‹ Mgr. Joseph-Octave Plessis [microforme]Chapitre 14 sur 44 · RUEIL · texte numérisé non relu

RUEIL

l’'évèque leur recommandait de communiquer eux-mêmes cette pièce à leurs paroissiens, après l'office du matin.

Le prélat était trop bien informé des dispositions de ses diocésain”. our se laisser tromper par les craintes imaginaires du général Craig et de ses conseillers. Cependant, pour ôter tout sujet de soupçonner sa propre loyauté et celle des prêtres de son clergé, il donnait à ceux-ci des avis propres à calmer les esprits et à rappeler aux patriotes trop zélés les règles de la modération.

Aucun des rnembres du conseil exécutif ne s’av.sa de lui reprocher d’avoir pris le titre d’'évêque de Québec dans cette circulaire ; mais peu de mois après, lorsque les chefs du parti reconnurent que les curés ne les avaient pas soutenus dans les élections, ils essayèrent de soulever une tempête nouvelle contre l’évêque, à l’occasion de ce même titre.

Cette attaque semble avoir été pressentie par Mgr. Plessis, car, au commencement de juillet 1810, il écrivait en ces termes à son ami, M. Adam Lymburner, alors en Angleterre : “* “ Le parlement lu Bas-Canada

* M. Adam Lymburner, né en Ecosse, fut un des principaux marchands du Canada, où, en 1776, il vint continuer les aftaires de son frère. C'était un homme capable, qui sut se faire estimer dans le pays. En 1701, il fut ARE devant la chambre des communes, pendant qu'on iscu-

tait le bill qui devait donner une constitution au Canada. Il mourut à Londres, en 1836, à l'âge de quatre-vingt-dix ans,

pe SEE ER -

DST < à misent

PABANS |) TRE

a été dissous pour la seconde fois, dans le cours de l’hiver dernier. Les élections qui ont eu lieu immédiatement après ne promettent pas une chambre d’assemblée trèsfavorable aux vues du gouvernement provincial. Les esprits ont été singulièrement exaltés, échauffés, irrités de part et d’antre. Le gouvernement a été mal servi par ses amis et ses ennemis. J'ai écrit à mon clergé afin qu’il recommandât aux fidèles l’obéissance, la soumission, le plus grand respect pour le pouvoir exécutif. La plupart des curés ont parfaitement rempli mes vues, en faisant des instructions publiques à cette occasion... Les courtisans n’ont pas trouvé que ce fût suffisant : ils auraient voulu que le clergé présentât une adresse au souverneur, pour le féliciter d’avoir cassé ,e parlement. [lne m'a pas semblé raisonnable que le clergé se mit en avant pour l’ap-

rouver, puisqu'il est totalement étranger à la législation et qu’il a d’autres moyens plus convenables pour servir l'autorité, moyens dont il fait usage toutes les fois que le besoin l'exige. Quoiqu'il en soit, je m'aperçois qu’on a pris de l’ombrage, et Je ne serais nullement étonné que l’on saisit cette occasion... pour noircir le cergé auprès du ministère. Les revenus dont jouissent nos curés, l'autorité de l’éveque catholique sur eux et sur le peuple sont,

depuis longtemps, des objets de jalousie.

Mais j'espère tout de la providence du Dieu

Le OS Pme nn on Ppm pa

UN

que je sers et que je tâche de faire servir par mes diocésains, en leur inspirant les sentiments dont ils doivent être pénétrés, soit comme chrétiens, soit comme sujets.”

Il s’'expliquait plus clairement sur cette matière, en écrivant à M. de Bouvens, le vingt-et-un novembre. Après lui avoir annoncé le départ de M. Ryland pour l’Angleterre, il ajoutait : ‘ Au mois de mars dernier, il y aeu ici quelque bruit au sujet d’un papier périodique, nommé le Canadien...

qui était un peu dans le genre de Cobbet, je veux dire, beaucoup tr6p Lrononcé contre les procédés du gouvernement provincial.

Cet incident à remué les têtes des démagogues et encore plus celles des prétendus royalistes. Il y a eu un moment où des flatteurs ont cru avancer leurs affaires en déchirant leurs compatriotes. Après avoir jeté du blâme sur le peuple, ils ont attaqué le clergé et mis en question sa loyauté.

Ces indiscrétions ont donné lieu à des soupçons, que mon attachement sincère au gouvernement n’a pu entièrement dissiper.

