‹ Mgr. Joseph-Octave Plessis [microforme]Chapitre 16 sur 44 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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Le bon sens des ministres fit enfin justice de cette misérable chicane, et l’ensevelit dans un si profond oubli, que personne n'osa plus menacer de traduire l'évêque devant les tribunaux.

Pendant que M. Ryland voyait tous ses projets s’évanouir les uns apres les autres, son protecteur, le général Craig, se préparait à laisser un pays où son administration despotique l'avait rendu odieux à la masse du peuple, et avait causé une extrême agitation dans toute l’étendue de la province.

Avant de quitter le Canada, il aurait été fort aise d’arracher à Mgr. Plessis quelque réponse tant soit peu favorable à la suprématie royale ; il ignorait que ce prélat, toujours disposé à rendre à l'autorité ce qu’il croyait lui devoir, ne céderait rien de ce qu'il savait appartenir à Dieu.

‘J'ai dernièrementconversé avec Plessis,” écrivait Craig ; ‘‘ je lui ai parlé de sa position et de celle de son clergé... Il m’expri le désir que cette affaire se terminât..

L me dit qu'il allait aux Trois-Rivières dans quelques jours, et me pria de remettre la question jusqu’après son retour. A-t-il

s'élevèrent à dix-huit mille louis, qui furent payés sur les ordres du gouverneur, adressés au receveur général. Comme de raison, ces dépenses ne furent pas soumises à l'approbation de la chambre d'assemblée, quoiqu'elles fussent renfermées dans les comptes publics, qui se transmettent annuellement aux lords de la Trésorerie."

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consulté Noiseux ou Calonne,* ou tous les deux ? je n’en sais rien ; mais quand il est revenu ici, je l’ai trouvé tout changé, car sa conscience ne lui permettait pas de consentir à ce que la couronne nommäât aux cures. Je lui dis aussitôt qu’il était inutile de continuer la conversation ; que :

cela ne dépendait ni de son refus ni de son consentement; que ce droit appartenait à la couronne, et serait certainement repris tôt ou tard par le roi. Notre conversation dura deux heures et demie, mais sans aucun résultat, ni d’un côté ni de l’autre... ous nous séparâmes bons amis ;

robablement pour la dernière fois que je Pai vu, car hier il a fait voile pour visiter le golfe Saint-Laurent.”+

Voici maintenant le compte-rendu du même entretien, adressé par Mgr. Plessis à M. Roux, son grand vicaire.

‘Hier j'eus avec son excellence le gouverneur une conversation de sept quarts d'heure, dans laquelle il s’épuisa à parler, et moi aussi, sans que nous pussions tomber d'accord sur le seul point qui fut agité, savoir la nomination aux cures; il la considère opiniâtrement comme une affaire civile et comme une prérogative de

* M. Noiseux était grand vicaire aux Trois-Riviêres, M. Jacques-Ladislas-Joseph De Calonne, frère du ministre de ce nom sous Louis XVI, était alors aumônier des Ursulines des Trois-Rivières,

t Lettre du 4 juin 1811.

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la couronne, dont elle ne se relâchera jamais, et qu'il prétend avoir été exercée de tout temps par les rois de France et d'Angleterre, même avant la réforme dans ce dernier royaume. J’essayai de lui faire entendre la différence essentielle qu’il y avait entre le patronage exercé sur certains bénéfices, soit par le roi, soit par des particuliers, et l'institution canonique qui ne peut venir que de l'Eglise, et sans laquelle toutes les commissions ou nominations de souverains et autres patrons ne seraient d'aucun effet. Je lui expliquai ce qu'était la régale, laquelle étant ouverte, le roi de France exerçait sur tous les bénéfices du diocèse vacant la plus grande autorité à laquelle il pût prétendre, et cependant ne conférait point les cures, dont la collation était réservée au chapitre de la cathédrale.

