CHAPITRE QUATRIÈME
DE l'installation DE MS' d'oSMOND A NANCY A
l'Élévation de l'abbé jacquemin au siège épiscopal de saint-dié (1802-1823).
Position difficile de l'ancien vicaire-général de Nancy en face du gouvernement et du nouvel évêque. — L'abbé Jacquemin et la Petite-Eglise. — Motifs de sa retraite. — Renseignements demandés par le cardinal Caprara et différents emplois refusés. — L'abbé Jacquemin reprend l'habit ecclésiastique et devient prêtre habitué à la paroisse Saint- Vincent-Saint-Fiacre. — Nomination manquée au poste d'aumônier du lycée de Nancy. — L'abbé Jacquemin, professeur de philosophie au lycée et à la Faculté des lettres. — Nouvelles relations avec Mg' de la Fare. — U est secrétaire-général de la commission des aâFaires ecclésiastiques. — Il reprend la chaire de philosophie au collège royal de Nancy. — Proposition refusée de la coadjutorerie de l'archevêché de Sens.
« On remarqua beaucoup de froideur, dit encore M. Michel, entre le nouvel évêque et l'ancien grand- vicaire... ; et c'est une des causes qui empêchèrent celui-ci d'occuper une place dans le saint ministère. » Dès son arrivée, M^' d'Osmond
laissa de côté les provicaires de son prédécesseur ; il ne les consultait pas, eux qui cependant avaient eu toute la confiance de Mk*" de la Fare et qui la méritaient (i). D'ailleurs, le préfet de la Meurthe donna l'exclusion de toute place dans son département, aux anciens administrateurs du diocèse de Nancy. Chatrian l'affirme catégoriquement (2) et bientôt nous en trouverons des preuves sous la plume même de M^"" d'Osmond. Les relations antérieures de M. Jacquemin avec son ancien évêque, ont fait supposer qu'il partageait l'opposi-
(i) Maintes fois, les prêtres en appelaient pour la solution des affaires les plus graves et les plus délicates, — leurs lettres conservées aux archives de Tévêché en font foi, — au jugement de MM. Jacquemin et MoUevaut. Nous avons trouvé trace de deux consultations, demandées par Mg"^ d'Osmond au curé des Trois-Maisons. La maladie empêcha celui-ci de répondre à la seconde.
(2) Thiriet, Labbé Gabriel MoUevaut, p. 90. - ■ A la date du 13 septembre 1802, Tabbé de Thumery, vicaire-général de Saint-Dié pendant la Révolution, écrivait : « Il paraît que Tautorité civile aura la plus grande influence dans les nominations, même pour les succursales.- Le Préfet a envoyé à Monseigneur TEvêque son travail qui porte désignation des sujets qu'il croit propres à remplir chaque place. L'autorité ecclésiastique sera passive, à quelques exceptions près, elle souscrira les présentations qui lui sont faites.» Ce qu'il y a de sûr, ajoute-t-il, c'est que ni son collègue ni lui n'ont été consultés en rien ; on s'est contenté de notes très succinctes sur chaque individu, et tout le portait à croire qu'elles ne serviraient pas à grand'chose.
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tion de M^*" de la Fare au nouvel état de choses, qu'il continuait à exercer en son nom les pouvoirs de grand-vicaire et qu'il était un des chefs de la Petite-Eglise anti-concordataire, qui tenait ses réunions à la chapelle de l'hospice Saint-Julien. Il n'en était rien.
