‹ Mgr. Joseph-Octave Plessis [microforme]Chapitre 13 sur 44 · D: UN · texte numérisé non relu

D: UN

la cour ne se prévalüt de cette demande, pour imposer à l’église du Canada des conditions inacceptables.

‘ J'appréhende avec raison” écrivait Mgr. Plessis en 1806, ‘‘ que le gouverneur ne prenne de là occasion de se faire autoriser à nommer aux cures, système que les règies de notre religion ne sauraient admettre...

Or, que deviendraient la discipline d’un diocèse et de quel poids y serait l'autorité de l’évêque, s’il était une fois recounu que ce n’est plus lui, mais ja puissance séculière qui dispose des places ecclésiastiques ?

Voyez combien il est essentiel d'aller à la source du mal, et de prévenir un état de choses qui plongerait la religion catholique de ce pays, dans une dépendance dont elle ne pourrait jamais se relever. On offre à l'évèque un état et des revenus : he omnia tibi dabo si cadens adoraveris me :

secret serait d'obtenir que l’évêque catholique de Québec füt reconnu et autorisé, à des conditions compatibles avec les principes de la religion qu’il professe; car, si lon veut faire sortir cette religion de ses principes, on en fait un monstre, et la protection qu'’ou a l'air de lui donner n’est plus qu’une chimère. J’attends de votre zèle pour l’église de Jésus-Christ que, s’il a été projeté quelque chose à cet égard...

vous travaillerez à en détourner l'effet.” *

* Lettre à M. Bourret, prêtre, agent de l'évêque de Québec à Londres, 4 juillet, 1806—M. Bourret était un des amis de Sir R. Milnes,

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Malgré la bienveillance de M. Dunn, l'évèque sentait que sa position était fort embarrassée, car le gouvernement de la province devait bientôt passer dans d’autres mains. Sir Robert Milnes reviendrait-il ?

s’il ne revenait pas, quel serait son successeur ? pouvait-on attendre un gouverneur plus favorable à la cause des catholiques ?

voilà les questions que monseigneur Plessis adressait avec inquitétude à son agent de Londres.

En 1807, il avouait à un ami que toutes les ressources humaines lui faisaient défaut, dans la lutte qu’il avait à soutenir pour la défense de son église. En appeler aux capitulations et aux traités ne lui semblait guères avantageux. ‘ La capitulation de Montréal” écrivait-il, “ donne beaucoup de prise à un gouvernement qui serait malintentionné, puisqu'elle nous met à la discrétion du roi, comme vous pouvez le voir.”

‘* Si nos pères, un peu plus avisés, eussent demandé que le clergé présentât, lorsque l'évêché serait vacant, deux ou trois sujets entre lesquels Sa Majesté en pût choisir un pour être évêque, je suis persuadé que la chose aurait été admise sans difficulté.

‘ Mais croire que le roi de France a des grâces d'état pour le choix des évêques, demander que ce soit lui qui nomme à l’évèché d’un pays qui n’est plus sous sa domination, voilà une absurdité bien capable de faire rejeter ce troisième article de la capitulation, comme cela est arrivé.”

Il est bien vrai que le traité de paix de 1763 accordait le libre exercice de la religion, autant qu'il était compatible avec les lois de la Grande-Bretagne ; mais c'était à une époque où ces lois étaient fort sévères contre les catholiques... L'acte du parlement de 1774, en soumettant l’église catholique de ce pays à la suprématie royale, semblait l’anéantir ipso facto. ‘ Après tout cela,” ajoutait le prélat, ‘‘ faut-il s'étonner que la malveillance se prévale de tant d'avantages pour établir le règne de l’hérésie sur les ruines du catholicisme. Il faut plutôt admirer la marche de la providence qui en dépit des efforts du démon. à conservé jusqu'ici la religion catholique en Canada sur un pied vraiment respectable et digne de faire envie à l’église de France.”

L'évêque de Québec était le seul membre du clergé catholique qui connût exactement les desseins du parti opposé; maisil n’osait les exposer au public dans la crainte de causer plus de mal que de bien; il se trouvait donc seul à faire face aux adversaires de son église.

