‹ Mgr Jacquemin, évêque de Saint-Dié, 1750-1832Chapitre 7 sur 15 · le jugement de M. Georgel et dans VEspèrance · texte numérisé non relu

le jugement de M. Georgel et dans VEspèrance

22 juillet 1841, une notice nécrologique. Les provicaires

Toul le disent « éclairé, d'un caractère doux, honnête, ïvenani. » Etant curé de Porapierre, il avait le bonheur, ■e alors, de posséder une école de filles, dirigée par une sur de la Doctrine chrétienne. La maîtresse accepta au mbre de ses pensionnaires, deux enfants d'une respectable

pieuse famille d'Attignéville, Marguerite et Elisabeth lierry. Leurs parents avaient maintes fois caché des prâs pendant la Révolution. L'aînée reçut du ciel la vocation igieuse; elle voulait devenir Sœur d'école; sa mère préait pour elle la vie cloîtrée. Qjjand M. Mougeot devint vire général, il n'oublia pas l'enfunt dont il avait été le conent, et trouvant établie à Saini-Dié, la pieuse commuuté bénédictine de Mi" de Lamarche. il la fit connaître L irguerite. Elle y entra, partit bientôt avec ses compagnes ~lavigny-sur-Moselle. Après 25 ans de vie religieuse, elle

nommée d'abord supérieure, puis abbesse de la Cominauté qu'elle dirigea pendant 2} autres années. Sa sœur liée fut la grand'mère de l'auteur de ces lignes. Qu'on

pardonne la mention de ce souvenir de famille I

cultes journalières de l'aiiministration, et pour exci ter le curé de Cliannes à accepter les fonctions de vicaire-général, que Sa Grandeur lui offrait après la mort de M. Lopin, it écrivait : « Les rapports avec notre vénérable Prélat sont si consolants, sont si pleins de charmes, que vous vous réjouirez de votre détermination » (i).

Dès la première année de son épiscopat, M^ Jacquemin établit dans chaque doyenné une commission dite épiscopale. Elle devait servir d'intermédiaire entre l'évèché et toutes les paroisses du canton et faciliter les rapports de l'autorité centrale avec tous les prêtres. L'évèque prenait son avis pour la nomination aux places et la décision des affaires locales. Elle se composait d'un présidente! de deux autres membres. Le doyen avait ordinairement les honneurs de la présidence. Toutefois, par une honorable exception, le curé de Senaide mt nommé président du comité cantonal de Lamarche. Cette sage institution mit l'administration du pontife à l'abri de bien des écueils et des méprises. Il eut d'ailleurs dans toutes ses entreprises un succès étonnant, v La bonté de son cœur, qui

(i) Lettres de M. Mougeotd M. Matsuque, des 5 et 15 février 1827.

relevait la sainteté de son caractère et le respect •'ù à son âge, [' affabilité de ses manières qui adouissait la sévérité de ses principes, la tendresse 'affection qui unissait les entrailles du père à autorité du pontife, lui concilièrent tous les esifits, mirent fin à bien des embarras du temps, des hoses et des personnes. Zélé pour conserver inact le dépôt de la doctrine et !e préserver de outes ies nouveautés, il paissait le troupeau qui ui était commis, non en dominant sur l'héritage lu Seigneur, mais en se rendant le modèle des ■asteurs secondaires et des ouailles. Occupé dans e silence de ses devoirs apostoliques, aimant la 'ie cachée, ce bon et vénérable évêque faisait le >ien sans bruit, évîunt tout éclat, content de 'amour de son clergé et de ses fidèles diocéainsn (i).

Les premières visites pastorales du prélat furent lour les arrondissements de Saiiit-Dièet de Rem iemont, aux populations desquels le sacrement de :onfirmation n'avait pas été conféré depuis longemps. Dès ce début si fécond de son pontificat, rfs' Jacquemin régla la situation des prêtres qui

- I5Î — n'étaient pas employés dans le saint ministère (i), et détermina les pouvoirs des confesseurs, en dressant la liste des cas réservés, h A peine avoîs-je passé quelques mois au milieu de vous, écrit-il dans son mandement du Carême de 1825, que le Seigneur m'a visité par une indisposition assez longue, pour me faire craindre d'être réduit à vous quitter, en me rendant impossible l'accomplissement de plusieurs fonctions essentielles de mes devoirs. Cette pensée m'étoit d'autant plus pénible, que des témoignages continuels de votre

