traitait ordinairement d'insensé. Cependant, l'évêque, qui savait que le Sauveur tourna lui-même en dérision l'orgueil de ses ennemis en allant à sa Passion en fort modeste équipage, supportait mieux les suprêmes offenses de ses diffamateurs que leurs hommages intéressés.

Il faut, néanmoins, ici, admettre une distinction. Quand, d'une façon générale et même particulière, selon l'occasion; on avait à discuter de la charité du vénérable évêque de Montréal, il ne vint jamais à la pensée de ses pires contradicteurs, d'en contester la nature élevée et les manifestations véritablement héroïques. Le désaccord ne survenait qu'en compagnie d'intérêts divergents ou contraires ; il persistait parce que Mgr Bourget voulait toujours le dernier mot en faveur de ia vérité, de la justice, de l'orthodoxie et des âmes. L'évêque s'obstinait, en quelque sorte, pour le bien absolu, alors qu'on avait tendance, envers lui, de s'en tenir à un bien très relatif, qui ne pouvait, en aucun cas, le satisfaire, eût-il été, d'ailleurs, plus accommodant.

En somme, la vie de Mgr Bourget figure un bouquet de fleurs de charité que nous ne saurions effeuiller ici, sans étendre démesurément notre labeur ; sans ensanglanter aussi nos mains au fouillis d'épines, dont la calomnie l'enlaça soigneusement. Devant nous borner, nous ne lasserons personne, en notant qu'avant d'ouvrir un refuge aux plus Infor-

tunées des mères, le bon évêque s'adonnait, constammeni, avec ardeur, à toutes les œuvres de miséricorde proposées par le divin Maître lui-même ; il .s'y dévouait tout entier. Il a'ilait partout où se réfugiait la misère et la douleur, la ho.nte. S'il avait été, par exemple, l'aumônier attitré des prisons, il .n'en eut pas mieux connus les cachots : il y était connu de tous ; c'était un familier aimable dont les passages fréquents étaient attendus comme une faveur par les uns et comme l'espérance par les autres. En 1834 et 1838, on l'eut dit établi à demeure dans c&s séjours de la honte et de la donleur..

Citons un fait, entre vingt autres.

Lors de l'exé-cution des condamnés Cardinal et Duquet, révoque, afm de mieux assister ces malheureux, couche à la prison ; il y célèbre lui-même la messe d'adieu ; il confesse les grands voyageurs et leur donne le viatique qui rend fort ; il les conduit au seuil même de l'éternité où il ne les confie en personne qu'à la bonté de Dieu. Les familles des suppliciés eurent toujours à cceur de reconnaître qu'avant comme après l'expiation, Mgr Bourget fut leur plus grande consolation.

Les anciens patriotes de Saint-Benoit et de Chateauguay ont répété souvent que, sans Mgr Bourget, qu'ils considéraient comme un père, ils auraient été plus sévèrement traités. Il allait, disaient-ils, trouver le général Golborne et plaidait devant lui la cause des malheureux qui étaient détenus dans la prison.

Ce qu'il fit pour les victimes de 1837 se répétait, si possible, pour chaque •condamné à mort, au moment de l'application de la peine. S'il ne couchait pas toujours à la prison la; veille du supplice, il ne manquait pas d'aller visiter le con- •damné, de le fortifier dans ces derniers moments.

Dans d'autres circonstances, et chaque fois qu'il espérait pouvoir y donner des consolations, il se rendait à la prisan. Un geôlier disait que de tous ses visiteurs les plus assidus étaient bien Mgr Bourget, la Mère Camelin et la Mère Caron qui agissaient d'après les inspirations de l'évêque ; car c'était bien le digne pasteur, à la charité éminente, qui avait allumé dans les .cœurs de ces deux saintes feaiimes qu'il dirig'eait vers la perfection chrétienne, cette vive compassion pour les malr JjÊureux.

Les épidémies vont sévir à Montréal. On le verra toujours en tète de ceux qui iront secourir les victimse de tous les Mdiux.

