‹ Mgr Jacquemin, évêque de Saint-Dié, 1750-1832Chapitre 3 sur 15 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

DES COMMENCEMENTS DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE A LA FIN DU RÈGNE DE LA TERREUR (1789-I794).

Assemblée préliminaire des Trois-Ordres de Lorraine. — Comité permanent des Trois-Ordres. — Assemblée des Représentants de la commune de Nancy. — Réponses de M. Jacquemin à deux lettres pastorales de Lalande, évêque de la Meurthe. — Exil de Tabbé Jacquemin.

Nous voici de nouveau en présence de cette époque néfaste, dont nous avons déjà dû parler tant de tois et sur laquelle on n'arrive pas à dire le dernier mot. Espoir enthousiaste, déceptions successives, règne de Tenfer, coup d'Etat militaire d'un dictateur ambitieux, on ne peut pas sortir de ces tristes ornières. Bornons-nous à notre cher professeur.

L'assemblée préliminaire des Trois-Ordres de Lorraine, réunie en vue de préparer les élections aux Etats-Généraux, dans la séance qu'elle tint, le

21 janvier 1789, à rHôtel-de-Ville de Nancy, avait résolu de nommer une commission de quarante-huit membres, qui serait chargée de prépa- rer les objets à mettre en délibération à l'assemblée générale. Le clergé fut d'avis de choisir, dans Tordre séculier, huit des douze commissaires auxquels il avait droit, et quatre seulement dans Tordre régulier : Tabbé Jacquemin arriva au cinquième rang. Le dimanche 25 janvier, cette commission rendit compte de son travail et de la délibération qu'elle avait prise au sujet d'un plan de convocation des Etats provinciaux de Lorraine, qu'on devrait présenter à Sa Majesté (i). M. Jacquemin en qualité de commissaire, concourut à l'élaboration de ce plan.

Le projet des Etats provinciaux de Lorraine ne put être réalisé. Mais, du 20 mars au 3 avril, eut lieu la réunion des Trois-Etats du bailliage de Nancy, où Ton devait nommer les rédacteurs des cahiers de doléances et les électeurs immédiats des députés aux Etats-Généraux. M. Jacquemin y assistait comme représentant « MM. les prêtres et autres engagés dans les Ordres de la paroisse

(i) ProcèS'Verhal de V Assemblée des Trots-Ordres de Lorraine, p. 4-5 et 9-10. Cf. Mathieu, L'ancien régime, etc., p. 398-400.

Saint-Epvre. » Le mardi 31 mars, l'Ordre du clergé élut par voie de scrutin les commissairesrédacteurs des cahiers. L'abbé Jacquemin obtint avec l'abbé de Dombasle, chanoine de la primatiale, et l'abbé Camus, vicaire général, la pluralité des suffrages dans la classe des bénéficiers. Les cahiers du clergé furent discutés, le jeudi 2 avril. Après quoi l'assemblée témoigna à MM. les rédacteurs combien elle était satisfaite de leur travail, tant pour le fond et la forme que pour la célérité vraiment étonnante qu'ils avaient su mettre dans l'exécution (i).

M»^ de la Fare, mécontent des curés de Nancy qui avaient voulu lui donner l'exclusion pour la députation aux Etats-Généraux et fasciné par les flatteries du trop fameux Grégoire, travailla efHcacement à le faire choisir pour second député. L'abbé Jacquemin avait deviné Grégoire et cherché inutilement à désabuser son évêque, qui ne tarda pas à se repentir de son malheureux choix.

L'annonce de la Révolution, qui avait éclaté à

(i) Procès-verhal des séances et délibérations de l'Ordre du Clergé du Bailliage de Nancy y des ^0 et ^i mars, 2 et 3 avril jy8ç (manuscrit du Séminaire de Nancy). M. Thiriet dans Uabbé Gabriel Mollevaut, p. 45-46, a résumé les doléances du clergé.

Paris, produisit dans les provinces une vive commotion. A Nancy, les bons citoyens ne Tenvisagèrent pas avec indiôérence. a Quelle qu'en soit la cause, disaient-ils, les suites peuvent en être funestes. Il est de la plus haute importance de les prévenir. » Les électeurs de la commune de Nancy, jugeant du péril qui menaçait la ville d'après les événements désastreux qui s'étaient si rapidement succédés dans beaucoup d'autres capitales, se réunirent, le 24 juillet, pour prendre les mesures propres à empêcher des désordres pareils à ceux du 14. L'Ordre de la noblesse s'adjoignit à eux. Le clergé, informé de la réunion du soir, s'était assemblé le matin et avait élu dix députés pour demander de s'occuper avec les autres Ordres du biea public. L'abbé Jacquemin était du nombre. Les députés ecclésiastiques furent reçus avec applaudissements. Les Trois- Ordres réunis arrêtèrent de former un comité permanent, chargé de veiller à la tranquillité publique et de maintenir l'union des citoyens. Il fut composé des dix députés du clergé, des dix de la noblesse, des dix électeurs des communes et, d'après la motion faite par les ecclésiastiques et les nobles, de dix membres des corporations d'arts et métiers. M. Jacquemin en fit donc partie et signa le procès-verbal.

