‹ Mgr. Joseph-Octave Plessis [microforme]Chapitre 22 sur 44 · PERS · texte numérisé non relu

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La scène produit son effet sur le prédicateur ; mille et mille idées étranges et bizarres se croisent dans son imagination ; sa poitrine se gonfle, ses lèvres se dilatent ; il éprouve un immense besoin de rire ; chaque mot s'arrête au passage, prêt à l’étouffer. Il s’assied, se relève, tousse ; peines inutiles ! rien ne peut chasser de son esprit cette inimitable grimace de Satan. De désespoir, il se hâte d'arriver à la péroraison, gagne la sacristie, se laisse cheoir sur une chaise, et décharge son cœur par un rire vigoureux et prolongé.

On comprend qu'après avoir joué un si vilain tour, le tableau, avec ses personnages, fut consigné au grenier de l’église pour ne

lus jamais reparaître au grand jour. ‘ Et il l'avait bien mérité, ” ajoutait l'évêque en rapportant cette anecdote, ‘‘ il m'avait fait passer par une des plus rudes épreuves de ma vie, car je craignais à chaque instant de m'éclater de rire en pleine chaire. ”

Elèves du grand séminaire—Jeunes prêtres—Respect général Lg l'évêque de Québec—Visites épiscopales— Collége de Saint-Hyacinthe—Eglise et petit collége du faubourg Saint-Roch. ;

Convaincu qu’il importe plus d’avoir de bons prêtres que d’en avoir beaucoup,

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Mgr. Plessis apportait un soin extrème à bien choisir les jeunes gens qu’il admettait à l’état ecclésiastique ; il surveillait les élèves du grand séminaire ; il les interrogeait lui-même pour découvrir leurs talents et leur capacité, il s’enquérait fréquemment de leur caractère et de leur conduite. Les dimanches, il leur donnait une conférence soit sur l'écriture sainte, soit sur le rituel ou sur l’administration des paroisses. Il rendait cette instruction si intéressante, que tous y assistaient avec laisir, à l'exception toutefois de ceux dont a conscience était chargée de quelque faute commise dans les cérémonies on dans le chant,'pendant les offices de la journée, ou qui, durant la semaine, avaient manqué à quelque point du règlement, particulièrement à l’article du silence.

Sur la tête de certains coupables, l’orage fondait d’une manière terrible ; tandis que, grave et solennelle, l’admonition tombait sur d’autres, lentement, mais rudement.

Pour le patient condamné à rester sur la sellette, il n’y avait point de meilleur remède que le silence le plus parfait et le plus longanime. Malheur à lui quand il essayait de s’abriter derrière quelques excuses. Souvent la réprimande qu'il subissait publiquement était une épreuve décisive; elle n'avait peut-être d'autre objet,

ue de découvrir le défaut de la cuirasse

ans le caractère du jeune aspirant. Quand

à — 140 — il se montrait impatient, revêche, surtout s’il répondait sans nécessité aux reproches ui lui étaient adressés, son sort était décidé : c'en était fait de lüi. ‘ Un prêtre, comme un soldat,” disait le prélat, ‘‘est tenu de recevoir les ordres et les réprimandes de ses supérieurs sans murmurer devant ses confrères.”

Lorsque la séance était levée, celui qui avait enduré patiemment 1: semonce pouvait en particulier plaider sa cause auprès de l’évêque; bien loin de s’en offenser, celui-ci était toujours disposé alors à recevoir des explications et à faire entendre des paroles d'encouragement et de consolation.

Au sortir du grand séminaire, le jeune prêtre était l’objet de la sollicitude de Mgr. Plessis ; les lettres du vénérable prélat, adressées à de nouveaux vicaires, à des missionnaires encore dépourvus d’expérience, occupent une large place dans sa correspondance. I] s’atta:hait à les prémunir contre les dangers de leur position, à leur tracer un règlement de vie, à leur donner de salutaires Conseils pour les guider dans l’exercice du saint ministère.

