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« Je suis déterminé à rester encore dans une retraite plus profonde qu'aux temps même de !a persécution, et voici pour quelles causes.
« A Dieu ne plaise que je combatte l'indulgence offene par le Souverain Pontife à tous les ecclésiastiques qui ont pris, pendant la Révolution, des engagemens condamnés par leurs Supérieurs et que je refuse de regarder comme repentans ei absous, ceux qui reçoivent cette faveur en silence,
« Mais pour ceux qui affichent leur persévé' rance dans des principes jugés schismatiques ei hérétiques par le Saint-Siège, du consentemeni des évêques de France, avec l'acquiescement manifeste des autres évêques catholiques, je suis résolu d'éviter personnellement, quoique sans éclat, toute relation spirituelle avec eux. Premier motif de ma retraite (i).
« S'il arrivait quelque nouveau bouleversement, (dont je prie le ciel de préserver la France), on
(i) 11 faudiail écrire de longues pages pour discerner ce qu'il y a de fondé de ce qui est excessif dans ce pieniier motif. Les lecteurs curieux trouveront quelques renseignemencs dans le chapitre sepiittne de la yie èpiicapah de Mgr Oimond, chapitre qui semble Oire la réfutation du grief de l'abbé Jacquemin, chapitre qu'il faut compléter toutefois par ce qu'a écrit le même auteur dans son Histoire du diocèse de TohI. i. V, p. 302-307.
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pourroit voir beaucoup d'ecclésiastiques mollir autant, peut-être même plus, qu'on ne l'a fait jusqu'ici, sur les principes catholiques. Ce seroit encore alors à quelques ancres cachées que les évêqucs seroient contraints de rattacher le vaisseau de l'Eglise gallicane ; et si le ciel daignoit m'appeler à cette honorable fonction, je ne pourrois m'y préparer plus utilement, qu'en demeurant inconnu. Second motif de ma retraite (i).
« On répand enfin, comme sous le sceau de votre approbation, des doctrines affligeantes et fausses, dont l'adoption feroit regretter à l'Eglise de France ses persécutions ; parce que celles-ci ne faisoient que l'épurer, tandis qu'elle seroit, au contraire, corrompue par les autres. Troisième motif de ma retraite (2).
(i) Comme M. de Manessy (voir sa Vie par M. Lenfant, p. 3^4 et 325) ancien provicaire général de Tévêque de Toul pendant la Révolution et exclu, lui aussi, de toute charge dans le diocèse de Nancy, Tabbé Jacquemin conservait des craintes et n'augurait pas bien de l'avenir. Toutefois il nous semble, que dans cette réserve pour les jours de la tempête il y a plus de fierté froissée que de générosité dans le sacrifice. •
(2) Ce troisième motif vise probablement la circulaire que Mgr d'Osmond envoya à son clergé, en date du 14 messidor an X (3 juillet 1802). L'abbé Guillaume, Fie épiscopaïe de Mgr Osmond, p. 148-156 et Histoire du diocèse^ t. V, p. 317- 320, a raconté Pimprobation qu'elle reçut de plusieurs ec-
« Je ne parle point, Monseigneur, de ceux qui regardent ma personne, et qui ne seroient pas sans poids, si je pouvois avoir quelque vue ou quelque crainte humaines,
« Mon seul désir est donc de continuer, sans éclat, des fonctions que j^ai bornées presqu'à moi seul et je me crois autorisé à vous dire, comme je le disais il y a huit ans à M. de la Fare : Tant qu'il pourroit y avoir quelque danger temporel au parti que nous prendrons, nous ne devons vous demander ni autorisation ni consentement positif; il faut savoir nous contenter d'un silence qui ne soit point d'improbation.
« En vous y bornant pour moi, Monseigneur,
clésiastiques, qui la dénoncèrent au cardinal Caprara et au ministre des cultes. Or, Chatrian, qui est ordinairement bien renseigné, relate dans son journal du 8 novembre 1802 que Tabbé Jacqusmin <r a prouvé clairement que la Lettre pastorale de M. d'Osmond en date du 3 juillet dernier, renferme des contradictions et de fausses décisions , que cette production informe est indigne d'un Evêque de Vancien régime^ et qui s'est d'ailleurs bien montré dans notre Révolution *. Il ajoute le 5 décembre : « On m'assure qu'en présence de cette solide réfutation, Mgr d'Osmond a désavoué sa pauvre production ». Ces paroles, sauf le ton acrimonieux qui les accompagne, ne sont sans doute que l'écho, grossi dans le trajet de Nancy à Lunéville, du bruit public, qui se produisit à propos de la lettre de l'abbé Jacquemin à son évêque.
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vous seconderés, sans aucun inconvénient, les vœux d'un ministre qui soupire après le moment où Jésus-Christ anéantira totalement dans TEglise de France l'esprit d'erreur et le péril de la séduction ».
La réponse de M^ en date du 27 pluviôse an XI (16 février 1803), est aussi ferme que digne : « Sans prétendre juger vos motifs, sur lesquels le ciel seul a droit de prononcer, Monsieur ; sans tenter d'ébranler votre résolution, je me félicite pour l'Eglise qu'elle ne soit partagée par aucun autre bon ecclésiastique de ce diocèse. Heureusement, ils ont tous senti que, sans pénétrer dans l'incertitude de l'avenir, sans vouloir être plus sages que le chef de la catholicité, ils dévoient donner leurs soins, et consacrer leur vie aux fidèles qui leur étoient confié par le souverain pontife, ou par leurs évêques.
« Je ne sçais ce que vous voulez me dire par les doctrines affligeantes et fausses dont l'adoption feroit regretter à l'Eglise de France ses persécutions. Je n'ay encore refusé de réponse à aucune des questions qui m'ont été adressées par MM. les ecclésiastiques employés sous ma direction, seuls qui ayent le droit d'en réclamer une de moi. Le signe de mon approbation, c'est ma signature, ou celle
de MM. les vicaires généraux. Je la donne sans hésiter à tout ce que je crois juste, sage et convenable, comme vous avez pu vous en convaincre par ce que vous avez déjà vu.