Mais ce sera surtout lors du typhus de 1847 qu'il manjf estera le mieux son dévouement admirable pour les malheureux. Son vicaire général avait déjà succombé à la peine ainsi qu'un prêtre de sa maison. Gomme les prêtres du Séminaire ne pouvaient plus suffire à la tâche et que quelques-uns d'entre eux avaient succombé, il fit un appel pressant au cierge de son diocèse. Il envoya une circulaire personnelle à chaque prêtre en favertissant de se tenir prêt à répondre à la convocation qui pou-vait lui être faite à chaque instant, de venir exercer le ministère parmi les pestiférés. Lui-même, prêchait d'exemple en y allant presque chaque jour. Aussi ïex-voto, peint par Hamel, le représente-t-il administrant un malade que soutient une sœur de la Providence.

11 avait ouvert le cloître de l'Hôtel-Dieu, dont les reli- -gùeuses, en secondant les efforts des Sœurs Grises et de la Providence, donnèrent leur contingent de victimes de cette terrible épidémie. Le pèlerin, qui ira à Bonsecours, contemplera cet ex-voto^ verra ces trois communautés se vouant à l'envi au secours des malades sous la conduite de l'admirahle éYêqiie dont les nobles gestes et les actes héroïques firent revivre sur les bords du Saint-Laurent la belle figure de Belzunce, que vénère Marseille, toujours reconnaissante.

« Si Féminente charité de l'évêque de Montréal éclate dans le secours cfu'il accorda lui-même et fit prodiguer aux pauvres émigrés Irlandais, atteints du typhus, poursuit M. Poulin dans son Mémoire^ elle ne fut pas moins remarquable dans le soin qu'il prit des orphelins. Il devint véritablement leur père. 11 s'intéressa à les faire placer dans des institutions ou dans des familles afin que leur foi ne fût pas en danger. Dans le 'but de donner l'exemple, il adopta lui-même un de ces orphelins, le fit instruire chez les Pères Jésuites, lui fit faire ensuite ses études de Droit et le mit en état de gagner honorablement sa Fie. Son nom était Peter Ryan. Je me rappelle un incident cissez remarquable dans le placement de ees enfants. Deux orphelins frère et sœur ne poTiivaient consentir à se séparer.. Ils se recommandèrent vivement au digne évêque. Ge dernieT,

touché de la situation pénible où se trouveraient ces deux enfants, s'ils étaient séparés, pria les Sœurs de la Providence (son refuge toujours assuré) de les adopter. Le petit garçon devint plus tard le célèbre missionnaire Michel Me Aulay et la petite fille la bonne et industrieuse Sœur de la Providence xiui porte le nom de Sœur Patrice.

« Selon l'appréciation que fait rapôtre saint Paul de la charité, dont il fait ressortir les différentes qualités, Mgr Bourget offrait dans l'exercice de cette aimable vertu plusieurs nuances qui concouraient toutes au même but, l'amour de Dieu dans les pauvres.

(( On pourrait peut-être croire que cette disposition à secourir les pauvres fut une des causes de l'accumulation de la dette de Tévêché. Il n'en est rien. Mgr savait mendier pour ses pauvres, et il savait aussi intéresser les autres à en faire autant. Je me rappelle qu'il me pria d'aller moi-même faire une collecte dans la ville pour un pauvre prêtre malheureux. Il est venu à ma connaissance que plusieurs personnes lui remettaient des aumônes pour les pauvres. L'une d'elles me dit un jour : il me semble que mon offrande sera plus agréable si elle passe par les mains de Mgr, qui saura si bien la placer. Sous ce rapport, Mme Masson, seigneuresse de Terrebonne, lui fit souvent passer des aumônes afm qu'il 4es distribuât aux pauvres. Il est vrai qu'il est rapporté dans la vie de saint François de Sales, que de temps en temps, il avouait avoir fait quelques friponneries, ainsi qu'il le disait à son économe, le fidèle Archambault. Il est bien probable que de temps à autre, Mgr Bourget en commit quelques-unes envers M. Plamondon, son économe, mais ce n'était là dans tous les cas que quelques soustractions légères et remboursées par les dons qu'il recevait. Mgr connaissait les pauvres honteux, et c'était vers eux qu'il semblait porter de préférence cette attention vigilante à secourir les malheureux.

« Il rappelait assez souvent ce fait, raconté dans la vie d'un saint, célèbre par sa charité, que Notre Seigneur se présente souvent sous la forme de mendiants, de malheureux ou d'affligés par les plus repoussantes maladies, ainsi qu'il arriva à Saint Jean de Dieu. Aussi, quand ilse présentait devant les pauvres et les nécessiteux, qui assiégeaient presque sa rési-

dence, était-ce aux plus rebutants qu'il s'adressait d'abord.