(1} " Nous ne pouvions ignorer non plus, que dans de: temps malheureux, un irop grand nombre de prèires avaient succombé i la séduction ou à la terreur; et que le défaut de démarches assez expresses et de déclarations assez précises de leur part, nourrissait la défiance entre les membres de notre clergé. Nous avons donc résolu de rassurer les anciens confesseurs de la foi, les nouveaux pasteurs qui marchent sur leurs Traces, et les fidèles catholiques, en demandant une explication franche i tous les prêtres qui voudraient être comptés dans notre Communion. Le plus heureux succès a couronné cette mesure que le respect pour la foi, et un sincère esprit de charité nous avaient inspirée. Partagez, N. T. C. F., la satisfaction dont nous jouissons nousmêmes, en voyant que le très grand nombre dp nos coopéraieurs paroissaient n'attendre que notre invitation, pour donner une garantie formelle de leur adhésion à la vraie doctrine ; et dé\i nous avons tout lieu de croire que nous ne serons obligés d'en venir contre personne i la pénible exécution des mesures de rigueur. ■> Lellre pastorale du 24 mai 1S24.

affection montroient que vous en étiez affligés vous-mêmes. » Fidèle aux engagements qu'il avait pris spontanément et solennellement au jour de son intronisation, le pontife rendit compte à ses curés de son administration et leur fit part du bien que la divine Providence avait daigné opérer par ses mains dans le diocèse. Après avoir parlé du séminaire, le cœur paternel de Tévêque s'épanche et redit les joies et le contentement que lui ont fait éprouver dans les visites pastorales, l'empressement des fidèles, la confiance des prêtres et l'état satisfaisant des paroisses.

A son arrivée dans le diocèse de Saint-Dié, M^"" Jacquemin avait été frappé « de l'oubli où était tombée l'antique et sainte loi de l'abstinence. » Un des objets de sa sollicitude pastorale fut de ramener ses diocésains c< à l'accomplissement de ce précepte de pénitence. » Les vrais chrétiens s'y soumirent, mais les ennemis de la religion excitèrent par leurs paroles et leurs écrits, les fidèles à braver ce qu'on leur donnait pour des lois de Dieu et de l'Eglise, et à ne pas accorder les secours de la charité à un évêque « qui refuse, dit-il lui-même, de les acheter par une indulgence qui serait sans motif et sans excuse. » En dépit de ces vaines clameurs, le pasteur maintint

la loi apostolique de l'abstinence. « Vous ne \ erriez en moi, dit-il, qu'un infracteur coupable, si je prétendois par un seul acte de ma volonté, effacer un Commandement de l'Eglise, et dispenser trois cent mille de ses enfants d'un devoir qu'elle impose à tous, et dont notre coupable indulgence ne les délivreroit pas. » Toutefois, s'il juge ne pouvoir sans faiblesse donner une dispense générale, il laisse à la prudence des curés d'accorder dans les cas particuliers, les permissions qu'ils estimeront nécessaires (i). Sa circulaire aux curés pour le Carême de 1826 roule tout entière sur ce sujet et expose pleinement la pensée de ce strict observateur des lois ecclésiastiques. La cherté des grains et la qualité inférieure des aliments maigres le portèrent, après informations prises, à apporter un adoucissement général à la rigueur du Carême de 1828. La longueur de l'hiver et le mauvais état des récoltes en 1829 et en 1830, firent continuer le tempérament adopté les années précédentes. Ainsi, ce sage dispensateur des mystères de Dieu n'imposait pas des fardeaux trop lourds et savait comprendre les motifs d'exemption d'une loi, dont il avait l'observation si fortement à cœur.

(i) Lettres pastorales des 24 mai 1824 et 31 janvier 182$.

Le jubilé de 182e donna au pieux prélat 'de grandes consolations. En annonçant cette grâce, il exhortait tous ses diocésains, fervents et indifférents, i l'employer au salut de leurs âmes et réglait les exercices à accomplir pour gagner l'indulgence. Dans sa lettre pastorale pour la clôture du jubilé, il décrit avec émotion les belles processions, dont la ville épiscopale et le diocèse ont été le théâtre, et rappelle avec reconnaissance le bien qui s'est opéré dans ces jours de salut.