Le jour même de sa formation, le comité permanent des Trois-Ordres, en vue de pourvoir à la sûreté de ses concitoyens, organisa une garde citoyenne de cent personnes et une milice bourgeoise de 1400 (i). Nous ne suivrons pas jour par jour toutes les opérations du comité ; nous nous contenterons de relever dans les procès-verbaux la part qu'y prit notre cher professeur. Le samedi 1*^'' août, il fut nommé avec trois autres membres pour constituer un bureau, qui aviserait aux moyens d'assurer la tranquillité des différentes villes et paroisses de la province dans le cas où elle serait troublée, et présenterait ses vues au comité qui en délibérerait (2). Le 22 du même mois, il entre dans une commission, dont les attributions

(i) Ce renseignement et la plupart de ceux qui suivent ont été extraits de la copie manuscrite des Actes et délibéra' tions de Vautorité municipale de Nancy, à partir du 24 juillet 178^, faite sur les originaux conservés aux archives municipales. Le premier volume, auquel nous renvoyons, contient les Actes du comité permanent des Trois-Ordres et les Actes de V Assemblée des représentants de la commune, C*est le manuscrit 890 (ancienne notation 499) de la bibliothèque publique de Nancy. Sur la formation de la garde citoyenne, voir p. 1-6. Sur l'ensemble des opérations du comité, voir Auguin, Monograj'hie de la Cathédrale de Nancy, p. 44-51.

étaient d'empêcher Texportation des grains de la province à l'étranger (i).

Cependant la garde citoyenne était formée. Le dimanche 23 août fut choisi pour la bénédiction et la remise solennelle du drapeau au premier bataillon. Après avoir assisté à la messe, chantée à la Cathédrale à cette occasion, le comité, rentré au lieu de ses séances, chargea en première ligne l'abbé Jacquemin de rédiger le procès-verbal de la fête (2).

La question des subsistances en cette année de disette préoccupait fortement toutes les autorités. M. le marquis de Choiseul, commandant en chef de la province, et M. le comte d'Haussonville provoquèrent une assemblée du bureau des subsistances. M. Jacquemin fut un des quatre députés, envoyés le 26 août par le comité à cette assemblée (3). Le lendemain matin, il est encore désigné pour procéder à la visite des grains et farines dans les maisons de la ville et des faubourgs. La visite eut lieu le soir même et le matin du jour

(2) P' 37. Ce procès- verbal, imprimé à part chez Hœner, sous le titre : Extrait des procès-verbaux du comité perfttanent, etc., a sept pages.

suivant (i). Dans la séance de relevée du 30 août, on discuta le rapport sur les moyens d'empêcher Texponation des blés. Il était l'oeuvre d'une commission dont M. Jacquemin était membre (2). Le samedi 5 septembre, M. de Moulon ayant été élu président, M. l'abbé Jacquemin, l'a remplacé pour la rédaction des procès-verbaux (3).

Cependant l'union des esprits et des cœurs n'était plus complète. Les officiers de la gardé citoyenne n'étaient pas tous d'accord avec les membres du comité, et les procès-verbaux trahissent quelques dissentiments. Une note manuscrite de M. Guilbert, curé de Saint-Sébastien et plusieurs fois président du comité, nous apprend qu'ils avaient pour fauteur principal le comte de la Vallette, commandant en chef de la garde citoyenne. Cet homme aussi inepte qu'ambitieux, qui visait surtout à se faire un parti dans les derniers rangs de la population, intrigua avec ses partisans, devenus chaque jour plus nombreux pour faire dissoudre le comité qui lui déplaisait et gênait son action. Ne pouvant s'attaquer à l'élection des députés du clergé et de la noblesse, il jetait dans le public

des doutes sur la régularité de celle des représentants des communes. Sa réclamation du 31 août, dans ce sens, fut rejetée à l'unanimité (i) ; mais il ne se tint pas pour battu, agita plus vivement l'opinion et fit tant que le comité lui-même, afin de faire cesser la rumeur publique, projeta le 16 septembre une nouvelle formation. Après différents pourparlers sur le mode d'élection, par corporation ou par districts, le comité, cédant au vœu de la garde citoyenne et tenant compte de l'égalité qu'on doit à tous, adopta le vote par districts, sans distinction d'ordre et de rang. Il cessa ses fonctions le i" octobre au soir, dès qu'il fut instruit de la nomination des nouveaux membres. L'auteur de cette intrigue, le comte de la Vallette, espérait avoir un comité formé de sa main et docile à ses ordres. Mais des gens éclairés et de bons citoyens, nous dit encore le curé de Saint- Sébastien, eurent le courage d'accepter des places dans le second comité. L'abbé Jacquemin était du nombre, car il fut nommé, avec cinq autres ecclésiastiques, représentant de la commune. Le 3 octobre, à 9 heures du matin, la nouvelle assemblée, dite des Représentants de la Commune

de Nancy, tenait sa première séance à THôtel-de- Ville. Avant toute délibération, l'Assemblée estima qu'elle devait d'abord se donner un Président. « Lé scrutin fini, il fut reconnu que M. Guilbert, curé de Saint-Sébastien, et M. l'abbé Jacquemin, professeur en théologie, avaient la pluralité et réunissaient le même nombre de suffrages. Mais, M. Jacquemin ayant invoqué en faveur de son concurrent le droit d'ancienneté et s'étant déporté des suffrages qui lui étaient acquis, M. Guilbert a été proclamé Président » (i).

