‹ Mgr Jacquemin, évêque de Saint-Dié, 1750-1832Chapitre 4 sur 15 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

DU RETOUR DE l'eXIL DE l'aBBÉ JACaUEMIK A LA CONCLUSION DU CONCORDAT (1795-1802).

Retour à Nancy. — Réflexions sur la lettre du Comité de législation. — Pétitions au Comité de Salut public et à la Convention. — Administration de M. Jacquemin en qualité de vicaire général du diocèse de Nancy. — Dissentiments graves des administrateurs à l'arrivée de M. Chariot. • — Lettre à Nicolas, candidat au siège épiscopal de la Meurthe. — Divergences de vues des administrateurs au sujet de la promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIII. — Billet au citoyen Nicolas, se disant évêqiie du diocèse de la Meurthe. — Difficultés administratives et projets de démission. — Nouvelles difficultés, provoquées par le refus de démission de Mg^ de la Fare.

Cependant, quoique M. Jacquemin trouvât sur la terre étrangère des adoucissements aux peines de son exil et qu'il se plût à payer à ses hôtes, en échange de leurs bienfaits, le tribut de ses talents et de sa reconnaissance, Taffection de son cœur le reportait sans cesse vers la France. Apprenant que beaucoup de ses compatriotes vivaient dans une désolante privation des secours religieux et

qu'ils les réclamaient, sans que le peu de prêtres restés dans le pays pussent répondre suffisamment à leurs demandes, il prit la résolution de rentrer à Nancy. Les circonstances politiques favorisaient, d'ailleurs, son généreux dessein. La majorité de la Convention voyait enfin clairement que pendant quatorze mois la France avait été saccagée par une bande de malfaiteurs ; elle prit donc des allures modérées. Le 21 février 1795, elle avait décrété la liberté des Cultes et permis aux prêtres catholiques d'ouvrir un certain nombre d'oratoires à Paris et dans les provinces.

Dès le mois d'avril, l'ancien professeur de théologie s'adressait de Salzbourg, où il était réfugié et où il s'ennuyait, à son évêque qui était à Vienne pour lui soumettre son projet de retour et obtenir son agrément. Consulté précédemment sur le même sujet par M. Servant, le prélat avait été d'avis que le temps de rentrer en France n'était pas encore venu, que la situation n'était pas assez sûre et qu'enfin les besoins des fidèles dans son diocèse n'étaient pas aussi urgents qu'on le prétendait. Mais M. Jacquemin et M. MoUevaut revinrent à la charge avec insistance; le premier écrivait à M^"" de la Fare leur résolution : « Tant qu'il pourrait y avoir quelque danger temporel au

parti que nous prendrons, nous ne devons vous demander ni autorisation ni consentement positif ; il faut savoirlious contenter d'un silence qui ne soit point d'improbation » (i).

M. Jacquemin dans sa pétition au Comité du Salut public nous apprend lui-même d'autres circonstances de son retour. « Je m'apprêtois, dit-il, à aller recueillir les bienfaits du premier décret sur la liberté des cultes, lorsqu'une disposition suivante contre les déportés m'a repoussé. Mais le décret du ii prairial m'a rendu la confiance » (2). Ce décret du 30 mai accordait aux communes le libre usage des églises non aliénées et non occupées par le clergé constitutionnel, en imposant seulement à tous les prêtres qui exerçaient les fonctions ecclésiastiques l'obligation de faire devant la municipalité du lieu une déclaration de soumission aux lois de la République, Dans les premiers jours de juin, on commença dans le département de la Meurthe à exiger cette déclaration

(i) Paroles rapportées par M. Jacquemin dans une lettre, qu*il adressa en 1803 à Mg"" d'Osmond et dont la minute se trouve au séminaire de Saint-Dié.

(2) Sur la loi du 3 ventôse, rendant la liberté des cultes, voir Ludovic Sciout, Histoire de la constitution civile du clergé, t. IV, p. 299-309, et sur ledécretdu \2 floréal contre les déportés, p. 387-391.

— sodés prêtres qui voulaient exercer publiquement le saint ministère. Neuf seulement des ecclésiastiques restés à Nancy s'y soumirent, et encore avec des restrictions ; tous les autres la refusèrent. En conséquence de ce refus, deux des quatre églises précédemment ouvertes aux catholiques furent fermées et on dut reprendre les offices dans les maisons particulières.

A cette même époque, M. Jacquemin arrivait à Bâle accompagné de M. Elie pour attendre M. Mollevaut et rentrer à Nancy. C'est de cette ville probablement, ou plutôt de Nancy, aussitôt après son arrivée, qu'unissant au zèle le plus vif les tempéraments d'une sage prudence, afin de se mettre en règle avec les lois du pays, dont il recommandait l'obéissance, il adressai la date du 15 messidor an III (21 juin 1795), une pétition « aux citoyens représentans du peuple, formant le Comité de Salut public », pour être autorisé à revenir à Nancy. « Citoyens, dit-il au début, connaissant l'étendue de vos travaux, je /erai court ; me confiant à votre loyauté, je serai sincère ; et comptant sur votre justice, je ne m'environnerai d'aucune appui que de mon innocence » (1). Le

(i) Cette pièce, dont l'existence aux Archives nationales, série D, III, 158, nous a été signalée avec bienveillance par

pétitionnaire expose ensuite brièvement la part qu'il a prise aux affaires publiques au début de la Révolution, les motifs de son exil et sa conduite en pays étranger. Aux renseignements que nous lui avons déjà empruntés, il ajoute ce détail nouveau, qui nous apprend son rôle dans les débats suscités par le serment de soumission aux lois de la République. « Dès que j'ai connu la lettre du Comité de Législation explicative de ce décret (du 1 1 prairial), j'ai adressé aux ecclésiastiques de mon pays des réflexions tendantes à accélérer leur déclaration de soumission aux lois; j'espère qu'ils les rendront bientôt publiques ».

La Circulaire, dont il s'agit, avait été adressée, le 17 juin, par le Comité de Législation aux administrateurs des départements pour prévenir les mauvaises interprétations de la loi du 30 mai et l'extension arbitraire qu'on aurait pu lui donner. « Observez bien, y était-il dit, que la soumission exigée ne porte nullement sur le passé; ainsi il ne doit être question d'aucune recherche ou examen

l'auteur de V Ancien régime dans la province de Lorraine, a été copiée, ainsi qu'une autre, dont il sera question plus loin, pour notre usage, sur l'original, par un jeune archiviste-paléographe de nos amis. Nous prions M. l'abbé Mathieu et M Henri Stein d'agréer de nouveau nos plus sincères remerciements.

Sut la conduite ou les opinions politiques du déclarant ; la ioi n'exige de lui à cet égard qu'un acte de soumission aux lois de la République, on n'a rien à lui demander au-delà ; toute recherche, toute question ultérieure serait un abus d'autorité. Il serait inutile, de vous observer que la constitution civile du clergé n'est plus une loi de la République, s'il ne s'était élevé à cet égard des prétentions qui ne peuvent désormais être autorisées ; au surplus, dans les cas qui pourraient présenter des difficultés nouvelles, rappelez-vous toujours ce principe, que la ioi entend assurer et faciliter de plus en plus le libre exercice des cultes n.

« Après ces explications données par le comité de législation, il semble, dit justement M. Gosselin (i), que la déclaration demandée par la loi du 30 mai ne devait pas rencontrer d'opposition, puisqu'elle se bornait à promettre la soumission aux lois du gouvernement établi, soumission clairement autorisée par les principes de la Religion, et par la pratique constante de l'Eglise, sous toutes les formes de gouvernement u. Ce fut le sentiment de l'abbé Jacquemin, qui dans ses Réflexions sur la lettre du Comité de législation relative aux formalités

(ij Vie de M. Eivery, t. I'', p. 370.

à remplir de la part de ceux qui voudront exercer,, dans les édifices accordés par la Nation^ le ministère de leur culte, déclarait , non-seulement que les prêtres pouvaient prêter le serment demandé, mais encore qu'ils n'étaient pas obligés de faire des restrictions qui sont censées faites d'elles-mêmes (i). Les prêtres catholiques de Nancy acceptèrent assez unanimement les conclusions de l'ancien professeur de théologie (2). Ils firent donc la déclaration, mais

(i) L'exemplaire de cette brochure de 24 pages, que nous avons entre les mains, est annoté par Tabbé Guilbert. L'ancien curé de Saint-Sébastien qui, devenu chanoine de la Cathédrale, avait prêté en 1792 le serment de fidélité à la Constitution et avait constamment refusé de le rétracter, s'efforce de mettre Tabbé Jacquemin, autorisant cette déclaration, en contradiction avec lui-même, ayant désapprouvé le serment décrété en août 1792 et devant condamner plus tard la promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIIL Si quelques-unes des observations du critique sont justes, il faut reconnaître cependant que la situation n'était pas la même aux trois époques indiquées et que, de la part de l'abbé Jacquemin, il y a eu, non pas contradiction, mais seulement appréciation différente des circonstances.