Son grand âge lui faisait toujours envisager de près la mort qui ne pouvait tarder de le frapper. Dès 1827, il régla ses dispositions testamentaires et chargea M. Mougeot, son vicaire-général^ d'exécuter ses dernières volontés. Sans fortune personnelle, il avait toujours été pauvre, ses modiques ressources avaient été dépensées dans l'établissement de ses séminaires. Il n'a donc rien à laisser à sa famille. Il fait observer à son vicaire-général que ni par justice, ni par reconnaissance, il nedoit absolument rien à son frère, François Jacquemin, à ses enfants et petits-enfants, dont il n'a jamais reçu aucun argent ni aucun avantage appréciable en argent. Aussi atteste-t-il que si, ce qu'il ne croit pas, ils formaient quelque prétention sur ce qu'il pourrait- délaisser à sa mort, ils n'y auraient

aucun fondement, et que ce serait de leur part in justice et même ingratitude, lui seul leur ayan fait quelques avantages (i).

La quatrième année de son épiScopat étant révolue, l'humble prélat dans son mandement pou: le Carême de 1828, fait un retour sur le passé Les actes principaux de son administration formen « la matière d'un examen aussi intéressant pou vous, dit-il à tous les (idcles, que pour nous mêmes. » Sa pensée se reporte surtout sur se. chers coopér^ceurs, et il se demande s'il a asse: vénéré et consolé les ministres aussi prudents qm saints et zélés, dont la conduite est l'honneur di îa religion. A côté d'eux, il s'en rencontre d'au très, animés de bonnes intentions, mais d'un zêli trop ardent ou déplacé; l'évêque s'interroge Ion guemenr à leur sujet : Leur a-t-U donné les conseil et la direction, capables de leur faire éviter le excès d'une ardeur plus impétueuse qu'écLiirée A-t-il consulté des personnes dignes de confianc et apporté les ménagements nécessaires à l'exa men des reproches auxquels sont exposés ce hommes estimables? Après avoir adressé X so:

clergé les éloges qu'il méritait, l'évêque se toum

(i)Note laissée à M. Mougeot, le 20 avril 1827.

vers les fidèles et leur rappelle leurs principales obligations. C'est toujours le cœur chaud et vibrant d'un apôtre qui bat dans la poitrine du vénérable vieillard (i).

L'insuffisance et l'éloignement du petit séminaire de Senaide continuaient à préoccuper vivement révêque de Saint-Dié. Il savait encourager et récompenser les efforts persévérants de M. Ayotte^ qu'il nomma chanoine honoraire, en 1826. Il usa dans cette circonstance d'une grande délicatesse. Il avait occasion d'écrire au vénérable supérieur; la lettre ne disait mot du canonicat, mais l'adresse, rédigée de la main de l'évèque, ajoutait au nom de M. Ayotte, le titre de (v chanoine honoraire de Saint-Diez. » Le clergé diocésain apprit seulement cette nomination au commencement de l'année suivante, quand il lut le nom de curé de Senaide dans la liste des membres du chapitre (2). M^^" Jacquemin consolait le bon supérieur dans ses épreuves. Au commencement de 1827, deux morts presque inopinées jetèrent l'épouvante dans la petite communauté, qui se

(i) Le même soin pour la sanctification du clergé se retrouve dans l'invitation à la retraite sacerdotale, qui eut lieu du 16 au 23 septembre 1828.

(2) Guinot, Notice, etc., p. 184.

dispersa par la fuite, ne laissant dans les salles désertes que les élèves les plus intrépides ou lei plus éloignés. L'évèque comprit l'influence de L peur sur les enfants, et il écrivait : k Nous ne dé sespérons point plus tard, de la fermeté et mèmi de la valeur sacerdotale, dans un bon nombre d vos petits fuyards. » Il annonçait pour l'été s visite à Senaide. Il tint sa promesse au mois d juin. Ce fut grande fête pour la paroisse et 1 séminaire. La visite se prolongea plusieurs jours durant lesquels l'évèque édifia les }eunes élève par sa tendre piété, et gagna leur amour et leu confiance, par son aimable et paternelle bonté (l) En 1828, on crut un instant l'existence de petits séminaires menacée: le lé juin, paruren des ordonnances qui excluaient de l'enseignemen public les corporations religieuses et limitaient un nombre déterminé pour chaque diocèse, le vocations naissantes du sanctuaire. « Voilà ui vrai désagrément, écrivait alors M^' Jacquemin M. Ayotte, pour le diocèse et pour nous; la rus employée relativement à la constitution civile di clergé est encore employée ici; c'est par la disci

(1) Ibid., p. 189-193.