Il n'en est pas de même de ce que f improuve. Je sçais, M', qu'il est beaucoup de choses qu'ii est bon de tolérer ; cependant, mon intentior n'est pas de pousser ce principe au-delà des juste: bornes, ce qui serait foiblesse »,
L'abbé Jacquemin répliqua le lendemain « Monseigneur, j'ai reçu la réponse dont vou: m'avés honoré hier. Je ne prétens pas établii avec vous une dissertation où les exemples, le; - autorités et les raisonnemens pourroient hier ne pas manquer à l'appui de ma cause. Mais de. que la concession de ma demande vous paroîiroi une foiblesse, je respecte votre opinion, et je doi; me borner à demeurer silencieusement dans 1;
a J'ose espérer que cette diversité de s n'altérera pas ceux que vous me témoigniiés il y trente ans ; et je serois très flatté que vousvoulus siés m'indiquer un moment où je pusse m'e convaincre et vous renouveller de vive voix U assurances du respect profond, etc. ».
L'évêque de Nancy répondit, le 30 pluviost
que tous les jours et en toute occasion il serait charmé de recevoir M. Jacquemin et de lui prouver que diversité d'opinions n'entraîne point diversité de sentiments. Il lui demandait la continuité de ceux qui lui avait manifestés jusqu'ici (i). Une polémique, menée avec tant de courtoisie, ne pouvait aboutir qu'à une entente amicale.
Quoi<ju'il en soit, Tabbé Jacqueniin persista dans son refus de toute fonction ecclésiastique. Il tarda môme plusieurs années à reprendre l'habit de son état. Chatrian écrit dans son Journal à la date du 13 août 1802 : a Les prêtres qui pensent bien trouvent fort étrange qu'il ait conservé jusqu'ici sts cheveux en queue et son habit gris-blanc, comme si le temps de la Terreur et des inconvénients n'était pas passé depuis longtemps », et le 23 novembre 1803 • ^^ Toujours en habit grisblanc et en queue : Est qui intelligat etjudicet ». Ce n'est que le 12 mars 1805 qu'il dit : « A renoncé à sa queue, à son habit gris » (2).
(i) Les originaux de ces pièces, se trouvent à la bibliothèque du grand séminaire de Saint-Dié. L*abbé jacquemin habitait alors rue de la Boucherie, dans la maison du citoyen Barbier, avoué.
(2) Pour excuser sa conduite, M. Jacquemin pouvait invoquer les articles organiques, qui ne permettaient l'usage de Thabit long aux ecclésiastiques que dans le territoire assigné
Le samedi 12 mars 1803, mourait M. MoUevaut, curé de la paroisse Saint- Vincent-Saint-Fiacre. « Ses paroissiens, inconsolables de cette perte, pressèrent son ancien ami, M. Jacquemin, de prononcer en chaire l'éloge funèbre du défunt, dans un service solennel qu'on lui fit à sa paroisse ; et cet éloge, portrait noble, touchant et fidèle, des vertus pastorales de celui qu'on pleurait, fut ensuite livré à l'impression » (i).
Malgré le peu de sympathie qu'il éprouvait pour
à leurs fonctions. N'ayant pas à remplir de fonctions cléricales, il n'avait pas, suivant la rigueur des lois françaises, le droit de porter l'habit de son état. Au séminaire de Saini- Sulpice, jusqu'en 1806, il ne fut pas imposé à tous les élèves de revêtir habituellement la soutane ; quelques-uns assistaient en laïques aux offices de la paroisse. Voir Vie de M. Efiiery, t. II, p. 120-123. Sur ces articles organiques et sur le port de l'habit ecclésiastique parles prêtres de Nancy, voir Guillaume, Vie épiscopale de Mgr Osmond, p. 275-278.
(i) Michel. Cette oraison funèbre fut lue en chaire, le 25 mars, par l'abbé Dominique Thouvenin, curé de Jezainville. Elle est intitulée : Discours ùrononcé aux services soîentnels que les paroissiens de Saint- Vincent-et-Saint-Fiacre {faubourg de Nancy) ont fait célébrer dans leur Eglise, le mercredi 2 germinal, an XI (2^ mars i8o^)^ in 40 de 27 pages, Paris, Crapelet. M. Thiriet, Uabbé Gabriel Mollevaut, p. 3-4, avait des raisons de croire que M. Jacquemin était l'auteur de la Vie de M. Mollevaut, dont le manuscrit fut malencontreusement livré aux flammes par le Sulpicien du même nom, neveu du curé des Trois-Maisons.
ji, M»"" d'Osmond rendit toujours justice à son Qcien répétiteur de philosophie, devenu son dioésain. Il eut plusieurs occasions de le faire. Le 6 juin 1803, le cardinal Caprara lui écrivait :
Vous devez avoir à Nancy un ecclésiastique ommé Jacquemin, duquel j'ai entendu parler 'une manière avantageuse. Si vous aviez l'ex- :ême complaisance de me donner quelques renîignements positifs, sur ses mœurs, sa probité, 1 capacité et son mérite, je vous en aurais mille bligations ». Aucun indice ne nous a révélé i uel propos le légat pontifical prenait ces inforlations. Elles montrent au moins que la réputaon de l'abbé Jacquemin avaitdépassé les frontières e la Lorraine. Monseigneur nota de sa propre lain dans quel sens devait être minutée la réonse :
« On ne peut douter des mœurs, de la proiié, de la capacité et du mérite de M, Jacquemin.
« Il a refusé tout emploi.
« On a supposé que c'était pour remplir le Me de vicaire-général de M. de la Fare. Je crois ï soupçon injuste.
« Il s'est conduit comme je pouvais le désirer, jrsque M. de la Fare a fait distribuer une lettre astorale en opposition avec le Concordat.
« Je ne sais quel est le fond de la pensée de M. Jacquemin à cet égard » (i).