A la fin de la séance, M. le Président dit « qu'il secondait sans doute le vœu de l'Assemblée, en lui proposant, avant de s'occuper d'aucun objet, de témoigner, au nom de ses commettants, la reconnaissance si justement due à tous les membres du comité auquel elle succède ». Aussi fut-il décidé à l'unanimité que quatre commissaires se rendraient à l'instant chez M. d'Ubexi, le dernier président du comité, pour lui adresser des témoignages de gratitude de toute la cité (2). M. Jacquemin pouvait prendre sa part de ces remerciements publics.

(i) Procès-verbaî des premières séances de V Assemblée des Représentants, etc., p. 2.

(2) Ibid., p. 3-4. Cet Arrêté a été imprimé à part avec le texte du discours, adressé à M. d'Ubexi.

Il en méritera de plus grands encore pour le rôle considérable qu'il va jouer dans la nouvelle assemblée.

Dans le partage des attributions fait le lendemain 4 octobre, nous le voyons figurer au second bureau, chargé de la police et de la sûreté (i). Le 5, il fut élu par 27 voix avec un autre membre nommé Nicolas, qui n'obtint que 16 voix, pour aller à Versailles conférer avec les députés du pays sur l'organisation projetée des municipalités (2). Le dimanche, 11 octobre, l'Assemblée allait lever sa séance du matin, quand M. l'abbé Jacquemin vint annoncer son retour. A cette nouvelle, le président arrêta une assemblée générale pour le lendemain, à 10 heures (3). Dans cette réunion, « M. l'abbé Jacquemin, prenant la parole, a dit:

« Messieurs,

« En conséquence de votre délibération, nous sommes partis lundy, cinq octobre à six heures du soir, et nous sommes arrivés à Paris mercredy

(i) Actes et délibérations de l'autorité municipale de Nancy ^ t. I, p. 96.

sept, vers dix heures du matin. Nous avons écrit à MM. Régnier et Prugnon pour leur demander une conférence le jeudy matin. Après l'arrivée du courrier, nous sommes allés à Versailles. Nous avons remis à ces MM. vos lettres et l'extrait de votre délibération.

« Ils nous ont dit que l'Assemblée nationale allait s'occuper d'objets de la plus haute importance pour la Lorraine et pour la Ville de Nancy en particulier ; qu'il leur était indispensable de se procurer, sans délai, des instructions précises et des mandats spéciaux de leurs commettants, parce que les matières qui nous concernent, pouvaient être proposées d'un moment à l'autre.

« Voici, MM., les principaux objets, qui intéressent notre province :

i"^ L'Assemblée va obliger nos députés à déclarer, au nom de la Lorraine, si la Province consent à renoncer à ses privilèges quelconques.

2° On veut partager la France en quatre-vingtun départements de trente-six lieues quarrées ; la Lorraine en formera quatre.

3*^ L'Assemblée a décrété sur tous les citoyens un impôt du quart de leurs revenus, payable en trois termes, le i*^ en avril 1790, le 2* à la même époque en 179 1, et le 3* aussi en avril 1792.

4° On doit proposer incessamment l'aliénation de tous les biens ecclésiastiques pour acquitter les dettes de l'Etat.

5° On vient de former un Comité pour s'occuper des biens domaniaux. On demandera probablement que ceux qui ont été aliénés depuis un certain temps soient retirés et qu'ensuite tous soient vendus pour payer la dette nationale.

« Tous ces objets exigent de notre part les réflexions les plus sérieuses. »

Le rapporteur fait ensuite, sur chaque point en particulier, des réflexions qui tendent à faire ressortir les graves inconvénients des mesures proposées (i). Leur adoption devait être le prélude de la ruine complète de l'ancien régime. Le rapport se termine par la demande des députés nancéiens et l'exposé de l'opinion des deux voyageurs :

« Notre opinion, à nous, MM., est qu'il faut établir une correspondance suivie avec nos députés à l'Assemblée nationale, afin d'être sur le champ en état de prendre un parti dans les conjonctures les plus délicates et les plus inquiétantes où nous nous soyons jamais trouvés » (2).

(i) Voir Appendice IL (2) p. 117-118.

A la séance du soir, on rendit sur le bureau les instructions rapportées de Versailles par MM. Nicolas et Jacquemin et lues le matin, et on arrêta que la correspondance demandée aurait lieu et qu'elle s'établirait avec les quatre députés de Nancy (i). Elle s'ouvrit, de fait, quelques jours après, et se continua longtemps, ainsi qu'en témoignent les procès-verbaux.

A la date du 15, on régla la dépense du voyage de Nicolas ; elle se montait à 244 livres de France (2). Il n'est pas question de celle de l'abbé Jacquemin ; ce qui nous permet de supposer qu'il ne demanda rien, ou qu'il refusa ce qu'on lui offrit. Le 16 décembre suivant, à propos d'une mission analogue, M. Chevallier, le président d'alors, estima que ce voyage, « ainsi que celui fait à Paris par MM. Nicolas et Jacquemin, méritaient une récompense civique, qu'on la leur aurait déférée, si l'Assemblée n'était pas convenue que, comme bons citoyens, le seul prix qu'ils mettent à leurs travaux est la satisfaction de s'être rendus utiles en cherchant à faire le bien de la cité.

L'Assemblée a arrêté que le présent remerciement serait consigné dans sqs registres » (i).