J’ai ajouté que le droit des évêques, sur ce point, était si bien établi. que Bonaparte avait été forcé de le reconnaître par un article exprès du concordat ; que l'exemple qu’il me citait des évêques anglicans, qui ne confèrent aucune cure, ne faisait rien pour nous, que l’église catholique avait toujours donné à ses évêques plus de pouvoirs que l’église anglicane n’en donnait aux siens ;....…. ue personne n'était plus soumis que moi, ni plus affectionné au gouvernement ; que j'avais pour principe général de seconder ses vues dans tout ce qui ne blessait pas ma conscience, mais

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qu’il m'était défendu d'aller au-delà ; que je sentais plus que personne le désagrément d'occuper une place qui n’était pas avouée et d'y vivre dans la pauvreté, mais que je consentirais volontiers à de plus grandes privations Am que de faire des démarches qui me discréditeraient auprès de mon clergé et de mon peuple, engageraient ma conscience et seraient considérées comme une trahison envers l'Eglise, comme une vente de mon épiscopat, surtout s’il en résultait pour moi quelque addition de revenu ; qu'ayant fait autant que mes prédécesseurs pour le service du gouvernement... j'espérais que ce gouvernement ne voudrait pas me maltraiter plus que mes prédécesseurs ne l'avaient été, et que, de plus, je tâcherais de mériter de plus en plus sa protection, non pour moi, qui avais passé le méridien de la vie, mais pour les fidèles au salut desquels je m'intéressais ; que la divine providence, qui dirigeait les cœurs et les esprits, amènerait, sans doute, des circonstances plus favorables, etc., etc. Nous disputâmes beaucoup ; mais le gouverneur ne se fâcha point, et nous nous quittâmes, du reste, assez peu satisfaits l’un de l’autre.” |

Mgr. Plessis regardait l'influence de Sir James Craig auprès du gouvernement impérial, comme beaucoup plus considérable qu'elle ne l'était réellement ; il redoutait les menaces du gouverreur et craignait

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qu’elles n’amenassent une persécution prochaine, peut-être même, un refus de perpétuer l’épiscopat catholique dans la province. L'évêque de Québec était loin de se douter que les affaires allaient prendre une tournure bien différente.

Ces deux hommes ne se revirent plus ; le quatre juin, Mgr. Plessis partait pour faire la visite des îles de la Magdeleine et de la Baiïe-des-Chaleurs ; le dix-neuf du même mois, le gouverneur s’embarquait pour retourner en Angleterre, à la satisfaction générale des Canadiens, lassés d’être soumis à ses caprices et à son despotisme.

Sa santé était dès lors si mauvaise, qu’en partant il craignait de mourir avant d’avoir terminé le voyage. Il survécut cependant quelque temps encore, et mourut au mois

e janvier de l’année suivante.*

L'administration arbitraire de Sir James Craig pesa lourdement sur les anciens habitants du pays ; ce vieux soldat, qui avait combattu contre les Français pendant de longues années, s'était accoutumé à regarder comme ennemis ceux qui tenaient à la France par leur origine et par leur langue ; il se défiait d'eux et ne pouvaitles considérer comme attachés aux institutions britanniques. Un petit parti de courtisans nourrit et augmenta les préjugées de cet

* Le général se n'avait que soixante-deux ans lorsqu'il mourut. Le lessis mourut précisément au même âge, treize ans plus tard.

—97— *, homme, que la maladie rendait aigre et soupçonneux, et qui était habitué à ne commander que des soldats.

Malheureusement, une loi, passée en 1803, favorisait ses penchants au despotisme. Adoptée dans un temps où l’on faisait courir le bruit que des agents du gouvernement français fomentaient le mécontentement dans le pays, elle confiait des pouvoirs extraordinaires aux mains du gouverneur et de ses conseillers. Sur un ordre signé par trois membres du conseil exécutif, les plus honnêtes gens pouvaient être arrêtés et jetés en prison, sous une accusation secrète de ‘‘ haute trahison, de recellement de haute trahison, de soupçon de haute trahison.” Ceux qui avaient ainsi été incarcérés, ne jouissaient point des priviléges de l’habeas corpus, et ne pouvaient ètre libérés que sur l’ordre du gouverneur.