iline qu'on attaque » (i). La menace fut écartée. ,es évêques adressèrent au roi de respectueuses emontninces, « et l'autorisation de rouvrir les letus séminaires, qui a suivi la déclaration de nos entimeiits, toujours les mêmes, dit le prélat (2), oit être regardée comme un bienfait capable dé amener la confiance, » M«' Jacquemin jugea la irconstance favorable pour développer son petit éminaire. Ne pouvant agrandir Senaide, tl le ■artagea. Les classes élémentaires de latinité resirent au premier siège, les classes supérieures 'humanités furent transportées à Chàtel-sur-Moïlle. L"évêque fit l'acquisition dans cette bourade, de deux couvents, qu'il réunit, avec le dessin d'élever une chap-lle. Pour recueillir les soniles nécessaires à l'achat et i l'aménagement de 2tte nouvelle maison, on lui proposa de solliciter es secours auprès de ses curés. Il s'y refusa, ne oulant rien demander à des prêtres réduits pour I plupart au strict nécessaire, et s'en remit à la

(1) Ibîd., p. 205-204, M" Jacquemin, par esprit de con- ;scendani:e et de conciliation, avait exéiruti cependant l'orjnnance du 21 avril, relative à la nominaiion d'un comité ; surveillance des écoles ecclésiastiques.

(2) Lettre pastorale à\i 26 novembre i8ï8. L'ouverture du ■niinairc de Chàtel avait C'té autorisL-e par ordomunce lyak du 16 novembre.

Providence. Mais le clergé vosgîen, généreux da sa pauvreté, offrit sans aucune sollicitition u: somme considérable, produit des offrandes les pi dégagées de toute influence. L'évoque, regarda comme dû à la charité le bien que la religion 1 procurait, y concourut lui-même pour une lar part.

Par une lettre du lé novembre, Mp Jacquem fît connaître ses projets à M. Ayotte. « Senaide Chàtel, disait-il, partageront longtemps l'avanta de préparer les plants de la vigne du Seignei Ne désirant, vous et moi. Monsieur, que le bi du diocèse, il y aura toujours entre nous cei différence, c'est que votre opération oflre aux pt sonnes instruites de vos ressources quelque chc lie miraculeux, undis que la mienne est pureme humaine... Vous pensez bien, Monsieur le sup rieur, que j'ai été obligé de diviser, et je m'y si prêté avec moins de répugnance, parce que j'ai dans cette opération un soulagement pour vous Une lettre pastorale du 26 du même mois, annc çait au clergé et aux fidèles l'ouverture du pe séminaire de Châtel. Cette maison jouit de to les avantages que la nature avait refusés à celle Senaide. Environnée d'ombrages et de jardi spacieux, baignée par les flots de la Moselle, plat

- lèses: que chacun se renferme dans l'exercice de se: droits et de ses devoirs ; sans seconder les vue; d'hommes turbulents qui voudraient soustraire le; vices à la censure religieuse, en la confondant avei la satyre coupable des personnes. Nous aimons i nous persuader que ceux qui en très petit nombre qu'il ne nous a pas été donné de voir, dans le visites faites jusqu'ici, en apprenant avec quelle ou verture de cœur nous recevions leurs collègues auront quelque regret de n'avoir pas donné plu de marques de confiance à leur évêque, et de; gages plus assurés que leur administration ser conforme aux principes religieux. »

L'attachement du pontife il la maison régnante attachement qui l'avait autrefois éloigné de celu qu'il appelle maintenant l'homme ennemi, se ma nifeste vif et sincère dans ses mandements su la mort de Louis XVIII, sur l'avènement di Charles X, pour l'anniversaire de la mort de Louï XVI et de Marie-Antoinette. Le respect et l'amou n'empêchent pas l'èvêque d'adresser au roi d justes réclamations. Il remplit son devoir en dépi d'une secte, qui « accuse les Evèques d'orgueil s'ils déposent au pied du trône leurs respectueuse remontrances », et qui « voudroit les flétrir de taches de la révolte, s'ils demandent ù l'autorii

ilicatîons et desadoucissemens » (i).

nimée par le soin de Charles X à eux des évêqucs et à autoriser la petits séminaires, est à son comble ment où le Pavillon français se dé- :onquérir Alger. Aussi detnande-tcéleste, non-seulement pour cette le succès sera un bienfait pour la inanité, mais encore pour une vîcîlus précieuse et plus chère, pour 'era de gagner au roi un certain içais égarés et éloignés d'un prince foué. Ces sentiments sont encore formulés dans la lettreau clergé du tlativeni^nt à la Proclamation du Rot.