Pour demander l’appui de la masse des catholiques, il aurait fallu leur dévoiler des projets qu'ils ignoraient, des menées sourdes propres à soulever l’indignation genérale ; il aurait fallu sue la quelques grands personnages, sur le compte desquels il était diflicile de s'expliquer librement.

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Dans la chambre d’assemblée on trouvait des catholiques, doués d'énergie et de hardiesse, amis de leur pays, jaloux de maintenir leurs droits civiques, attachés à la religion et prêts à la défendre si elle était attaquée dans l'enceinte parlementaire, mais ils ne songeaient point à aller la soutenir au pied du trône, où elle était alors assaillie.

Parmi les hommes instruits sur lesquels.

Mgr. Plessis comptait davantage, non pour la crise actuelle, mais pour l'avenir, était M. Denis-Benjamin Viger, qui montrait de la fermeté et une religion solide. Malheureusement il ne Jouissait pas encore auprès de ses compatriotes, de la confiance qu’il méritait. Ge ne fut en effet que deux ou trois ans après, c’est-à-dire en 1809, qu’il fut député à chambre basse, et commença la longue carrière parlementaire, durant laquelle il a rendu d'importants services à sa patrie.

La divine providence, qui veillait sur la petite église du Canada, disposa les choses pour le mieux, et lui trouva des défenseurs

armi ceux-mêmes qui étaient opposés à la liberté des catholiques : salutem ex ininucis nostris et de manu omnium qui oderunt nos.

L'évèque anglican, qui était encore en Angleterre, avait souvent visité les bureaux du gouvernement. Pendant le cours de 1808, il eut de fréquentes conférences avec les ministres, au sujet de l’église établie,

qu’il désirait voir aussi favorisée au Canada qu’elle l'était dans la mère-patrie.

Néanmoins toutes les démarches du docteur Mountain restèrent infructueuses, comme on peut en juger par un mémoire de lord Castlereagh, dont voici un passage.*

te L'Acte du Canada assure aux catholiques du Canada le libre exercice de leur religion, et à leur clergé le droit de recevoir les dimes payées par ceux qui appartiennent à cette croyance, sauf la suprématie de S. M., telle qu’établie par l'acte de Suprématie. La suprématie du roi, suivant cet acte, se borne à empêcher les étrangers d’exercer aucune jurisdiction spirituelle dans les possessions de la couronne. Or l’évêque de Québec n’est pas un étranger; il est le chef d’une religion, qui peut être pratiquée librement, sur la foi du parlement impérial ; il peut réclamer et recevoir des catholiques les dimes et droits ordinaires, et exercer à leur égard les pouvoirs dont il a toujours joui. Ce serait donc une entreprise fort délicate, que d'intervenir dans les affaires de la religion catholique à Québec, ou de forcer l’évêque titulaire à abandonner ses titres et à agir, non comme évêque, mais seulement comme surintendant...”

On est étonné qu’un homme qui s’était

* Lord Castlereagh était alors ministre de la guerre, Pendant qu à était secrétaire de lord Camden, vice-roi d'Irlande, ilse montra extrêmement sévère envers ses compatriotes irlandais à la suite des soulèvements de 1798,

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montré si peu favorable aux demandes du , | clergé catholique de l'Irlande, ait cru devoir agir si libéralement envers le clergé

catholiqu’ du Canadx; il est à présumer qu’en considérant combien le Canada est rapproché des Etats-Unis, Castlereagh, alors ministre de la guerre, n'aurait pas voulu se créer des embarras dans cette province, pendant qu'à Washington se formait un orage, qui menaçait de fondre sur l’Angleterre et ses possessions américaines.* En effet, le peuple des Etats-Unis était animé d'un ardent désir d'en venir aux mains avec l'Angleterre ; il était persuadé qu’une déclaration de guerre serait le signal d’un soulèvement parmi les Canadiens, qu’il croyait prêts à se joindre aux troupes de l'Union. Telle n'était pas l'opinion du gouvernement de la Grande-Bretagne, qui avait foi pour le moment dans la loyauté des Canadiens.