Exposé, tout aussi bien que ses prètres,aux caprices d’un homme inquiet et irritable, Mgr. Plessis évitait d'attirer, sur le clergé catholique, l’orage qui le menagçait sans cesse ; il souhaitait maintenir la paix dont son église avait besoin, et préserver son troupeau des agitations politiques et des horreurs d’une guerre civile. Par sa prudence et sa modération, il espérait conserver une position qui lui permettrait d'agir comme médiateur, si quelque malheurimprévu causait une collision entre l'exécutif et le peuple. Voilà pourquoi il prit toujours 3*

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| des précautions pour ne point rompre avec 1 Sir James Craig ; on lui reprocha même 1 alors d’avoir cédé trop facilement à quelues exigences du gouverneur, durant les démélés de l'exécutif avec la chambre d’assemblée. Mais s’il reculait devant les luttes “pr du moment qu’il s'agissait de soutenir les droits de la religion et de l'Eglise, il devenait inébranlable et aurait | | mie:1x aimé perdre la vie que de consentir l'A à admettre aucune des injustes prétentions nr des adversaires du catholicisme.

| ; Sir George Prevost—Mémoire sur l'église du Canada.

D 4 Les inquiétudes de l’évêque de Québec 1e avaient un peu diminué après le départ de | Sir James Craig ; mais elles ne s'étaient pas complètement évanouies, car il craignait encore le résultat du voyage de M.Ryland.

L | On avait annoncé l’arrivée prochaine de LA Sir George Prevost, transféré du gouver-

l' 4 nement de la Nouvelle-Ecosse à celui du ï M1 Canada. Le grand vicaire Burke, qui l'avait

l 4 bien connu à Halifax, lui rendait un témoi- e Li gnage favorable. ‘ J'aime à vous entendre

| 1 dire de bonnes choses du nouveau gouver- ps LA neur,” répondait Mgr. Plessis ; “ heureux s | | si, comme ses prédécesseurs, il ne se laisse of

pas circonvenir par des gens intéressés à desservir les catholiques.”

Ces appréhensions n'étaient point sans avoir quelque fondement. Nonostant son désir de plaire aux Canadiens, Sir George Prevost entretenait les vues de son prédécesseur, touchant l'existence et l'autorité d’un évêque catholique en Canada ; de fait, sur cette matière, il parut suivre, pendant quelque temps, les conseils des anciens aviseurs de Craig.

Cependant. au printemps de cette année, le gouverneur fit de nouvelles propositions.

Mgr. Plessis qui, l’année précédente, avait visité une partie du golfe Saint-Laurent, allait se remettre en route pour parcourir les missions de l'ile Saint-Jean, de la Nouvelle-Ecosse et d’une partie du Nouveau-Brunswick, lorsque le général Prevost lui fit remettre la communication suivante :

‘J'ai reçu des dépèches d'Angleterre; on veut vous mettre sur un pied plus respectable ; mais on attend que vous posiez vous-même les conditions. Je désirerais avoir là-dessus vos idées avant votre départ ue le golfe, car il faut pourvoir à tout et

ien nous entendre.”

‘ Avant mon départ,” répondit l’évêque, ‘j'aurai l'honneur de mettre entre les mains de votre excellence un mémoire contenant mes idées et mes principes. Je suis obligé de déclarer d'avance qu'aucune offre temporelle ne me ferait renoncer à

aucune partie de ma juridiction spirituelle.

Elle n’est pas à moi; je la tiens de l'Eglise comme un dépôt, qu’il ne m'est nullement permis de dissiper et dont il faut que je rende compte.”

Monseigneur Plessis prépara à la hâte un mémoire, qu’il présenta le quinze mai, peu de jours avant de se mettre én route. Ce travail fournit des détails si intéressants sur l’église du Canada, et explique si clairement la position dans laquelle elle était alors placée, qu’il trouve naturellement ici sa place. ‘Le mémoire qui suit,” dit l’auteur, ‘a pour objet d'exposer : 1° ce qu'étaient les évêques du Canada avant la conquête de la colonie; 2 ce qu'ils ont été depuis cette conquête ; 30 l’état où il serait à propos qu'ils fussent à l'avenir...

Après avoir donné quelques détails sur les anciens évêques, il ajoute :

‘Ces six premiers évêques étaient nés en France. L’évèché de Québec étant sur le même pied que ceux de France, ces

rélats étaient nommés par un brevet du roi et confirmés par des bulles du siége apostolique, après examen fait de leur foi et de leurs mœurs, conformément au concordat.