La part active que M. Jacquemin prit aux affaires publiques devint chaque jour plus considérable. Frappé des troubles qui s'élevèrent dans le sein de la garde citoyenne après la démission de M. le comte de la Vallette, il proposa, le i8 novembre, pour prévenir quelque événement fâcheux, de publier une proclamation. On y défendrait à tous les I

gardes citoyens de se permettre aucun débat sur ce sujet, ni aucunes voies de fait. L'Assemblée, adoptant cette proposition, chargea son auteur de rédiger la proclamation dans ce sens, afin d'en faire usage au besoin (2). Nous n'avons pas constaté qu'il y ait eu lieu de la publier. Le 25 du même mois, il est le premier d'une commission de cinq membres, à qui incombe le soin de déterminer les moyens de venir en aide aux boulangers et de fixer le prix du pain (3). Le 28, l'Assemblée lui témoigna une confiance plus grande encore, en l'élisant une seconde fois et à la pluralité des suffrages son président, à la place de M. Anthoine,

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grand-chantre, dont les pouvoirs expiraient (i). En cette qualité, il assiste à toutes les séances, deux fois par jour, matin et soir, signe tous les procès-verbaux et règle la marche des affaires traitées dans chaque réunion. Dès le premier jour de sts nouvelles fonctions, il nomme seul des commissaires pour percevoir les droits des ponts et chaussées. Quand le terme de sa présidence fut venu, le 12 décembre, on lui donna pour successeur un nommé ChevalUer. Au début de la séance suivante, lundi 14, le nouveau président, 'après avoir remercié l'Assemblée de l'honneur qu'elle lui avait fait, demanda « la permission de faire des remerciements publics à M. l'abbé Jacquemin, son prédécesseur, sur la manière dont il avait rempli cette place que divers événements avaient rendue pénible et délicate » . Il s'agit sans doute des difficultés qu'avaient soulevées Taffichage non autorisé des comptes-rendus de la municipalité, la peine à infliger aux boulangers qui n'observaient pas les règlements établis, et la réconciliation des officiers de la garde citoyenne. « L'Assemblée, partageant les sentiments de M. Chevallier pour M. l'abbé Jacquemin, lui a manifesté par accla-

mation qu'elle verrait avec plaisir qu'il fût son interprète auprès de cet ex-président» (i).

Quand M. Luxer fut nommé président, l'abbé Jacquemin fut député vers lui, le 28 décembre, pour lui exprimer les condoléances de l'Assemblée sur la mort récente de sa fille, et le lendemain il présida à sa place (2). Un accident s'étant produit de nuit sur la place de Grève, il proposa, le 18 janvier 1790, aux autres représentants d'inviter de nouveau les officiers municipaux à éclairer cette place et à y faire poser des barrières qui empêcheraient de semblables accidents. L'Assemblée, estimant trop élevé le prix que coûteraient ces barrières, se contenta de demander pour la nuit la fermeture de la porte Neuve ou Stainville (aujourd'hui Désilles), qui donnait accès à cette place (3). Les plus petits 'détails attiraient l'attention de M. Jacquemin aussi bien que les affaires les plus importantes. Les électeurs devaient bientôt choisir de nouvelles municipalités ; il fallait préparer leur convocation. Le 2 février, l'abbé entra au comité chargé de régler toutes les opérations préliminaires de cette convocation, et le 6 du même mois, il lut

à l'Assemblée un projet de proclamation pour la formation de la nouvelle municipalité de Nancy (i).

A la fin de la même séance, il fut une troisième fois élu président à la majorité absolue des suffrages (2). Deux jours auparavant, le Roi s'était rendu au sein de l'Assemblée générale à Paris, et avait approuvé solennellement tous ses travaux. Son discours, sorti du cœur d'un monarque et d'un père, avait soulevé dans la Constituante des applaudissements de reconnaissance et de bonheur. Les députés, pour répondre au sentiment de Louis XVI, avaient immédiatement prêté un serment qu'on appelle civique (3) et dont voici la teneur : « Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi, au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

La France entière tressaillit de joie comme ses députés, et partout on organisa des fêtes pour la

(i) p. 191 et 402-405.

(3) Ce serment avait uniquement pour objet la fidélité à la Constitution dans V ordre civil et politique. La Constitution, envers laquelle on s'engageait en le prêtant, n'était pas encore achevée ; les ecclésiastiques l'avaient juré (Jager, Histoire, de r Eglise catholique en France, t. XIX, p. 154, note). M. Jacquemin pouvait donc le prêter sans restriction.

prestation du serment. Nous allons transcrire l'extrait de la délibération prise, le 8 février, à ce sujet, par les Représentants de la commune de Nancy, à eux joints les Officiers municipaux. Ces documents à peu près ignorés montrent, mieux qu'une description oratoire, le véritable état des esprits et des coeurs. Nous prions nos lecteurs de se rappeler que l'abbé Jacquemin présidait.

<c Séance du Lundi, 8 février 1790.

« La Commune s'étant fait donner lecture d'un Discours prononcé par le Roi à l'Assemblée nationale, et envoyé par les Députés du Bailliage de Nancy, l'a entendu avec les plus vifs transports de joie et de reconnoissance : elle a senti qu'il convenoit à la majesté du Trône, à la franchise d'un Roi Citoyen et à la sensibilité d'un monarque, aimé de son peuple ; rien ne lui a paru plus propre à éloigner enfin de nous la défiance et le trouble, à rappeler la paix dans la France à la voix de son Souverain, à rétablir partout la concorde à sa suite, et à réunir, par les liens d'une tendresse fraternelle, des sujets dont le monarque, plus que jamais, vient de se montrer le père.