Ms*" de la Fare, il est vrai, adressait de Vienne, le V' juillet 1802, à l'abbé Jacquemin le billet suivant : « J'attendais de vous, mon cher abbé, ou de votre digne et respectable confrère, que vous me feriez passer des renseignements exacts sur les nouvelles circonstances où vous vous trouvez. Loin de là, vous ne m'avez pas même accusé réception de mes dernières lettres. J^aime cependant à espérer que ce qui est différé n'est pas perdu, et que jamais vous ne vous regarderez comme m'étant étranger. Vivement occupé de la situation présente de mon diocèse, j'ai rédigé une lettre pastorale en forme probante. Son objet est de tranquilliser les consciences. J'envoie aussi, de peur que mon envoi ne s'égare, un ou deux autres exemplaires dans le diocèse. — Salut et amitié à vous, à M. Mollevaut, à tous mes chers et vénérables coopérateurs, ainsi qu'aux fidèles. » Une personne qui l'avait, dit-on, cherché inutilement, fit parvenir à l'abbé Jacquemin, le billet qui lui
t destiné avec l'original de la lettre pastorale, 22 du mois seulement, Qj-iatre jours après, Tenant le fait à M. MoUevaut, il écrivait : « Je itais promis de n'en parler à qui que ce soit, s on m'a dit hier qu'il courait des copies de la re pastorale. M, de la Fare a donc exécuté ce J annonce dans son billet pour moi; et cela détermine à vous faire part du tout. Le désir
vous avez toujours de faire le bien, et la fran- ;e avec laquelle je tâche de vous imiter, me œ à croire qu'il conviendrait de communiquer e lettre à M^f Osmond. Si elle peut intéresser
quelqu'un, c'est assurément Monseigneur êque ; et il est le seul à qui je consentirais à en ; la confidence. Au cas que vous soyez de cet , je vous prie de lui offrir mes respectueux images, a Si après cela, on veut continuer à
dans M. Jacquemin un agent secret de M^^ de 'are, il feut avouer qu'il soutenait bien malatement les intérêts de son parti, pour ne pas
qu'il trahissait son commettant, [, Mollevaut partagea l'avis de son collègue et , et le lendemain envoya à son évéque la lettre 1. Jacquemin, avec le paquet qu'elle accompat. « Quoique M. Jacquemin ne marque pas de ■envoyer la petite lettre qu'il a reçue avec Vins-
truction, je présume néanmoins qu'il pourrait croire en avoir besoin dans la suite, et me la redemander. Oserais-je vous prier, écrit-il à Ms' d^Osmond, de me la faire remettre dans quelques jours ? » Comprenant le motif de cette demande, le prélat garda l'original de la lettre pastorale de son prédécesseur, et de sa propre main copia, le jour même, le billet adressé à M. Jacquemin « pour la justification complète desdits sieurs Jacquemin et MoUevaut, » écrit-il dans une note annexée à la copie.
Un peu plus tard, le prélat justifia devant le gouvernement la conduite des deux anciens grandsvicaires de son prédécesseur. A une date inconnue, il écrivait au ministre des cultes :
« Je croyais, citoyen conseiller d'Etat, pouvoir et devoir vous dispenser pour toujours, d'entrer dans les détails d'une petite intrigue qui se trame entre Nancy et Vienne en Autriche, et dont le peu de succès justifiait mon silence; car jusqu'à présent, elle n'avait pas atteint son but; les efforts de mon prédécesseur paraissaient vains ; personne ne connaissait l'écrit, il était sans aucun danger.
« Cependant, l'expansion qu'il a acquise depuis quelques jours, je ne sais par le canal de qui, la crainte que vous n'en soyez instruit qu'imparfaite-
ment et par des avis fautifs ou incomplets, me déterminent à vous en faire passer une copie exacte. Par la lecture de la pièce, vous jugerez de son peu d'importance...
« Un second motif bien plus puissant m'a décidé à vous faire cet envoi. La circulation de cet écrit pouvait être imputée à MM. les anciens vicairesgénéraux de M^ de la Fare. Il serait même assez naturel de la leur attribuer ; il m'appartient et c'est pour moi un devoir, de les mettre d'avance à l'abri de cette injuste accusation.
« Il est vrai que cette instruction leur a été envoyée; mais le premier, le seul usage qu'ils en aient fait a été de me l'apporter pour l'ensevelir dans le plus profond silence, ou la remettre à ma discrétion. Ainsi ces dignes ecclésiastiques (MM. MoUevaut et Jacquemin) ont saisi la première occasion d'exécuter, sans ostentation, la promesse de soumission qu'ils venaient de faire aux deux autorités. »
La justification était donc complète. Elle le fut davantage encore, s'il est possible, dans une lettre adressée le 22 octobre 1802, au même ministre, au sujet du choix des ecclésiastiques à placer dans les paroisses. La liste en serait grossie, si les administrateurs du département n'eussent désiré voir
effacer quelques noms. Le nouvel évêque n'aurait nullement redouté de se voir entouré, dans la ville même de Nancy, de ce que l'on appelle les agents de Me^ de la Fare. « J'ai bien distingué dans mon esprit, continue-t-il, les époques où l'on a pu, où l'on a dû être le procureur fondé de mon prédécesseur, de celle où l'on a dû cesser toute correspondance avec ce Prélat non démissionnaire; et cette distinction du devoir n'a pas échappé aux ecclésiastiques qui étaient à la tête de l'ancien diocèse de Nancy. Je vous en ai donné la preuve la plus complète par ma lettre du... dernier, qui leur servira à jamais de justification contre toutes les inculpations du même genre. » Le prélat pensait que s'ils avaient le projet de seconder les prétentions de M. de la Fare, le meilleur moyen de les en détourner eut été de leur donner un emploi. « Mais l'administration ne partageant pas ma manière d'envisager leur position, je n'ai pas dû montrer un esprit d'opposition qui eût pu altérer la bonne harmonie si essentielle à conserver et à laquelle je sens qu'on ne peut faire trop de sacrifices. Il me suffisait de savoir que l'on croyait avoir des motifs; je n'ai pas cru pouvoir en sonder les fondements. Telle est la mesure dans laquelle je me suis tenu. Un prêtre pouvait être utile à
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