Ce n'était pas seulement au sein de son clergé que l’évêque de Québec jouissait d’une estime et d’une vénération justement méritées ; toutes les classes de la société le respectaient profondément. Nos frères séparés l’honoraient pour ses vertus et ses

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talents universellement reconnus ; leschefs du parti opposé à la cause catholique ne pouvaient s'empêcher d'admirer sa haute intelligence, sa modération et sa persévérance ; avec les gouverneurs il savait maintenir des rapports de civilité et de bienveillance, lors même qu'il résistait à leurs demandes ; Sir George Prevost et Sir John Sherbrooke, en particulier, lui avaient donné leur amitié. Quant à ses diocésains, tous le connaissaient, l2 véneraient et lui étaient attachés. Les membres catholiques des deux chambres recourainnt volontiers à ses lumières et à sa prudence, lorsqu'il s'agissait des grands intérèts de la province. Séparés quelquefois de lui sur des mesures secondaires, ils réclamaient ses conseils et son appui dans les occasions importantes, car ils le savaient entièrement dévoué à sa patrie et ils appréciaient la valeur de son nom auprès de la population canadienne.

Les citoyens de Québec, au milieu des quels-il avait passé la plus grande partie de sa vie et dont il avait été le curé pendant bien des aunées, lui étaient complétement dévoués, et plusieurs d’entre eux tenaient à sa disposition leurs bourses aussi bien que leurs cœurs ; quelques-uns des principaux marchands de la ville étaient toujours prêts à répondre à ses appels. Ses revenus étaient engagés d'avance pour les églises, les missions, les malheureux ; mais s’il lui arrivait tout à coup une demande pressante

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en faveur d’une œuvre de charité, il n'avait as besoin de recourir à un emprunt ; il ui suffisait d'envoyer à un de ces honnêtes bourgeois une recommandation formulée brièvement, et la somme requise arrivait un quart-d'heure après.

Parmi les populations des faubourgs et de la campagne, il était la grandeur et l'autorité personnifiées. Un seul mot de sa

art avait plus de poids sur les masses que es plus éloquents discours des orateurs populaires ; elles avaient en lui une pleine confiance, parce qu’il était le serviteur de Dieu et Le père du peuple.

L'année où monseigneur Plessis devait s'arrêter dans une paroisse, pour y faire sa visite épiscopale, était regardée camme une année de bénédiction. Avec quel empressement son arrivée était attendue par la population rassemblée autour de l’église !

Voitures et cavaliers s'étaient avancés jusqu'aux limites de la paroisse pour recevoir l’évêque ; leurs files pressées entouraient ou suivaient son carosse. Au carillon des cloches, au bruit de la fusillade, l’escorte débouchait sur la place publique ; la foule silencieuse se précipitait à genoux devant le premier pasteur, qui, la tête découverte, s’avançait lentement au milieu des rangs, en appelant les bénédictions du ciel sur ses enfants, réunis autour de lui par le désir de le voir et de l'entendre.

Ces visites se renouvelaient tous les ans

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et duraient ordinairement deux ou trois mois. Comme secrétaire des évèques Briand et Hubert, il avait déjà parcouru le diocèse ; trois fois encore, pendant son épiscopat, il visita toutes les paroisses du Bas-Canada.

Aussi, il avait étudié en détail la topographie du pays; et grâces à sa prodigieuse mémoire, il connaissait presque toutes les familles canadiennes. A la première vue, il pouvait désigner par leurs noms nonseulement la plupart des citoyens de Québec, mais encore les principaux habitants de chaque paroisse de la campagne.

Pendant le cours de la visite, il était presque constamment occupé, soit à consoler et à encourager les pasteurs, soit à instruire et à réprimander le troupeau et à ramener dans la bonne voie les brebis qui s'étaient égarées. Plusieurs fois il lui est arrivé d’aller lui-même chercher des gens qui restaient éloignés de leurs devoirs religieux par honte, par négligence ou par obstination ; rarement lui arrivait-il d’échouer dans ces charitables expéditions.

Habile à débrouiller les questions les plus compliquées et doué d’une patience admirable, il remettait l’ordre dans les affaires, souvent obscures, des fabriques paroissiales ; par l’aatorité qu’il savait exercer à propos et par la dignité de son maintien, il calmait les assemblées des marguilliers, quand l'esprit de discorde semblait prêt à tout bouleverser ; parfois, avec un mot

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plein d'esprit et d'à-propos, il faisait baisser le ton häbleur de village et ramenait les mécontents à la raison.

Une ou deux fois par jour il annonçait la parole de Dieu, choisissant soigneusement des sujets convenables à la localité, et mettant ses instructions à la portée de ses auditeurs, de manière à produire de salutaires effets sur les âmes.

Au milieu de tous ces détails, si variés et si embarrassants, Mgr. Plessis ménageait le temps nécessaire pour correspondre avec ses grands vicaires et ses curés ; du coin le plus reculé du diocèse, sa vigilance s'étendait sur toutes les paroisses, et il continuait à donner la direction et le mouvement à l'administration ecclésiastique.