« La Commune, empressée de faire partager à

tous les citoyens la douce émotion que les sentiments du Roi ont produite sur elle, et de demander au Protecteur de toute justice et de toute vertu, la félicité d'un Prince qui mérite bien d'être heureux, puisqu'il ne veut l'être que par le bonheur de son Peuple ; a cru de son devoir de réunir aux pieds des Autels tous les Citoyens, au nom de la patrie et de la paix, pour prouver au monarque et à l'Assemblée nationale, que notre Cité met en eux sa confiance, qu'elle en attend son bonheur, et que son vœu le plus cher est de combler ceux de son Roi.

« L'Assemblée eût désiré que la situation des finances de la Ville lui eût permis quelques dépenses propres à manifester la joie publique, mais elle a cru que, dans ce moment de crise, tout emploi de deniers, qui ne tendrait pas à soulager la classe indigente, seroit un abus, et qu'elle ajouteroit à la beauté de la fête, en la célébrant sans occasionner à personne le moindre sacrifice.

En conséquence, la Commune a décidé par une acclamation générale :

1° Que son Président feroit le serment prêté par l'Assemblée nationale ; que le même serment serait ensuite prêté entre ses mains, par tous les membres de l'Assemblée individuellement ;

2° Que le Discours du Roi seroit imprimé, affiché sur le champ et distribué aux Citoyens;

3° Qu'il seroit fait une adresse à sa Majesté et à l'Assemblée nationale, contenant l'Arrêté de la Commune et l'expression du plus parfait dévouement de la Cité, à la Nation, à la Loi, au Roi, et au maintien de la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée parle Roi;

4° Que MM. du Chapitre de la Cathédrale seroient invités de chanter. Mercredi, à 3 heures après midi, dans leur EgHse, un TE DEUM solennel, en actions de grâces de l'heureux événement qui promet à la France, la paix et le bonheur ; que ce Te Deum seroit suivi des prières accoutumées pour la conservation des précieux jours de notre Monarque ;

5° Que tous les Corps Ecclésiastiques et Militaires, ainsi que les Citoyens, seroient invités à cette cérémonie ;

6° Qu'elle seroit annoncée demain soir, mercredi matin, à midi, au son de toutes les cloches des Eglises de la Ville et des Faubourgs ;

7° Que le Discours de Sa Majesté, ensemble l'Arrêté de la Commune, seroient communiqués à la Garde citoyenne, demain au moment de la Parade.

(( Et à l'instant, M. le Président a prêté le serment civique entre les mains de la Commune ; et de suite, MM. les Représentants ont prêté individuellement le même serment entre les mains de M. le Président et ont tous signé le présent Arrêté ».

Suivent 54 signatures, à la tête desquelles se trouve celle de M. l'abbé Jacquemin, président (i).

Bientôt après, le mauvais état de sa santé ne permit plus à M. Jacquemin d'assister aux réunions de l'Assemblée, et dès le 18 février, Nicolas le suppléait dans les fonctions de président. Cependant les élections municipales, en application du décret de l'Assemblée nationale du 14 dé-

cembre précédent, étaient commencées. Le 6 mars, l'abbé Jacquemin pria par lettre l'Assemblée, dont il était président, de lui nommer un successeur et de donner avis aux sections de l'impossibilité où il était, à cause de l'état de sa santé, d'accepter une place dans la municipalité (2). Le démissionnaire lui-même, dans une pétition adressée au comité du Salut public, dont nous parlerons plus tard, indique deux autres causes de son refus, le.tra-

(i) Extrait du Registre des délibérations des Représentants de la commune de Nancy , p. 12-15.

(2) Actes et délibérations, etc., t. I, p. 453.

vail de sa place de professeur, qu'il continuait à remplir, et, il l'avoue franchement en 1795, la crainte des Jacobins naissants. Il ajoute : « J'eus cependant au premier scrutin huit cens voix sur deux mille citoyens actifs environ, qui votèrent alors. Les sections reçurent mes excuses » (i). Cela nous montre qu'à cette époque la municipalité de Nancy n'était certes pas encore anticléricale et que les prêtres nancéiens avaient une part très honorable dans l'administration de la cité ; ajoutons tout de suite que personne n'eut jamais lieu de s'en plaindre ; on ne voit pas, du reste, pourquoi les ecclésiastiques seraient plus dénués que les autres dans la proposition et l'adoption des mesures utiles à leurs concitoyens, car l'infaillibilité laïque est loin d'être un fait acquis à l'histoire ; nous ne réclamons ni ne récriminons : nous constatons.

A partir de ce moment, l'abbé Jacquemin renonça complètement aux fonctions publiques et se contenta de ses cours à l'Université (2).

(i) Archives nationales^ série D, III, 158.

(2) Le 20 janvier précédent, il avait fait partie du jury d*examen au dernier concours ecclésiastique qui eut lieu à Nancy. Il s'agissait de la collation de la cure de Voinémont ; l'abbé Collet qui Tobtint devait mourir bientôt sur l'échafaud, victime de la fureur révolutionnaire.