(2) Le père Ancemot, ancien jésuite, fil le 12 juillet dans l'église de Saint-Nicolas, une conférence, pour démontrer la légitimité de cette déclaration. Le père Bernardin, ex-provincial des Capucins, prêchait aussi la soumission aux lois de la République. Leurs prédications ne plurent pas à tout le monde, et il parut bientôt contre elles une brochure de sept pages, intitulée : Observations d'un laïc sur une Conférence qui a eu lieu dernièrement dans l'Eglise des ci-devant Bénédictins, touchant la soumission aux Loix de la République.

sans serment, et en conséquence les églises catholiques, qui avaient été fermées peu auparavant, furent de nouveau ouvertes au culte; on exigea seulement qu'il ne s'y ferait aucun bruit. La sage décision du savant professeur fut donc très avantageuse aux catholiques de Nancy (i).

Dans sa pétition au Comité du Salut public, l'abbé Jacquemin s'appuyait entre autres considérations sur cette déclaration, dont il avait défendu la légitimité. « Considérant donc, disait-il en terminant, que la République ne connoit plus ni corporation ni ordre ; que vous jugés individuellement les citoyens sur leur conduite ; que vous

(i) Tout en constatant ces heureux résultats, Chatrian ajoute : « Cet écrit imprimé fut répandu avec soin, et nous en avons reçu quelques exemplaires en Allemagne. Nous avons sujet de croire que l'auteur, qui lui-même n'a fait aucune déclaration semblable, a, dans la pratique, changé peu après de sentiment ». Chatrian se trompe. M. Jacquemin était disposé à faire la déclaration ; mais il fallait qu'il fut auparavant autorisé à rentrer. L'autorisation ne lui ayant pas été accordée, il dut rester caché. Sa conduite n'est donc pas la preuve d'un revirement d'opinion. Plus loin, le sévère curé de Saint-Clément trouve « insuffisantes et faibles a les raisons du « savant et ingénieux professeur », au sentiment duquel il préfère celui de M. Asseline, évêque de Boulogne, qui rejetait absolument la déclaration. Dans un bref du 5 juillet 1796, Pie VI se prononça très fortement en faveur du sentiment de M. Jacquemin, suivi d'ailleurs par M. Emery et tout le conseil archiépiscopal de Paris,

avés mis en liberté des prêtres dont l'exportation, étoit décrétée pour la même cause que la mienne ; que la promesse actuelle de soumission aux lois de la République doit rendre nul tout ce qui s'est passé à mon égard ; je sollicite du Comité de Salut Public cet arrêté :

« La pétition ci-dessus, présentée par Jacques- Alexis Jacquemin, de la commune de Nanci, département de la Meurthe, sera renvoiée à l'agent national de cette commune (ou de ce département) pour en vérifier les faits, et communiquer son rapport au Directoire du département que nous autorisons, après les avoir reconnu véritables, à permettre le retour du pétitionnaire. »

La date et la signature étaient suivies de ce Nota. « Je n'avois point de propriété au moment de la déportation, et il ne m'en est point échu depuis ; ainsi mon rappel ne pourroit occasionner aucune discussion d'intérêts. »

Sept jours après, le 22 messidor an III, il adressait la même pétition, à quelques détails près, à la Convention nationale. Dans l'intervalle, avait eu lieu l'impression à Nancy des Réflexions du pétitionnaire; il en envoie quelques exemplaires en disant: « Vous jugerés si Ton doit avec de tels principes passer pour rebelle ou suspect à sa patrie. » Le

texte des motifs invoqués est un peu modifié. Considérant donc « que vos représentants en mission dans nos départements ont permis de reparaître à des prêtres jugés à la déportation, qui s'étaient tenus cachés dans l'intérieur; que j'ai obéi plus strictement qu'eux à la loi, et avec de plus grands risques; que vous n'avés ni moins de pouvoir, ni moins de bonne volonté, ni moins de motifs que lorsque vous avés rendu à la liberté nos vieillards incarcérés, et les tristes restes de nos confrères échapés de Rochefort; je sollicite de votre justice, et avec l'intention de travailler à une réunion religieuse et politique, dans un pays qui ne m'a jamais offert un ennemi personnel, l'arrêté suivant. » (i).

Ni le Comité du Salut public, ni la Convention nationale ne daignèrent s'occuper du pétitionnaire qui, du reste, n'avait pas attendu la publication de l'arrêté qu'il demandait pour revenir à Nancy. Sans crainte des risques auxquels il s'exposait, à l'aide de déguisements et non sans de grandes fatigues, il était arrivé avec plusieurs de ses confrères à la fin de juin ou au commencement de juillet.

(i) L'original de cette seconde pétition se trouve, aussi bien que celui de la première, aux Archives nationales, D, 156.

« MM. Jacquemin et MoUevaut, rentrés à Nancy, y déploièrent, dit Chatrian, les pouvoirs de grandsvicaires dont notre Prélat les a voit investis. » A vrai dire, ces deux messieurs n'avaient pas encore le titre de provicaires-généraux, quoiqu'ils en eussent presque tous les pouvoirs. Ceux qui leur avaient été conférés par l'ordonnance épiscopale du 25 mars 1791 et par les lettres particulières de la même époque, n'avaient pas été révoqués.

M^ de la Fare en confirma la possession à leurs détenteurs ; mais ce n'est que quelques mois plus tard, nous le verrons^ qu'il leur donna l'autorité et le titre de vicaires-généraux (i). C'est sans doute en vertu de ses anciens pouvoirs que M. Jacquemin intervint et exprima son avis au sujet de la déclaration de soumission aux lois de la Repu blique.

C'est au même titre qu'il lui fallut fixer les conditions de la réconciliation des prêtres, qui avaient prêté le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. Tous voulaient la paix, écrivait-il alors à son évêque en lui demandant des lumières ; mais ils la marchandaient et discutaient les articles du traité qui leur était proposé. La situation reli-

(i) Note manuscrite de M. Mollevaut.

se de Nancy, d'ailleurs, n'était pas brillante, "êtres, qui avaient fait la déclaration de sou- ■n aux lois, exerçaient publiquement le culte ; les émigrés et les déportés rentrés ne pouse montrer et étaient réduits à un office inque dans des maisons particulières (i). De ils recevaient beaucoup de visites ; de nuit lent, ils sortaient, et encore étaient-ils obligés itourer de précautions pour n'être pas reconarrètés. Leurs conditions d'existence empibientôt,

as avons rappelé ailleurs (2) le retour rapide rectoire à la persécution, et les pénibles tral'un curé de Nancy et de son vicaire pênes temps dignes de la Terreur, Nous avons je chose de semblable à dire sur l'abbé

)ans une note laissée en 1817 aux mains de M, Mouson viua ire-général et son exécuteur testamentaire,

Jacquemin, devenu évêque de Saint-Dié, nous i le nom de ses hâtes, n J':ii vécu, au moins 14 ans i des temps dangereux, avec M. et Mni= Rouot, qui

traité constamment comme un frère, sans que' je ; jamais donné, ni pension ni rien d'équivalent. Ci; Lie de i8[o il 1S14 quej'ai paie mon loier et qu'ils ont li à recevoir un mince cadeau de quelque petite pièce itL-rie. « Cette note trous a été communiquée par lache, curé de Harmonville (Vosges).

L'al'!v Gabriel Molkvaiit, p. 78-8;.

