‹ Mgr Jacquemin, évêque de Saint-Dié, 1750-1832Chapitre 13 sur 15 · III. — Extrait de la réponse de Ms^ de la Fare à la lettre · texte numérisé non relu

III. — Extrait de la réponse de Ms^ de la Fare à la lettre

précédente.

Après une mention de différentes lettres, qui n'étaient pas parvenues à destination, Më^ de la Fare dit à ses provicaires que, le 26 octobre, il leur avait mandé son projet d'adhérer à la lettre écrite au Pape par quatorze évêques réfugiés à Londres. Il assure que plus des trois quarts des évêques, qui sont hors de France, tiennent pour le refus suspensif de leur démission. S'appropriant les paroles de Bossuet dans son discours d'ouverture de l'assemblée de 1682, il professe solennellement de son attachement à TEglise de Rome.

Voici d'après la copie de M. MoUevaut (à la bibHothèque du séminaire de Nancy), la réfutation qu'il fait des accusations de ses détracteurs :

« On m'accuse de ne vouloir pas rentrer dans mon diocèse, parce que je suis attaché au service du Roi. Oui, je le suis, et la religion m'ordonne de rendre à l'héritier légitime du trône, lorsqu'il est dans le malheur, tous les services dont je suis capable. Mais cette disposition, qui tient au fond de mon cœur, ne m'a jamais séparé un instant de la tendre et paternelle affection et de la sollicitude, qui lient ma conscience et mon âme à mon diocèse et au troupeau dont Dieu m'a confié

le gouvernement. Que toutes les lois de proscription personnelle, de prohibition de culte, toutes les exigences de serments ou de promesses illicites eussent été révoquées, avec quel zèle, avec quel empressement, on m'eut vu revenir au milieu de mon troupeau, et lui consacrer tout ce qui me reste de forces et de jours ! Que cette heureuse combinaison s'établisse enfin, et on verra alors quels sont mes vrais et invariables sentiments, jje porte et ne cesserai jamais de porter dans mon cœur mes coopérateurs, qui me sont devenus plus chers que je ne peux l'exprimer, les catholiques fidèles et les prévaricateurs eux-mêmes. Je sais et je ne peux l'oubUer, que je suis le débiteur de tous^ dans le sens du grand Apôtre.

Quant à l'idée que je puisse être coadjuteur de Vienne, elle est si ridicule et si contrastante avec les habitudes et les convenances qui sont à consulter pour un pareil objet, qu'elle ne mérite pas la peine d'être réftitée.

Je ne sais où M. Régnier a pu recueillir ces prétendues préventions qu'ont contre moi les principaux agents de Paris; mais j'ai, de mon côté, de fortes raisons de croire le contraire.

Je vous remercie, mes chers coopérateurs, du zèle que vous mettez et ne cesserez de mettre à défendre votre évêque calomnié. Je travaillerai à la déclaration solennelle que vous désirez de ma part pour mon clergé et pour les fidèles ; mais, en attendant que je puisse vous l'adresser, prévalez-vous, si vous le croyez convenable, des sentiments que je viens de vous exprimer.

Tant que vous ne ferez que multiplier et répandre

Tassurance de mon profond respect et de ma déférence pour le Saint-Siège, ainsi que de mon amour constant pour la paix et la charité ; je ne pourrai que reconnaître mes propres sentiments, et vous savoir le plus grand gré de les faire connaître et de les opposer à mes détracteurs. »

IV. — Lettre de MM, Moîlevaut et Jacquemin au cardinal Caprara et réponse du légat apostolique.

Monseigneur,

Chargés, depuis plus de six années, par M. de la Fare, évêque de Nancy, d'administrer son diocèse dans des temps difficiles, nous regardons comme une de nos principales obligations, d'informer votre Eminence de rétat de notre Eglise.

La très grande majorité des curés, vicaires et autres ecclésiastiques séculiers et réguliers, a refusé le serment de la constitution dite civile du clergé.

Plusieurs ont subi la mort par suite de jugements révolutionnaires.

Quatre ou cinq cents ont été déportés dans les pays étrangers.

Plus de deux cents ont été soumis à la plus rigoureuse détention pendant près de deux années.

Il en est péri de misère prés de cent, dans les déportations à Rochefort, à la Guyane.