Le gouverneur en chef a député en Angleterre son premier secrétaire, M. Ryland, fin politique. Il est parti chargé de mémoires, entre lesquels je ne serais pas surpris qu’il y en eût de très-défavorables aux Rabitants du pays en général et, peutêtre, de très-calomnieux contre le clergé.”

On voit, par ce dernier extrait, que quelques employés canadiers avaient pro-

rech

77 DGA AVE a Dé T4 :

PROPRES LE RE MERS RCE PRES or UE

nu

fité des circonstances pour élever des doutes sur la loyauté de leurs compatriotes, et se recommander eux mêmes aux bonnes grâces de ceux qui distribuaient les faveurs du gouvernement. Les flatteurs du pouvoir étaient alors peu nombreux, et ils ne le furent jamais tant que l'administration parut véritablemeut hostile à la masse des

habitants du pays. A cette époque, comme

aujourd'hui, les Canadiens étaient souvent divisés entre eux sur des questions peu importantes ; mais alors, comme à présent, dès qu’une main étrangère se levait contre les vieilles institutions de la patrie, à peu d’'exceptions près,tous se rapprochaient pour combattre et repousser l'ennemi commun.

C’est cette union de nos compatriotes, à l'heure du danger commun, qui les a maintenus jusqu’à ce jour sur le sol natal, avec la langue, la religion et les lois qu’ils ont reçues de leurs pères; c’est elle qui, sous les soins de la providence, a été notre sauvegarde depuis plus d’un siècle. L’expérience du passé est propre à nous rassurer sur l'avenir, et à nous convaincre que la concorde renaîtra parmi nous, quand une occasion importante le demandera.

An bu PP = dd PR PR

md PO SO bde PR hd

ED bd bb. bn M) A

M, Ryland est envoyé en Angleterre — Objet de sa mission—Accusation portée contre l'évêque de Québec— Dispositions des ministres—Robert Peel— Entretien du souverneur avec Monseigneur Plessis — Départ de Sir james Craig—Missions du golfe saint-Laurent.

Vers la fin du mois de juin, 1810, M.

Ryland était parti pour l'Angleterre, muni des instructions de Sir James Craig ; il devait demander au ministère de changer la constitution du Bas-Canada, ou au moins de la suspendre ; d'accorder au gouverneur la nomination aux cures du diocèse de Québec ; de remettre les biens des Jésuites et des Sulpiciens à la disposition du gouvernement provincial, qui serait ainsi devenu indépendant des chambres. Le second article paraissait d’une grande importance au général Craig ; il se plaignait au ministre de n’avoir aucun rapport avec les curés, qui formaient un corps puissant et jouissaient, selon lui, d’une immense influence sur le peuple. Cette influence, croyait-il, aurait été acquise au gouverneur, si on lui avait accordé le droit de nommer les curés, selon son bon plaisir.

Le programme confié à M. Ryland, avant son départ, suffisait pour l’occuper tout entier ; cependant une nouvelle affaire lui fut recommandée peu après son arrivée en Angleterre. Voici ce dont il s'agissait. Au mois d'octobre, 1810, Mgr. Plessis, à l’occasion de l’emprisonnement de Pie VII à

Lo de

Savone, publia un mandement dans lequel il invitait les fidèles à prier pour le Saint- Père. Ainsi que l'avaient toujours fait ses prédécesseurs, et comme il l’avait fait luimême en pareilles circonstances, il prenait dans cette pièce le titre d'évêque de Québec. De là le gouverneur, le docteur Mountain et leurs anfis se trouvèrent gravement offensés ; ils avaient oublié la circulaire du mois de mars précédent et assuraient que c'était une innovation dangereuse.

Nommé par le souverain, l’évêque angli*an s'imaginait que sa patente royale interdisait à monseigneur Plessis de prendre le titre que les évêques catholiques de Québec portaient depuis plus de cent cinquante ans.

‘* Nous avons ici prié pour le pape,” écrivait le général Craig à M. Ryland;*

‘je vous envoie copie du mandement de

l’évêque, que vous pourrez montrer au bureau, comme une preuve de l’indépendance complète dans laquelle on aime à se placer. Personne ne m’a parlé du mandement, ni avant, ni après sa publication.