Malgré le nombre de prêtres français qui, à la suite de la révolution, avaient été guidés par la providence vers le Canada, l'évêque de Québec, en parcourant son immense diocèse, reconnaissait chaque année que la destitution spirituelle de son troupeau s'accroissait grandement ; les colléges, alors existrnts, ne pouvaient fournir assez de pr’ pour les besoins d’une populatior s'augmentait avec rapidité et débe … hors des anciennes paroisses vers des etablissements nouveaux.

Ce fut dans la vue de pourvoir aux nécessités croissantes, qu’il créa le collége de Nicolet. Peu d'années après, il fut heureux de trouver un coopérateur à

. etc.. 1861.

l'œuvre de l'instruction, dans un de ses plus anciens et de ses meilleurs amis, M.

Antoine Girouard, curé de Saint-Hyacinthe, homme doué d’un noble cœur, ét remarquable par la solidité de son jugement.

‘ Animé par le zèle du bien et le patriotisme

le plus pur, ce bon prêtre apercevait le vide qui se faisait peu à peu dans les rangs du clergé et il voulut aider à le combler.

“Il sentait que le pays avait besoin de défenseurs, er que l'éducation seule pouvait relever sa race et la soustraire à une infériorité dans laquelle on chercherait longtemps encore peut-être à la maintenir.” *

onsieur Girouard propos son plan à l’évêque de Québec, qui l’accueillit avec

chaleur. ‘ Vos projets,” écrivait le prélat à

son ami, ‘‘ sont si conformes à ma manière de voir, que j'y souscris d'avance, persuadé que Dieu en tirera sa gloire. Je voudrais que tous les curés du diocèse pensassent comme vous et sussent faire un pareil usage de leurs revenus; votre exemple pourra être utile à plusieurs. Oui, agran-

dissez votre échelle ; visez à une éducation

plus étendue ; je changerai bien d'avis si je ne vous seconde... Tout cela demandera du terips, des ressources ; mais il ne faut pas se décourager. Deux bonnes dimes pourront acquitter la bâtisse ; les pensions

* Discours prononcé par M. Raymond, vicaire général,

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donneront quelque chose ; au moyen de la {hi frugalité et de la simplicité de l’ameuble-

ment, sur lequel d’autres font des folies, vous serez en état d'aider, de doter...” +

L'œuvre du curé de Saint-Hyacinthe fut puissamment favorisée par l’évêque de Québec, qui fournit à la nouvelle institution des professeurs et des directeurs, tirés en partie de sa maison de Nicolet et en partie du collége de Montréal. Il tr: à lui-même les règlements des élèves, et en 1817 il | ajouta, pour l'avantage des ecclésiastiques | employés comme régents, une série d’ins- | tructions propres à les diriger dans leurs études et à les rendre dignes de servir un jour l'Eglise dans l'exercice du ministère sacerdotal.

Pendant que Mgr. Plessis était curé de Québec, son attention s'était portée sur les besoins spirituels d’une partie de la ville, habitée presque exclusivement par des Canadiens. Situé dans la vallée au milieu | de laquelle coule la rivière Saint-Charles, fl le faubourg Saint-Roch semblait dès lors destiné à prendre de grands accroissements. : Ainsi que le fondateur et les premiers habitants de Québec, le prélat pensait que la ville occuperait un jour la plaine qui s'étend depuis le pied du côteau Sainte- | Geneviève jusqu’à la rivière Saint-Charles.

Il devenait important de pourvoir aux

t Lettre de l'évêgue de Québec, 22 novembre 1810,

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* maison de Dieu serait bientôt environnée

besoins futurs de ce quartier. En 1811, M.

John Mure lui avait donné un emplacement situé alors au milieu des champs et bien au-delà des dernières habitations. La même année les fondations d’une église y furent commencées, et au moyen de quelques quêtes, mais surtout avec des sommes prélevées sur la bourse de l’évêque, elle était presque terminée et allait être livrée au culte, lorsque, vers la fin de l’année 1816, un violent incendie la réduisit en cendres et ne laissa debout que des murailles noircies et lézardées.

Le prélat reçut la nouvelle de cet accident avec son sang-froid ordinaire ; et pendant que le feu continuait ses ravages, il prenait des mesures pour le rétablissement de l’édifice et se consolait, par la pensée qu’en le rebâtissant il aurait l’occasion de faire disparaître plusieurs graves défauts du premier plan. En effet, l'ouvrage fut repris dès que la saison le permit, et poussé avec tant d'activité, qu’au mois d'octobre 1818, l’évêque eut la consolation de consacrer l’église sous le vocable de Ia bienheureuse vierge Marie. Cependant, s’il avait réussi, c'était aux dépens d'énormes sacrifices de sa part ; car ses ressources étaient épuisées, et il restait chargé d'une dette de deux mille louis.