Une loi du 23 ventôse an XII (14 mars 1804) avait décrété rétablissement des séminaires métropolitains. 11 fut question, un moment, de fixer dans l'abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson,
(i) Archives de Vévêchè de Nancy, et Guillaume, Vie épisco^ pale de Mp Osmond, p. 11 2- 113. M. Oster, vicaire-général de Metz, demande à son tour, le 4 janvier 1804, à Tévêque de Nancy, des renseignements sur M. Jacquemin. Nous ignorons dans quel dessein ; nous citerons cependant les passages de sa lettre, qui confirment certains détails précédemment exposés : « Il nous importe infiniment de savoir pourquoi il n'a pas été placé dans votre diocèse. On nous a assuré qu'il est encore en habit laïque^ et qu'il n'a pas voulu vous reconnaître comme évêque légitime. » Les Archives de Tévêché ne possèdent pas la réponse du prélat. — C'est dans le même ordre de faits, à une date qu'il nous a été impossible de préciser, que Mgr de la Tour du Pin, ancien évêque de Nancy et alors évêque de Troyes (1803 -1807), proposa à M. Jacquemin, dont il avait toujours conservé un souvenir tendre et plein d'estime, la place de principal du collège de Villeneuve-le-Roi . « Vous ne serez pas là aussi en évidence que vous méritez de l'être ; mais vous y feriez du bien et vous seriez sur le chemin d'aller plus loin. Mon cher, ce qu'on peut faire de mieux aujourd'hui après le ministère, ou mieux, avec le ministère, c'est de s'attacher à l'éducation de la jeunesse, qui est l'espérance de la France et de l'Eglise ; pensez-y bien ; vous serez responsable de vos talents et de votre expérience. Ainsi que ce soit dans votre pays, ou dans mon diocèse, il faut sacrifier vos répugnances. »
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le séminaire de la métropole, dont Nancy faisait janie (r). En prévision delà réussite de ce proet, M^' d'Osmond signala au ministre les eccléiiastiques indigènes qui pourraient en être chargés. » Au-dessus de tous (et en exceptant MM. les grands-vicaires qui doivent être réservés pour esa- Tiiner et juger), je placerai M. Jacquemin, prêtre recommandable qui a autant de ressort dans le laractère que de ressources dans l'esprit et de conlaissances en théologie. Il avait fait son cours avec listinction dans l'Université de Paris et avait été fixé ici par MM, les Evêques. Monseigneur le Chancelier, cependant, ne doit pas ignorer ce qui ;onceme cet ecclésiastique marquant. Beaucoup ie préventions se sont élevées contre lui de la part de l'Administration j parce que, pendantla Révoludon, il avait été nommé grand-vicaire de Nancy par M. de la Fare, aujourd'hui non-démissionlaire. Il ét^t impossible que, dans sa position, ion devoir ne te forçât pas à froisser quelques opinions. Lors du G)ncordat, il a paru attaché à M. de la Fare, et à ce titre, il a été signalé comme suspect au ministre, qui a conservé des impres-
(i) Mémoire de l'évêque de Mel^ et letlre de Mg> d'Osmond k ce sujet, voir Guillaume, Vie épiscopale de Mg' Osmand, 3. aj4-2î7 6(676-677.
sions fâcheuses sur son compte. Quant à moi, peu accoutumé à redouter des personnes vraiment pénétrées des principes religieux, j'ai vu M. Jacquemin, je dois à la justice de dire que j'ai eu à me louer de sa conduite, même dans des circonstances délicates. Dans un temps où les talents transcendants sont si rares, je regrette de voir les siens condamnés à l'inutilité. Il ne demandera rien : son caractère et sa position s'y opposent. Mais si j'en crois ses paroles, ses lettres même, si j'en juge d'après les probabilités, il ne refuserait rien; il serait flatté de voir que tous préjugés ont été dissipés par une main étrangère et amie de la religion. Monseigneur appréciera bien cette nuance de sentiment, et il la blâmera d'autant moins qu'elle tient à une sorte d'élévation qu'il sait apprécier » (i).
Le projet des séminaires métropolitains n'ayant pas abouti, le gouvernement n'eut pas l'occasion de rendre justice à l'abbé Jacquemin et d'utiliser ses services. De son côté, l'ancien vicaire-général de Nancy gardait ses craintes et n'avait pas encore accordé sa confiance au nouveau régime. Ce fut au début de l'année 1805 seulement, que l'ho-
(i) Guillaume, Vie épiscopale de Më^ Osmond, p. 11 5-1 16.
général les modernes » (i). L'attrait du professeur de théologie pour l'éducation chrétienne de la jeunesse apparaît ici, aussi bien que son attachement à l'ancien régime d'instruction publique. Ce projet, loué et approuvé par Monseigneur, qui insinua même à son auteur la possibilité de faire mieux encore, n'eut pas de suite, et dans le courant de cette même année, l'abbé Jacquemin acceptait d'exercer le saint ministère dans la succursale des Trois-Maisons. Ce n'était pas en qualité de vicaire, mais seulement de prêtre auxiliaire ou habitué que le futur prélat vosgien fut approuvé pour la paroisse Saint- Vincent-Saint-Fiacre (2). Le moyen de réparer ses torts à l'égard de l'abbé Jacquemin et de lui rendre justice fut fourni, en 1806, à l'administration préfectorale de la Meurthe; elle ne sut pas en profiter. Il s'agissait de remplacer l'abbé RoUin, nommé à la cure de Saint- Epvre, dans la charge importante d'aumônier du lycée de Nancy. Le proviseur, Etienne MoUevaut, en vertu de l'article 100 du règlement du 22 prairial an XI, désigna à M^d'Osmond l'abbé Jacquemin, dont les vertus, l'expérience et les talents lui étaient
(i) Lettre du 28 janvier 1805. Uabbé Jacquemin demeurait alors « près des enfans trouvés, n» 424. » (2) Thiriet, LAhbé Gabriel MoUevaut, p. 1 1 1 .
jetteront quelque ombre sur sa mémoire. Le préfet, tout en s'en remettant à l'opinion de Tévêque et en disant : « Je verrai sans inquiétude M. Jacquemin appelé à la direction spirituelle des jeunes élèves du lycée, quand vous êtes pleinement rassuré vous-même sur ses principes », voulut prendre l'avis du bureau d'administration de l'établissement. C'était pour lui un moyen de cacher son opposition à la candidature. M^^ d'Osmond n'y vit pas de difficulté ; il demanda seulement qu'on fit célérité, « afin de ne pas laisser entrevoir d'hésitation ». Le 5 août, le préfet faisait connaître le résultat de sa démarche : w Le Bureau n'a pu se défendre de la plus vive surprise en apprenant cette présentation ; il a su apprécier en même temps les motifs que vous faites valoir en faveur de M. Jacquemin ; mais en rendant hommage à l'esprit d'indulgence et de modération qui les a dictés, il n'en a pas moins pensé, à l'unanimité, que la direction d'une jeunesse aussi précieuse à l'Etat ne pouvait, sans blesser toutes les convenances, être confiée à un ecclésiastique qui non seulement n'avait encore donné aucun gage de son attachement au Gouvernement, mais à la sincérité du retour duquel la prudence ne permettrait même de croire qu'après les plus
longues épreuves ». M»*" ne voulant pas contrarier l'administration du lycée, ne nomma pas un candidat qui déplaisait et écrivit au proviseur de tourner ses vues sur un autre ecclésiastique. L'abbé Chaput fut immédiatement présenté et accepté (i).