Nous avons raison de soupçonner qu’au moyen du docteur Milner, avec qui Plessis correspond assurément, il s’est mis en rapport avec les évêques catholiques de l'Irlande, qui, j'en suis certain, ne manqueront pas d'empêcher cet homme de recon-

* Lettre du 6 novembre 1810,

PE. (Re

naître la suprématie du roi. Il y à ici un jeune homme du nom de Christie,+ qui vient de recevoir la permission de pratiquer comme avocat ; il passe en Angleterre, sans qu'on ait pu découvrir un seul motif personnel qui puisse l’engager à entreprendre ce voyage... Il est très-lié avec Plessis, et nous soupçonnons fortement qu'il va en Angleterre comme son agent, probablement pour correspondre plus intimement que par lettres, avec Milner et les évêques irlandais.”

On a peine à comprendre comment un homme sérieux, tel que devait l'être le général Craig, pouvait s'arrêter à de pareilles absurdités. Il n’était pourtant pas le seul à s'occuper du manderrent de Mgr. Plessis, ainsi qu’on peut s’en convaincre par une lettre de MR . a, qui écrivait à M. Peel,” sous-secrétaire d'état : ‘* J'ai dernièrement reçu, du lord évêque de Québec, deux copies d’un mandement du révérend J. 0, Plessis, en date du vingtcinq octobre dernier. Ce mandement renferme une violation si flagrante des droits et des prérogatives de la couronne dans la province du Bas-Canada, que je me crois

t M. Christie, qui a publié les lettres de Craig et de Ryland, met sous celle-ci la note suivante: ‘‘ L'évêque Plessis était un homme bienveillant et digne d'un grand respect ; il n'a jamais confié de mission au jeune homme dont il est ici parlé,

*Depuis Sir Robert Peel ; cette lettre est du 19 février 1817,

fil

es DO sms

autorisé à vous en envoyer une copie, afin que vous la puissiez soumettre à l'attention du comte de Liverpool.”

‘“ Le lord évêque croit que cette pièce sera adressée aux ministres de Sa Majesté par le gouverneur général ; mais il craint que la maladie de Sir James Craig ne l'empêche d'écrire bientôt à ce sujet... ne Dans un mémoire séparé, je suggere l’ifée qu’il serait avantageux pour le gouverneur d'obtenir l'opinion des officiers en loi de la couronne sur cette affaire. Ce n’:st pas que j'aie le moindre désir de traduire M. Plessis devant les cours de justice du Bas-Canada, parce qu’il s’est illégalement attribué certains pouvoirs comme évêque titulaire de Québec; mais je crois qu’il serait utile de lui prouver, quand on le voudra, que sa conduite a été illégale et que la couronne peut revenir contre lui si elle y est forcée.

‘Je suis persuadé qu’une déclaration de ce genre serait un puissant motif pour engager un homme de sa trempe et de son caractère à se soumettre au bon plaisir de Sa Majesté.”

Dans le mémoire qui accompagnait cette lettre, M. Ryland, après avoir rappelé leg instructions royales et les articles des traités touchant l'exercice de la religion catholique, exposait aux officiers de la couronne que M. Plessis avait publié, sans le consentement du gouverneur général, un mandement dans lequel il s’arrogeait le titre d’évéque de Québec par la grâce du saint

siége apostolique. A la suite de cette grave accusation, il posait ces trois questions.

Premièrement. — M. Plessis, en publiant ce mandement, et en s’arrogeant Je titre et l’autorilé d’évèque de Québec, ne s’est-il pas rendu passible d’une poursuite au criminel ?

Secondement.— Sur quel statut doit-on s'appuyer pour intenter une action contre lui, devant la cour provinciale du banc du roi ?

Troisièmement.— A quelles peines pourrait être condamné le dit M. Plessis, s’il était déclaré coupable dans une cour de justice ?

On peut juger, par la pièce précédente, que M. Ryland et ses amis s’engageaient dans cette affaire avec beaucoup de bonne volonté. Par bonheur, les ministres avaient des idées plus larges et plus libérales que celles du général Craig et de ses conseillers, qui se croyaient encore au temps de Cromwell.

Lord Liverpool refusa de changer la constitution du Canada ou de la suspendre ; il savait que la discussion d’une semblable question, si elle était introduite devant le parlement impérial, exciterait de violentes attaques contre le ministère, qui avait déjà assez de peine à se maintenir. Quant aux deux autres propositions, comme elles n'exigeaient point l'intervention du parlement, le secrétaire des colonies, lout

Page 1