Jacquemin. Il faudrait citer en entier la circulaire du Commissaire du pouvoir exécutif près l'administration du département de la Meurthe, adressée en date du 7 nivôse au IV (28 décembre 1795^ aux commissaires près les administrations municipales de l'arrondissement. Ordre est donné de rechercher et d'arrêter les prêtres émigrés ou déportés qui parcourent impunément différentes communes, de faire des perquisitions dans les maisons des citoyens qui leur donnaient asile; les peines encourues par leurs receleurs sont rappelées et les fonctionnaires publics sont encouragés à appliquer rigoureusement les lois les plus sévères. En conséquence, « tous les prêtres rentrés à Nancy, dit Chatrian, doivent toujours être cachés, surtout M. Jacquemin » (i). Au commencement de janvier 1796, « il a dû quitter Nancy et travaille caché dans les paroisses des environs », où, ajoute-t-il ailleurs, les perquisitions domiciliaires étant moins

(i) V Espérance du 20 août i8$6 nous a conservé le nom d'une honorable famille chez laquelle les prêtres fidèles et en particulier M. Jacquemin trouvaient alors refuge ; c'est la famille de Tabbé Cupers, qui habitait la rue des Quatre- Eglises, au numéro 40 actuel. Voir L'abbé Gabriel Moîlevaut, p. 112. Mme veuve Collenot, qui réside au château d'Hardéval (écart de Vil lers-les-Nancy), possède un grand fauteuil, fait pour un infirme ; c'est un souvenir de Mg"* Jacquemin donné à l'abbé Cupers, oncle du possesseur actuel.

— doreuses et moins fréquentes, il pouvait rester ivailler avec moins de péril.

:st dans ces circonstances que tes abbés Jaclin et Molievaut reçurent de leur évêque, le et les pouvoirs complets de vicaires gêné- La lettre d'institution, adressée au curé des {-Maisons et datée du 29 janvier 1796, :e par sa forme insolite d'être publiée. Les es ecclésiastiques y sont traitées entre le t exilé et les administrateurs de son diocèse le couvert d'affaires d'une société commer- : Tous tes essais ne réusissent pas tou- . J'avais fait au mois d'octobre un envoi dérable, ainsi qu'il m'avait été demandé par associé J (acquemin). Mais le commissionest reparti sans son ballot ; ce qui dans le s m'a beaucoup fâché. Par événement, le n'a pas été aussi grand que je l'avais craint, |ue je savais combien vous étiez pressé de oir mes expéditions. Les circonstances m'ont à faire des changements qui rendent le débit facile. Le commerce souffre beaucoup de la ulté des communications. Il me tarde bien qu'à tous nos associés de pouvoir rétabhr rapports ordinaires et rentrer en possession ;ux de nos magasins qu'il a fallu abandonner.

Je vous recommande ainsi qu'à votre associé J (acquemin) et aux autres qui sont de vos côtés, nos intérêts communs. Mais c'est à vous deux spécialement que j'en remets pour ma part la surveillance actuelle, vous laissant le libre exercice des droits que le chef de notre association (le Pape) m'avait confiés pour le plus grand bien des affaires. Cependant, sauf les dispositions écrites dans les nouveaux actes que je vous enverrai, je ne change rien à Tordre de l'ancienne manutention. Nous ferons successivement les améliorations convenables. On espère beaucoup par ici de la foire de Pâques, ou au moins de celle de la fin de l'année. » « Parlez beaucoup de moi aux chefs d'ateliers que vous pourrez voir, aux bons ouvriers de nos diverses manufactures et à nos bonnes pratiques. Je voudrais nommer tous ces braves gens, hommes et femmes, mais la liste serait trop longue. La première fois que je ferai le voyage de France, j'aurai un grand plaisir à les revoir. Dites-le leur bien. Adèle, qui était venue avec T., celui qui vous a remis ma facture (i), m'a écrit. Faites-lui savoir que je la remercie, que j'ai été bien aise de rece-

(i) La facture était une lettre de Monseigneur adressée à T. en date du 23 août 1795. (Note manuscrite de M. Mollevaut.

ic SCS nouvelles, et que tout ce qui I bonne santé. Ménagez la vôtre; elle est néc<;sà notre commerce. Les deux petites pièces îe qui sont dans le ballot, sont, l'une pour <s-grêlé, l'autre pour le grand-oncle (i). Vous .aminerez avant qu'on les remette, pour juger ir état, puis vous les ferez empaqueter coiiilement. Vous aurez soin de m'accuser la tion du ballot, ou de me la faire accuser n de nos associés. Vous me manderez aussi succès auront nos marchandises. Adieu, tout s. (2).

nsia haute et pénible administration qui lui ibait, dit M. Michel, l'abbé Jacquemin obtint e succès que permettaient les circonstances, taient des temps de malheurs, de divisions, lisme et d'orage : il fallait maintenir l'intéde la foi et de la discipline contre les erreurs 1 nouveautés qui l'altéraient, signaler aux

,e grand-oncle, c'est M. de Lupcourt; le gros-grM, î père Zens. hiS deux petites pièces d'étoffe étaient ntrcs que Monseigneur leur écrivait pour les exhorter :ter le serment de liberté et d'égalité qu'ils avaient n 179;. (Noie manuscrite de M. Mollevaut).

.e ballot en question contenait les deux lettres pasto ■ latées du même jour que la lettre particulière, 29 jan- ,6.

fidèles les faux pasteurs, et en répanir de légitimes dans les différentes localités selon les besoins et les moyens : il fallait ramener dans le véritable bercail les brebis égarées, soumettre les rebelles, fortifier les faibles et les chancelants, raffermir et consoler les bons, étouffer panout les désordres, en réunissant les esprits dans un même sentiment de paix et de soumission. C'est à remplir cette tâche importante et difficile, qu'il employa pendant sept années toutes les formes que prend le véritable zèle, animé par la charité, guidé par la science, soutenu par une douce fermeté et une prudence conciliante. » Du reste, Me*" de la Fare n'abandonnait pas ses pro-vicaires généraux à leur inspiration individuelle, ni même à des résolutions prises de concert et après maturité de discussion. « Il entretint avec ces collaborateurs, pleins de talents et de mérite, une correspondance aussi suivie que les circonstances le pouvaient permettre; il éclairait leur marche, dissipait leurs doutes, résolvait les difficultés. Il leur envoyait des écrits qu'ensuite ces messieurs répandaient par la voie de l'impression, de telle sorte que son action se faisait continuellement sentir dans le diocèse » (i). Toutes les lettres échangées ne par-

(i) Guillaume, Histoire du diocèse de Toîd, t. V, p. 222.

venaient pas à leur destination; quelques-unes étaient déchirées ou égarées en route. Il en résulta des dissentiments que nous aurons à signaler.

Chatrian nous apprend qu'au mois de juillet de cette année 1796, Tabbé Jacquemin envoya à M^'"de la Fare une notice détaillée de son diocèse. La réponse du prélat du 19 août suivant est adressée à M. Mollevaut. La grande préoccupation du moment est la rétractation du serment de la liberté et de l'égalité. Tout en maintenant les décisions de son ordonnance précédente, Tévêque de Nancy indique l'esprit qui doit présider à leur application. « Le caractère et les dispositions du négociant principal le porteront toujours à faire crédit et la meilleure composition qu'il sera en son pouvoir aux débiteurs envers son négoce. Son intention est que ses commis agissent à leur égard avec beaucoup de ménagements et de douceur. Il vaut mieux dans un commerce bien réglé faire quelques sacrifices possibles que de tout perdre. » « D'après cette disposition, ajoute M. Mollevaut, nous nous sommes quelquefois relâchés de la rigueur des formes à l'égard de certains jureurs. » La correspondance entre Vienne et Nancy ne put se continuer, et de longs mois de silence de part et d'autre s'écoulèrent avant qu'elle fut reprise.

Cependant, à Nancy, les poursuites contre les ecclésiastiques cessèrent peu à peu. Les prêtres incarcérés furent mis en liberté ; les émigrés et les déportés pouvaient rentrer, sans encourir la peine de mort. En février 1797, on écrivait à Chatrian « que non seulement les membres de l'administration n'ignoraient pas qu'il y eût un grand nombre de prêtres rentrés, mais que plusieurs mangeaient même assez souvent avec quelques-uns de ces prêtres, qu'on en voyait tous les jours et à toute heure dans les rues de cette ville », et qu'enfin à la prière de M. Jacquemin, le sieur Boulay (de la Meurthe), accusateur public, venait d'élargir trois prêtres renfermés comme émigrés rentrés. Profitant de cet heureux changement de situation, plusieurs prêtres nancéiens quittèrent la terre d'exil. Af. Charlot, curé de Saint-Sébastien, était du nombre ; il revenait avec les pouvoirs de vicaire général. Ce retour va répandre la zizanie parmi les administrateurs du diocèse de Nancy.