Victime d'anciens préjugés, l'abbé Jacquemin restait toujours sans emploi. Il se livrait cependant à la prédication et à quelques actes du saint ministère. Du 12 au 21 septembre i8o6, il prêche avec le père Donzé une retraite aux Vatelottines de Nancy. Au début de 1807, î^ dessert par bienveillance la paroisse de Malzéville, dont le curé, M. le baron de Vallée, était dangereusement malade. Après sa mort, il continue le même service jusqu'à Pâques. A partir de décembre de la même année et pendant douze mois consécutifs, il accepte de prêcher, chaque troisième dimanche, pour l'Association de la bonne mort établie en l'église Saint-Nicolas de Nancy. En 1808, il y donne aussi le dernier sermon de l'octave des Morts. A la même date de l'année suivante, il monte encore dans les chaires de Saint-Fiacre et de Vézelise.
(i) Archives de Vévéchi de Nancy, et Guillaume, Vie épiscopaîe deMgf Osmond, p, 116-118 et 668.
La retraite silencieuse de Tabbé Jacquemin allait enfin cesser. Ses craintes de l'avenir étaient évanouies, et le préfet Marquis n'était plus là pour s'opposer à son emploi dans le ministère. A l'époque où fut fondée l'Université de France et les lycées réorganisés, l'ancien professeur de théologie fut chargé de l'enseignement de la philosophie au lycée de Nancy. Si nous en croyons Chatrian, dès 1808 et à la demande du proviseur, il donna quelques leçons aux élèves. Sa nomination définitive eut lieu par décret du 14 décembre 1809 C^)- Dans ce nouvel emploi, M. Jacquemin n'eut qu'à se montrer tel qu'il était pour se concilier l'estime et l'attachement de ses nombreux élèves. Tous le respectaient et le vénéraient comme un père, et ils se plaisaient à lui témoigner leur affection. En vertu du décret du 9 avril 1809, les élèves de philosophie du grand séminaire de Nancy assistaient aux classes du lycée. Ceux qui eurent
(i) Ce décret fut promulgué au Moniteur universel, le 21 décembre, et ampliation en fut communiquée à M. Jacque* min par le proviseur du lycée, exerçant les fonctions de recteur dans l'arrondissement de T Académie de Nancy, le 24 janvier 18 10. M. Blanc, Monographie du lycée de Nancy, p. 37 et SS> n*a pas connu cette première nomination, puisqu'il place l'entrée de Tabbé Jacquemin en fonctions en 18 17 seulement.
l'abbé Jacquemin pour professeur ont toujours manifesté une haute estime de son enseignement et de son caractère. Le maître avait rétabli les anciennes soutenances de thèses philosophiques, qui, autrefois, avaient lieu chaque année à la Faculté des Arts de Nancy. Elles ne servaient pas, il est vrai, à l'obtention du baccalauréat. Les meilleurs bacheliers ès-lettres défendaient publiquement, en latin ou en français, sous la présidence du professeur, dans la grande salle du lycée ou de la Faculté, quelques thèses extraites du cours enseigné durant l'année (i). Les émoluments de sa place, qui s'élevaient à 2,000 fr. au plus, donnèrent au savant maître une aisance qu'il ne connaissait pas depuis longtemps^ lui qui n'avait jamais eu aucun bien de famille, ni reçu de pension ecclésiastique et ne possédait d'autres revenus que le maigre casuel d'un prêtre habitué. Il réalisa même quelques économies qu'il prêta à un débiteur insolvable.
Peu après et par l'initiative d'Etienne MoUevaut, s'organisait à Nancy la Faculté des lettres,
(i) Le 30 août 181 1, le jeune abbé Jean-Pierre Berman, bachelier ès-lettres, prenait part à une de ces soutenances. Nous publions dans V Appendice FUI, les thèses défendues en 1813.
qui fut inaugurée le 6 décembre 1810. L'abbé Jacquemin fut nommé professeur suppléant de philosophie et secrétaire (i). Il en remplit les fonctions jusqu'à son départ pour Paris. Fendant son séjour à la capitale, le titre de professeur adjoint avec un traitement de 500 francs lui fut confirmé, le 14 février 181 5, parle grand-maître de l'Université, Fontanes. « L'Université, Monsieur, lui écrivait ce dernier, se fait un honneur de vous compter toujours parmi ses membres, et si votre nom ne se trouve pas dans l'Almanach royal, n'imputez cette omission qu'à une erreur involontaire qui ne doit en aucune manière vous causer d'inquiétudes ».
Auparavant, l'abbé Jacquemin avait fortifié par ses conseils la vocation ecclésiastique de Gabriel- Etienne MoUevaut, alors professeur de rhétorique au lycée de Metz et fils d'Etienne MoUevaut. En qualité d'ami de la famille, il amena les parents à partager les vues de leur fils et dirigea vers Saint- Sulpice l'helléniste distingué, qui devenait séminariste à quarante ans et fut bientôt un pieux Sulpicien (2).
(i) Courbe, Promenades historiques à travers les rue^ de Nancy, p. 261 tx Les rues de Nancy, t. III, p. 26.
(2) Gamon, Vie de M, MoUevaut, p. 51-52. Leur entrevue en 181 5 au séminaire de Saint-Su Ipice est racontée, p. 64-65.
ne m'a point empêché de vous porter constamment dans mon cœur, où rattachement le plus sincère pour vous se lie à toute la reconnaissance que je vous dois pour le zèle infatigable, le courage à toute épreuve, les lumières et la sagesse, que vous avez développés dans les fonctions que je vous avais confiées » (i).
Les détails que M. Jacquemin envoya à M«^ de la Fare sur la situation religieuse de son ancien diocèse, intéressèrent grandement le prélat et lui causèrent quelque chagrin et sollicitude. En l'en remerciant dans une lettre du 15 mai, Tévêque non démissionnaire demandait à son correspondant des informations sur les mesures que l'on comptait prendre pour la réorganisation de l'Eglise gallicane. L'abbé Jacquemin pourra le renseigner à son retour de Paris, où il avait dû aller comme membre de la députation, chargée de porter au pied du trône les hommages de la ville de Nancy. Ce choix, dont M«^ de la Fare était charmé, était à son jugement « une preuve de plus du bon esprit, qui a si éminemment distingué cette ville. » Il ajoutait : « Rassurez-moi promptement sur votre
(i) Ami de la religion, t. I, p. 187-189.
santé, craignant que le voyage n'ait été une épreuve trop forte pour un convalescent » (i).