Ses vues bienfaisautes se portaient encore plus loin : il prévoyait que la

d’une nombreuse population catholique, à laquelle il avait préparé les moyens d'obtenir l'instruction religieuse ; il voulut aussi que la jeunesse trouvât, sur les lieux, des instituteurs capables de la former et de l’éclairer. Dans l’année 1795, il avait fondé une école dans le fausourg Saint-Roch ; à cette première marque de sa bienveillance, il crut devoir ajouter un second bienfait, en établissant un collége, où des jeunes gens doués de talents et appelés à l’état ecclésiastique pourraient. à peu de frais, commencer un cours d’études, qu'ils iraient terminer soit au séminaire de Québec, soit au collége de Nicolet. |

En conséquence de cette résolt ion, au mois d'octobre 1818, des classes furent ouvertes dans la vaste maison qui servait de presbytère ; quelques ecclésiastiques, placés sous la conduite des chapelains qui desservaient l'église, furent employés comme régents, et bientôt l'institution entra en pleine opération.

L’évèque avait tracé lui-même le plan d'études, qui tendait à abréger la longueur du cours ordinaire. Au bout de trois ans, les élèves devaient savoir le latin, l'anglais, les mathématiques et avoir des connaissances fort étendues dans la géographie et l’histoire. Ce plan avait l'avantage de faire terminer le cours d’études en six années ; il réussi pour les élèves studieux et doués de bons talents ; mais pour les jeunes

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gens d’une capacité ordinaire, il n'eut pas le succès qu’en attendait son auteur.

Possédant une merveilleuse facilité, ïl oubliait que la plupart des hommes n’arrivent à la science que par un travail long et pénible. Cependant, pendant les dix ou onze ans que ce collége fut en opération, il fournit un bon nombre d'élèves, qui terminèrent avec succès leurs études dans d’autres maisons, et honarèrent ainsi le petit collége où ils avaient reçu leurs

premières leçons dans les lettres et les sciences.

Projet de diviser le diocèse de Québec—M. Alexandre MacDonell—Nouvelle-Ecosse érigée en vicariat apostolique—Le H \ut-Canada et le Nouveau-Brunswick soumis à des évêque. auxiliaires— Territoire du Nord-Ouest—Lettre de lord Selkirk—Départ de MM. Provencher et Dumoulin pour la Rivière-Rouge—Etablissement d'une mission-— Mgr Plessis se décide à passer en Europe--Motifs de som voyage—Biens du séminaire de Montréal--M. Lartigue.

Depuis qu’il avait pris possession du siége épiscopal de Québec, Mgr. Plessis avait fait reconnaitre, par le gouvernement de la mère-patrie, une partie des droits dont la petite oligarchie du conseil exécutif essayait de priver l’église du Canada. Le ministère semblait disposé à réprimer les prétentions dé quelques hommes à vues

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étroites, qui avaient entrepris de proscrire

le libre exercice de la religion catholique en ce pays. Ainsi la position de l’église de Québec était meilleure qu’elle ne l'avait jamais été. Cependant, 1l restait encore des améliorations importantes à introduire, pour assurer plus d'efficacité à l’administration ecclésiastique. Dans Île dessein d'obtenir ce résultat, qu’il regardait comme nécessaire pour le bien général de son troupeau, Mgr. Plessis songeait depuis longtemps à partager son immense diocèse en plusieurs vicariats apostoliques ; déjà des démarches avaient été faites pour aplanir les difficultés qu'ils craignait de rencontrer dans l’exécution de ce projet.

En 1816, M. Alexandre MacDonell. son vicaire général dans le Haut-Canada, se rendait en Angleterre, où il devait engager les ministres à favoriser la mesure proposée par l’évêque de Québec. Personne n'était plus propre à réussir dans une mission si délicate, que cet estimable ecclésiastique, qui jouissait d’un grand crédit auprès du gouvernement britannicue.