rès-Chers Coopérateurs, ne pouvoit précieux i la fin de notre carrière le d'avoir à vous transmettre l'exiiimens de notre bon Soi, oui, de t personne ne prendra ceci pour un rie, mais pour le plus pur langage n présence de l'opposition faite aux e Charles X, la conviction la plus ' Jacquemin est que la seule ancre

qui puisse soutenir contre la tempête et sauver du naufrage, c'est la sagesse du Roi. « C'est un pied dans la tombe que je vous adresse ces paroles, M. T. C. C. Si elles excitent le courroux de quelques hommes ; si on cherche à les envenimer ou à les démentir ; si elles ne produisent pas l'effet que nous espérons, ah ! du moins, que l'on accueille la prière que nous faisons de les conserver, afin que bientôt on puisse reconnoître, si elles contiennent la vérité, ou si elles sont mensongères ». Un mois plus tard, Charles X descendait du trône et était remplacé par un prince de sa famille, disposé à pactiser avec l'impiété. Si la confiance du vénérable prélat en Charles X nous paraît outrée, il faut avouer que le prince détrôné la méritait plus que Louis-Philippe et que dans ce sens les paroles de M*' Jacquemin étaient vraies.

Comme le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde et que ses ministres sont étrangers aux mouvements politiques et, en quelque sorte, immobiles au milieu des changements de gouvernement permis par la Providence, les vicaires généraux de Saint-Dié, en l'absence de l'évèque, recommandèrent, la révolution accomplie, aux ecclésiastiques soumis à leur juridiction de ne rien dire ni rien fiiire, en public ou en particulier, qu'on puisse

egarder comme dirigé contre !e nouvel ordre de hoses. A son tour, l'évèque sur le point de quitter es fonctions, rappelle ces prudentes règles de onduite. Avec l'autorité et le calme de son niinîsire, il indique comme un impérieux devoir de arder sur les objets politiques un silence absolu ans les instructions et la plus sévère réserve dans )us les discours. Il conclut : « Laissez donc au ;mps à dissiper les nuages : et vous qui avez vu os premières épreuves, souvenez-vous de celui u'il a fallu pour nous rendre la confiance », Ce it le testament politique, que M*' Jacquemin issa à son clergé dans l'état de souffrance et d'in- Liiétude où l'exposait son ministère (r).

Dès les premiers mois de l'année 1830, le prélat )ngeait à déposer le fardeau pastoral, afin de s'ociper uniquement dans la retraite des pensées éterelles. Des signes avant-coureurs l'avertirent que . fin approchait. Il lui survint des infirmités qui lui :èrent la possibilité de remplir les fonctions ac- /es et laborieuses de sa place (2). La crainte que ;tte omission ne nuisit à son diocèse, lui fit

(1) Circulaire du 2$ novembre 1830.

(2) Il L'âge et les infirmités m'ont averti que ma reiraiie )it dans les desseins de la Providence; et j'obéis », écrivait

prélat, le 30 mai i8;o, â M. Maisuque, curé de Charmes.

prendre la résolution de céder son poste à un autre qui opérerait le bien qu'il ne pouvait plus faire. Le dignç prélat eut voulu donner à son Eglise celui qui nous apprend ces détails ; il fit auprès de M. Michel, devenu curé de la cathédrale de Nancy et son ami, les plus vives instances. Une partie du clergé vosgien, partageant les vues de son vieil évèque, joignit sqs sollicitations aux siennes. Mais l'humble curé, qui avait déjà refusé la coadjutorerie deSens, ne put se déterminer à accepter le siège de Saint-Dié (i). Le 9 mai, la démission de M^*" Jacquemin était enfin acceptée, après quelques refus, et le roi lui donnait pour successeur M^*" Dupont, évêque de Samosate et ancien coadjuteur du cardinal de la Fare. Dès la fin de juin, l'évêque démissionnaire, comptant sur la venue prochaine de son successeur, avait quitté la ville épiscopale, sans cesser d'administrer le diocèse, et s'était retiré à Nancy, sa ville natale. Le 5 juillet, la translation de M^"" Dupont avait été promulguée en Consistoire. Mais les difficultés, que le nouveau gouvernement lui fit sur sa qualité de Français, retardèrent sa prise de possession.