Nous avons sous les yeux les lettres d'institution de M. Chariot (i). Sous la date du 11 février 1797, elles contiennent en vingt-six articles des instructions très sages, qui bien suivies eussent

(î)Voir V Appendice IF.

maintenu l'harmonie, mais qui malheureusement furent prises à rebours. Depuis plusieurs mois, M^ de la Fare n'avait reçu aucune lettre de MM. Mollevaut et Jacquemin. Ce long silence, bien propre à inquiéter sa sollicitude et à affecter son cœur, était dû à la difficulté des communications, à l'infidélité ou aux appréhensions des porteurs de la correspondance. Cependant le prélat n'était pas sans nouvelles de son diocèse : elles étaient affligeantes et il en était singulièrement peiné. Un inconnu lui avait appris que la mésintelligence réfi:nait parmi les prêtres catholiques de Nancy. Aussi le prélat exhortait-il M. Chariot à employer toute la douceur et tout le liant de son caractère « pour assoupir les dissensions, ramener les cœurs à l'unité de principes et de sentiments, les rallier tous à celui de leur évêque, dont le vœu le plus ardent et le bonheur le plus parfait ne saurait être que dans la sincère réunion de tous les membres noti corrompus de son clergé, et dans la concordance de leurs travaux et de leurs efforts, pour réparer les maux faits à l'Eglise de J.-C. » (art. 7).

On s'était plu à tromper et à affliger Monseigneur. « Le fait est, dit M. Mollevaut, que parm^ le petit nombre de jureurs de la liberté et de

Tégalité, qui ne s'étaient pas encore rétractés, il n'y en avait que deux ou trois qui murmurassent; et s'ils avaient eu le dessein de former un parti, ce qu'on ne pense pas, ils n'y avaient pas réussi. Tout le reste des prêtres catholiques marchaient du même pas ; et les petites diflFérences d'opinion qui pouvaient se trouver entre quelques-uns n'altéraient ni la paix, ni la concordance des travaux. Cela était si notoire, que celui qui venait pour éteindre l'incendie, a été forcé d'en convenir. Pourquoi donc a-t-il absolument voulu éteindre ce qui ne brûlait pas ? Fallait-il établir une division, pour vérifier ce qu'on publiait si faussement en Allemagne! »

Il faut le reconnaître, en eflFet, M. Chariot, au lieu de maintenir la bonne entente qui régnait, la rompit par sa manière d'agir. Il produisait des pièces contraires aux instructions de ses lettres de vicaire général. Dans l'une d'elles, qui provenait du secrétaire de M»' de la Fare, les premiers provicaires étaient soupçonnés d'être des administrateurs infidèles. On les accusait de se laisser conduire par M. Camus, en sens contraire de la marche que leur prescrivaient les lettres et ordonnances épiscopales. M. Chariot était chargé de s'informer scrupuleusement de ce qu'il en était et, si les accusa-

— osions étaient fondées, d'en instruire Monseigneur. )e feit, MM. Jacquemin et MoUevaut n'emrctelaient aucune correspondance avec M. Camus ; et sur grand crime, peut-être même aux yeux de îurs calomniateurs, était d'être trop exacts obser- Ueurs des intentions de leur évêque. M. Chariot ut convaincu par lui-même de l'absurdité de cette alomnie.

Quoique sa lettre d'institution maintint aux nciens provicaires la plénitude de leurs pouvoirs, I n'en prétendit pas moins être revêtu de pouvoirs '■niques. H montrait, en copie et par extraits seu- ;ment, un billet qui l'autorisait à former un noueau conseil. Tout cela fusait du bruit, causait iième du scandale i Nancy, Croyant se conformer ux intentions de son évêque, l'abbé Jacquemin essa de remplir ses fonctions de vicaire-général et !e s'occuper de l'administration du diocèse. Touefois, les accusés résolurent de se justifier et, omme la marche nouvelle que M. Chariot donlait aux affaires leur paraissait désastreuse, ils en venirent le prélat. Leur première lettre fut délurée en route ; ils en expédièrent une seconde, [ui parvint à sa destination et reçut une réponse, latée du 3 juillet 1797 et adressée au curé des frois-Maisons, mais commune aux deux collègues.

Ms"" de la Fare y multiplie les témoignages d'affection. « Je voudrais pouvoir vous faire lire tous les jours, ainsi qu'à votre confrère, la preuve écrite de mes sentiments d'estime, de confiance, d'amitié. » Après avoir rappelé ses lettres antérieures, qui en contenaient l'expression, il ajoute : « Ces témoignages publics et particuliers de ma façon de penser et de sentir à votre égard et à celui de M. Jacq(uemin) devaient laisser derrière eux toutes allégations^ toutes présomptions^ soit verbales, soit écrites, quand la chose ne vous arrive pas directement de moi ». De M. Chariot, il dit : « Mon intention formelle était et est qu'il se concerte avec vous et M. J(acquemin) sur tous les objets de la régie, que tout aille de même pied ». Il rappelle l'abbé Jacquemin aux fonctions de sa charge.

« J'aime à croire que M. J... en s'abstenant de coopérer à votre travail ordinaire, ne l'a fait que dans la persuasion mal fondée, que c'était se conformer à mes intentions. Quand il saura combien, au contraire, il s'en éloignait, je pense trop bien de son bon esprit, de son zèle, de son dévouement au bien, de son attachement à ma personne, pour douter un instant de son empressement à reprendre la mission que je lui ai donnée, et que je lui donne de nouveau. S'il pouvait persister à se

ier à un travail que j'ai le droit d'exiger de lui, largerait volontairement sa conscience et digérait la mienne. »

abbé Jacquemin reprit ses fonctions, après en : averti M«' de la Fare qui répondit dans une ; à M. MoUevaut : « Je connais son zèle, ses lUx, les fruits qu'il fait. Je compte sur son dément à l'œuvre que je lui ai confiée et sur son hement pour moi » {lettre du 29 août 1797).

rmonie toutefois ne fut pas entièrement réu- (i). M. Œarlot continua à se montrer trop

Mgr de la Fare n'ignorait pas la persistance des dissenits et il la regrettait vivement. A M. Henrion, curé de ières-aux-Dames, qui lui avait manifesté son dessein de mer â Nancy, il recommandait, le 20 janvier 1798, de icerter, en tout et pour tout, avec ses représentaots. connaissance particulière qu'ils ont des choses el des nnes, leurs talents, leur zélé pour le bien les mettent it de juger et de prononcer, du moins provisoirement, . plupart des questions qui se présentent ». A un curé irvait d'intermédiaire entre M. MoUevaul « lui et dont m est tu par précaution, il écrivait le 34 février suivant : SI avec une sensible douleur quejevoisrégner entre mes sentants une discorde qui faitlajoie de nos persécuteurs. nnie ennemi a fait ce mal, en semant l'ivraie dans le p du père de famille. Assuré comme je le suis des res el de la sagesse des personnes sur ijui repose ma nce, je ne leur impute rieni cet égard. Mes sentiments n opinion pour les deux premiers missionnaires, que ivoyés, sont et demeureront ce qu'ils ont toujours été, i-dire basés sur la plus parfaite estime et la plus entière

facile et trop indulgent dans la réconciliation des jureurs et des intrus. Leurs dispositions peu afFermies s'évanouirent dans la nouvelle tourmente, qui éclata bientôt, et ils retombèrent dans leurs égarements anciens.

A la suite du coup d'Etat du i8 fructidor (4 septembre T797), la situation des prêtres rentrés en France devint très difficile ; tous les émigrés étaient obligés de sortir des terres de la République dans les quinze jours. Ceux qui y seraient trouvés après ce terme, seraient livrés à une commission militaire et fusillés dans les vingt-quatre heures. Aussi, en octobre 1797, Chatrian écrit-il de l'abbé Jacquemin : « Il joue à la cachette, demeure à la campagne et couche rarement à la ville. » En décembre, une lettre qui lui était adressée par l'abbé Malard, curé de Maxéville, n'a pu lui être remise qu'au bout de quinze jours, tant il était obligé de laisser ignorer sa cachette. A Nancy, on donnait alors cinquante livres pour chaque prêtre arrêté. Les gendarmes parcouraient les rues le soir, pour découvrir ceux qui sortiraient de

confiance. En leur associant, dans les derniers temps, un nouveau missionnaire, mon intention était de les soulager dans un travail pénible et continuellement entravé par les circonstances ».

ir retraite, dans le dessein d'accomplir, à la faut de l'obscurité, les actes du saint ministère, ■s généreux chrétiens, qui leur offraient un fuge, s'exposaient à être fusillés avec eux. Ces usures de persécution violente furent appliquées ndant une grande partie de l'année 1798, Dans cours de 1799, it y eut des vicissitudes de repos d'inquiétude. Nous n'avons constaté, à cette oque, aucun fait concernant la personne de . Jacquemin : « Dans cette intervalle de temps, I occupa ses moments de loisir i rédiger et h lonner au public un abrégé en deux volumes lu grand ouvrage de Barruel sur le jacobinisme » (r).