Lord Castlereagh était trop habile homme, pour ne pas comprendre qu'il était inutile et dangereux de soutenir les prétentions des ämis de la suprématie, au risque de froisser lies sentiments religieux d’une population : loyale, disposée à verser son sang pour Qi défendre son pays et ses institutions. Mgr.

k Plessis ne paraît pas avoir alors connu que le noble lord posait des limites assez restreintes à la suprématie royale, car s’il

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# Manuscrits de feu Robert Christie, écuyer. a

en eût été informé, il n'aurait pas été si inquiet touchant les démarches de M.

Ryland et de ses amis.

Arrivée de Sir James Craig—Mesures arbitraires—Saisie des presses du Canadien—Emprisonnements—Proclamation —-Soupçons contre la loyauté de l'évêque.

Le dix-huit octobre, 1807, débarquait à Québec le nouveau gouverneur général, Sir James Henry Craig. Le vaisseau qu’il montait n'avait pas encore jeté l’ancre, que déjà M. Ryland était à bord et recevait l'assurance de conserver la charge de secrétaire civil Ces deux hommes s'étaient compris au premier abord, et, quelques jours après, M. Ryland déclarait que Sir James était précisément le personnage dont le pays avait besoin.

Né à Gibraltar de parents écossais, James Henry Craig était entré au service de l'Angleterre en 1763, à l’âge de quinze ans, et dans plusieurs occasions ïl s'était distingué par son courage. Durant la guerre de la révolution américaine, il avait servi au Canada, et était présent à la malheureuse affaire de Saratoga. Depuis plusieurs années il souffrait d’une hydropisie, qui avait fait de grands progrès lorsqu'il arriva au Canada, et le tint renfermé dans ses

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appartements pendant plusieurs jours après qu’il eût mis pied à terre.

Dans les premières entrevues qu’il eut avec l’évêque de Québec, Craig se montra fort doux et fort honnête; de plus, comme M. de Bouvens, qui l'avait vu plusieurs fois à Londres, donnait à espérer qu’il serait favorable à la cause catholique, on crut d’abord que son gouvernement vaudrait au moins élit de Sir Robert Milnes ; la suite prouva qu’on s'était trompé.

Voici le portrait que trace M. Christie de cet homme dont l’administration a laissé de si tristes souvenirs dans notre pays :

‘* Sa physionomie était agréable, son port imposant, son maintien mâle et plein de dignité. Sociable, poli et affable, il était néanmoins absolu dans ses opinions et tranchant dans ses mesures. Quoique d’un caractère irritable.. 1l se reconciliait facilement avec ceux qui avaient encouru son mécontentement. Hospitalier et magnifique dans son train de vie, il se montrait libéral dans ses dons aux institutions publiques et aux œuvres de charité ; et nous devons ajouter qu’il était l’ami des pauvres et des nécessiteux, dont aucun n'a jamais été renvoyé sans avoir reçu de lui quelque secours.”

Abandonné à lui-même et dirigé par ses propres lumières, le général Craig aurait pu être un bon gouverneur. Malheureusement, étant étranger au pays et au peuple,

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il dut s'adresser pour recevoir des renseignements et des avis, aux hommes qui composaient son conseil ou dont les devoirs officiels les mettaient en rapport avec lui.

Or ces fonctionnaires publics n'avaient aucune communauté d'intérêts avec la masse des habitants, dont ils différaient par la religion, par la langue et par l’origine. Parce qu’ils étaient nommés par la cour, ils prétendaient ne dépendre que des ministres et exerçaient un pouvoir arbitraire sur le peuple qui les engraissait de sa substance. Leur pouvoir était devenu si formidable, qu'un gouverneur, en arrivant dans la province, devait ou se remettre entre leurs mains, ou être écrasé par leur opposition et rappelé en Angleterre.

Ils s'emparèrent facilement de l'esprit du général Craig, gagnèrent sa confiance, lui inspirèrent leurs idées et leurs préjugés, et l’isolèrent complètement de ceux qui auraient pu lui faire connaître la vérité.

Sans s’en douter, cet homme si fier devint un docile instrument, que ses conseillers maniaient selon leur volonté.