« Je viens de dire que les malheureux affluaient toujours auprès de lui. Quand il eût quitté l'évcché pour se retirer tout près, au petit Hospice du Sacré-Cœur, rue Mansfleld, les pauvres surent le retrouver. Lorsqu'il se fut enfln retiré au Saultau-Récollet, les nécessiteux, les malades, les infirmes, n'hésitèrent pas, malgré l'éloignement (deux lieues), à y aller implorer encore sa pitié, ses secours et même la santé, tant qu'ils avaient confiance en lui.

« A ce sujet, j'aime à rapporter ici ce qu'il disait de la Sœur Caron, qui se distinguait alors par une charité ardente. Comme elle venait d'être relevée de son supériorat à la Maison-mère de la Providence et qu'elle venait d'être nommée à la résidence de Mgr Bourget où ses Sœurs étaient depuis quelque temps préposées à la garde de cette maison : « Vous allez voir, me disait-il, comme les pauvres vont abonder. On dirait qu'ils la suivent pas à pas. » J'ai cru pouvoir lui dire alors, « il pourrait bien y avoir concurrence ». Mais il changea aussitôt le cours de l'entretien.

« En effet, ces deux cœurs, brûlant de la même charité, avaient beau jeu à consoler les malheureux, et ils se renvoyaient mutuellement la cause de l'affluence des personnes affligées. Tous deux étaient également réjouis lorsqu'ils recevaient des aumônes à distribuer !

« Lorsque Monseigneur faisait ses visites pastorales, c'étaient déjà les mêmes scènes qui se produisaient. Il s'informait toujours des malheureux et des infirmes qu'il ne pouvait pas voir. Pour ma part, je l'ai conduit dans ces visitas auprès de deux familles, dont je lui avais dépeint les souffrances. C'était pour lui comme un bonheur de les visiter, de leur offrir toutes les consolations dont il paraissait avoir le véritable secret. Ces visites demeurèrent comme les plus doux souvenirs de ces familjes. Ce qu'il a fait à ma connaissance personnelle, il le faisait, me dit-on, presque partout. »

Et s'étonnera-t-on, maintenant, qu'en un cœur si bon, si généreux, dans une âme si bien douée et si portée à suivre l'exemple de son divin modèle, ait germé la salutaire pensée de fonder l'œuvre de la miséricorde, et que le bienfaisant évê-

que ait eu le courage et la constance de la mener à bonne fin, malgré la malignité des uns et riiostilité d'un grand nombre ?

L-es pharisiens osèrent rougir pour lui, qui se glorifiait en Di^.u de ce que des êtres à son image soufiraieni moins, parce que, compatissant quand môme, il se penchait vers eux et kur parlait de regret, d'un retour possible à la vertu. A quoi donc pensait-il, se disait-on, sous des toits qui, malgré les apparences, n'étaient pas tout à fait de cristal et dans des sacristies même où ne résonnaient pas que des hymnes en rhonneur de la charité ; à quoi pense notre évêque, répétaientils inlassables, et quel scandale il va provoquer et perpétuer parmi nous !

Et r-opposition s'empara de ce nouveau prétexte pour renouveler ses violents assauts, pour prolonger ses résistances acharnées.

La contrariété des bons qui perfectionne les saints eut ici beau, sinon franc jeu ; des ecclésiastiques de la ville, d'autres i de la campagne se voilèrent la face, et le Séminaire en fut donc fort aise : On accusait l'évêque, qui, en diminuant le poids de la faute, encouragerait, disait-on, le crime et se faisait fauteur du vice dégradant. Naturellement, on se concertait pour entraver l'œuvre de Mgr Bourget ; quelques-uns priaient même pour le salut de son âme ; d'autres, qui essayaient de rester bienveillants, faisaient des vœux sincères pour que son esprit retrouvât plus de lucidité dans un équilibre désirable.

Ainsi les personnes dévouées qui crurent pouvoir répondre aux intentions du Bon pasteur, écouter ses appels et entrer dans cette communauté, dont l'esprit était surtout l'abnégation et le support des âmes désemparées, furent-elles tout d'abord honnies, partageant le mépris qui accablait leurs |j protégées. Portaient-elles à l'entrée du sanctuaire les pauvres êtres qui étaient entrés dans la vie par les sentiers étroits ou détournés, avec l'abandon et la honte pour compagnes, on n'osait pas, certes, les repousser brutalement, parce que l'ombre tutélaire de l'évêque jusque-là s'étendait sur elles ; on les accueillait pourtant sans le moindre empressement ; et que d'humiliations ensuite il leur fallait encore subir, quand eJles allaient, avec leur innocent fardeau, heurter à la porte des hospices spéciaux pour l'y déposer !