En 1800, il reparaît de nouveau sur la scène de listoire. Depuis l'apostasie de l'infortuné Laide, en novembre 1793, le Département de la mrthe était sans évêque (constitutionnel, s'enid). Il fallait combler un pareil vide et qui, ieux que M. Nicolas, le pouvait faire avec plus

l) Michel. — Cet ouvrage, qui est intitulé: Âbr^i des moires de l'abbi Barruel, pour servir à l'histoire du Jaccbime, a été édité à Hambourg (Nancy), en 1801. Plusieurs [ionnaires de biographie en indiquent une seconde édi- 1, faite à Paris, en 1817 ; en réalité, c'est un autre Abrfgi

même ouvrage, composa par l'abbé Barruel lui-niC'me. ir VAmi de la religion, t. 14^ p. 9 et 63.

de convenance et de succès ? Donc il fut question d'élever ce candidat à la dignité épiscopale. Mais à peine le bruit de l'élection projetée fut-il répandu que, sous le voile de l'anonyme, l'abbé Jacquemin adressa, le 30 janvier, (10 pluviôse an VIII), directement à l'élu désigné, une longue lettre pour le détourner d'une action scandaleuse et criminelle (i). Il termine en cqs termes : « Pourrait-il vous rester encore des doutes sur les intentions perfides des fondateurs de votre Eglise, sur la perversité de sa doctrine, sur l'infamie des moyens employés pour la soutenir, sur le poids des autorités qui la condamnent et sur la faiblesse de ses appuis? Pourriez-vous persévérer dans le damnable projet d'usurper le titre d'évêque de cette église ? Si cela est, écoutez la voix de ceux qui l'ont reçu avant vous :

« Je n'ai pas eu le malheur, vous dirait l'un d'eux (2), de profaner l'onction sacrée; une coupable complaisance m'avait seulement fait consen-

(i) Lettre au citoyen Nicolas Curé de Tantonviîle, Diocèse de Tout, 14 pages. Cfr. Guillaume, Histoire du diocèse de Tout, t. V, p. 242-244 M. Auguin, Monographie de la cathédrale de Nancy ^ p. 104, trouve cette lettre «violente. »

(2) M. Tabbé Châtelain, proposé pour Tévêché de la Meurthe et qui, après avoir d'abord accepté, refusa absolument (Note de M. Guillaume).

tir h ma nomination : cette faute, beaucoup moins ave que la vôtre, a fait depuis ce moment le pplîce de ma vie ; une longue prison et des per- ;utîons multipliées, souffertes pour Jésus-Christ, me paraissent pas encore suffisantes pour expier c égarement, j'en porterai le repentir au tomau. Vous seriez malheureux en éprouvant de reils remords; mais vous seriez encore plus à lindre si le Seigneur ne daignait pas vous le faire isentir.

« Qu'allez-vous faire? reprendrait le Père Laide, mon exemple ne doit-il pas vous arrêter ? ■i des connaissances théologiques ; -on m'accorde la facilité pour écrire, personne ne me refuse aucoup de caractère ; j'avais dix mille baïonttes à mes ordres; et cependant j'ai échouédans place que vous voulez usurper à mon exemple, rce que l'erreur n'a jamais la force de la vérité, urriez-vous espérer d'y réussir, vous à qui on soupçonne pas même la science théologique; us qui avez donné !a faible mesure de votre éloence dans vos imprécations du 21 janvier; vous nt le caractère n'annonce au plus que quelques ^tentions; vous qui ne pouvez plus compter sur secours de la force, depuis que les Français nt revenus à eux-mêmes, et qu'ils ne perceraient

pas avec moins de répugnance le cœur d'un prêtre insermenté que le vôtre ?

« Ainsi vous parleraient ces hommes instruits par l'expérience. Si leurs sages réflexions ne peuvent réussir à vous arrêter; si vous foulez aux pieds tous les conseils, pour marcher au siège épiscopal; montez-y donc; mais songez qu'il est soutenu par les mains qui ont dressé nos échafauds, qu'il est tapissé des anathèmes de l'Eglise, qu'il est orné des têtes sanglantes et des membres palpitants du clergé catholique et qu'il est posé sur l'abîme éternel.»

L'éloquence et la charité de l'abhé Jacquemin échouèrent contre la secrète et persévérante ambition de l'ancien curé de Tantonville. Le 2 février 1800, il marcha résolument à la consécration, et le 25, il annonça au Diocèse (?) de la Meurthey qu'il en était devenu l'évêque. Voici son début :

« François Nicolas, par la permission divine, dans la communion du Saint-Siège apostolique (?), Evêque du Diocèse de la Meurthe, à nos vénérables coopérateurs dans le saint ministère, et à tous les fidèles catholiques confiés à nos soins ; salut et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

« Les vœux du Clergé, mes très chers Frères, m'ont appelé au Siège épiscopal de la Meurthe qui

iquoit, depuis plusieurs années par la démission j citoyen Luc -François La lande, son dernier tulaire; l'Evèque métropolitain de la Marne, :uni aux Evêques suffragans de la Métropole, a )nfirnié cette élection et le Peuple l'a solennelment approuvée au moment de la proclamation ni en a été faite dans l'église Cathédrale de 'ancy, le deux de ce mois ; voilà les titres que offre à votre confiance. "

Tout naturellement il ne put s'empêcher de laltraiter les prêtres fidèles, surtout ceux qui

lancent de temps en temps, dans le public, quelues brandons de discorde, pour ranimer le feu la! éteint des querelles religieuses. » L'abbé Jacuemin, toujours sur la brèche, pourfendit aussi- Jt la Pastorale, qui retomba lourdement dans le )ssé (i).

Un nouveau serment, imposé aux ecclésiastiques ar le gouvernement, amena de nouvelles diverences de vues entre les administrateurs du diocèse

(i) Exanu» it l'écrit du citoyen Nicolas, iniituU Lettre pas- <raU de l'éveque du diocûe de la Meurthe, brochure de i6 paes in-S°. Parmi les défauts que le critique relève dans la ire pastorale, se trouve l'absence d'une mention de l'obvance du carême et de la communion pascale, alors que lettre est datée du 2) février, veille du mercredi des

de Nancy. Un arrêté du 28 décembre 1799 substituait à tous les serments antérieurs la promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIII. L'abbé Chariot était d'avis que les prêtres pouvaient et devaient la prêter, et il prônait hautement son sentiment. Plus prudents, ses collègues voulaient attendre la décision de leur évêque. Le curé des Trois-Maisons la provoqua. Le prélat répondait, le 3 mars 1800 : « Dans le parti que vous avez pris de ne rien précipiter sur la prestation de la promesse de fidélité à la Constitution, et d'attendre ma décision, j'ai reconnu avec plaisir la sagesse et la modestie qui vous caractérise ». Après avoir discuté les termes de l'arrêté et ceux d'une note explicative insérée au Moniteur du 30 décembre, Ms'' de la Fare conclut que tout catholique ne pouvait faire cette promesse que moyennant certaines restrictions nettement formulées.

Persévérant à tenir pour légitime la promesse demandée par le gouvernement français, M. Charlot avec M. Lacretelle qu'il avait rallié à son sentiment, la prêta entre les mains du préfet de la Meurthe, en juin 1800. Il avait cru se conformer suffisamment à la conduite prescrite par son évêque et n'avoir aucun reproche à redouter ni de sa part ni de sa conscience, en accompagnant sa

démarche de sages précautions : il avait amené quatre témoins, fourni des explications et exprimé des restrictions. Mais le préfet refusa de recevoir par écrit ces restrictions et même d'en donner acte. L'éclat de cette démarche et les conseils que M. Chariot, s'appuyant sur la décision épiscopale, donnait aux prêtres nancéiens d'imiter sa conduite, peinèrent profondément MM. Jacquemin et MoUevaut. Ils envoyèrent au prélat, qu'ils représentaient, leur démission. De son côté, M. Chariot lui écrivait pour se justifier. Dans ces conjonctures délicates, M^' de la Fare ménagea sagement tous les intérêts. Il relève le courage des démissionnaires, en qui il avait la plus grande confiance. « Eloignez de vous comme une tentation de l'ennemi, leur écrit-il, le 6 août, cette humilité exagérée, ou ce mouvement de dégoût qui vous fait me demander votre retraite. Si votre humilité envisage comme trop pesant le fardeau qui vous est imposé, si les circonstances vous effraient, si les contradictions inséparables de l'œuvre de Dieu vous lassent et vous rebutent que chacun de vous se dise avec l'apôtre : Je peux tout en celui qui fait ma force. En vous et par vous Dieu pourra toujours faire le bien

au-delà de ce que votre ministère exige Vous

avez des peines, je le sais, je les apprécie Après

avoir fourni déjà avec tant de mérites aux yeux de Dieu et des hommes la carrière sainte, mais difficile où je vous ai fait entrer, il serait indigne de vous d'en sortir avant le temps ». Il leur envoie copie de la lettre qu'il adresse le jour même à M. Chariot et, afin d'empêcher, autant que possible, la contagion de son exemple, il les charge de faire connaître à son clergé sa persévérance dans sa première décision sur la promesse de fidélité.