Cette constance si généreuse du plus grand nombre de nos confrères est surtout le fruit et l'effet des grands exemples et des solides instructions que nous a donnés çpnstamment notre évoque. Ce Prélat doué des plus

— ajo -

écieux dons 4e la grâce et des plus rares qualités de nature, n'a cessé de soutenir son clergé par la fermeté ■ sa foi, par les secours inépuisables de sa charité,

par l'expression de tous les sentiments qui forment véritable évêque. Il a gagné le cœur de tous les caoliques fidèles ; et ses ennemis mêmes ne peuvent I refuser leur admiration.

Toujours en garde contre les nouveautés proposées r les ennemis de Dieu et de son Christ, il n'a permis ns son diocèse, que la soumission aux lois civiles, us la réserve écrite du culte catholique, qu'on nous . ait demandée au mois de juin 1795. Aucun autre engagement pur et simple n'a obtenu n assentiment; ce qui a indisposé contre lui cette nie liche du clergé et du peuple, qui, sous prétexte

concilier la politique et la religion, n'a cessé de safier réellement la religion à la politique.

Nous espérons fermement aujourd'hui la fin de ces indales, puisque le gouvernement français prend fin la sente voie légitime de terminer les troubles,

recourant au Chef de l'F^lise, pour lequel noire

On ne compte pas dans notre ville plus de huit pré- ■s attachés à l'évêque intrus ; tandis que les ecclésiasues catholiques s'y trouvent par centaines.

Les dispositions du peuple y sont telles, que le rétassement public du culte cathohque s'y ferait non seulent sans aucun trouble, mais avec une approbation ;sque universelle,

Votre Eminence nous pardonnera sans doute les :ails que nous prenons la liberté de lui adresser sur

une portion intéressante de cette Eglise gallicane do; le rétablissement est confié à sa sagesse. C'est par i sentiment profond de confianije dans votre amour poi la religion qne nous réclamons votre crédit, Monsï gneur, en faveur d'un peuple bien catholique, d'o clergé plein de zélé pour l'Eglise, et d'un évêquc modèle et le père de son troupeau.

Nous avons l'honneur d'être avec le plus profor respect. Monseigneur, de votre Eminence, les tri obéissants serviteurs.

LES DËLËGUËS

pour l'adminislration du diocèse de Nancy, Cette lettre obtint U réponse suivante :

Messieurs, J'ai reçu, Messieurs, la lettre que vous m'avf adressée en date du 28 octobre dernier.

Les détails que vous me donnez sur l'état actuel C votre Eglise m'ont inspiré le plus vif intérêt, et c'c; avec plaisir que je vous en témoigne mes sincéri remerciements. La Religion oiTrira toujours de parei traits, lorsqu'elle aura, comme vous, des ministr< aussi zélés qu'instruits.

Agréez, Messieurs, les sentimens d'estime avec lei quels je suis

Votre très humble serviteur, J.-6. Cardinal Cafrara.

Paris, le 14 novembre 1801 (i),

(i) L'origiml de cette pièce se tiouve à li bibliothèque du »*mi naire de Siint-Dii. lussi bien qu'une copie de la lettre pric4

\^. — Correspondance des provicaires généraux de Nancy

avec Portalis.

Suivant les conseils du personnage marquant, dont il a été parlé plus haut, MM. Mollevaut et Jacquemin évrivirent au ministre des cultes en même temps qu'au légat apostolique. Voici leur lettre d'après une copie, conservée à la bibliothèque du séminaire de Saint-Dié :

Citoyen Ministre,

Permettez-nous d'applaudir avec la France catholique, au choix que le Gouvernement a fait de vous, pour nous procurer le rétablissement de la religion. Chargés par M. de la Fare, évèque de Nancy, de l'administration de son diocèse, nous croyons devoir être auprès de vous les organes des dispositions qu'il ne cesse de nous manifester, soit de son extrême déférence aux jugements du Saint-Siège, soit de sa soumission et de celle qu'il exige de nous envers la République.