Malgré son éloignement volontaire de Tadministration des aflPaires communales, quelques électeurs, reconnaissants des bons services rendus, lui tes- i

tèrent fidèles et aux élections municipales partielles de novembre 1790, il obtint, le 17, une voix sur 744 votants au premier scrutin pour la nomination du procureur de la commune et, le 21, douze sur 760 au scrutin pour l'élection de neuf officiers municipaux (i). Il figurait parmi les éligibles de la paroisse Saint-Epvre, et il eut certainement recueilli un plus grand nombre de voix, si par une abstention blâmable les aristocrates et les hommes d'église n'eussent laissé les clubistes et les Amis de la Constitution maîtres des élections (2). Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil et les fils de la lumière seront toujours moins avisés que les enfants de ténèbres.

Ce temps fut pour l'abbé Jacquemin un temps de repos, en attendant les luttes qui se préparaient. « Je vécus tranquille, écrit-il lui-même dans la pétition déjà citée, jusqu'à la réquisition du serment du 27 novembre 90. Je déclarai par écrit à la municipalité (le citoyen représentant MoUevaut était

(i) Actes et délibérations^ etc.. t. Il (manuscrit 891), p. 321 et 343.

^21 Note manuscrite de Tabbé Guilbert.

maire), ma disposition à le prêter sous les restrictions du spirituel ; l'Assemblée constituante les refusa. Je cessai mes fonctions, et je restai sans reproche jusqu'à la déportation générale, en septembre 92 » (i). Il ne s'agissait rien moins que du serment d'adhésion à la Constitution civile du clergé. Le dimanche, 23 janvier 179 1, avait été choisi par la municipalité de Nancy pour la prestation du serment civique de MM. les ecclésiastiques fonctionnaires publics. La proclamation, qui fut affichée deux jours auparavant, reproduisait le décret de l'Assemblée nationale, en date du 4 janvier précédent, déclarant que le serment sera prêté « purement et simplement, sans qu'aucun des ecclésiastiques puisse se permettre de préambules, d'explications ou de restrictions. » Plusieurs ecclésiastiques nancéiens prévinrent le maire de leur non-comparution à la cérémonie. Les uns annonçaient qu'ils ne pouvaient prêter le serment sans restrictions et d'autres sans une exphcation et un préambule, et quelques-uns demandaient un

(i) VAîmanach de Lorraine et Barrots le marque comme habitant la rue des Comptes, Ville- Vieille, n© 423, soit dans rhôtel de Vioménil ou un peu plus haut ; la rue de la Monnaie étant souvent appelée la rue des Comptes. Courbe, Promenades historiques à travers les rues de Nancy, p. 163 .

délai. Après avoir accordé huit jours à ces derniers, le conseil général de la commune décida qu'il se rendrait par députations dans les différentes églises delà ville, selon ce qu'il avait fixé, le 21 janvier (i). Aucun prêtre ne prêta, ce jour-là, le serment. Mais les restrictions, que pensait faire l'abbé Jacquemin étaient-elles légitimes? Oui. Elles avaient été maintes fois proposées dans le cours de la discussion de la Constitution. Dès le début, les évêques députés dans l'Exposition des principes sur la Constitution civile du clergé avaient distingué le spirituel du temporel, l'un dépendant exclusivement de la puissance ecclésiastique, l'autre étant du ressort de l'autorité civile. L'évêque de Clermont avait proposé une formule de serment, par laquelle les prêtres juraient de maintenir la Constitution, en tout ce qui est de V ordre politique^ exceptant formellement les objets qui dépendent de l'autorité spiritmlle. Les vues schismatiques de la majorité de l'Assemblée ne lui laissèrent pas adopter une restriction si juste, et le serment pur et simple fut exigé. L'abbé Jacquemin pouvait donc en conscience être dans la disposition de prêter le serment sous les restrictions du spirituel, et

Actes et délibérations etc., t. II, p. 440 et suivantes

comme il savait qu'elles ne seraient pas acceptées, sa démarche était le refus absolu du serment exigé. Le 29 janvier, la municipalité nancéienne lança une proclamation dans laquelle elle déclarait que les ecclésiastiques qui n'avaient pas fait le serment, devaient cesser leurs fonctions dès l'instant même. Deux jours après, le délai accordé étant expiré, le maire Etienne Molle vaut dénonçait à M. le procureur-syndic du District de Nancy que ni l'évêque, ni le supérieur et le directeur du séminaire, ni aucun ecclésiastique fonctionnaire public, sinon huit chanoines réguliers de Notre-Sauveur, professeurs du collège, n'avaient satisfait au décret du 27 novembre 1790 (i). M. Jacquemin cessa donc ses cours et rentra complètement dans la vie privée. La Faculté de théologie de Nancy avait vécu (2). De Trêves, M^ de la Fare exprima, le 10 février 1791, la. consolation que la conduite de M. Jacquemin lui avait procurée. «Il était précieux

(i) Actes et délibérations ^ etc., t. III (manuscrit 892), p. III et 114-11$.

(2) Nous n'avons pas trouvé la date exacte de la cessation des cours. Le Registre manuscrit des étudiants et des gradués signale la dernière promotion au doctorat à la fin de mai 1791. C'est le 27 mai que les professeurs de droit et de médecine de l'Université de Nancy durent prêter le serment. Voir Actes, etc., t. V, p. 21-22. Il n'est pas question des professeurs de théologie.

pour la véritable doctrine, écrivait-il à M. Mézin, que les professeurs de théologie de mon diocèse, chargés par état d'enseigner les vrais principes, montrassent dans cette grande occasion du zèle et de la fermeté à les défendre. Je l'attendais devons et de votre confrère ;, mon cher abbé, vous avez rempli mon attente et votre exemple a dû infailliblement frapper les personnes égarées, contenir celles qui pouvaient vaciller et donner du courage aux âmes que la crainte ou la faiblesse auraient pu faire tomber » (i).