‘20 Depuis la conquête. La liberté du culte catholique ayant été accordée aux habitants du Canada pour subsister en son entier, par l’article XXVIÏe de la capitulation de Montréal en 1760, et par l’article

IVe du traité définitif de paix en 1763, la continuation du ministère pastoral se trouvait nécessairement comprise dans cette concession. La religion catholique ne peut subsister sans clergé. Il fallait donc aux nouveaux sujets de S. M. B., des prêtres our leur annoncer la parole de Dieu, pour eur administrer les sacrements et autres secours spirituels, et un évêque pour ordonner ces prêtres et pour gouverner spirituellement et le clergé et le peuple de ia colonie.

“L'article XXXe de la capitulation de Montréal, par lequel on demandait que le roi de France continuât de nommer l’évêque du Canada fut justement négativé; mais aucun autre mode de nomination n'ayant été adopté, le chapitre de la cathédrale se considéra comme revenu à l’ancien droit, suivant lequel, l’évêque était élu par le clergé de l’église vacante et confirmé par le métropolitain ou par le pape, sous le bon plaisir du souverain.”

‘ En conséquence, M.Jean-Olivier Briand, l’un des chanoines et des vicaires généraux pendant la vacance du siége, fut élu évêque de Québec par un acte capitulaire du onze septembre Î764, et, muni de la recommandation du gouverneur James Murray, dont il avait mérité la confiance... il passa en Euror', la même année et obtint des bulles du sant-siége, fut consacré au printemps de 1766 et revint en Canada la même année.

Après avoir prêté serment d’allégeance au représentant du roi en sa nouvelle qualité, il en exerça toutes les fonctions avec autant de liberté qu'il en aurait pu avoir sous l’ancien régime, et reçut constamment de la part des différents gouverneurs des témoignages d’une considération distinguée.”

‘‘ Le palais épiscopal de Québec avait été considérablement endommagé par le bombardement de cette place, en 1759. M.

Briand, devenu évêque, le rétablit de ses épargnes sous les yeux du gouvernement provincial, qui non-seulement ne le trouva pas mauvais, mais le prit à loyer en 1778, pour y placer le secrétariat de la province et les autres bureaux publics. Ce loyer subsiste encore et rapporte annuellement à l'évêque cent cinquante livres sterling.

Trois ans auparavant, savoir, en 17%, le gouvernement avait accordé au même évêque une pension de deux cents livres sterling, que ses successeurs ont continué de recevoir, en sorte que leur revenu tntal est de trois cent cinquante livres sterling seulement ; car ia révolution française les a privés des deux cent cinquante livres sterling qui leur avaient été conservées sur leur ancien revenu en France.”

‘ Prévoyant les difficultés qui accompagneraient par la suite les mutations d'évèques et surtout les dépenses du voyage que chaque élu serait obligé de faire en Europe pour se procurer la consécration

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épiscopale, si l’on n’obviait à ces inconvénients, M. Briand fit goûter à la cour de Rome et au général Guy Carleton, depuis lord Dorchester, et alors gouverneur de la province de Québec, le projet qu'il avait conçu de se donner un coadjuteur, cum futurd successione. Il convint avec le gouverneur que cette dignité serait conférée à M. Louis Mariaucheau Desgly, un des rêtres canadiens de son clergé, pour equel il obtint des bulles du saint-siége, en vertu desquelles il le consacra à Québec le douze juillet 1772, sous le titre d’évèque de Dorylée.”

‘ Depuis ce temps l’évêque de Québec a toujours eu un coadjuteur, proposé par lui, agréé par le représentant du roi en cette province, admis au serment d’allégeance devant le gouverneur en conseil, confirmé par des bulles de la cour de Rome sur la postulation de l’évêque et sur le témoignage du clergé, consacré dans la province même, et prêt à succéder à l’évêque en cas de mort ou de résignation, et assermenté de nouveau lorsque son tour est venu d'occuper le siége épiscopal.”

‘ Ainsi M. Briand ayant résigné vers la fin de 1784 après dix-huit ans d’épiscopat, M. Desgly lui succéda eteut pour coadjuteur M. Jean-François Hubert, sous le titre d’évêque d’Almire.”

‘“ Après la mort de M. Desgly, arrivée en 1788, M. Hubert eut successivement deux

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