M. Jacquemin partageait, sinon toutes les vues, au moins les principes de Mp de la Fare, et il nommait « doctrinale» la lettre par laquelle le prélat revendiquait les droits des évoques non démissionnaires (2). Aussi va-t-îl s'attacher pour un temps à sa fortune. Bientôt l'ancien titulaire de Nancy rentra en France, mais non dans son diocèse, n fur nommé premier aumônier de Madame, duchessse d'Angoulème, et membre d'une commission pour les affaires de l'Eglise, Il engagea l'abbé Jacquemin i venir le seconder dans son travail, en qualité de secrétaire. Celui-ci « eut peine, dit M. Michel, i se rendre à cette invitation qui aurait flatté l'ambition de plusieurs autres. Il préférait la tranquillité de son modeste emploi ; mais, ne sachant pas résister quand on lui proposait un sien ^ faire, il regarda comme un devoir d'obéir l l'appel, et il mit en œuvre tous ses moyens et :oute son expérience, pour répondre dignement à a confiance dont on l'avait honoré. » Ses fonctions urent nécessairement interrompues pendant les
(i) Cfr Guillaume, Histoire du diocèse dt Toul, t. ^ (2) Lettre de M. de la Fare à M. Jacquemlo, du 9 juin.
Cent-jours. Après le retour de Louis XVIII, il suivit encore les destinées de M^^** de la Fare, qui fut adjoint à M. le grand-aumônier pour les affaires ecclésiastiques. Dans ces deux circonstances, M. Jacquemin fit preuve d'un grand désintéressement, puisqu'il resta au poste qui lui était assigné, bien qu'on n'ait pas réussi à s'entendre pour lui fixer un traitement (i). L'ordonnance qui avait augmenté les attributions du grand-aumônier devant être bientôt révoquée^ il n'eut plus d'occupation à Paris. Le 3 octobre 1815, la commission de l'instruction publique, présidée par Royer-Collard, arrêtait que « M. l'abbé Jacquemin reprendra ses fonctions de professeur de philosophie au Collège royal de Nancy, en remplacement de M. Gironde, chargé de renseignement de la rhétorique dans le même collège. » En communiquant à l'intéressé ampliation de cet arrêté, le recteur de l'Académie de Nancy, de Lassaulx, lui écrivait, le 1 6 octobre suivant : « Je félicite l'Académie de la rentrée d'un professeur aussi distingué dans son sein, et je me félicite particulièrement des rapports que ces fonctions me procureront avec vous. » Le 21 du même mois était fixé comme le jour, au-
(i) Ami de la religion, t. 72e, p. 358.
el le professeur devait prêter par-devant le con- 1 académique, le serment prescrit par le Règle- ;nt.
Ne recourant plus comme auparavant à l'hosalitè étrangère, il se mit en ménage (i). « Il tneurait rue de la Vénerie, dans une petite mai- 1 près de la place de Grève, à gauche, en allant cette place à la place Dombasle. Il comptait rmi ses élèves ceux qui furent depuis l'avocat juville, le peintre Ziégler, le ministre Schneir, l'ingénieur Poirel et le vice-président du Trinal, Gillet, numismate. Ses élèves avaient pris abitude de le reconduire après ctiaque classe, qu'à sa demeure » (2).
Enfin, le 8 novembre 1816, M^^ de la Fare nnait sa démission d'évcque de Nancy. Dans le arant de 1817, il fut nomméau siège archiépis- )al de Sens, récemment érigé en métropole.
1) u M. Jacquoi et M"* Joséphine soni venus demeurer c moi. Ils avoient un ménage bien fourni, qu'ils ont é ave; le mien, ils avoient surtout de très beau linge it on s'est constamment servi jusqu'à ce jour. M. Jacquot oit sa pension ; et M'i' Joséphine, sans aucun intérêt, oit tout â elle seule dans le ménage. » Noie laissée par éque de Saint-Dié d son légataire universel.
2) Courbe, Promtnadts historiques à travers lis rues ât «y, p. 163.
Connaissant les mérites de M. Jacquemin et pleii d'estime pour sa personne, il voulut l'atdrer au près de lui, le mettre à la tète de son chapitre e lui confier l'administration de son archidiocèse avec le dessein avoué de le prendre pour coadju' leur. Il lui importait d'autant plus d'avoir pour ce effet un homme de confiance, qu'il ne devait pa résider. L'humble professeur de philosophie dé dina cet honneur pour le rejeter sur un de se: élèves, M. Michel, supérieur du grand séminairi de Nancy. Le prélat, agréant la substitution, char gea l'abbé Jacquemin lui-même o de conquérii M. Michel », et le pria d'insister après un premiei refus. Celui-ci déploya tout son zèle à faire la con quête de son ami. « Il faut que vous soyez li sien, » disait le vieux professeur au supérieur di séminaire; et il ajoutait, dans ce style aimabli qu'il maniait si bien : « Laissons de côté ce qui des hommes comme vous et moi disent en pareilles circonstances, et autorisez-moi, je vous er conjure, à lui (M*' de la Fare) marquer par h poste de dimanche ou de lundi, une dispositioi de votre part, au consentement de la substitution Je suis un homme déjà usé, et à la veille d'êtn un homme fini. Qjiels avantages ne seront pas le: suites de mon plan ! C'est alors que M^' de la Fan
pourra dire qu'il a trouvé en moi un véritable ami. J'aurai dans mon obscurité une bien douce jouissance, et devant le Seigneur, le mérite d'une action qui me consolera, quand la pensée de mes œuvres personnelles viendra m'efFrayer. Je vous demande votre acquiescement. Monsieur, en vue de l'amitié dont vous m'avez toujours honoré et que j'ai, en vérité, le droit de réclamer, pour le respectueux attachement avec lequel je n'ai cessé d'être votre très humble serviteur. » Deux jours après, le 6 septembre 1817, M. Michel répondait par un refus, que de nouvelles instances ne purent vaincre (i). Il n'est pas nécessaire de louer ce généreux combat de modestie de deux prêtres, également dignes de la mître qu'ils refusaient.
M. Jacquemin continua ses fonctions de professeur de philosophie au lycée jusqu'en 1823 (2). A cette dernière époque, peu avant son élévation au siège de Saint-Dié, il reçut la décoration de la Lé-
(i) Voinier, Vie de M. Michel, p. 289-290.
(2) Si nous en croyons Michel, juge de paix à Vézelise, Biographie historique^ 1829, p. 262, Tabbé Jacquemin aurait eu l'intention de publier un Traité de philosophie, qui n'était autre, sans doute, que le cours qu'il avait professé au lycée.
gion d'honneur et fut nommé officier de l'instruction publique (i).