Dans sa retraite, l'abbé Jacquemin ne resta pas totalement étranger aux affaires ecclésiastiques, et la confiance de son évêque allait bientôt lui donner une part dans le gouvernement du diocèse. Exilé à Trêves et destitué par le Directoire du département de la Meurthe, M»*" de la Fare pourvut de son mieux à l'administration de son diocèse dans les circonstances présentes. Entre autres mesures, il commit provisoirement et spécialement plusieurs

(i) Une copie de cette lettre, de la main de M. Tabbé Mollevaut, se trouve dans un recueil de la bibliothèque du grand séminaire de Saint-Dié. Ce recueil contient d'autres pièces que j'aurai l'occasion de citer dans la suite; il m'a été très obligeamment communiqué par M. l'abbé Lhôte, professeur au dit séminaire.

prêtres, parmi lesquels M. Jacquemin, à l'effet de signer^ expédier ou faire expédier suivant (autant que faire se pourra) les formes accoutumées, tous actes qui seraient demandés au secrétariat de révêché (i).

Cependant, le schisme était consommé à Nancy. Après le refus de l'abbé Châtelain, le Directoire avait élu le Père François-Luc Lalande, oratorien, évêque constitutionnel de la Meurthe. La première lettre pastorale du nouvel élu, datée du 29 juin et distribuée le 4 juillet 179 1, souleva dans le clergé fidèle un véritable toile. L'incident le plus remarquable de cette lutte fut l'affaire de l'abbé Duvez, curé de Malzéville. Ce digne pasteur avait refusé de lire à ses ouailles le factum de l'intrus, en s'engageant à en montrer les erreurs, si la municipalité l'exigeait. Les municipaux prévinrent Lalande, qui se hâta, le malheureux, de sommer juridiquement l'abbé Duvez de tenir sa parole. Celui-ci le fit dans une brochure de 81 pages, en

(i) Ordonnance et règlement de M. î' Evêque de Nancy, concernant r administrât ion de son diocèse dans les circonstances pi'èsentes, donnés, le 25 mars 1791, en triple forme pour les curés, les simples prêtres et les religieux, et lettre du i^r avril aux curés et professeurs de théologie de Nancy [Recueil du séminaire de Saini-Diè),

date du 6 septembre (i). Quoique l'abbé Duvez fût docteur en théologie, la plupart des prêtres lorrains, au dire de Chatrian, furent persuadés que cet ouvrage était principalement de l'abbé Jacquemin et que M. Duvez, son ami, n'en était que le prête-nom (2). L'analyse de cette réponse intéresserait assez peu nos lecteurs, nous nous contenterons de la citer, en faisant remarquer que ce fut le premier de ces coups de massue qui ne cessèrent à'éreinter Lalande.

Nous avons parlé, dans une autre étude (3), du Séminaire constitutionnel ouvert par le citoyenévêque, le 12 novembre, dans l'ancien couvent des Tiercelins. L'ex-oratorien avait à ce sujet lancé,

(i) Réponse du s^ Charles-Christophe Duve:(^, prêtre, docteur en théologie, curé de Mal\éville, à la municipalité du métne lieu.

(2) Ce bruit était venu aux oreilles de Lalande, qui dans sa Réponse à M, l'abbé Duvej(^, ancien curé de Ma\éville, écrit: « On dit qu'il n'est pas bien sûr que vous soyez le véritable père de cette belle production ; bien des personnes soutiennent que vous n'en êtes que le père putatif » (p. 2). M. Jacquemin, il est vrai, dans la Mèche éventée, dont nous allons parler, déclare que l'abbé Duvez n'est le père putatif de sa Réponse, que dans l'imagination de Lalande (p. 33). Cette déclaration, si formelle qu'elle soit, n'exclut pas la collaboration de son-auteur à l'œuvre du curé de Malzéville.

(3) Le Séminaire de Nancy jusqu'à la Révolution, 1889, p. 64-65.

le 22 octobre, une lettre d'invitation destinée à attirer des recrues. Une seconde brochure, « intéressante et bien écrite »^ dit Chatrian, parut aussitôt sous le titre de : La mèche éventée ou Réponse d'un sous-diacre. On fut d'accord aussi pour l'attribuer à l'abbé Jacquemin. Il est certain qu'un sous-diacre^ tout spirituel et tout intelligent qu'il fut, n'aurait pu ni dû se permettre ce que le professeur émérite pouvait dire sans crainte. S'emparant du jugement d'un oratorien, distingué par ses talents et célèbre à Nancy, qui avait dépeint son ancien confrère « comme un homme fin, rusé, plein d'astuce et brisé dans tous les subterfuges familiers aux hérétiques », il l'appelle avec lui un vieux renard. Il caractérisait en ces termes, la prétendue pastorale : « Je vais,, monsieur, parcourir cette épître invitatoire, que l'on peut appeler votre fille cadette, et je montrerai que, quoique destinée à séduire une jeunesse inexpérimentée, et que le clinquant n'éblouit que trop souvent, elle est cependant trop grossièrement fardée, trop maladroitement gazée, pour que nous ne voyions pas tout à coup qu'elle n'est qu'une coureuse atteinte du mal français, et que la flamme dont elle voudrait que nous brûlassions, est une flamme impure et vénéneuse » . Il termine ainsi :

« Je suis avec les sentiments que mérite une Grandeur constitutionnelle, Monsieur,

Votre^ etc. » (sic).