(i) Voinier, Vie de M. Michel, p. 315, et Marcel, Notice sur M. Michel dans V Univers du 5 novembre 1842.

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et Mp"" Jacquemin conserva plusieurs mois encore l'administration de Saint-Dié. Lui-même avait été nommé, le i" juillet, par Charles X, chanoineévèque du chapitre de Saint-Denis. Louis-Philippe refusa d'abord de ratifier cette nomination. « Ce titre égaré pendant plus d'un an s'est enfin retrouvé », écrivait ironiquement le prélat à M. Ayotte (i).

M^*" Jacquemin emporta dans sa retraite des regrets universels (2). Fidèle aux engagements de sa première lettre pastorale, il avait mis son bonheur à servir ses diocésains; son grand âge lui faisant prévoir la mort, il s'était hâté, il avait voulu travailler avec ses prêtres et son peuple à la réputation spirituelle du diocèse. « Toute justice lui sera rendue ; et son siège inspirera aux pasteurs qui y seront appelés, autant de confiance qu'il a pu occasionner de crainte à ceux qu'on lui destinoit avant nous ». Il a pleinement réussi. M^*" Dupont, en lui succédant, ne se dissimulait pas la grandeur de sa tâche. « Nous sommes tenté de désespérer du succès, disait-il dans sa lettre de prise de possession, quand nous considérons l'obligation où nous

(i) Guinot, op. cit., p. 221.

(2) Ceux de M. Ayotte sont rappelés par Tabbé Guinot, p. 210-211.

sommes, de faire revivre au milieu de vous, pai notre conduite, le Pasteur vénérable que les infir mités, compagnes de l'âge avancé, forcent i s'éloigner de son troupeau. Il vous a accoutumé: à ne voir dans la personne de votre Evéque, qu( la sagesse jointe à l'expérience, la science à 1; piété, une sollicitude toujours empressée à la dou ceur et à la longanimité d'un père pour une familit chérie, en un mot, l'heureuse alliance de toute: les qualités qui concilient le respect et l'amour, e font du pasteur le fidèle représentant de Jésus Christ parmi les hommes. Qu'il est difficile dt remplacer un prélat aussi accompli, aussi digne d* vos regrets ! et toutefois, quel sujet d'encouragement ne trouverions-nous pas h lui succéder, si h vue de tous les avantages réunis dans sa personnf ne nous faisoit plus vivement encore sentir notre propre foiblesse I Qjiel bonheur pour nous d'en^ trer dans un champ déjà cultivé par des main; aussi habiles, fécondé par ses vertus et ses bonne: œuvres, et de recueillir le fruit de sa soUiciiud» et de ses travaux ! Mais de grands exemples son de grandes leçons : heureux qui peut espérer de le: suivre avec fidélité ! ».

L'évêque démissionnaire vécut à Nancy dan:

une retraite profonde. Il n'oubliait pas son ancier

diocèse. « Son cœur aimait à retourner au milieu des brebis que sa houlette pastorale avait guidées dans les sentiers de la foi ; ses aumônes venaient réveiller dans le sein des pauvres un souvenir bien cher ». Le ro janvier 1832, il envoyait au supérieur de Senaide quatre cents francs, prélevés sur son traitement de chanoîne-évêque (i). Il se préparait dans la solitude i son éternité. « La satisfaction de nous être encore de quelque utilité, ajoute M. Michel, le pona néanmoins à se perdre quelquefois de vue, et à sortir de sa retraite, pour subvenir, aussi efficacement qu'il le pouvait, aux besoins de notre position ecclésiastique, en suppléant l'absence de notre évêque pour les ordinations n.

Sur la fin du Carême de 1832, le bon et pieux vieillard tomba dans un étatde faiblesse, a dont on attribue la cause à l'observation; trop sévère pour son âge, de l'abstinence et du jeûne quadragésimal. Rien ne pouvant arrêter les progrès de cène défaillance, on en redouta les suites funestes ; le malade lui-même, ne se dissimulant pas le danger de son état, reçut, le 8 juin, les sacreniens de de l'Eglise, avec une édifiante résignation jusqu'au

moment où il rendit son âme à Dieu, après l'avoir servi sur la terre pendant 82 ans ». Le 15 juin à midi, il cessa d'être de ce monde, emportant l'estime et les regrets de tous ceux qui avaientl'avantage de le connaître. La nouvelle de sa mort fut un sujet de deuil général, surtout pour les ecclésiastiques de la Lorraine (i).

