II. — Letire de M. Jacquemin à AfP de la Fare (i
28 octobre 1801.
Monseigneur,
Depuis votre lettre du 25 juin, nous n'avons rien eçu de votre part, que les compliments dont s'était hargé M . , , Les affaires intérieures du diocèse suivent e cours ordinaire. Nos missionnaires des campagnes ont des progrès journaliers, et nous pouvons assurer [ue le rétablissement public du culte catholique s'opéerail partout, non seulement sans troubles, mais à la atisfaction presque générale.
Nous devons vous avouer, avec la plus profonde mtrtume, que ce qui vous concerne personnellement, I0U3 cause beaucoup de peine et nous occasionne nême des inquiétudes. Tandis que tout le clergé fidèle end une justice éclatante à votre amour pour la paix, ;t que le peuple vraiment catholique vous est entière-
ment dévoué, ceux qui ont fait les démarches que vous n'approuviez pas, sèment ou autorisent des bruits capables d'aliéner de vous une partie de vos ouailles et d'inspirer de Téloignement pour vous au gouvernement. Les uns disent que vous ne reviendrez pas, parce que vous êtes attaché au service du Roi ; d'autres assurent que vous refuserez votre démission et que vous vous séparerez plutôt du Saint-Siège. Les plus modérés en apparence vous font coadjuteur de Vienne. Des bruits fort répandus vous donnent M««" de Saint- Dié (i) pour successeur. Le conseiller d'Etat Régnier, qui a passé ici quelques semaines, a avoué que les principaux agents de Paris avaient de fortes préventions contre vous.
Ces discours calomnieux ont deux sources évidentes : Tune part des ennemis du christianisme, qui craignent vos talents et votre zèle ; l'autre vient des hommes lâches qui, sous prétexte de concilier la politique et la reUgion, sacrifient en ej9fet la religion à la politique.
Vous ne doutçz sûrement pas de la force avec laquelle nous défendons la vérité sur tous les points ; mais nous croyons qu'une déclaration solennelle de vos sentiments, adressée à votre clergé et à votre peuple, ferait un bon effet ; et nous pensons que vous la devez à notre Eglise, peut-être exposée à vous perdre, si vous gardez le silence.
Une personne qui occupe aujourd'hui une des premières places, nous a pressés d'écrire au Légat, et au
(i) Mgr Chaumont delà Galaizière, premier évêque de Saint-Dié.
ministre Portalis, se chargeant de remettre et d'appuyer fortement nos lettres. Nous avons tâché de les écrire avec force et dignité. Nous rendons compte au cardinal Caprara de l'état de votre diocèse et de tout ce qu'il vous doit. Nous faisons part à M. Portalis des assurances multipliées que vous nous avez données de votre entière déférence aux jugements du Saint-Siège, et de votre amour constant pour la paix de l'Etat. Si vous jugez convenable d'exprimer tout cela vousmême, nous y donnerons la plus grande publicité, par la voie de l'impression, et nous le ferons parvenir jusqu'aux chefs du gouvernement.
Si vous n'adoptez pas nos vues, vous ne blâmerez pas du moins les motifs qui nous les inspirent, puisque nous les puisons dans l'attachement pour notre Eglise ; plus encore que dans notre dévouement pour votre personne.
On avait encore arrêté, il y a deux mois, plusieurs de nos confrères (i) ; mais ils en ont été quittes pour la prison et de l'argent, parce que leur jugement est intervenu après la révocation de la lettre foudroyante du ministre de la police générale contre les prêtres.
Nous avons laissé suspendus, comme vous nous y autorisiez, les effets de votre ordonnance sur le renouvellement des pouvoirs. Nous 2lv ons Saint- Pierre depuis environ deux mois ; nous attendons Saint-Nicolas de jour en jour. La santé de M. Poirel (2) se soutient; la mienne est toujours très ferme. Après le bien de la
(i) M. MoUevaat lui-même avait failli être arrêté (Chatrian). (2) M. MoUevaut.
religion, ce qui nous réjouit le plus tous deux dans l'espérance du succès des affaires, c'est qu'il amène le moment où vous n'aurez plus besoin de nos travaux dans le genre actuel.