Tout en reprochant au curé de Saint-Sébastien une démarche, qu'il n'aurait pas dû faire, avant d'avoir connu les intentions ultérieures de son évêque, M^ de la Fare juge par les raisons données que si son esprit s'est égaré, son cœur n'a pas été entraîné. Cependant les suites que peut avoir pour son diocèse cet acte éclatant l'inquiètent. (( Votre exemple peut faire d'autant plus d'impression sur un certain nombre d'esprits, que sachant la confiance que je vous ai témoignée, ils supposeront que vous avez concerté avec moi votre démarche ; d'autres mieux instruits vous condamneront ; ainsi un nouveau motif de division agitera mon diocèse, un schisme nouveau scandalisera les fidèles ; les ennemis de notre sainte religion auront un nouveau sujet de joie ». Empêcher autant qu'il est en lui

un si grand mal, rappeler tous ses coopérateurs à l'unité de sentiment et de doctrine est son devoir le plus sacré. Il espère que M. Chariot, dépositaire de ses pouvoirs, n'y mettra pas d'entraves. MM. Mollevaut et Jacquemin ont reçu l'ordre de faire savoir au clergé nancéien que son évêque persiste dans l'intention, qu'ils ont dû déjà manifester, d'interdire à tout prêtre la prestation du serment, tant que la formule n'en sera pas modifiée, dans un sens admissible, par une déclaration officielle du gouvernement. Il estime que toutes interprétations ou rectifications seulement verbales^ de quelque part qu'elles viennent, ne peuvent couvrir le vice de la formule proposée.

Tout en ayant raison sur le fond de la question, puisque la promesse de fidélité à la Constitution était certainement légitime (i), l'abbé Chariot n'avait pas saisi la pensée de son évêque, qui le désavouait formellement. Ses confrères avaient mieux interprété la décision de Me'' de la Fare, qui disait d'eux en terminant sa lettre au curé de Saint-Sébastien : a MM. Mollevaut et Jacquemin n'ont pas cessé un instant de combattre vaillam-

(i) Sur la légitimité de cette promesse, voir Gosselin, Vie de M. Etnery, t. II, p 7-17.

ment, ils méritent toute votre estime. Je vous a déjà mandé plusieurs fois et je ne peux tro] vous le répéter, ne faites rien que de concert avei eux. Vous êtes en liberté ; c'est à vous de le chercher pour conférer ensemble sur l'exercice de: pouvoirs extraordinaires que je vous ai confiés Cette conduite, mon cher Curé, i'era ma joie elle sera pour vous tous une consolation et ur soutien u.

Cependant, M. Jacquemin fut dénoncé au préfet de la Meurthe comme un ennemi de la tran quillité publique, parce que, conformément auj instructions de son évêque, il interdisait la prestation pure et simple de la promesse demandée. Dans l'intérêt de la vérité et sans parler de ss démarche à personne, il écrivit au préfet le lï thermidoran VIII(6 août 1800) pour lui donner h déclaration de ses principes, que les circonstances ne permettaient pas de lui exposer de vive voix. Avec les plus instruits, les plus zélés et les plus délicats de ses confrères, loin de s'élever contre l'autorité publique et d'exciter qui que ce soit à la révolte, il ne balance pas à promettre de vivre soumis au gouvernement de la République française, établi par la Constitution de l'an FUI; mais sa conscience se refuse i la souscription purj et simple dt la

promesse demandée, et le respect de l'autorité et du public lui défend une démarche qui l'exposerait à les tromper, en n'ex:primant pas dans son engagement même quel sens il donne à la loi. Six jours après, le 24 thermidor, l'abbé Jacquemin s'adressait au sénateur Jacqueminot et lui proposait de demander au premier consul une rédaction claire ou une explication précise, qui bornât la promesse de fidélité à exclure toute révolte contre les autorités (i).

Le refus de la promesse de fidélité à la Constitution avait suscité une nouvelle persécution, et bien des prêtres avaient encore été emprisonnés. Les administrateurs du diocèse de Nancy étaient obligés d'entourer leurs actes de mystère et jusque dans les pièces officielles de cacher leurs noms sous des noms d'emprunt (2). L'accord toutefois régnait entre eux et, le 6 février 1801, M^^ de la Fare écrivait à Tabbé Jacquemin : « C'est un grand motif de consolation pour moi de penser que MM. MoUevaut et Chariot soient avec vous d'un accord et d'un concert soutenus, ainsi que je n'ai cessé de le demander. Que rien n'altère entre

(i) Voir Appendice V.

(2) M. Jacquemin signait Dupré, M. Chariot, Locharty et M. Mollevaut, Gabriel, Poirel ou Gabriel PoireL

vous cette harmonie si nécessaire et si désirable pour fermer la bouche de nos détracteurs. »

Nicolas voulut remonter à l'assaut ; le 15 avril 1801, il tint à la cathédrale un synode de trentedeux membres, tous compris, et en publia et recommanda les décisions aux fidèles. Un Billet au Citoyen R (évérend) Nicolas^ se disant Evéque du diocèse de la Meurthe^ sortit comme une bombe et pulvérisa les assaillants : le pointeur était l'abbé Jacquemin. Sa feuille (3 pages ip) nous paraît mériter d'être citée en entier.

« Je viens de lire, Citoyen, le procès-verbal du Synode général du diocèse de la Meurthe, du 1 5 avril 1801^ ou 25 germinal an IX.

« Des occupations assez graves m'empêchent de vous envoyer dans le moment quelques observations détaillées sur cet écrit. Cependant, comme je les crois extrêmement intéressantes pour vous, pour ce que vous appelez vos coopérateurs et surtout pour les Fidèles de votre diocèse ^ je vous prie de me mander si vous désirez les voir paraître : et afin que vous en pesiez à l'avance toute la gravité, je vous préviens des objets qui en feront la matière.

« Mes observations tendront donc à démontrer que dans une réunion de quelques Prêtres qualifiée à' Assemblée synodale^ vous avez professé une

doctrine hérétique sur les Sacremens : une doctrine schismatique sur la discipline; une doctrine tendante au parjure relativement à la juridiction. Sans préjudice des contradictions, des inconséquences et des mensonges qui vous y sont échappés, et dont il convient au moins d'avertir le public.

<( Si vous et votre assemblée n'êtes tombés que par ignorance dans cette foule d'erreurs et de bévues, vous me devrez de la gratitude de vous avoir montré le danger qu'il y a pour un homme qui a été toute sa vie instituteur, de vouloir parler en Evêque. Si, contre mon attente, vous aviez péché par malice, j'aurais des droits à la reconnaissance de vos partisans, de les avoir détrompés sur votre prétendue catholicité^ et sur le charlatanisme de vos vœux pour la paix et l'union de l'Eglise. Enfin, si vous n'êtes que de pauvres guides aveugles qui égare:^^ d'autres aveugles, il faut vous laisser conduire par la voix de la foi et de la raison. Mais si vous êtes des guides trompeurs, il nous est ordonné de signaler au troupeau imprévoyant le loup qui s'introduit dans la bergerie sous l'habit du Pasteur.

« Ceci^ vous en conviendrez, Citoyen, ne peut être l'objet d'une correspondance secrète. Les Prêtres constitutionnels ou catholiques, le peuple qui

erre dans le schisme, comme celui qui est resté fidèlement uni à l'Eglise, tous ont le droit de suivre la vérité, tous doivent prendre intérêt à sa défense. Je vous prie donc de répondre le plus tôt possible, par la voie de votre Imprimeur, au Billet que j'ai l'honneur de vous adresser.