Le 17 juin, M. le curé de la cathédrale qui nous a conservé les détails des derniers instants de son ami, expédiait aux curés des environs de Nancy, la lettre suivante : « Le Seigneur vient de rappeler à lui M^*" l'ancien évêque de S*-Diez, dans le moment où il se disposait à continuer au diocèse de Nancy les services que réclame notre malheureuse position. Ce lugubre événement nous met dans le cas de remplir un pénible mais religieux devoir en rendant au vénérable défunt un témoignage public de nos regrets et de notre respectueux attachement. Nous devons à sa dignité, à ses vertus, à la juste et haute considération dont il jouit, de donner par notre présence et le concours de nos prières, à la cérémonie de sa sépulture, non une pompe extérieure et mondaine qu'il a

(i) Le prélat mourut dans une maison, entourée d'un jardin et ayant une issue sur la rue et une autre sur la place Saint-Jean, n^ 2 ; il habitait au premier étage.

toujours dédaignée, mais un appareil imposant et conforme aux sentimens qui l'ont animé toute sa vie. Nous le devons à nous-mêmes, qui pouvons nous glorifier de l'avoir eu, les uns pour maître, les autres pour ami, tous pour modèle ; nous le devons à nos confrères éloignés, que la distance empêche d'apporter leur quote-part dans l'acquittement d'une dette si touchante pour leur cœur ; enfin à tout le clergé de la Lorraine qui perd en lui son plus beau lustre, et à tout notre paj's qui se voit privé d'un compatriote digne de son estime et de sa vénération. Il est inutile d'insister sur tous CQS motifs ; vous les sentez mieux. Monsieur, que je ne puis les exprimer : en sorte qu'après ce court avertissement, votre propre cœur m'est un sûr garant, que vous viendrez, s'il vous est possible, vous joindre à nous pour la cérémonie qui se fera Lundi prochain, à dix heures précises du matin dans l'égUse cathédrale. Vous voyez assurément les raisons qui ont fait préférer cette église à la paroisse Saint-Sébastien, dans lé territoire de laquelle le Pontife est décédé : c'est que cet enterrement, étant plutôt un acte du clergé en général que d'une Paroisse en particulier, appartenoit plus convenablement à la cathédrale. Cette dernière, d'ailleurs, par son étendue, laisse au

catafalque et aux ecclésiastiques assistans un emplacementque n'auroit point offert l'autre paroisse. Les parens et ayant cause du défunt, ainsi que les vicaires généraux de S* Diez ont senti toute la force de ces raisons et ont manifesté formellement leur intention pour Téglise cathédrale » (i).

Les prêtres de Nancy et des environs répondirent au désir de M. Michel. Plus de cent cinquante avec le Chapitre épiscopal se trouvèrent réunis pour la cérémonie de la sépulture qui eut lieu, le jour fixé, au milieu d'une grande foule de fidèles. Des amis affligés et beaucoup d'anciens élèves du collège de Nancy entouraient « la dépouille mortelle du bon abbé Jacquemin (car à Nancy, c'est de ce nom que l'appeloit encore notre amour) » (2). L'évêque de Saint-Dié s'était em-

(i) L'exemplaire adressé à M. Ferry, ancien supérieur du grand séminaire de Nancy et alors curé de Saint-Nicolas- de- Port, nous a été conservé. A la circulaire, copiée par une main étrangère, M. Michel a ajouté : a Vous êtes prié de communiquer cet avis à MM. vos Confrères voisins plus éloignés ».

(2) Courrier lorrain du 18 juin 1832. Boiselle, le directeur de ce journal, ajoute les motifs particuliers de la rédaction à ressentir vivement la perte de Mg»" Jacquemin. « Peu frappé d'abord de l'avantage d<.s travaux du Courrier Lorrain^ il en avait bientôt mieux connu le véritable esprit, et mieux apprécié l'importance. Il venait, depuis peu de temps, de nous

pressé de venir, avec une députation de son clergé, présider les obsèques de son prédécesseur. L'inhumation avait d'abord été fixée au cimetière de Nancy ; mais le séminaire de Saint-Dié voulut être le gardien du tombeau de son fondateur. « Après le service solennel, les dépouilles mortelles de notre respectable compatriote furent déposées momentanément dans un lieu convenable de la cathédrale, et furent transportées le surlendemain au séminaire de Saint-Diez, qui était son œuvre de prédilection, et auquel il continuait de prendre le plus vif intérêt. Ce qui nous reste de lui, conclut M, Michel, ce n'esi donc plus que le souvenir de ses vertus ; mais c'est un précieux et touchant dépôt que nos cœurs conserveront toujours »,