Si nous avons comparé la réponse vraie ou supposée de l'abbé Duvez à un coup de massue, nous pouvons comparer la Mèche éventée à un profond coup de rasoir (i).

Cependant, elle ne réduisit pas Lalande au silence. Le 14 février 1792, il publiait une /w5/rwrtion pastorale pour le saint temps de Carême^ dans laquelle il traitait les prêtres catholiques de « factieux » et de « vils calomniateurs » et leur reprochait de substituer « les préjugés à la raison, les décrétales à l'Evangile et les traits de la calomnie à la justesse et à la force des raisonnements ». Comme dans sa Défense et justification en réponse à Tabbé Duvez, il y demandait avec assurance à quel article du symbole ou du catéchisme sa doctrine était opposée.; L'abbé Jacquemin ne voulut pas que .le silence des catholiques servit encore à Lalande de prétexte pour insulter leur foi. Regrettant que le curé de Malzéville n'ait pas entrepris la

(i) On trouvera dans V Appendice III ^ quelques renseignements historiques extraits de cette brochure de 40 pages.

ïiutation facile du « roman théologique •> de Évêque sdiismatique, il reprit sa plume, toujours ive et incisive, et mit les principes de son adverlire sur les pouvoirs de l'Eglise en matière de iscipline, la décision des difficultés relatives à la ;Hgion, le Souverain-Pontife et le schisme, les >urces de la juridiction spirituelle, la mission et ; destitution des pasteurs, en parallèle avec ceux ss novateurs d'Allemagne, d'Italie et d'Angle- :rre et ceux des catéchismes et des docteurs cathoques (r). Bien qu'il y fut convaincu d'avoir ■onqué et altéré les textes, Lalande eut le triste jurage de répliquer (2). Il suit la marche de son înseur, et s'efforce de montrer que ses principes, )in d'être hérétiques, sont de la plus grande sactitude.

Après cette lutte des premiers jours du schisme anstitutionnel, l'abbé Jacquemin rentra dans le lime de sa retraite (3). Une année ne s'écoula pas

(i) ParaiUU des principes de M. Lalande avec ceux des caihoqius et des hirUiques, 33 pages. Cfr Guillaume, Histoire du iocèsede Tout, t. V, p. 165-167.

{2) Réponse à un libelle anonyme qui apoiir titre Parallèle, elc.

(}} La Biographie universelle attribue à tort à t'abbé Jacquelin une part dans la composition du Bon CatMique, qui est ceuvri; des abbés Vcinier, curé de Marbache, Lcnfant, curé de avières, et Baraban, curé de Saint-Firmin.

avant qu'il en fut violemment tiré par la Révolution. L'Assemblée législative, qui avait remplacé la Constituante, lui succédait et la dépassait dans ses mesures de persécution contre le clergé. Le 26 août 1792, elle décrétait l'exil ou la déportation contre les prêtres non assermentés (i). Les massacres dits de septembre vinrent bientôt servir de sanglant commentaire à ce barbare décret. Dès qu'il fut connu à Nancy, presque tous nos prêtres fidèles, , dit Chatrian, se crurent obligés ou autorisés à émigrer. Comme la plupart de ses confrères, l'abbé Jacquemin s'expatria pour éviter la déportation. Il se réfugia à Deux-Ponts et se mit en relations avec MM. Valette, de Nancy, agents du prince de Nassau. Il fut revêtu du titre d'inspecteur général des forges du pays de Nassau-Sarrebrûck. On voit que les savantes leçons du jésuite Barlet ne restaient pas stériles, et que le brillant professeur de théologie ne craignait pas de travailler pour gagner sa vie et pour faire retomber sur ses compagnons d'exil les secours de M^"" de la Fare ou les aumônes des personnes bienfaisantes. A la fin de décembre, on le vit trois ou quatre jours à Trêves. « J'exer-

(i) M. Thiriet a reproduit les dispositions de ce décret dans l'Abbé Gabriel Mollnmit, p. 71-72.

çai ces fonctions, écrit-il dans sa pétition au Comité de salut public, tout Tan I*' et une grande partie de Tan II (j'en ai les preuves matérielles), courant chaque jour les risques de voir punir de mort mon obéissance à la loi du 17 septembre 1792, qui nous défendait l'entrée des pays en guerre avec nous. »

En 1793, le citoyen Soubrany, représentant du comité du Salut public près de Tarmée de la Moselle, « ayant organisé la terreur, l'armée révolutionnaire et la guillotine marchant sur Sarrebrûck, le glaive devant frapper dans 24 heures ceux qu'on trouverait sur les terres qu'occupaient nos armées, il fallut me soustraire à la connaissance du public, et même à celle des magistrats, pour ne pas compromettre leur délicatesse ou leur vie » (i). Un autre exilé, l'abbé Chatrian, nous fait connaître quelques-unes des pérégrinations de M. Jacquemin dans le cours dé l'année 1794. D nous le montre sortant de Heidelberg avec le père Bernard, lazariste, directeur du séminaire de Nancy, pour se rendre à Munich, séjournant quelque temps en Bavière, et enfin fixé chez les Ermites de Saint-Augustin, à Salzbourg, avec messieurs Elie et Hachette.

(i) Arch. «a/., D. III, 158.

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