(i) En l8ai, il avait assisté i la mort et à l'enterrement de son ami, l'abbé Thiéry, curé de Maxéville, et signé comme lémoin les actes, municipal et paroissial, du décès. Au mois d'avril 1822, il avait prononcé l'oraiscn funèbre de M. Conieaui, neveu de M. MoUevaut et curé de BouxièresauK-Chènes.
APITRE CINaUIÈME
r DE MK' JACaUEMIN (l82î-l832)
«. — Entrée dans la ville épiscopale. — Ac- 'ancien palais épiscopal. — Etablissemeni du lire de Saint-Dié. — Solliciiude pour le petit Senaide. — Acquisition de Châtel. — Admidiocèse. — Démission de tif Jacquemin. — Nancy. — Sa mort et ses funérailles. — Son
e première fois en 1776 et 1777, par ;ment du vaste diocèse de Toul, le «nt-Dië ne fut pas réubli i la suite t de 1801. Une nouvelle circonscriplance ecclésiastique le reconstitua en ait comprendre tout le département X rester sous la juridiction de l'évêque asqu'à la prise de possession du pree. M. de Montblanc fut nommé i , mais des difficultés politiques arrèlination. Désignés plus tard, les abbés et Lallart de Lebucquière refusèrent;
sécration épiscopale, qu'il avait refusée dans un âge moins avancé.
Le nouvel élu dut choisir des armes. En voici le texte héraldique : « De gueules à la statue de saint Jacques le Mineur d'argent, soutenue d'une Champagne du même chargée des initiales S. J. Min. de sable. Pas de devise » (i). Ce modeste blason convenait à l'humilité de l'abbé Jacquemin ; il manifestait en même temps les dispositions du nouveau pontife et les caractères de son gouvernement éclairé, ferme et doux tout ensemble. Le saint patron de l'élu serait le modèle de Tévêque. Ne fallait-il pas le zèle d'un apôtre pour fonder une Eglise ? Ses initiales, était-ce dessein voulu ou rencontre fortuite ? reproduisaient le nom du pontife.
Sa réputation l'avait devancé dans son diocèse. La science théologique du professeur, la fidélité du prêtre à la saine doctrine et à son devoir dans les temps de persécution, l'habileté de l'administrateur à une époque difficile et troublée, la fermeté de caractère, qui ne se dément pas à l'heure où les services rendus sont méconnus et des ta-
(i) Alcide Georgel, Armoriai historique et généalogique de Lorraine, p. 697.
lents incontestés sont réduits à l'inutilité par les mesquines rancunes du pouvoir temporel, la bonté du cœur et raménité du prélat dans les relations, tous ces mérites et toutes ces qualités étaient connus avant la nomination de Tabbé Jacquemin au siège épiscopal de Saint-Dié. Aussi son élection fut accueillie avec joie par tous les catholiques vosgiens, qui se préparèrent à recevoir triomphalement leur nouveau pontife.
Les Bulles d'institution avaient été expédiées le 17 décembre 1823 et enregistrées au Conseil d'Etat au début de 1824. Aussitôt, l'évêque nommé de Saint-Dié se prépara à la consécration par une retraite qu'il fit au séminaire des missions étrangères avec un autre prélat élu. Cependant, le 6 janvier, eut lieu l'imposante* cérémonie du départ de quatre missionnaires ; le pieux retraitant vint baiser leurs pieds et se recommander à leurs prières (i). Sa nomination était promulguée officiellement, le 14 janvier, et quatre jours après, le nouveau prélat recevait la consécration épiscopale dans l'église Saint-Séverin des mains de l'archevêque de Paris. Les assistants étaient l'archevêque d'Arles et l'évêque de Soissons. Le vendredi
(i) Ami de la religion, t. 38, p. 29401 309.
23, eut lieu la prestation du serment de fidélité, à Toccasion de laquelle le roi eut pour Tévêque quelques paroles flatteuses. Le surlendemain, M?"^ Jacquemin assistait dans la chapelle des Carmes au sacre des évêques de Langres et d'Iméria (i). Sa lettre pastorale pour son avènement à Vépiscopat partait, le 26 janvier, de la capitale pour le diocèse de Saint-Dié. Il jouissait de la liberté de la religion « dans une retraite profonde, où je comptois finir mes jours, dit-il, lorsque le ministre, interprète des intentions de notre religieux monarque, m'a adressé cette touchante invitation : Songe^ que dans la situation actuelle de V Eglise^ son avenir repose sur une généreuse soumission des ecclésiastiques appelés à Vépiscopat ». La frayeur que lui cause le fardeau pastoral est tempérée par ce qu'il sait des dispositions de ses diocésains. Depuis longtemps il connaît son troupeau et son troupeau le connaît ; il lui donne les conseils d'un père et d'un ami. Il lui recommande l'unité de sentiments dans la foi et l'observation exacte des règles de
(i) Ibid., p. 344 et 360.
l'abstinence ; il prend aussi quelques décisions administratives (i).