Le 22 juin. M*' Dupont, évèque de Saint-Dié, ordonnait des prières pour le repos de l'âme de son prédécesseur. Lui-même célébra dans sa cathédrale, le lendemain, jour de la translation des restes mortels du défunt, un service solennel, précédé des Vigiles. Le même service devait avoir lieu, le premier jour libre, dans toutes les églises et au grand séminaire ; une messe basse devait être

accorder, à cet égard, des marques de bienveillance formelle, qui, si la mort ne i'eût point enlevé, n'eussent pas été les dernières ».

célébrée dans les oratoires et chapelles. Le mandement, qui réglait ces cérémonies contenait un bel éloge du défunt. « Nous n'entreprendrons pas ici de le louer, dans la crainte de demeurer au-dessous d'un tel sujet. Nous ne vous répéterons pas tout ce que nous avons eu lieu d'admirer en lui, et tout ce que nous aurions voulu reproduire dans notre conduite. Nous ne vous parlerons ni de ses connaissances étendues, ni de sa haute sagesse, ni de sa rare piété, ni de son éloquence persuasive, ni de son indulgente bonté, ni de cette précieuse réunion de tant de qualités qui lui avaient gagné toutes les affections. Monseigneur Jacquemin vit tout entier dans votre pensée, tel que vous l'avez constamment connu. Son nom est dans toutes les bouches, son éloge dans tous les cœurs. Qui de nous ne l'a pas déjà placé parmi ces hommes riches en vertu, qui semblent n'avoir d'autre passion que celle du bien, dont les vues toujours pacifiques ne tendent qu'à rétablir la concorde par des voies conciliatrices, et qui jouissent, à ce titre, parmi leurs concitoyens, de la plus douce des célébrités, et laissent, en mourant, leur mémoire éternisée par la reconnaissance, et perpétuée au milieu des bénédictions universelles ! . . . . Vous n'ignorez pas tout ce qu'il a fait dans ce

Diocèse, N. T. C. F. ; c'est lui qui a préparé les ouvriers que réclamait la vigne du Seigneur, et consolé la viduité de tant de Paroisses, en leur envoyant des Pasteurs formés par ses soins. C'est lui qui a, pour ainsi dire, créé tout le bien que nous avons eu le bonheur de voir en vous à notre arrivée, et qui nous a légué, en se retirant, une grande tâche, celle de marcher sur de si belles traces, et d'achever ce qui n'avait pu être qu'ébauché dans l'espace de six années ».

Après que les derniers devoirs de la religion lui eurent été rendus, le corps de M*^ Jacquemin fut inhumé dans la chapelle du grand séminaire de Saint-Dié qu'il avait fondé, auprès de l'autel de la Sainte-Vierge. Sur sa tombe, on a gravé l'inscrip tion suivante :

Hic jacet

In spem beaUE Resurrectionis Corpus R. R. in X'- Patris D. D, Jacobi Alexii Jacquemin,

Episcopi S" Deodati.

Veritatis catholicie doctor egregius

Ac invictus confesser, Felicem tali pastore gregem suum Exemplis, doctrina pavit, Mansuetudine fovit.

Sui semper oblitus, aliis pater, Omnibusque omnia factus.

Dilectus Deo et hominibus, Cujus bénéficie ntiam vlx credibiletn

Sat eloquuntur Quœ creavit donisque cumulavit setninaria, Oculis, non cordibus sublatus est Die XV" Junii MDCCCXXXIl

Annos natus LXXXII. (i)

(i) Ici repose dans res|H>ir de la bienheureu se résurrect le corps du révérendissime père en J.-C, Ms'' Jacqu Alexis Jacquemin, évËque de Saint-Dîé. Docteur éminent confesseur invincible de la vérité catbolique, il nou: d'exemples et de doctrine son troupeau heureux de possé un tel pasteur, le soigna avec douceur, s'oubliani toujo lui-même, vrai père pour les autres et se faisant tout à to Chéri de Dieu et des hommes, dont la bienfaisance A pe croyable est pra>:lamèe assez haut par les séminaires qi créa et combla de dons, il a été ravi à nos yeux, non à i coeurs, le 2; juin iS;z, à l'âge de 82 ans.

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