«Vous vous faites un mérite de nous avoir invités à la réunion; et, parce que nous nous y sommes refusés, vous nous traitez en ennemis de la paix. C'est une petite ruse de guerre civile que vous essayez-là, Citoyen. Il falloit mettre dans la conduite et dans le compte-rendu de cette aflaire, un peu plus de franchise. Vous deviez demander à vos députés rentrans au Synode, pourquoi vos Frères divisés d'opinion ne les accompagnoient pas. Le public alors auroit su que, si nous ne l'avions pas fait, ce n'étoit ni par un défaut d'amour pour la Religion, ni par un manque d'attachement à la Patrie. Prenez-y donc garde une bonne fois, Citoyen, la réunion entre nous doit commencer par la doctrine. Nous ne devons pas nous livrer à vous en aveugles ; bien moins encore aux dépens de la vérité connue. Or, je vous déclare que je la trouve cruellement blessée par votre Assemblée synodale. Voilà les motifs de notre invincible répugnance pour la réunion que vous nous

proposez : vous ne pouvez refuser d'entendre les preuves que nous offrons à l'appui de nos sentiments, sans engager par cela seul le public à condamner votre conduite. Et comme nous sommes aujourd'hui tout aussi précieux que vous au Gouvernement et aux bons Français, vous ne trouveriez plus dans les piques, un supplément à votre silence. Oui, pour que vous n'opposiez plus aux réclamations que nous faisons pour l'Eglise, des inculpations mensongères au nom de l'Etat, voici la profession de foi politique de ce que vous appelez vos frères dissidens : tous s'engagent à promettre par écrit, ce que leur conduite n'a jamais démenti, la soumission au Gouvernement de la République française,

« Nous ne pouvons donc plus être dénoncés que par la vile calomnie, comme des ennemis et des perturbateurs de la tranquillité publique.

« Et n'imaginez pas qu'on vous croie meilleurs Citoyens que nous-mêmes, parce que vous avez fait et défait une foule d'autres sermens. Non, Citoyen, c'est tout le contraire.

« La multitude de vos engagements, et la facilité, ou plutôt la lâcheté avec laquelle vous les abandonnez, comme vous les avez pris> peut bien vous mettre au rang de ces meubles vils dont on se

sert pour toutes sortes d'usages; mais elle vous placera jamais parmi les diamants solide brillans dont on fait sa parure,

a En attendant que vous me mettiez en situai par votre réponse, de vous adresser notre pro sion de foi catholique, j'ai l'honneur d'être tt yotre concitoyen. »

On supposera facilement que Nicolas ne dut s'empresser de riposter à l'attaque, ni éprouvei vif désir de lire les observations que ce frère di offrait de lui communiquer.

Cependant, les difficultés de l'administra croissaient chaque jour. Beaucoup de prêtres et gers étaient venus mettre la main dans la m son, quelques-uns même, sans avoir reçu de r sion légitime de l'un des trois vicaires génén On s'était plaint à M«' de la Fare de leur imp tie, de leur condescendance outrée et de leur pidité. Bien des peines et de tribulations as geaient personnellement M. Jacquemin; con l'Apôtre, il était en butte à des périls de l genre, suscités la plupart par des faux frè Aussi, abattu et découragé, donnait-il de nouv sa démission. L'évêque ne pouvait l'acceptei répondit donc à son vicaire-général: «J'ai bes mon cher coopérateur, de causer avec vous,

ous exprimer toute l'affection dont je suis p(înéré pour votre personne, toute la satisfaction que ne donne votre conduite et toute la reconnaisince qu'elle m'inspire. Vous avez le mérite d'avoir té et d'être infatigablement du nombre de ces linistres fidèles, dont il a été dit : Ferbo docet et xemplo. Vos écrits lumineux et énergiques ont onstamment appuyé vos travaux et vos exemples, ous avez été l'une des colonnes de mon épiscoat, et l'un des motifs de ma consolation dans ces emps de persécution et de troubles. Serait-il vrai, u'après avoir fait preuve d'un zèle si pur et si ctif, et après avoir travaillé avec tant de succès ans le champ du père de famille, vous vous laîsez aller encore à la tentation de sortir de l'arène t d'abandonner le combat ? Non, mon ciier cooérateur, je ne le saurais croire. Ce n'est point à ocre âge, ce n'est point dans les circonstances où ; trouve encore l'Eglise catholique, qu'un athlète, 3mme vous, ose déserter la carrière et retirer à 3n chef le concours de ses efforts. Vous avez donc eau parler de retraite. Je vous déclare de la part e Dieu, notre maître commun, que sa volonté it que vous restiez à votre poste, et que vous y )ntinuiez l'exercice des fonctions que je vous y ai jnfiées et le bien qui l'a suivi. >i

Après avoir relevé son courage par des motifs surnaturels, le prélat, assuré que M. Jacquemin accédera à ses désirs, lui confie dans la même lettre la solution de diverses questions ecclésiastiques. Il y regardait comme un grand malheur, la clôture continuée des églises et le défaut de culte public et de prédication, et il indiquait les mesures à prendre à ce sujet, dès qu'un véritable accord serait intervenu entre le Souverain Pontife et le gouvernement français. Bientôt M. Chariot, croyant les circonstances favorables, demandait à son évêque l'autorisation de rendre le culte public. Me*" de la Fare ne voulut rien statuer. Il ne s'opposa pas au projet, mais à la condition que l'ouverture de ce culte public pût s'accorder avec les principes qui avaient fait jusque-là la règle de son diocèse. Il pensait qu'il fallait attendre la publication du Concordat. Il s'en remettait à la sagesse de ses provicaires, estimant toutefois « qu'il convient de faire, en pareil cas, pour la satisfaction et le bien des fidèles, et pour empêcher un plus grand mal, tout ce qui est essentiellement permis » (i). Les mesures rigoureuses, prises un

(i) Lettres à M. Chariot du 17 et à M. Mollevaut du 20 juin 1801.

peu plus tard, à Nancy même, contre les prêtres qui n'avaient pas fait la promesse de fidélité, ne durent pas permettre de donner alors au culte catholique toute la publicité du grand jour.

Sur les entrefaites, l'accord des administrateurs du diocèse faillit se rompre de nouveau. Une lettre de M*' de la Fare à M. Mahuet de Lupcourt, en date du 10 avril iSor, en fournit l'occasion. La crainte de voir se renouveler les dissentiments passés faisait dire au prélat : « Employez votre bonne tête et cet esprit de conciliation que Dieu vous a donnés, à rapprocher de plus en plus les cœurs et les opérations des administrateurs en chef de mon diocèse. Soyez leur Ananie. Engagez les uns et les autres à la charité, à la déférence, à la confiance mutuelles. Dans les objets de division, soyez entre eux un moyen terme et le centie conciliateur. Dans les circonstances actuelles et jusqu'à ce qu'un nouvel ordre de choses s'établisse d'une manière solide, je n'ai rien de plus à cœur que de voir régner une concorde sincère entre les trois administrateurs actifs que vous connaissez. C'est mon vœu, c'est ma prière de chaque jour.» Le grand-doyen, que ses infirmités avaient éloigné depuis plusieurs années déjl de l'administration, se crut appelé à y reprendre sa place. Il prit cette

lettré privée pour une nomination officielle à la charge de vicaire-général. Il n'était guère vraisemblable que l'évêque de Nancy eut jamais voulu confier des fonctions si difficiles à un prêtre, vénérable sans doute, mais sourd et aveugle. M^^ de la Fare voulait seulement^ il le déclara plus tard, intéresser son ancienne amitié pour lui, l'ancienne sagesse qu'il lui avait connue et son esprit conciliateur à rétablir dans son conseil la bonne intelligence et l'harmonie. M. de Lupcourt cependant se constitua président de l'administration diocésaine et imposa ses décisions.