(i) Cette première pastorale du prélat vosgien, qui ne respire qu'humilité, piété et zèle, a été critiquée avec passion par Tabbé Guillaume, Histoire du diocèse de Touî, t. V, p. 382-384. Le début : « La divine Providence avoit inspiré à deux hommes de sainte mémoire, le roi Louis XVI et le souverain Pontife Pie VI, la résolution d'établir un siège épiscopal dans les Vosges », a été accusé de sentir le gallicanisme et de contenir une erreur historique. Le système gallican se manifesterait dans le fait de placer « l'Etat avant l'Eglise, le pape après le roi, dans l'ordre spirituel. » Mais si, historiquement, comme l'a démontré le critique lui-même dans son Mémoire sur le Démembrement du diocèse de Touî y auquel il renvoie, la fondation de l'évêché de Saint-Dié est « une œuvre politique », le prélat, en la rappelant, devait mentionner Louis XVI avant Pie VI, l'instigateur avant celui qui fit l'érection définitive. Mg"" Jacquemin n'énonce pas une proposition théologique, il fait un exposé historique très sommaire, mais non inexact. La période suivante, et une autre phrase du mandement dans lesquelles Mgr Jacquemin parle de M. Chaumont de la Galaizière comme de son prédécesseur y comme du premier et seul évêque catholique qui soit monté sur le siège de Saint-Dié avant lui, sont aux yeux de M. Guillaume un nouvel affront de Mg^ Jacquemin, fait à un prélat qui aurait pu perdre son insulteur et qui mit tousses soins à le sauver et à le produire en l'exaltant. L'évêque de Saint-Dié a donc manqué de reconnaissance envers Mgr d'Osmond son bienfaiteur. « Si pénible qu'elle soit à remplir, conclut l'historien toulois, l'inflexibiHté de l'histoire nous fait une obligation de signaler cet étrange oubli ». Reconnaissons que Mg^ Jacquemin eut mieux fait de parler plus explicitement des liens étroits qui avaient rattaché son nouveau diocèse à celui de Nancy et même d'adresser, à l'exemple de Mgr d'Arbou, évêque de Verdun, un
Le corps municipal de Saint-Dié ayant reçu avis que le nouvel évêque arriverait dans sa ville épiscopale le 22 février, régla dans sa séance du 29 janvier tout le cérémonial de la réception solennelle du premier pasteur. La veille, à midi et le soir, et le jour même dès l'aube, la fête fut annoncée par deux coups de canon et le son de toutes les cloches. A sept heures du matin, une députation escortée d'une garde d'honneur à cheval se porta jusqu'aux limites du territoire de la ville à la rencontre du prélat, qui avait couché à Raon -l'Etape. Debout au milieu de la route, sous une pluie battante, un député souhaita la bienvenue à Monseigneur. Cependant s'organisait en ville un magni-
mot d'éloge à M. d'Osmond qui venait de mourir. Mais franchement il n'avait pas envers Tévêque de Nancy des obligations si particulières de reconnaissance qu'il dut payer publiquement sa dette, sous peine d'être accusé d'ingratitude par V inflexible histoire. D'ailleurs, s'il n a comme rayé de ses diptyques diocésains » Mgr d'Osmond, il n'a pas oublié « l'Eglise de Toul, cette vénérable Eglise, par laquelle nous remontons aux siècles apostoliques » et dont il adopte le bréviaire (lettre pastorale du 26 janvier 1824), ni l'Eglise de Nancy, puisqu'il s'unit à Mg"" de Forbin-Janson, en 1824, pour demander à Léon XII de joindre le titre de Toul à celui de Nancy. La requête de Tévêque de Saint-Dié est mentionnée dans le bref pontifical du 20 février, qui accordait la faveur demandée.
fîque cortège, formé de toute la population, des fonctionnaires publics et d'un nombreux clergé. Il se rendit de la cathédrale, en passant par THôtelde- Ville, à la paroisse Saint-Martin pour y attendre l'arrivée de l'évèque. A neuf heures, le prélat descendait de voiture, accueilli par une décharge de cinq coups de canon et le son de toutes les cloches. Nous ne reproduirons pas les compliments, successivement adressés à Sa Grandeur par le maire, les jeunes filles de la ville et le curé de la cathédrale, ni les réponses gracieuses du prélat. Nous ne décrirons ni l'arc de triomphe dressé sur le pont de la Meurthe, ni les décorations qui ornaient les maisons sur tout le parcours de la procession. M«' Jacquemin, dont la bonté et la modestie frappèrent la foule, exigea malgré l'intempérie de l'atmosphère, que le dais fut laissé à l'église du faubourg, et se rendit à pied et tête découverte à sa cathédrale. Parvenu au bas-chœur, il prit, en répondant au discours du curé, des engagements solennels qui devaient être la règle de son administration :
« Oui, je m'engage, dit-il, aux pieds de ces Saints Autels, à consacrer au service du Diocèse les restes de ma vie. Je m'engage à conserver la pureté de la foi dans les Fidèles et dans les Pas-
leurs, fallut-il pour cela m'exposer à mécontenter ceux qui Taltètent ».
« Je m'engage à ne rien faire sans le conseil de sages coopéra teurs ».
« Je m'engage à ne condamner personne sans l'entendre, à moins qu'une publicité incontestable ne dispense d'attendre les aveux de l'accusé » .
« Je m'engage à expliquer les actes de mon Gouvernement à ceux qui ont un véritable intérêt de les connaître » .
« Je m'engage enfin à ne faire jamais usage de l'autorité que le Ciel met entre mes mains, avant d'avoir épuisé les ressources de la charité, dont je puis dire qu'il a mis les germes précieux dans mon cœur ».
La Messe solennelle d'actions de grâces, durant laquelle un grand nombre d'amateurs exécutèrent des morceaux de musique, s'acheva par le chant du Te Deum, Elle fut suivie des réceptions des autorités publiques. Dans ses réponses aux discours qui lui furent adressés, l'évêque trahit encore son humilité et son zèle pour la religion. La fête accomplie avec ordre et dans la joie, se termina par une illumination générale (i).
{i) Entrée de Monseigneur Vévéque à Saint-Diéy i6 pages.
abbesse, en rendant sa maison à sa première destination, craignait de se trouver sans asile convenable. Elle céda à M»'' Jacquemin, l'ancien évêché, quand elle eut acquis le prieuré de Flavigny-sur- Moselle, où sa sainte communauté a résidé jusqu'aujourd'hui.
Le plus touchant objet de la sollicitude du nouvel évêque fut l'établissement d'un grand séminaire, qui serait la pépinière de son clergé. Confiant dans la générosité des prêtres et des fidèles, il entreprit son érection à une époque où il ne pouvait compter sur le concours pécuniaire de l'Etat. Aussi, en annonçant sa première visite pastorale, sollicite-t-il les secours de la charité de ses diocésains, pour « cette école précieuse de la science et de la vertu » qu'on nomme le séminaire et ordonne-t-il une quête dans toutes les paroisses (i). Dans l'espoir que la charité répondrait à son attente et aux besoins pressants du diocèse, il chercha un local. « L'emplacement cru d'abord convenable^ étoit jugé insuffisant, il ne restoit qu'un seul établissement qui y fût propre ; et le ciel, sans doute, nous inspira, dit le prélat à ses curés (2), le hardi
(i) Lettre pastorale du 24 mai 1824.
(2) Lettre circulaire du 25 août 1825.