'Ces rfeisianees avaient des prétentions honnêtes ; elles se forti fraient par les conseils de ceux qui n'étaient soucieux que des usages reçus et se réclamaient des parti-pris qui se confondaienit volontiers avec leurs propres préjugés.

Malgré toutes les avanies, que lui valut cette fondation, Mgr Bourget persista courageusement dans la voie qu'il estimait la plus sûre, la plus profitable à ses ouailles.

€onime le divin Maître, qui finspirait en cela même, à la foule de ceux qui accusaient des malheureuses sans peser au poids de la franchise leur infortune, il aurait pu répéter, sans un trouble excessif :

— Que celui qui se trouve sans faut-e et sans tâche, leur jette donc la première pierre ; il les aurait ainsi peut-être dispersés tous, rtm après l'autre et sans éclat, penché, lui aussi, S'Ur le sable mouvant où reposaient ces consciences effarouchées ; il aurait pu, intellifibles selon les faiblesses de chacun, tracer en lettres mystérieuses, les péchés que le monde expie trop souvent en ne frappant que la poitrine du voisin.

Rappelant ces contrariétés vaincues par cette persévérance, si justifiée, de Mgr Bourget, qui réunit aujourd'hui les suffrages de tous les hommes de bien, nous ne laisserons pas de citer l'opinion de Mme Gôme Séraphin Gherrier, lorsqu'on l'entretint un jour des cruelles souffrances qu'endurait l'évêque au début de la maladie qui devait l'emporter :

— (( Pauvre évêque ! disait-elle ; il n'est pas surprenant qu'il soit épuisé et accablé sous tous les rapports ; il a toujours marché vent devant (debout). »

Ce fut une façon originale, remarquablement juste, de définir la condition faite à Mgr Bourget dans l'accomplissement de tous ses devoirs, dans l'établissement de toutes ses œuvres.

Ceux qui maintenant, ont l'avantage de contempler le haut rang conquis dans le domaine des réalités de la bienfaisance par les Sœurs de la Miséricorde aussi bien que par celles de la Providence, de Sainte Anne, des Saints Noms de Jésus et de Marie, et qui sont les témoins émus des bienfaits qu'elles répandent, sans cesse, de l'admiration qu'elles excitent et entretiennent par leur dévouement à toute épreuve, ceux-là béniront d'une même voix, le ciel d'avoir inspiré

ce serviteur émérite des pauvres et d'avoir soutenu sur les flots et sous les vents la barque de l'inimitable apôtre, suscité par la miséricorde de Dieu.

Ici, encore, un peu de statistique ne fera que souligner les salutaires leçons de l'expérience et du temps.

Fondée le 16 janvier 1848, la Maison-Mère des Sœurs de la Miséricorde, 470, rue Dorchester Est à Montréal, compte 74 religieuses professes, 20 novices, 9 postulantes, 58 madeleines et 12 filles de Sainte-Marguerite.

Elle a des succurcales à Ottowa : 10 religieuses, 2 gardesmalades, 15 madeleines et 12 filles de Sainte-Marguerite ; à New-York : 20 religieuses, 4 madeleines, 15 filles de Sainte- Marguerite, 7 gardes-malades ; à Hartsdale : 9 religieuses, 1 garde-malade ; à Winnipeg : 15 religieuses, 15 gardes-malades, 15 filles de Sainte-Marguerite ; à Saint-Norbert : 4 religieuses, 15 madeleines ; à Edmonton : 12 religieuses, 15 gardes-malades, 6 filles de Sainte-Marguerite ; à Green Bay.: 13 religieuses, 13 gardes-malades, 5 madeleines ; au Sault-au- Récollet : 10 religieuses, 15 gardes-malades ; à Chicago : 13 religieuses, 26 gardes-malades ; à Milwaukee ; 9 religieuses et 8 gardes-malades.

Partout ces mères de miséricorde dirigent hôpitaux, crèches et maternités ; par milliers, chaque année, des malheureuses et des innocents leur doivent divers soulagements.

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