Sous leur directién, il s’accoutuma à ne voir que des démagogues et des révolutionnaires parmi les représentants du peuple. Aussi dans ses discours publics leur adressait-il la parole avec une hauteur qui n’était propre qu'à les aigrir. La dissolution de la chambre d’assemblée en 1809 et 1810 acheva d’exaspérer les esprits contre son gouvernement.

Le Canadien, journal fondé pour soutenir les intérêts du peuple, attaquait avec force les abus de l'administration ; quelquefois néanmoins il dépassait les bornes de la modération et de la prudence, et publiait des articles qui pouvaient être mal intertds par les ennemis du peuple canadien.

’un autre côté, les amis du général Craig parlaient mystérieusement de troubles, de

conspirations secrètes, de projets de révolte.

Ces bruits n'avaient point de fondements réels, et étaient repoussés comme faux par les chefs du parti canadien, mais ils servaient les vues de la bureaucratie, qui était bien aise d'engager le gouverneur à faire quelque coup d'éclat avant les élections.

Les menées des conseillers réussirent ; le dix-sept mars, 1810, des soldats conduits par un magistrat et deux connétables reçurent ordre de s'emparer du bureau et des ateliers du Canadien ; les presses et tous les papiers qu’on put découvrir furent saisis et transportés dans les voûtes du palais de justice ; l’imprimeur de ce journal et trois membres de la dernière chambre d’assemblée furent emprisonnés ; on doubla les gardes, et des patrouilles parcoururent la ville dans toutes les directions. Un si grand déploiement de précautions et de forces n'aboutit à rien, car on ne découvrit

aucun fait sur lequel on pût baser une accusation contre les prisonniers.

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Cependant le général Craig croyait marcher sur un volcan; l’idée de la présence du danger avait réveillé so . humeur hautaine etexcité son impétuosité naturelle.

Le vingt août, il lança une proclamation, dans laquelle il énumérait longuement et condamnait les prétendus projets de rébellion, qu'il croyait apercevoir dans toutes les parties de la province ; il conseillait au peuple de se défier des faux rapports répandus contre le gouvernement ; il exhortait les magistrats et les ecclésiastiques à éclairer le peuple et à lui inculquer des principes de loyauté envers le roi et d’obéissance aux lois du pays.

C'était avec une inquiétude que l’évêque de Québec avait suivi le progrès de la lutte. D'un côté il craignait de voir l'autorité méprisée ; de l’autre, il était loin d’approuver toutes les mesures du conseii exécutif, et il se défiait des intentions de plusieurs des membres de ce corps. La frayeur qu’on affectait d’éprouver lui paraissait causée par de fausses informations; elle pouvait même, pensait-il, être l'effet d'une rouerie politique de quelques-uns des fonctionna‘res. Son embarras s’accrut lorsqu'il entendit porter des accusations de déloyauté contre une partie de son clergé, dont il connaissait les sentiments de fidélité au souverain.

Dans une séance du conseil exécutif, à laquelle Mgr. Plessis fut prié d'assister, le

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général Craig lui déclara ‘ que la désaffection occasionnée dans le peuple, par le Canadien, était rendue au point de faire craindre un soulèvement général, si l’on différait de prendre les mesures les plus énergiques pour arrêter l'effet des insinuations malignes répandues par ce papier ; qu’un des moyens de remettre les choses dans l’ordre et de dissiper les impressions déjà très-profondes de déloyauté était d’engager le clergé catholique à se pronoicer pour l'autorité, de la manière la plus formelle.” Il ajouta qu'un grand nombre de curés encourageaient ouvertement la publication du Canadien par leurs abonnements, et que c'était dans les presbytères et autour des églises qu’on en exaltait les principes.

Si le journal incriminé avait parfois été trop vif dans quelques articles, il n’en était pas moins le défenseur des droits constitutionnels accordés par l'Angleterre ; il s’attachait à miner la position occupée pai les adversaires de la religion et des institutions du pays. Il n’était donc pas surprenant que des membres du clergé catholique se fussent prononcés en faveur de ce vigoureux champion, tout en repoussant ce qu’il y avait d’imprudent Gans ses colonnes.

La proclamation du gouverneur fut envoyée à tous les curés ; elle était accompagnée d’une lettre circulaire, dans laquelle

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