^ein d'en faire l'acquisition n. C'était une isie propriété, sainement située au sud-ouest de lint-Dié et appelée Richard-ville. « Six semaines ■ffirent au changement d'une habitation particuire en une demeure de communauté, et à l'aclisition de ce qui était indispensable pour y cevoir 70 personnes avec les supérieurs, qui y ent le 16 novembre, leur entrée solennellement ligieuse (i). » De grands secours étaient nécessais. L'évêque avait espéré retirer quelques ressours du diocèse de Nancy, en retour des dons faits écédemment par les Vosgiens à leuranciensémilire ; il ne reçut rien de ce côté. Mais les prêtres les fidèles se montrèrent généreux « envers les lers élèves du Sacerdoce. » Ils firent des dons msidérables et des prêts sans intérêts ou à des nditions avantageuses. Le prélat, en les en reerciant, faisait valoir comme récompenee le bon- ;ur d'avoir concouru au recrutement des sémîiristes. a Que ne pouvez-vous les voir, disait-il, unis dans une maison qui, nous pouvons le dire, t leurs délices, par la douceur des maîtres, par solidité des études, par les charmes de la société, r la candeur des délassemens qu'embélit la pu-
reté de la conscience » (i). Lui-mênrie ne se laissa pas vaincre en générosité et s'il a eu la modestie de taire ses dons, nous devons les faire connaître à son honneur. Pour l'acquisition de Richard-ville, dont le prix s'éleva à 45,000 francs, il donna un fonds de 12,000 francs, qui lui provenait de l'héritage de M. de Saint-Pée (2).
Le gouvernement ayant repris le marché et le roi ayant autorisé le préfet des Vosges à faire, au nom de l'Etat, l'acquisition de Richard-ville, les ressources, destinées au payement de ce domaine, furent employées à des augmentations et à des améliorations indispensables. « Déjà de nouvelles salles d'exercice, des dortoirs plus étendus, un mobilier plus considérable, vont suffire, écrivait l'évêque à ses curés, le 25 août 1825, à recevoir au-delà de cent séminaristes, théologiens et philosophes, nécessaires pour les besoins du diocèse.
(i) Lettre pastorale du 31 janvier 1825.
(2) Jean-François-Joseph de Saint-Pée d'Anion mourut le 16 juillet 1812, à l'âge de 42 ans, encore diacre et économe du grand séminaire de Nancy. Voir Thiriet, M. VAbhé de MaîartiCy p. 21, note i. Il avait institué l'abbé Jacquerain, son légataire universel. Celui-ci, avant son élévation au siège épiscopal de Saint-Dié, employait le revenu de ces 12,000 francs totalement en bonnes œuvres. (Note laissée à M. Mougeot.)
^ construction d'une chapelle et celle d'une bi iliothèque, termineront les ouvrages actuellement ndispensables; et bientôt on pourra voir de plus irès le terme des besoins énormes sous lesquels lous étions accablés. » Les 12,000 francs de l'évê- [ue, devenus disponibles, concoururent à la bâtisse l'une chapelle spacieuse et commode. Dans sa ettre pastorale du 19 février 1827, le prélat en innonçait ainsi l'achèvement : « Il manquoit un )ratoire à notre séminaire, nous venons avec le lecours de plusieurs de nos vénérables collaboraeurs et d'autres personnes charitables, d'çn élever m qui répond à la majesté du Dieu qu'on y idore ; et où vos enfants, dignes élèves du sanc- :uaire, demandent la grâce d'acquitter un jour par eurs travaux, ce qu'ils vous auraient dû pourleur éducation ecclésiastique. » C'est ainsi que M^' Jacjuemin dota son diocèse d'une maison qui n'a pas cessé d'être le berceau du clergé vosgien et jne école de science et de vertu,
A l'arrivée de M^"" Jacquemin, le diocèse de 3aint-Dîé n'était pas dépourvu de petit séminaire. Un respectable pasteur, M. Pierre Ayotte, curé de Senaide, avait sacrifié son repos et sa fortune i l'établissement d'une maison, où se donnait la première éducation ecclésiastique. Commencée en
uelques enfants de sa paroisse, son : grandit peu à peu et par ordonlu 6 mars 1822 fut reconnue comme stique secondaire du département des prit dès lors un nouveau développe- 823 elle vit deux cents élèves dans is Senaide, situé à une extrémité du Je la ville épiscopale, était d'un accès position géographique de l'établisselit peu avantageux à la plupan des jistes. Aussi M«' Jacquemin, au come son épiscopat, conçut, dans l'inté- ; son diocèse, le projet de rapprocher le petit séminaire.
n sacre, il fit déjà entrevoir ses vues naide, en lui écrivant :
« Nancy, 20 octobre 1823.
isieur le curé,
urîez douter de l'intérêt que m'insalissement; mais, comment ceux qui
e, ne vous ont-ils pas attiré avec lui, lieu plus central et plus important?
t tout votre zèle pour soutenir cette 3US la dirigerez. Monsieur, longtemps ma mort; cependant, lorsque le Sei-
lui-même avait autrefois défendue dans ses embarras avec l'Université. Aussi dans sa lettre pastorale du 24 mai, sans faire allusion i son projet, il se borna à louer le zèle du supérieur et à indiquer sa disposition à lui venir en aide. Pendant les vacances de 1824, M. Ayotte rendit visite au pontife et lui parla cœur à cœur. Le prélat accueillit le bon prêtre avec une grande bienveillance et conçut pour sa personne et ses vertus une plus profonde vénération. Dès lors, il ajourna son dessein et laissa à Senaide le petit séminaire diocésain (i).
Cependant, le prélat dut régulariser l'administra tion de son diocèse. Il choisit pour ses vicairesgénéraux et pour les membres de son chapitre, les plus respectables ecclésiastiques du pays. C'étaient presque tous des confesseurs de la foi, que le nouveau pontife tira de l'obscurité des campagnes (2).
(i) Guinot, Notice historique sur la vie de M, Pierre Ayotte^ p. 173-181.
(2) Les deux premiers vicaires-généraux de Mg^ Jacquemin furent deux simples succursalbtes, amis et voisins de cure. M. Nicolas Lopin, né à Jainvillotte, le 31 octobre 1760, ordonné prêtre à Toul, le 21 mai 1785, fut d^abord vicaire, puis en juin 1787, curé de sa paroisse natale. 11 prêta le serment de la Constitution civile du clergé, se rétracta en temps utile, émigra et rentra dans sa cure. Ses paroissiens, qui l'estimaient et l'aimaient, le redemandèrent.
régla les attributions de chacun de ses graiidscaires, pour lesquels il se réservait d'être toujours
point d'union. L'un d'eux, M. Mougeot vantait us tard à M. Matsuque, les témoignages debien- JîUance et de bonté de t'évêque, témoignages qui i rendaient la vie agréable, au milieu des diffi-
i'époque du Concordat, les provicaires de l'Evéque de jul, déclarent que M. Lopin ■ a de l'esprii, est honnête
insinuant ». Mk' d'Osmond le maintint à Jainvillotte, }Ci il ne sortit que pour aller à Saint-Dlé, en 1)^24. II îurut au commencement de février 1827. Sur M. Nicolas augeot, voir dans h Semaine religieuse de Saint-Dif, 1880,