Nous comptons par centaines les prêtres catholiques dans notre ville épiscopale ; tandis que le clergé constitutionnel n'y est pas composé de dix membres. La presque totalité des citoyens est restée fidèle, ou est revenue au culte de ses pères, en sorte qu'il peut reprendre sa publicité parmi nous, non-seulement sans troubles, mais à la satisfaction de tout le peuple, surtout si on lui conserve le savant, vertueux et charitable évêque, aux leçons et aux exemples duquel il doit surtout le maintien de sa foi et la sagesse de sa conduite pendant le cours de la révolution.

Vous pouvez, citoyen Ministre, compter sur la vérité des déclarations que nous faisons ici. Nous somnies

aussi éloignés de chercher à vous en imposer qu'à Dieu

même dont vous vengez la gloire.

Nous sommes avec le plus profond respect, Citoyen

Ministre,

Vos très humbles, etc.

Cette lettre, vraiment forte et digne, reçut la réponse suivante, que nous publions l'original qui se trouve au séminaire de Saint*-Dié :

Enreg*«, N® 150.

CONSEIL d'état.

Paris, le 24 brumaire, an 10 de la République (i).

Le Conseiller d'Etat chargé de toutes les affaires concernant les cultes, au citoyen Mollevaut, vicaire-général du diocèse à Nancy.

J'ai reçu, citoyen, la lettre que vous et le C. Jacquemin votre collègue m'avés écrite ; j'y ai vu avec plaisir l'expression des sentimens de concorde et d'union qui animent M. de la Fare, j'aurai l'honneur d'en rendre compte au premier Consul, et j'espère pouvoir, d'après votre assurance, lui en présenter un témoignage authentique de la part de M. île la Fare lui-même.

Je vous remercie du compte avantageux que vous me rendes des principes de sagesse qui régnent dans votre département et des soins que vous prenés de les y maintenir.

J'ai l'honneur de vous saluer.

PORTALIS, (i) 15 novembre 1801.

Cette réponse provoqua la lettre suivante :

Citoyen Ministre,

Les vues consignées dans [a réponse dont vous nous avez honorés, le 24 brumaire, nous font un devoir de vous informtT d'un fait qui intéresse votre ministère.

Déjà, probablement, vous savez que M. de la Fare s'unit auK évéques qui présentent au Souverain Pontife des observations dans l'importante af&iredeleur démission, Mais voici le plan de conduite qu'il annonce dans la lettre où il nous instruit de ses démarches :

o Quel que soit le résultat de cette affeire, je saurai prendre des mesures qui prouveront à mon clergé et à mon troupeau toute liberté et sûreté de conscience, l'exercice paisible du culte catholique et toute tranquillité de la part de la puissance temporelle. Je vous autorise i en donner l'assurance > (i).

Nous ne pouvons. Citoyen Ministre, faire un usage plus utile de celte déclaration que de vous la transmettre comme une garantie des sentiments de concorde qui anime notre évéque. Nous lui donnons aujourd'hui connaissance de nos lettires et de la réponse que vous avez daigné nous faire.

Nous sommes avec une profonde et respectueuse

reconnaissance, Citoyen Ministre, vos très humbles serviteurs, les vicaires-généraux du diocèse de Nancy.

MOLLEVAUT, JACQ.UEMIN (l).

Quelques jours après, M. Mollevaut écrivait dans le même sens au préfet de la Meurthe :

2é Novembre 1801, 5 frimaire an X.

Citoyen Préfet.

Dans la correspondance que nous avons l'honneur d'entretenir avec le conseiller d'état Portalis, relativement aux affaires du culte, nous avons dû lui rendre compte des vues et des démarches de M. de la Fare. Nous lui avons en conséquence donné l'extrait de la lettre où notre évêque nous mande le plan de conduite qu'il suivra dans l'importante affaire de sa démission.

Comme vous êtes ici le représentant du Gouvernement, nous regardons comme une obligation de vous faire, citoyen Préfet, la même ouverture. Voici donc les expressions dont se sert notre évêque.

(Suit la citation, déjà reproduite dans la lettre au ministre.)

Nous avons* appris, citoyen Préfet, que le journaliste de U Meurthe, trompé sans doute par de faux bruits, parlait de la conduite de La Fare, d'une manière peu

(i) Cette réponse est du 21 novembre, ainsi qu'il résulte d'une lettre de Mgr de la Fare, daté du 20 décembre suivant. Elle provient* comme la missive suivante, des copies de M. Mollevaut, qui se trouvent au séminaire de Saint-Dié.

Page 1