Cette ingérence inopportune du grand-doyen et de nouvelles brigues de M. Chariot, que la correspondance de M^"" de la Fare ne nous permet pas de spécifier, mais que Chatrian apprécie très sévèrement, amenèrent MM. Jacquemin et Mollevaut à se justifier auprès de leur évêque et à lui offi'ir séparément, le ii juin, leur démission. Le prélat répondait à M. Mollevaut, le 25 : « Mon âme est profondément triste. Croyez-vous donc avoir besoin auprès de moi d'apologie, puisque vous avez perdu, pour m'en envoyer une, un temps que vous employez si utilement ? Soyez assuré que rien n'a jamais pu altérer dans mon esprit ni dans mon cœur l'estime, la confiance et Tamitié que je vous

dois, et que rien ne les altérera, pas même la persévérance que vous mettriez à me faire le plus grand chagrin que je puisse éprouver. Avez-vous bien, l'un et l'autre, réfléchi aux pieds du crucifix à toutes les conséquences de votre retraite combinée et simultanée? Avez-vous sondé toute la profondeur du mal qui en résulterait ? A la veille du schisme fortnel qui menace l'Eglise gallicane et des nouveaux malheurs qui semblent s'annoncer, vous voudriez quitter aussi brusquement, contre ma volonté, au péril évident des catholiques fidèles et de mon diocèse, une administration que vous et votre collègue pouvez seuls conduire dans ces temps difficiles, et qui vont devenir plus difficiles que jamais ? Meliora de vobis confidimuSy etviciniora saluti, »

Après avoir expliqué les circonstances qui avaient provoqué cette démission, le prélat ajoute: « L'amitié tendre de M. Du Pr. (nom conventionnel de l'abbé Jacquemin) pour vous, son zèle pour la religion, la confiance que j'ai en lui, le besoin que j'ai de sts talents, enfin l'obéissance qu'il me doit, me font espérer qu'il ne donnera aucune suite à ses projets de retraite, qu'il se concertera avec vous pour le meilleur ordre à établir, qu'il fera ^veç vous la lumière et la forçç

de mon nouveau conseil, et qu'il continuera d'être ainsi que vous, la consolation et la gloire de mon épiscopat. » Et plus loin : « Je ne peux, ni ne dois, ni ne veux l'accepter (la démission). Je vous demande instamment et néanmoins comme votre évêque et en vertu de l'obéissance que vous me devez, mais plus particulièrement encore en vertu de la religion et du zèle qui vous animent, je vous prescris de continuer d'administrer mon diocèse » (i). Il prenait enfin des mesures propres à faciliter leurs travaux et à neutraliser les contradictions, qu'ils pourraient rencontrer dans la suite. Obéissant aux ordres reçus, les deux démissionnaires continuèrent leurs fonctions. Les difficultés de l'administration du diocèse de Nancy augmentèrent, quand le titulaire refusa de se démettre de son siège. M. Jacquemin lui écrivait, le 28 octobre 1801, les bruits fâcheux répandus contre lui parmi son troupeau ; il lui demandait d'adresser au clergé et au peuple une déclaration

(i) Pour atténuer sans doute la rigueur de cet ordre formel, Mgr de la Fare ajoute en post-scriptum : « Mettez-vous à ma place, dans l'éloignement où je suis, dans l'embarras que j'éprouve, la douleur qui m'accable, le désir qui me presse de voir le bien s'opérer, et les obstacles écartés, le regret que j'ai de vous savoir affligés et souffrants, et jugez si vous devez, si vous pouvez ajouter à mes peines. »

solennelle de ses sentiments. Ses vicaires généraux le soutenaient auprès du cardinal Caprara et du ministre Portails (i). Dans sa réponse du i8 novembre, M»*" expose ses sentiments, réfute certains griefs et remercie ses chers coopérateurs du zèle qu'ils mettent à défendre leur évêque calomnié. Il travaillera à la déclaration solennelle qu'ils désirent, et en attendant qu'elle leur soit adressée, il les autorise à se prévaloir publiquement des sentiments qu'il leur exprime confidentiellement.

En novembre 1801, l'abbé Jacquemin écrivait à M. Jénin, curé de Seichamps, qui était encore sur la terre d'exil, qu'à Nancy les prêtres rentrés pouvaient alors se montrer en public dans les lieux où ils n'étaient pas personnellement connus, et même là où ils l'étaient, pourvu qu'ils aient fait la promesse pure et simple de fidélité à la Constitution. Pour lui cependant, il ne forme plus aucun projet et attend les événements. Sa confiance dans l'avenir ne paraît guère assurée ; aussi ne conseille-t-il pas de revenir à son correspondant émigré.

(i) Voir leurs lettres au cardinal Caprara (28 octobre 1801) au ministre Portalis, au préfet de la Meurthe (26 novembre) et les réponses du légat et du ministre (14 et 15 novembre). Toutes ces pièces ont été communiquées à Mg*" de la Fare, il -en a témoigné sa satisfaction.

Bientôt, M. MoUevaut étant tombé gravement malade, tout le souci des affaires fut pour lui. De nouveau, il rendait bon témoignage de son évêque au gouvernement français et au cardinal légat (i) et le 20 décembre, M^*" de la Fare l'en remerciait en ces termes : « Vos différentes lettres, écrites à mon sujet, portent l'empreinte de la franchise et de la sainte liberté des ministres de l'Evangile, dont la parole ne peut être enchaînée. Seulement les éloges que vous faites de votre évêque, pourraient faire tort à l'opinion que l'on doit avoir de votre véracité. Mais ce dont vous pouvez répondre, c'est de mon désir imperturbable de justifier ce que vous pensez et dites de moi. Daigne le Seigneur me permettre de le prouver au milieu de vous ! »

Bien que le prélat, dont ils étaient les représentants, ait refusé d'obéir au Souverain Pontife, les administrateurs du diocèse de Nancy n'avaient pas perdu leur juridiction (2) et à la date du 20 février,

(i) Voir Appcfidice VI.

(2) Parce que le cardinal Caprara avait adressé quelques pièces officielles à M. de Lupcourt, le bruit s'était répandu dans le public de Nancy qu'il avait été pourvu à une nouvelle administration du diocèse. Mais Mgr de la Fare, dans sa lettre du 1 1 mars, dit justement qu'un pareil changement devait être manifesté et n'aurait pas manqué d'être notifié aux anciens titulaires. Il explique tout naturellement les en-

ils envoyèrent aux fidèles au nom de M^" de la Fare, une Instruction pour le Carême de 1802. Ils rassurent le troupeau sur la conduite de leur pasteur. « Il n'y aura point de schisme entre le Pape et les Evèques. Quand même ceux-ci croiroient voir leurs droits trop peu ménagés dans le plan de restauration du culte catholique en France, ils n'apporteroient aucun obstacle à son exécution. Les Pasteurs que nous donnera le Saint-Siège, seront catholiques et légitimes ; nous pourrons et nous devrons les suivre » . M^*" de la Fare, auquel elle avait été communiquée, en remerciait l'auteur : « Cette instruction est fort bien faite, écrivait-il le I r mars, et dans le vrai genre qui convenait aux circonstances présentes. Puisse-t-elle porter les fruits que nous avons droit d'en attendre ! »

Cependant le refus de M^^ de la Fare de se démettre du siège de Nancy jeta de profondes divisions dans son clergé. Beaucoup de prêtres demeuraient attachés à sa personne, sinon à ses principes gallicans ; d'autres se séparaient complètement de lui, s'élevaient contre lui et le mettaient sur la même ligne que les évêques qui avaient fait

vois du cardinal au grand-doyen, qui aurait été indiqué au légat pontifical comme l'un et le plus ancien des vicaires généraux de Nancy.

défection pendant la Révolution. Aussi éprouve-t-il le besoin de justifier une fois de plus ses sentiments, dans une lettre à l'abbé Jacquemin, datée du 6 avril 1802. La publication du Concordat ne fit que le confirmer dans sa résolution. «En lisant les dispositions de ce concordat, combien je me suis applaudi de n'avoir pas voulu coopérer par ma démission, à cet étrange renversement de l'ordre et des constitutions ecclésiastiques dans ma patrie et dans l'Eglise! » (i). Toutefois, pour assurer aux consciences la tranquillité, à la religion son libre exercice, à l'Eglise catholique l'unité et à son troupeau tous les secours spirituels, il déclara publiquement, le 6 juin 1802, et « M. Jacquemin, en qualité de son représentant parmi nous, notifia aux anciens diocésains de Nancy, qu'ils pouvaient et devaient obéir à celui qui recevrait du Souverain Pontife la mission d'administrer comme évêque le nouveau diocèse... Ce fut là un des derniers actes de son administration, qui prit fin par l'installation de M. d'Osmond en ce nouveau siège, au mois de juin 1802; et il redevint ainsi simple prêtre du diocèse » (2). Il perdait, en effet, tout pouvoir juridictionnel.

(i) Lettre à ses grands vicaires, du 20 avril 1802. (2) Michel.

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