Au mois de juillet 1817, le saint Père séparait la Nouvelle-Ecosse du diocèse de Québec, érigeait cette province en vicariat apostolique, et préposait à la nouvelle division M. Edmond Burke, qui fut sacré à Québec en 1818, sous le titre d’évèque de Sion. Vers la même époque lord Castlereagh engageait la cour de Rome à ériger deux

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autres vicariats apostoliques, formés l’un du Haut-Canada, l’autre du Nouveau- Brunswick, de l'ile du Prince-Edouard et de celle de la Magdelaine.

Ce n’était encore là qu’une partie des divisions ecclésiastiques jugées nécessaires par Mgr. Plessis ; il désirait placer un évêque dans le district de Montréal, et un autre dans le territoire du Nord-Ouest.

Arrosé par les rivières qui se jettent dans la Baïe-d'Hudson, le territoire du Nord-Ouest avait autrefois élé visité par quelques jésuites qui, cependant, ne s’y étaient pas arrêtés ; * l’'évangile n'avait pas encore été annoncé dans ces immenses régions ; le nom du vrai Dieu n’y était connu que des voyageurs canadiens et des métis, désignés dans la colonie sous le nom de Bois-Brüûlés.

Avant de songer à placer un évêque dans ces contrées, 1l fallait y envoyer des missionnaires. Pour préparer les voies, M. Tabeau, chapelain de l’Hôpital-Général de Québec, fut chargé, en 1816, de se rendre au fôrt William, sur le lac Supérieur, et de continuer ensuite sa route jusqu’au lac Winnipeg, si les circonstances le permettaient. 11 ne put toutefois remplir la dernière partie de ses instructions, à

* En juin 1737, un des fils du célèbre découvreur Gauthier de la Vérandrye fut massacré par les Sioux, dans ung île du lac des Bois ; avec lui furent tués le P, Auneau, jésuite, et vingt voyageurs canadiens.

cause des difficultés survenues entre la compagnie de la Baie-d'Hudson et celle du Nord-Ouest.

Au mois de mai 1818, deux missionnaires

artirent pour se rendre à la Rivière-

ouge, MM.Joseph-Norbert Provencher et Sévère-Nicolas Dumoulin, nommés à cette pénible mission, étaient accompagnés de M. Guillaume-Etienne Hedge, ecclésiastique, qui devait remplir les fonctions de catéchiste. Toujours bienveillant, Sir John Sherbrooke leur avait remis une lettre générale de recommandation, adressée à tous les fonctionnaires publics et aux autorités locales. De son côté, lord Selkirk, qui résidait à Montréal, témoignait beaucoup de bonne volonté pour la mission, qu’il avait lui-même demandée avec instance à l’évêque de Québec, et pour laquelle il avait donné une grande étendue de terre, au centre de sa colonie, sur les bords de la Rivière-Rouge.

Dès l’année 1816, il écrivait à l'évêque de Québec la lettre suivante, qui mérite d’être reproduite : j

‘J'ai été informé par M. MacDonell, ancien gouverneur de la Rivière-Rouge, que l’automne dernier il vous pria d’en voyer un missionnaire dans ce pays, pour procurer des secours spirituels à un grand nombre de Canadiens qui y sont établis, qui mènent une vie errante à la façon des sauvages, et qui ont contracté avec des

filles sauvages des unions contraires aux règles. Je suis persuadé qu’un ecclésiastique zélé et intelligent opèrerait un bien infini parmi ces gens qui ont presque entièrement aps le sentiment religieux. Je serais

eureux de coopérer, selon mon pouvoir, à une œuvre si belle...

‘J'ai été dernièrement informé que Votre Grandeur a formé le projet d'envoyer, l'été prochain, deux ecclésiastiques au lac Supérieur et au lac La-Pluie, vers le temps où les voyageurs employés par la compagnie du Nord-Ouest viennent de l’intérieur pour visiter ces postes.

‘ Comme ces gens ont aussi un grand besoin d’avis salutaires, je suis heureux d'apprendre qu’un tel projet a été proposé.

Cependant, s'il m'est permis d'offrir une opinion, je ferais observer que la résidence

ermanente d’un missionnaire à la Rivière- Rouge accomplira votre pieux dessein d’une manière bien plus efficace ; car de sa résidence ordinaire il pourra facilement visiter les postes de traite sur le lac La- Pluie et le lac Supérieur, pendant le temps où les voyageurs y sont rassemblés ; d’un autre côté, un missionnaire envoyé du Canada pour visiter ces postes pendant l’été, ne pourrait rencontrer le corps nombreux de Pouadiens errants, qui ne sont employés ni par la société du Nord-Ouest, ni par aucune autre compagnie, et qui, ayant renoncé à toute idée de retourner dans

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